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EAN : 9782072915901
256 pages
Gallimard (21/04/2022)
3.73/5   91 notes
Résumé :
Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (48) Voir plus Ajouter une critique
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Labibliothequedemarjorie
  25 septembre 2022
Août 1939, en Alsace.
Marguerite est heureuse. Elle vient d'épouser Pierre. Ils se sont installés dans une jolie petite maison de campagne dans l'Est de la France. Même s'ils savent qu'un conflit se prépare de l'autre côté de la frontière, ils profitent de chaque instant. Les petits bonheurs quotidiens du jeune couple n'ont jamais eu autant de sens qu'à cette période.
Mais, au bout de seulement un mois, ce que tout le monde redoutait se produit. La France entre en guerre. Les hommes sont appelés. Pierre est mobilisé. Durant les six années qui suivent, Pierre et Marguerite ne se revoient que deux fois. En attendant, comme beaucoup de femmes, Marguerite doit vivre et survivre. le quotidien se réorganise. L'entraide est courante. Puis, les soldats allemands arrivent. Les envahisseurs. Marguerite rencontre Franz. Il n'est pas comme les autres. Franz a aussi dû quitter les siens. Il n'a pas souhaité cette guerre. Il lui tarde de rentrer. Franz fait parti du bataillon qui surveille le village. Il fait la connaissance de Marguerite.
Jack Durand est un journaliste et écrivain qui aime sillonner la France pour écrire des articles sur ses régions. Elles ont toute leur histoire, leurs coutumes et leur passé. Dans "Marguerite", l'auteur emmène le lecteur dans l'Est, en Alsace d'après les descriptions qui y sont faites.
Dès la première page, nous sommes en 1944 et ça démarre fort car on reproche à Marguerite ses actes.
"Marguerite ne sourit pas, Marguerite ne pleure pas non plus. Elle fixe simplement l'objectif du photographe. Un regard qui vous transperce comme un surin d'Apache. Deux yeux noirs et ronds semblables à des boutons de bottine avec des pupilles qui brillent qu'on les dirait lustrées par des crachats de haine. Pensez donc, elle a couché avec les Allemands, Marguerite, c'est écrit en gros sur son front et ses joues : trois croix gammées peintes d'un trait épais et gras de goudron encore tout frais."
Puis, on remonte le temps en 1939. A partir de cet instant, on la suit sur plusieurs années de peur, de solitude, face à la dureté de ce monde terrible.
L'histoire de Marguerite est celle des femmes durant la Seconde Guerre Mondiale. Seules, livrées à elles-mêmes, elles doivent continuer à élever les enfants, à s'occuper des anciens, à faire vivre les cultures, et les commerces, à vivre le plus normalement possible malgré les sirènes, les bombardements et l'occupation allemande. Elles doivent savoir se protéger, se défendre et prendre les distances avec l'ennemi.
A travers le portrait de son héroïne, l'auteur parle de l'occupation mais aussi de l'amitié franco-allemande, du regard des autres, d'une femme qui va prendre son destin en main et faire ses propres choix malgré les risques encourus.
Un excellent roman que j'ai eu plaisir à lire abordant la question du courage à travers un personnage fort, touchant et émouvant.
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hcdahlem
  10 mars 2017
Août 1944. Une grande partie de la France est libérée, mais au milieu de la liesse populaire se déroulent des scènes dramatiques, car il s'agit aussi de faire payer ceux qui ont pactisé avec l'ennemi, de se venger, voire de se dédouaner à bon compte. Quelques jours après la libération de la ville, trois gars attendent Marguerite à la sortie de l'usine pour la conduire sur la place de l'hôtel de ville où elle sera tondue, enduite de trois croix gammées au goudron sur son front et ses joues et affublée d'un carton portant l'inscription «collaboratrice horizontale».
Après cette scène inaugurale violente, Jacky Durand reprend le récit dans sa chronologie. Il retrace les cinq années qui ont précédé, depuis cette année 1939 qui a vu la célébration de son mariage avec Pierre et l'emménagement dans leur nouveau foyer. Un bonheur qui ne durera que quatre semaines, jusqu'à la mobilisation générale et le départ du jeune mari vers le front de l'Est. La période qui suit va être difficile à supporter pour la jeune fille, confrontée à une brutale solitude.
« Marguerite s'effraie et enrage de ce manque trop grand pour la seule absence d'un vivant, de son impuissance à la maîtriser, à le supporter. » Il lui faut certes gérer les affaires courantes, constituer des réserves pour l'hiver, mais le temps s'est comme arrêté dans l'attente d'informations venues de la ligne Maginot.
Et quand un cheminot arrive, porteur d'un message de son mari, les quelques lignes griffonnées pour rassurer son épouse sont décevantes.
Ce n'est qu'à l'approche de Noël qu'une vraie lueur d'espoir arrive : « Mon amour, retrouve-moi à la gare de A., le 24 vers midi, nous passerons Noël tous les deux, je te le jure. »
Un voyage périlleux qui a fallu ne jamais avoir lieu. Fort heureusement l'épouse d'un officier a offert son aide à Marguerite et elle a pu partager quelques heures d'intimité avec Pierre. Sans se douter que cette rencontre sera la dernière avant la fin de la guerre, Marguerite «sent déjà le froid de sa cuisine quand elle ouvrira la porte.»
Quelques heures de ménage chez Raymonde, la receveuse des Postes, vont permettre à Marguerite d'améliorer son ordinaire. Mais aussi de se rendre compte qu'une femme n'est pas forcément sous les ordres d'un mari, fidèle servante d'un ordre établi. le jour où elle découvrira que Raymonde s'est engagée dans la résistance, qu'elle fait passer la ligne de démarcation à des personnes recherchées, elle gagnera en assurance. Quand elle est embauchée à l'usine, elle tiendra tête au contremaître qui semble tenir pour acquis son droit de cuissage sur les ouvrières.
Une autre rencontre va la transformer bien davantage, celle du jeune André qui vit avec sa mère et ses frères et soeurs dans une roulotte. Elle offrira au garçon de la nourriture et des vêtements, il coupera du bois pour elle. Mais surtout, il se liera d'amitié avec Franz, un Allemand qui le prendra son son aile protectrice et évitera à la famille d'être raflée par la Gestapo.
Si Marguerite est plus que méfiante face à cet ennemi, il lui faudra bien vite convenir que ce soldat est «plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d'exécution. »
Avec beaucoup de finesse, l'auteur décrit ce lent et imperceptible mouvement, l'évolution de la psychologie de Marguerite, la mutation de l'attente «en un espoir immobile», ce «drôle de sentiment, mélange d'amertume, de résignation mais aussi de soulagement.» L'émancipation d'une femme qui choisit de ne plus subir, mais de décider de son destin, de chercher le vrai derrière les apparences, de ne pas cacher ses sentiments. Quitte à déplaire au point d'en arriver à la scène traumatisante qui ouvre le livre.
Car l'un des points forts de ce livre tient justement à sa construction. le lecteur va finir par comprendre pourquoi et comment Marguerite a été tondue. Mais il sera ensuite invité, en guise de conclusion, à suivre Marguerite durant l'été 1945. L'été où tout devient possible.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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lolols28
  05 mai 2019
Pour un premier roman, quelle réussite. J'ai adoré le style simple et limpide de cet auteur. Il commence par la scène la plus lourde où Marguerite est tondue à la libération, avec toute la violence et la cruauté des résistants de la dernière heure...Puis il remonte en arrière, en 39 où une toute jeune fille se marie 1 mois avant la mobilisation, c'est tout le chemin parcouru par cette jeune femme, seule et fière qui doit gérer cette période d'occupation, sa bonté, son désespoir, sa solitude et les nombreuses questions qu'elle se pose pour "l'après". Très humain, sans psychologie à 4 sous!! à lire!
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motspourmots
  29 janvier 2017
Marguerite. Un portrait de femme inoubliable. Plein de sensibilité dans sa façon de s'attacher aux détails d'une vie simple, aux sentiments d'une femme encore en devenir dont l'apprentissage est accéléré par les événements. On ne grandit pas de la même façon en temps de guerre qu'en temps de paix.
Dès la scène d'ouverture, le personnage de Marguerite vous happe pour ne plus vous lâcher. Une scène difficile, très dure, témoignage de ce qu'ont vécu des centaines de femmes après la guerre, une fois que la Libération a permis à ceux qui n'avaient pas eu le courage d'affronter les vrais ennemis de se rattraper sur des proies plus faciles et de se racheter une conscience. Que s'est-il passé pour que Marguerite se retrouve ainsi tondue, insultée et molestée en place publique ? C'est tout l'objet de ce premier roman très réussi qui nous plonge dans la réalité d'une existence parmi d'autres, celle d'une anti-héroïne simplement occupée à vivre du mieux possible.
Car Marguerite et Pierre sont mariés depuis moins de quatre semaines lorsque la guerre éclate à l'été 1939. Amoureuse, Marguerite attend, cultive ses légumes, nourrit ses poules dans cette campagne du nord-est de la France, à portée de train de la ligne de front sur laquelle rien ne bouge. Elle espère Marguerite. Après tout, ce ne devait être l'affaire que de quelques semaines, qui s'éternisent néanmoins. Dans le village, la vie s'organise entre femmes, à l'usine où règne un contremaitre profiteur et harceleur, dans les champs où il faut bien remplacer les hommes. Habituée à la tutelle d'un père, puis à l'idée de celle d'un mari, Marguerite doit apprendre à se prendre en charge, à se protéger et à décider pour elle-même. L'exemple de Raymonde, la postière engagée dans la Résistance, libre et rebelle la met sur la voie. La compagnie d'André, un petit gitan dont la famille se cache dans les bois lui apporte un peu de réconfort. L'arrivée de Frantz, un soldat allemand plus humain que soldat provoque en elle un chapelet de sentiments contradictoires.
L'auteur parvient à montrer une réalité loin des images d'Epinal. Une zone grise où les bons et les méchants ne sont pas ceux que l'on croit. Tout ceci est vu et perçu à travers les yeux de Marguerite qui oscille entre naïveté adolescente et méfiance instinctive. Les échos de la guerre et du sort réservé aux juifs et aux tziganes arrivent par bribes étouffées dans cette campagne éloignée des centres de décision. le sens du collectif s'efface souvent face aux intérêts personnels de ceux qui exploitent la situation pour en tirer un maximum d'avantages.
Le livre refermé, reste la figure de Marguerite, libre et fière, meurtrie mais debout face à l'hypocrisie. Une femme plus forte, tout simplement.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Aufildeslivres
  29 avril 2022
Marguerite est belle, intelligente, conforme à son éducation et à son époque où une épouse se dévoue à son homme, le seul, l'unique, avec lequel la vie s'écoule dans une maisonnette désuète aux biens succincts. L'amour gomme les aspérités et les jours glissent jusqu'au départ de Pierre pour la guerre dont il ne reviendra qu'à la libération.
Le roman débute brutalement en 1944 sur la violence des hommes dont les femmes ont pâti, tondues, humiliées sur les places communales pour avoir fricoté avec l'occupant. Marguerite est de celles-là, traînée face à la haine, rasée, insultée ; elle est de celles que l'on punit parce qu'elle est femme. A-t-elle fauté ?
Du départ de Pierre à son retour, l'auteur trace le destin de son héroïne dont l'émancipation se dessine peu à peu. L'amitié borde sa route, le courage, la force, jusqu'à l'amour aux fils discrets noués dans la solitude d'une nuit froide.
Introspectif, ce roman partage les divers sentiments de Marguerite, accrochés aux attentes, aux espoirs, aux désirs d'une femme jeune et seule que la vie voit éclore. Un peu cliché, il se lit sans déplaisir laissant parfois sur le bord de ses mots. Je n'ai pas été pleinement conquise mais j'avoue avoir passé un bon moment de lecture, vif et rapide, un peu en survol, sans parvenir néanmoins à ressentir pour la jeune femme une empathie véritable. Il m'a manqué un « petit quelque chose » pour vraiment me fondre dans l'histoire. Je le regrette.
La lecture d'un après-midi.
Lien : https://aufildeslivresbloget..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
KarineMLVLKarineMLVL   27 novembre 2022
À son arrivée, elle a tout de suite compris que le contremaître avait ses têtes parmi les femmes de l’atelier. Sa voisine, Josette, une petite blonde boulotte, lui a expliqué: « Un biscuit vitaminé, c’est une main aux fesses ou sur les seins ; la boîte complète, tu passes à la casserole. Si tu veux changer de machine, il faut ajouter un paquet de tabac, car il fume beaucoup, cet homme là. Pour passer au contrôle, et ne plus te salir les mains, il faut que tu deviennes une de ses régulières, mais bon courage, hein?»
Le contremaître est un homme plutôt jovial. Il promène sa cinquantaine bedonnante sur l’atelier en tirant sur son mégot. On dirait que l’Occupation lui plaît car elle lui procure un personnel exclusivement féminin. Il caracole en petit mal satisfait et repu parmi ses ouvrières.
(Page 151)
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KarineMLVLKarineMLVL   27 novembre 2022
Mais Marguerite, elle, redoute qu’avec les hommes revienne la soumission. Certes, elle ne l’a jamais connue, mais elle l’a vue sévir dans des couples autour d’elle. A force de privations et d’isolement, une lucidité et un constat irréversibles se sont imposés à Marguerite : les femmes peuvent autant que les hommes.
(Page 205)
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KarineMLVLKarineMLVL   26 novembre 2022
Et puis, il viendrait bien un jour - le plus tôt possible dans les vœux de Pierre – où elle pouponnerait. A l’été 39, ils n’osaient pas encore en parler concrètement mais cette idée de bébé émouvait Marguerite. et plus encore que la venue d’un enfant, c’était leur farouche, volonté de fonder une famille qui les enthousiasmait. Une famille, sans larmes, sans gifles, sans la terreur des retours d’un père pris de boisson et la froideur perpétuelle d’une mère. Une famille où l’on embrasserait pour Noël en se faisant des cadeaux. Une famille où le mari prendrait sa femme par le cou, la main, devant ses enfants.
Au lieu de cela, Pierre est au stalag, retenu par les boches, qui lui font écrire des lettres trop lapidaires pour être sincères, se dit Marguerite. Même ses mots d’amour lui paraissent édulcorés par la censure allemande.
(Page 99)
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KarineMLVLKarineMLVL   26 novembre 2022
Marguerite n’a pas voulu partir quand on a déclaré la ville ouverte. Pourquoi plier devant un tel destin quand, de toute façon, il s’accomplira ? Autant dire sa rage, son refus, faire un bras d’honneur plutôt que de tendre la joue. Non, elle ne fuira pas vers le sud en abandonnant son chez-elle. Même si elle voudrait Pierre près d’elle, elle s’est habituée à cette vie sans homme. Cette liberté inédite la grise.
(Page 90).
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hcdahlemhcdahlem   10 mars 2017
Marguerite descend de l’estrade par une petite échelle de bois, sa main droite serrant le haut de sa robe sous son menton. De profil, elle ressemble à l’un de ces grands oiseaux charognards qui ont le cou et la tête déplumés.
Pour la photo, on la fait mettre à genoux à l’avant d’une rangée d’hommes, plutôt jeunes, dont certains portent cartouchières et fusils. Ils sourient, insouciants comme des conscrits avant les classes. Un morceau de carton passe de main en main provoquant l’hilarité. On le place bien en vue devant les deux femmes afin qu’on puisse y lire les mots de « collaboratrices horizontales » peints en blanc. (p. 12-13)
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