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EAN : 9782234085060
240 pages
Stock (22/08/2018)
  Existe en édition audio
3.88/5   485 notes
Résumé :
"Sa robe caresse le sol. A cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n'est pas l'indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés; ni non plus la solennité de l'entretien - tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c'est sa voix. Car c'est d'une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d'aller renverser notre père."

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Critiques, Analyses et Avis (164) Voir plus Ajouter une critique
3,88

sur 485 notes

Kirzy
  11 novembre 2021
Difficile de trouver un personnage féminin plus éblouissant qu'Aliénor d'Aquitaine. Après le Roi disait que j'étais le diable, centré sur ses années reine de France épouse de Louis VII, Clara Dupont-Monod poursuit son récit avec un portrait d'Aliénor plus ample, de reine d'Angleterre épouse d'Henri II Plantagênet à sa mort, transformant ce flamboyant personnage historique en personnage littéraire hautement romanesque. La révolte, c'est celle d'Aliénor contre Henri II : en 1173, à une cinquantaine d'années, elle convoque ses fils pour renverser leur père, levant une armée européenne à laquelle participe son ex-mari Louis VII. Un échec qui aura pour conséquence son emprisonnement durant quinze ans à Salisbury. Avant de rebondir.
Formidable défi pour le romancier que de faire revivre un personnage historique ! Tout en respectant la trame chronologique immuable tracée par les historiens, Clara Dupont-Monod se fait un festin des blancs laissés par L Histoire, se nourrit des interstices pour faire ce qui est interdit aux historiens : les combler, supposer, inventer une psychologie aux personnages en se réjouissant de sa liberté de romancière. Elle le fait avec une belle fluidité et une accessibilité impeccable.
Pour entrer dans la vie d'Aliénor, elle choisit le point de vue de son fils préféré, avec le « je » de Richard Coeur de Lion, futur roi d'Angleterre, enterré à ses côtés dans la nécropole royale de l'abbaye de Fontevraud. C'est son regard d'enfant subjugué par sa mère, fou d'amour pour elle qui permet d'embrasser toute la complexité de la personnalité de sa mère. Lui seul pouvait poser un regard enveloppant sur cette figure rude et glacée, toujours aguets comme l'est une chasseresse se sentant proie. Lui seul lit de la tendresse dans des actes anodins. Lui seul voit que si cette femme-forteresse s'est autant éprise de poésie, c'est parce que la littérature lui offrait un répit. Richard Coeur de Lion est un superbe personnage pour lequel l'auteur imagine un conflit de loyauté entre son père et sa mère, affamé de guerres et de conquêtes ( très beaux passages sur les combats de la Troisième Croisade contre Saladin ) car c'est le seul moment où il peut se réconcilier avec son père en devenant un guerrier brutal et animal comme lui sur un champ de bataille.
La Révolte dresse le portrait d'une famille digne des Atrides ou d'une tragédie shakespearienne, mais au final très contemporaine tant la modernité retranscrite dans l'intimité de leurs sentiments et de leurs failles résonne, entre féminisme, trahisons, patriarcat, vengeances et passions en tout genre, réussissant à créer une très grande proximité entre les personnages et le lecteur. D'autant que la prose de Clara Dupont-Monod, sans chercher le médiévisme à tout crin, fait naitre la vie dans son cisèlement raffiné.
«  La colère de ma mère est d'une autre nature. Les trahisons l'ont grandie. D'élan, elle est devenue force. Elle a planté ses crocs si profond dans sa mémoire qu'elle est devenue caillou. La colère n'irrigue plus le corps, elle se concentre sur le coeur et sa fonction première : cogner pour respirer. Comme je voudrais avoir le même ! Elle fabrique des vengeances en forme d'honneur. Pour Aliénor, la haine est une colère qui vieillit bien. Et pourtant. A la voir ainsi, fureur splendide qui marche et écrase, me vient une grande tendresse. J'entends une très ancienne douleur. Les poètes disent que l'amour pour une personne s'adresse à ce qu'il y a de plus seul en elle. Je les crois parce que, en cet instant, je ne vois que ça, un être absolument seul depuis toujours, capable d'avancer sans soutien et résigné à ne plus en attendre. Alors, il faudrait s'agenouiller, approcher son visage du mien ; et, avec toute la douceur dont un guerrier dispose, l'interroger. Ma mère, quel est ce chagrin qui ne vous laisse pas en paix ? A quoi ressemblent-ils, ces espoirs qui ne resteront qu'eux-mêmes ? »
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rabanne
  26 octobre 2018
D'une façon générale, les gens passionnés me touchent (peut-être parce que je me reconnais en partie à travers eux...), et ce roman-là raconte définitivement la passion humaine sous toutes ses formes, ses revers aussi.
Celle de l'auteure pour une femme au destin légendaire. Celle, immuable, d'une reine pour ses racines et sa terre. Celle, indéfectible et désespérée, d'un fils pour sa mère. Celle, inlassable, d'un roi pour la conquête à tout prix. Celle, éperdue, d'un autre roi pour une femme qui ne l'aimera jamais...
Toute passion a ses vulnérabilités, elle engendre certes force et courage, mais elle peut entièrement dévaster ou anéantir.
C'est ce que raconte ce roman, à travers les épisodes guerriers comme les moultes rivalités familiales : foi, fidélité, héritage, loyauté, vengeance, colère, amertume, trahison, humiliation, destruction.
Un récit choral où se mêlent plusieurs voix, avec ce "je" qui permet une intimité immédiate avec chaque personnage, la puissance de leurs sentiments, leur résonance et leur universalité.
C'est toute la force de la plume de Clara Dupont-Monod, introspective, poétique et affûtée, qui se définit comme une romancière avant tout, passionnée d'histoire médiévale et d'Aliénor d'Aquitaine en particulier.
Ainsi s'est-elle permise de prendre certaines libertés avec la réalité historique (précisé en fin d'ouvrage), afin de raconter "son" Aliénor, une femme blessée et complexe, une mère froide mais protectrice, une souveraine incroyablement stoïque, un formidable mécène.
Plus que conquise ; ce sera la troisième fois !!
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Eric76
  14 juin 2020
J'ai senti le souffle ensorceleur de l'épopée ; je me suis laissé enivré par la victoire, et j'ai goûté toute l'amertume de la défaite et de la désillusion ; j'ai vu Aliénor d'Aquitaine, flamboyante et superbe, vouloir devenir Roi, échouer, et devenir bien plus encore en entrant dans la légende par la grande porte ; j'ai vu son amour tripal pour sa terre d'Aquitaine ; je l'ai vu dire Non avec cette froide et inquiétante détermination qui ébranle ses pires ennemis ; ivres de rage et de haine, j'ai vu des géants se combattre et finir par mettre genou à terre ; j'ai vu Richard Coeur de Lion, homme des grandes tempêtes, guerrier impitoyable, redevenir petit enfant face au regard impérieux et tendre d'Aliénor, son insaisissable mère ; j'ai vu une femme plus protectrice qu'une louve quand il s'agit de protéger sa portée ; j'ai vu des Hommes courir après des rêves bien trop grands pour eux ; j'ai vu la terre gorgée du sang des combattants ; j'ai vu Richard Coeur de Lion accompagné de tant de fantômes, de regrets, couvert de tant de blessures, tout gagner, et puis tout perdre ; j'ai vu le roi de France Philippe II, futur Auguste, rafler la mise sur un champs de ruines ; j'ai vu enfin les troubadours, ces éternels rêveurs, s'emparer de cette histoire pleine de sang, de fureur et de trahisons pour l'ancrer dans la mémoire des hommes et lui faire traverser les siècles…
Quel beau roman.

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Titania
  12 septembre 2018
Aliénor et Henri, qui se détestaient cordialement, sont réunis pour l'éternité dans le même tombeau à l'abbaye de Fontevraud, cruelle ironie du sort pour celle qui fit la guerre à son royal mari !
C'était une époque intéressante où les rois d'Angleterre ne parlaient pas anglais, et c'est assez amusant de constater que l'Angleterre n'a finalement jamais été vraiment une ile, les rêves impériaux sont ancestraux. Petite chronique d'une autre mondialisation, on va très loin au pas des chevaux en cette fin de 12è siècle !
J'ai beaucoup aimé ce roman historique bien documenté, qui raconte cet épisode de notre histoire commune dans une très belle langue. Les personnages ont effectivement une excellente disposition pour la tragédie.
On se laisse emporter par la poésie du texte, la vérité des troubadours est aussi intéressante que celle sans cesse actualisée des historiens, vous ne trouvez pas ?
C'est Richard, le fils préféré d'Aliénor, qui raconte la révolte soigneusement couvée par sa mère par des années d'humiliations et organisée avec ses frères contre son père, désigné comme "le Plantagenêt". Quelle famille ! Un vrai drame shakespearien avant l'heure ! L'auteure fait de Richard un personnage torturé, explosif, cruel, en fuite, fasciné par l'Orient, loin de l'hagiographie de Walter Scott.
En creux se joue une dimension culturelle du pouvoir, entre la barbarie guerrière d'Henri impitoyable et répressif, et le raffinement d'un mode de vie nouveau, véhiculé par Aliénor, mécène d'artistes et importatrice des richesses de l'Orient, une autre manière d'agir sur le monde.
Ce portrait d'une femme de pouvoir et d'influence me plait beaucoup. Elle a "répudié" son premier mari, le roi de France, par calcul politique, à une époque où les princesses n'étaient que des terres et des ventres à échanger. Elle a fait apprendre à lire et écrire à ses filles. On lui doit de pouvoir lire encore nombre d'oeuvres littéraires mythiques. L'empire d'Henri, lui, s'est effondré.
Un livre dans les mains, la statue de son gisant montre une arme puissante, personne ne va le démentir sur Babelio.




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Jolap
  07 janvier 2019
L'histoire se passe au 12ème siècle.
Clara Dupont-Monod donne la parole à Richard Coeur de Lion, fils préféré d'Aliénor d'Aquitaine. Ce dernier raconte la vie de cette mère vénérée "au visage anguleux de chat". Elle nous plonge dans une ambiance faite de complots, de trahisons, de reniements, d'affronts, de tromperies.
Sa mère Aliénor successivement reine de France en épousant Louis VII, puis reine d'Angleterre en épousant Henri II de Plantagenet décrit comme une brute sanguinaire , donne naissance à cinq filles et cinq garçons. Elle gère la première partie de sa vie avec une efficacité et une vigueur redoutable. Elle suit son mari lors de ses voyages, tente de gouverner dès qu'elle le peut ce qui est exceptionnel pour l'époque et organise des machinations politiques de haute voltige.
Infidèle pendant sa première union elle maîtrise mal les affronts et les brimades de son second mari. Elle lutte avec courage mais le paie très cher.
Richard "le combattant, l'assoiffé" va s'épancher et traduire ses sentiments à l'égard de sa mère qu'il magnifie, lui, le fils chéri, le fils qu'elle adule ouvertement.
Richard meurt au cours d'un affrontement, en France, avec les troupes de Philippe Auguste, nouveau roi. le conteur s'éteint. L'histoire s'arrête.
J'ai été frappée par le style de l'auteure. Les phrases sont courtes, précises, sans appel. Elles se succèdent en cadence, à l'allure d'un soldat. le style est assez épuré, déterminé, sans empathie, comme pouvait l'être Alienor, souvent décrite par les historiens comme une personnalité forte, une beauté froide, solennelle, une femme réservée, « Une voix douce pleine de menaces », mais, on le découvre dans ce livre, une mère soucieuse et attentive.
C'est très bien écrit. C'est beau. C'est clair et très agréable à lire. Cependant, L Histoire agrémentée d'une imagination égrenée ça et là m'a quelque peu déstabilisée. Cette période est déjà très dense et parfois difficile à retenir pour la non-initiée que je suis! le vrai, le faux oblige à rester vigilant. Ceci dit ce récit très subjectif est original et tellement bien traité.....
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critiques presse (2)
Bibliobs   20 décembre 2018
Captivée par l'histoire médiévale, l'auteur se fait ici le chantre d'une relation d'une rare intensité: celle qui unit une femme impérieuse et un fils prêt à tout par amour pour sa conquérante de mère. De grandioses fureurs et des éclats de passion font vibrer ce texte puissant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaPresse   27 août 2018
La journaliste et écrivaine, qui a déjà signé quelques romans historiques, nous propose cette fois un portrait d'Aliénor d'Aquitaine.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (141) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   04 juin 2020
Ma mère est une femme sûre d'elle. Je lui fais une confiance absolue. Elle doit cette assurance à sa naissance, puisqu'elle est duchesse d'Aquitaine, élevée dans le luxe et les livres, nimbée du souvenir de son grand-père, le premier poète. Pour elle, la soie et le savoir ne font aucune différence. Très tôt, elle a géré ses fiefs d'une main ferme. Les rébellions des seigneurs, les récoltes, le tracé des frontières, le règlement des litiges… Aliénor aime gouverner et connait chaque ruelle du plus petit village de son Aquitaine. Car elle porte sa terre comme un bijou fondu dans sa peau.
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Eric76Eric76   08 juin 2020
Ma mère entre en pays inconnu. Le vent y est gelé. Personne n'y habite. Derrière les murs hauts, elle entend des rires et des phrases, ceux des préservés. Elle aura beau s'écorcher les mains à trouver un passage, tenir et fabriquer encore des enfants, ça ne change rien. Une frontière sépare sa vie des autres vies. Elle avance parmi les mères amputées d'un petit, ombres dansantes qui psalmodient des berceuses. Désormais, ma mère connaît l'envers du monde.
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LoloKiLiLoloKiLi   12 août 2019
Voilà, Richard, pourquoi j’estime la foi et déteste la religion. La première grandit l’homme, la seconde l’affole. La foi est une affaire intime. Et l’intime, par définition, n’est pas une question collective. Il n’y a que la religion pour décider qu’une croyance personnelle, profonde et secrète, doit sortir du cœur et se muer en système de régence. L’hérésie, elle est là. Lorsqu’on décide qu’un sentiment deviendra texte de loi. Alors, seule la religion peut faire passer des atrocités pour des bienfaits. Nos descendants le vérifieront à leurs dépens.
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Eric76Eric76   01 juin 2020
Dans les yeux de ma mère, je vois des choses qui me terrassent. Je vois d'immenses conquêtes, des maisons vides et des armures. Elle porte en elle une colère qui me condamne et m'oblige à être meilleur.
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LoloKiLiLoloKiLi   11 août 2019
Les bonnes âmes s’émeuvent de ce qu’un guerrier s’éloigne des humains pour s’approcher de l’animal, en réalité il en emprunte la part la plus noble, l’instinct. Cette tension muette, invisible aux profanes, qui convoque des réflexes splendides : bien sûr que la proximité du règne animal élève l’homme au lieu de l’abaisser. Cette logique échappe aux donneurs de leçons.
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Vidéo de Clara Dupont-Monod
Au coeur des Cévennes, une fratrie accueille un frère handicapé. La romancière Clara Dupont-Monod accompagne l'aîné, la cadette et le petit dernier dans leur apprentissage du "faire avec", et non du "faire contre", dans son dernier roman "S'adapter" (2021, Stock). Un conte familial touchant qui raconte l'histoire d'une famille traversant les bouleversements provoqués par cette situation.
Olivia Gesbert accueille à sa table cette écrivaine, éditrice et journaliste pour qu'elle présente ce livre très personnel, lauréat du prix Femina, du prix Goncourt des lycéens et du prix Landerneau.
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Prenez place à La Grande Table pour rencontrer d'autres personnalités qui font l'actualité de la culture, ici : https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDrpsBVAaqJ_sANguhpPukaiT ou là : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie
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