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EAN : 9782732483542
528 pages
Éditeur : Editions de la Martinière (17/08/2017)
4.03/5   254 notes
Résumé :
Après la Révolution. Pour échapper à son affreuse mère et séduire la ravissante Angélique, Victor Renard, jeune homme au physique disgracieux, apprend le métier d'embaumeur aux côtés d'un maître bienveillant.
Il découvre le commerce des organes, l'art de momifier le cœur des défunt que les artistes peintres s'arrachent pour en faire des pigments.
Où l'on découvre que certains tableaux de nos musées nationaux, ont été peints avec le sang des rois de Fr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (86) Voir plus Ajouter une critique
4,03

sur 254 notes

Kirzy
  26 octobre 2018
" Je sais que ma condamnation est décidée, le récit des circonstances de mon forfait n'est, à vos oreilles, qu'un divertissement puisque vous en connaissez la fin ; vos gens m'ont surpris en flagrant délit. L'histoire de ma vie, ce sentier qui m'a conduit à commettre ma faute, ne servira qu'à persuader les foules de ma monstruosité. de quoi vous combler, vous divertir, car les affaires comme les miennes se raréfient."
Dès les premières lignes, le lecteur plonge dans les confessions impudiques de Victor Renard qui dévoile tout de sa vie aux juges dans l'espoir d'éviter la guillotine en plein Paris révolutionnaire. Suspense oblige, ce n'est qu'à la fin que l'on découvre la nature de l'accusation.
Le démarrage de ce roman historique est assez formidable, totalement immersif, mais j'ai trouvé que l'intrigue en elle-même s'étirait trop, la faute sans doute au manque d'empathie que j'ai ressenti pour notre accusé – narrateur ( c'est finalement le personnage d'Angélique, son amoureuse prostituée qui m'a le plus convaincue et intéressée ). J'aurais du pourtant m'attacher à ce héros martyrisé par une mère complètement hystérique et mauvaise, malmené par la vie, la subissant pendant très longtemps avant de la prendre en main. J'ai parfois un peu décroché ou du moins je n'ai pas été captivée autant que j'aurais du l'être, pas si curieuse de cela de savoir ce qu'avait fait Victor.
Mais je me suis régalée de tout l'arrière-fond historique, de la peinture des moeurs en cette fin XVIIIème : au coeur de la folie révolutionnaire. Paris perd ses lumières et sa raison. Surtout, j'ai été estomaquée de découvrir les usages mortuaires pour le moins étonnants de l'époque autour de la pratique millénaire de la médecine des morts. Trafic de dépouilles, commerces d'organes et notamment des coeurs embaumés des rois et reines de France lorsque leurs tombeaux ont été profanés et pillés en 1793. Incroyable, de nombreux tableaux de nos gentils musées ont été peints en partie à partir de pigments bruns obtenus par broyage de ces organes embaumés appelés « mumies », sans qu'aucune mention n'en informe le visiteur. Par exemple, l'oeuvre Intérieur d'une cuisine de Martin Drölling a utilisé des fragments des coeurs de Louis XIII, d'Anne d'Autriche et de Marie-Thérèse d'Autriche !
Isabelle Duquesnoy est diplomée d'histoire des arts et de restauration du patrimoine, elle s'est parfaitement documentée. Avec sa plume très travaillée, très dix-huitièmiste, elle retranscrit parfaitement cette époque et sait mettre son savoir à la portée de tous. C'est souvent très cru voire glauque mais toujours truculent.
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Cannetille
  08 mai 2019
Nous sommes sous le Directoire, juste après la Terreur. Victor a une vingtaine d'années : il est embaumeur à Paris et nous relate sa vie et les évènements qui l'ont amené devant la Justice, dans ce procès dont nous sommes le public et dont nous savons juste qu'il doit aboutir à son exécution.

Enfant détesté de ses parents, en particulier de son épouvantable mère qui le poursuivra toute sa vie de ses méchancetés, Victor rencontre enfin la bonté en la personne de Monsieur Joulia, son maître d'apprentissage, qui lui transmet avec patience les rudiments de son métier : l'embaumement des morts. Pour Victor, c'est le début d'une bonne fortune, qui finira pourtant par se retourner.

Tout au long de sa narration, Victor interpelle directement le lecteur, qui se retrouve assis au milieu du public venu assister aux audiences. Sur un ton truculent débordant d'humour noir, il nous relate son métier et, au travers des mille anecdotes et détails de sa vie, parfois très glauques, ce sont toutes les moeurs de la société de son époque qui se dessinent peu à peu, dans un récit piquant et pittoresque, souvent drôle et étonnant. Victor est un véritable conteur qui sait tenir son public en haleine : jamais l'intérêt ne se relâche et le rire est souvent au rendez-vous.

Ce livre admirablement documenté, au style ciselé qui parvient à merveille à évoquer le langage de l'époque, se lit avec délectation. Il nous fait revivre l'Histoire au travers des mille détails de la vie quotidienne, parfois triviaux, mais tous constitutifs d'une réalité et d'une certaine conception de la vie et de la mort. Alors, oubliez vite vos repères contemporains et laissez vous entraîner dans cette plongée captivante dans l'ordinaire de la fin du 18e siècle : un ordinaire qui ne manquera pas de vous estomaquer.
Au delà du coup de coeur.

Petite prolongation sur l'embaumement des rois et le brun de momie utilisé en peinture, avec ma rubrique le coin des curieux, à la fin de ma chronique de L'embaumeur sur mon blog :
https://leslecturesdecannetille.blogspot.com/2019/05/duquesnoy-isabelle-lembaumeur.html

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Ptitgateau
  08 mars 2021
Victor renard, une vie... Une vie qui aurait pu ne présenter aucun intérêt aux yeux du lecteur, pauvre Victor, qui commença sa vie en se voyant accusé d'avoir tué son jumeau, Isidore… Victor, qui devait naître et vivre malgré tout, c'était le destin que sa Paqueline de mère avait bien tenté de réduire à peau de chagrin, en vain, il était accroché à la vie le victo-rieux. Son sonneur de serpent de père mourant d'un fâcheux accident de labour qui donne le ton et promet un humour noir bien décapant, Victor passe son enfance à esquiver les coups et entendre les insultes de sa génitrice pour qui ce pauvre enfançon n'est qu'une bouche à nourrir.
Et Victor emprisonné dans un lugubre cachot, se confesse, autant à ses juges qu'au lecteur… mais quel crime a -t-il donc commis ? On le saura… à la toute fin du récit, ce qui ne manquera pas de faire trépigner d'impatience face à ce récit d'une vie semée d'embûches, on lira en se demandant : mais que diable a-t-il fait ??? Question qui m'a hantée tout au long de ma lecture, hantise atténuée par le récit lui-même, fort sympathique et porteur d'une bonne culture historique que l'on doit à cette autrice qui n'a pas ménagé sa peine pour produire un roman si bien documenté.
On y côtoiera la Paqueline, sujet du tome suivant à elle seule, personnage cruel et sans finesse, capable des pires méchancetés (j'ai hâte de lire la suite !),
Angélique, la « vertueuse » jeune fille qui ne montre de vertu que lorsqu'elle est accompagnée par maman, et qui jouera un rôle certain dans la vie de Victor,
Franz, ami de Victor...Peut-être… et l'embaumeur... qui enseignera à Victor, l'art de pomponner un défunt.

Si comme moi, vous aimez l'histoire, période Directoire on l'on croise quelques Incroyables et Merveilleuses, si vous avez soif d'humour noir, si vous aimez le suspens, jetez-vous sur l'embaumeur, vous ne le regretterez pas !
Lien : https://1001ptitgateau.blogs..
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Franckync
  24 janvier 2018
Titre : L'embaumeur
Année : 2017
Auteur : Isabelle Duquesnoy
Editeur : Editions de la martinière
Résumé : Victor Renard est né tordu, sa tête penche et son allure est tout à fait disgracieuse. A la mort de son géniteur il se trouve soudain seul avec son horrible mère qui n'a de cesse de le tourmenter. Par chance il se retrouve bientôt apprenti chez un maître embaumeur qui lui enseigne toutes les ficelles du métier. Victor se révélera non seulement un bon apprenti mais aussi un homme d'affaire avisé. Victordu, comme le surnomme parfois sa marâtre, s'élèvera dans la société post révolutionnaire avant de connaître une chute retentissante.
Mon humble avis : de retour après une petite semaine dans la capitale Nippone (dont je vous parlerais bientôt), je suis ravi de commencer cette rentrée par cet excellent ouvrage d'Isabelle Duquesnoy. Ce roman, encensé par les lecteurs mais aussi nombre de libraires est une grande et indéniable réussite. Je ne connaissais pas Duquesnoy avant cet embaumeur mais je ne peux que m'incliner devant son érudition, son sens du détail et sa faculté à recréer un XVIII e siècle qui semble plus vrai que nature. L'histoire de Victor Renard, si elle m'a semblé parfois quelque peu convenu, regorge de détails historiques, d'anecdotes passionnantes qui rendent cette lecture addictive au plus haut point; c'est l'une des grandes forces de ce drame historique mais ce n'est pas le seul : les personnages sont bien campés, parfois truculents et semblent tout à fait en phase avec leur époque. La langue est riche, parfois au détriment de la fluidité mais qui s'en plaindrait tant les aventures de ce Victordu au coeur tendre sont riches et passionnantes. Certains seront peut-être heurtés par les détails techniques développés par l'auteur quand à la dissection des cadavres ou la description des bas fonds parisiens de cette époque mais c'est sans compter sur l'humour froid et distant distillé par l'auteur, sur la maîtrise parfaite de son sujet, sur la passion de Duquesnoy pour l'histoire qui transparaît à chaque page sans que jamais son récit ne paraisse laborieux ni empesé. Vous l'aurez compris je suis enthousiaste pour ce texte qui par bien des aspects m'a rappelé l'excellentissime parfum de Patrick Süskind sorti en 1986 (une référence en la matière). L'embaumeur est finalement un drame historique haut de gamme, un bouquin passionnant, instructif, une fresque attachante bref une superbe réussite. Chapeau bas Isabelle !
J'achète : Oui sans hésiter pour l'histoire, pour les personnages, pour les anecdotes pour l'érudition, l'humour mais aussi parce qu'après cette lecture tu ne regarderas plus jamais certains tableaux de maître de la même façon....
Lien : https://francksbooks.wordpre..
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HundredDreams
  24 mars 2021
Voulant absolument lire « La Pâqueline ou les mémoires d'une mère monstrueuse » d'Isabelle Duquesnoy, je me suis plongée avec délectation dans le premier tome, celui de « L'embaumeur ».
Au final, j'en ressors enchantée. L'auteure a consacré près de dix ans à écrire un roman riche, truculent, admirablement bien écrit.
*
Victor Renard a commis un acte odieux pour lequel il est jugé, un délit dont le lecteur n'a pas connaissance, mais assez grave pour risquer la guillotine ou la pendaison.
« Je sais que ma condamnation est décidée, le récit des circonstances de mon forfait n'est, à vos oreilles, qu'un divertissement puisque vous en connaissez la fin ; vos gens m'ont surpris en flagrant délit. L'histoire de ma vie, ce sentier qui m'a conduit à commettre ma faute, ne servira qu'à persuader les foules de ma monstruosité. »
*
Ce roman retrace les onze jours de son procès. le public se bouscule pour assister à l'audience, le lecteur étant aux premières loges pour profiter du spectacle.
Souhaitant obtenir de ses juges un peu de compassion, souhaitant peut-être aussi reculer le moment de son trépas, on ne peut que le comprendre, Victor ne ménage pas ces efforts pour expliquer ce qui l'a amené à cet acte horrible. Il retrace avec beaucoup de détails son parcours, depuis sa naissance jusqu'à cette affaire pour lequel il est jugé. Voyeurisme, curiosité malsaine, fascination morbide. Son récit est addictif et instructif.
Durant tout le récit, je me suis demandée quel crime il avait pu commettre pour penser mériter une condamnation à mort. Et durant tout le récit, les hypothèses s'accumulent, distillant le suspens jusqu'au bout, pour le plus grand plaisir du lecteur.
*
L'auteure a mis tout son talent pour composer des portraits originaux, particulièrement bien dépeints.
Affublé de nombreux surnoms, Victordu, Victorgnole, Victorve, Victorchon pour n'en citer que quelques-uns, Victor, le narrateur, se décrit tel que ses parents l'estiment. Ces déplaisants sobriquets dépeignent l'attitude malfaisante, haineuse et cruelle de ses parents.
« Assassin, fratricide, coucou, imbécile, voleur, tordu, vermine, j'étais tout cela depuis ma naissance. »
J'ai eu envie de m'attacher à Victor, mais je ne sais pourquoi, je n'ai pas pu complètement. Il est vrai que sa vie n'a pas été douce, il a de vraies valeurs. J'ai ressenti de l'empathie pour lui, mais les horreurs qu'il décrit avec froideur et détachement n'en font pas un personnage aimable, avenant.
Sa mère, la Pâqueline, est une femme grossière et méchante comme une teigne, qui éprouve une forte répulsion pour son fils. Son père est un être envieux, irascible et violent qui le martyrise au moindre faux-pas.
Elevé sans affection, sans amour, Victor, le fils au physique fragile et ingrat, ne rêve que d'arracher le coeur sa mère et de l'embaumer.
« Oui, je l'admets : je rêvais fréquemment au trépas de la Pâqueline. Je ne détestais point l'idée d'embaumer ma propre mère ; avec une délectation honteuse et malsaine, je me voyais fort bien ôter son coeur, le peser et constater que, conformément aux écritures antiques, le boyau pesait moins qu'une demi-livre de grains à poules faute de s'être gonflé des vertus et des bonheurs que les bonnes personnes unissent et sentent battre très fort dans leur poitrine. »
Quelle charmante famille !
*
Pour échapper à sa misérable vie, Victor va devenir embaumeur. Son maître lui apprendra les bases de l'embaumement, des rites mortuaires et par la même occasion nous instruira des différentes techniques de conservation des viscères. Isabelle Duquesnoy, par ses descriptions sur l'embaumement des corps, m'a permis de découvrir le monde de la thanatopraxie et des soins apportés aux corps pour retarder provisoirement leur décomposition. Mélange d'obscénité, de répulsion et d'attirance, d'odeurs de putréfaction, mélange étrange de sensations.
*
Le fond historique est aussi passionnant. Ce roman est incroyablement bien documenté sur les croyances et les moeurs parisiennes au XVIIIème siècle. L'auteure, diplômée d'Histoire de l'Art, a si bien écrit ce premier roman que l'arrière-plan historique ne nuit pas à l'intrigue, mais au contraire, la rend captivante et savoureuse.
On se croirait plonger au lendemain de la Révolution française, dans cette ambiance orageuse, dans ce décor fait de ruelles sombres, sordides et malfamées dont les odeurs nauséabondes prennent à la gorge, soulèvent le coeur, donnent la nausée.
J'ai été très intéressée par un fait méconnu, celui des « mumies ».
*
Ce que je retiendrai aussi de ce roman, c'est cette écriture pleine d'humour. Un humour caustique, décapant, très noir, très ironique servi par des personnages hauts en couleur.
Les dialogues entre la mère et le fils sont souvent savoureux de cruauté, voire de sadisme. J'ai vraiment apprécié le détestable personnage de la Pâqueline. Dans son rôle de méchante, elle est vraiment extraordinaire. Elle est détestable, et plus rarement, elle est émouvante dans sa solitude et sa tristesse.
*
Vous l'aurez bien compris, j'ai passé un très bon moment à lire les confessions de Victor. le choix affirmé de l'auteure de traiter de sujets graves et sérieux sur le mode de l'esprit plein d'un humour grinçant est une grande réussite.
J'ai adoré le style de l'auteure, un peu précieux et suranné, ce mélange d'écriture recherchée, vulgaire, morbide. J'ai aimé ces sensations contradictoires, ce mélange de fascination et de répulsion, d'empathie et d'aversion.
Et je n'ai maintenant qu'une hâte, c'est lire la suite, centrée sur ce personnage charismatique et fortement désagréable qu'est « La Pâqueline ».
*
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critiques presse (1)
LaPresse   02 octobre 2017
Dans son roman historique, Isabelle Duquesnoy dépeint les moeurs du Paris de la Révolution à travers les yeux d'un jeune homme au banc des accusés.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
DidiliDidili   02 novembre 2018
Catholiques, protestants, calvinistes et autres...
Que faire de vos défunts lorsque la Grande Faucheuse a frappé votre foyer ? Les nouvelles sciences nous enseignent que la proximité d'un corps nuit gravement à la santé des enfants et des biens portants. Les maladies augmentent par la chaleur selon les mois de l'année et par les chandelles de veillée, alors chacun s'empresse d'enterrer son mort. Hélas ! De nombreux cas d'enterrements de personnes vivantes se sont produits !
LE CABINET JOULIA-RENARD vous assure contre ce risque en conservant deux ou trois jours le défunt dans ses chambres mortuaires. Notre surveillance quotidienne est la seule garantie contre l'enterrement d'un vivant !
De nos jours qui ose se présenter à la porte d'un salon sans fard , mal fagoté, sans esprit ni réputation ?
Nous sommes nombreux à rectifier notre mise dans le miroir de l'antichambre avant toute présentation : une cravate mal nouée, un fard rance, et c'en est fini du bel effet que l'on escomptait produire.
LE CABINET JOULIA-RENARD prend soin de votre tournure pour réussir l'épreuve de passage des portes du Paradis : habillage, fardage, camouflage des plaies, vos défunts sont présentés coquets et gracieux devant l’Éternel !
Pour vous familles aisées, souhaitant faire ôter le coeur de vos défunt pour les déposer dans une urne à l'intérieur de votre chapelle privée, ou dans l'oratoire de votre fief, LE CABINET JOULIA-RENARD se cahrge de cette opération et de l'acheminement des viscères momifiées?
Pour les plus modestes, nous proposons plusieurs choix de gardiennage, de fardage et de conservation.
CABINET JOULIA-RENARD
Rue des Quatres ***
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cecilitcecilit   14 janvier 2018
J'allais donc périr, sans avoir jamais réalisé le moindre rêve. Tout le monde a des rêves, non ? Vous tous ici, vous êtes bien nourris d'espoirs extravagants qui paraissent dérisoires à d'autres, n'est ce pas ? S'élever dans la nacelle d'une montgolfière, par exemple, et contempler la ville par-dessus ses forêts de cheminées, ou porter une montre Lépine à la boutonnière de votre gilet... que sais-je ? Mes regrets et mes rêves étaient modestes, et cela me rendit encore plus triste car ils étaient parfaitement réalisables ; je m'étais juré de capturer un poisson à mains nues, de m'enfouir dans les cotillons d'une fille, traire une brebis, me torcher le cul de coton ou de mousse verte, pareil à Louis XIV, et ainsi boucher le cabinet de ma mère. J'ambitionnais de connaître les astres, lire l'avenir dans les étoiles, devenir riche ou célèbre en me distinguant par une brillante action, d'approcher la mer, dont on dit que les courants sont plus rapides qu'un étalon au galop, me saouler d'un vin rare et cher, puis goûter une curiosité laiteuse et puante que l'on nomme camembert...
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PatateQuiLitPatateQuiLit   28 août 2017
Autrefois, mon père se flattait d’acheter sa poudre à perruques et son fard aux bons faiseurs ; il ignorait qu’ils y fondaient des balayures de bois vermoulu. Plus tard, comme ce fard lui racornissait la peau et n’était plus guère utilisé que par les vieux coquets royalistes ou par quelques fous suicidaires, il l’avait abandoné et remisa ses postiches dans une boîte où grouillaient la vermine et les poux.
- Je ne vais pas risquer de me faire casser la gueule en passant pour un aristo ! avait-il déclaré en rangeant ces accessoires.
- Ah, bon ? avait répliqué ma mère. Mais sans perruque poudrée, on te prendra pour un révolutionnaire !
Mon père était prompt à l’agacement, surtout lorsque sa femme le contredisait.
- Pauv’fille ! assura-t-il. Tu n’as rien compris : il vaut toujours mieux se ranger aux côtés du plus fort. Je marche à pied et non en chaise à porteurs. Je suis musicien, ma veste est lustrée aux coudes, fermée par dix boutons dont un manquant, et je rase les murs lorsque je croise une bande de jeunes pourvus d’une canne ou d’un gourdin. Je n’expose nulle part mes croyances politiques et je n’ai qu’un maître : Dieu.
- Johann, je ne te reconnais plus ! s’était-elle écriée sur un ton de désespoir. Le peuple a pété les clôtures des grandes maisons pour s’en faire des armes et on jette encore les carrosses au feu ! Tes ouailles seront bientôt tellement ruinées qu’elles s’habilleront en peaux de souris. C’est cela, que tu appelles le côté du plus fort ?
- Jusqu’à nouvel ordre, oui. Ça bâfrait sur des tables en marqueterie, mais ça pignochait le prix de mes musiques. Je suis ravi, vois-tu, qu’on crève dans les salons après avoir dépensé trente-six millions de livres pour gaver cette bande de bras cassés !
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PtitgateauPtitgateau   20 février 2021
Mon petit Victor, je regretterai amèrement ta compagnie, le parfum des épices que nous versions dans les pâtés pour masquer l'odeur des viandes avariées et nos mines obligées à la clientèle les jours de foire. Ces souvenirs égayeront ma vieillesse.
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LevantLevant   01 septembre 2018
Oui, je l'admets : je rêvais fréquemment au trépas de la Pâqueline. Je ne détestais point l'idée d'embaumer ma propre mère ; avec une délectation honteuse et malsaine, je me voyais fort bien ôter son cœur , le peser et constater que, conformément aux écritures antiques, le boyau pesait moins qu'une demi-livre de grains à poules faute de s'être gonflé des vertus et des bonheurs que les bonnes personnes unissent et sentent battre très fort dans leur poitrine. Et dans ce songe exquis, j'engloutissais un poêlon de riz au lait, je buvais un flacon de cidre attablé sur le gras de son ventre, je calais mon fromage entre ses seins et lui plantais un bouquet de jonquilles dans la bouche. Ma mère devenait un meuble. Une console. Une table de fête.
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[EMISSION] LES COUPS DE COEUR DES LIBRAIRES 15-01-2021
L'émission "Le coup de coeur des libraires est diffusée sur les Ondes de Sud Radio, chaque vendredi matin à 10h45. Valérie Expert vous donne rendez-vous avec votre libraire Gérard Collard pour vous faire découvrir leurs passions du moment ! • Retrouvez leurs dernières sélections de livres ici ! • • La familia grande de Camille Kouchner aux éditions Seuil https://www.lagriffenoire.com/1068600--la-familia-grande.html • Mademoiselle Coco et l'eau de l'amour de Michelle Marly et Dominique Autrand aux éditions Fleuve https://www.lagriffenoire.com/1069159-jeunesse-mademoiselle-coco-et-l-eau-de-l-amour.html • La Dame du Ritz de Melanie Benjamin aux éditions Albin Michel https://www.lagriffenoire.com/1060860-divers-litterature-la-dame-du-ritz.html • le N°5 de Chanel. Biographie non autorisée. de Marie-Dominique Lelièvre aux éditions J'ai Lu https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1067722&id_rubrique=51 • L'embaumeur - ou L'odieuse confession de Victor Renard de Isabelle Duquesnoy aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=116284&id_rubrique=12 • La Pâqueline: ou les mémoires d'une mère monstrueuse de Isabelle Duquesnoy aux éditions De La Martinière https://www.lagriffenoire.com/1069144-jeunesse-la-paqueline-ou-les-memoires-d-une-mere-monstrueuse.html • Comment cuisiner les lapins de Manon Gauthier et Michaël Escoffier aux éditions Kaléidoscope https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1033429&id_rubrique=4 • Fais coucou ! de Giuliano Ferri et Julie Duteil aux éditions Minedition https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=1062117&id_rubrique=4 • Porculus (Edition de luxe) de Arnold Lobel aux éditions L'école des Loisirs https://www.lagriffenoire.com/1067717-romans-porculus.html • Isabelle de Arnold Lobel aux éditions L'école des loisirs https://www.lagriffenoire.com/1067718-romans-isabelle.html • La chute de Nixon de Georges Ayache aux éditions Perrin https://www.lagriffenoire.com/1056192-romans-la-chute-de-nixon.html • • Chinez & découvrez nos livres coups d'coeur dans notre librairie en ligne lagriffenoire.com • Notre chaîne Youtube : Griffenoiretv • Notre Newsletter https://www.lagriffenoire.com/?fond=newsletter • Vos libraires passionnés, Gérard Collard & Jean-Edgar Casel • • • #lagriffenoire #bookish #bookgeek #bookhoarder #igbooks #bookstagram #instabook #booklover #novel #lire #livres #sudradio #conseillecture #editionsseuil #editionsfleuve #editionsalbinmichel #editionsjailu #editionspoints #editionsdelamartiniere #editionskaléidoscope #editionsminedition #editions #editionslecoledesloisirs #editionsperrin
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