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Critiques sur Moderato cantabile (66)
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marina53
  27 septembre 2015
Un après-midi de printemps. Une ville côtière. Les usines qui fument à l'autre bout de la ville. Une sonatine qui s'échappe de la fenêtre d'un immeuble. le petit garçon rechigne à jouer la sonatine de Diabelli. Tous les vendredis, sa maman, Anne Desbaresdes, l'épouse du directeur des Fonderies, l'emmène chez Melle Giraud. Elle, reste un peu à l'écart. Or, ce vendredi, un terrible cri provenant de la rue surgit. A la porte du café d'en face, des hommes et des femmes s'agglutinent. Une fois la leçon finie, Anne s'approche de l'établissement. Une femme aurait été assassinée par son amant. le lendemain, accompagnée de son fils, elle retourne sur les lieux du drame pour en savoir plus...

Une intrigue minimaliste, peu de personnages, un mystère qui reste entier et des non-dits chargés de sens et d'émotions... Voilà un roman aux tonalités particulières. Marguerite Duras orchestre parfaitement la rencontre entre ces deux âmes esseulées que sont Anne et Chauvin, ces deux coeurs qui battent la chamade en discordance. L'auteur chuchote les mots plus qu'elle ne les clame. L'on devine, l'on suppose, l'on attend ce qui va se jouer entre eux dans ce bar. On étouffe et on se débat. Ce court roman, troublant et passionnel, porté par une écriture précise et sans fioritures, est empreint d'une certaine mélancolie.

A noter que ce roman a été adapté au cinéma, deux ans après sa parution, avec Jeanne Moreau et Jean-Paul Belmondo.

Semplice ... Moderato cantabile...
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Kittiwake
  02 septembre 2017
Moderato cantabile c'est comme souvent avec Marguerite Duras une ambiance très particulière, une incursion dans un décor qu'imaginaire très cinématographique, avec le charme des films des années cinquante, un peu désuet dans le jeu des acteurs ou du cadrage, mais terriblement envoutant.

Peu de personnages : une jeune femme et son fils, une prof de piano, la tenancière d'un bistrot et un client intrusif : c'est autour d'une mort violente survenue dans le bar alors que les ouvriers de la fonderie voisine viennent trinquer à la fin d'une journée de labeur que des liens se nouent.

L'intrigue est mince et n'aboutit pas. Beaucoup de questions sans réponse, questions amenées par les personnages, sur le crime passionnel, sur les relations troubles entre Anne et Chauvin.
Peu importe, ce n'est pas ça qui compte. Les situations successives sont terriblement banales, et c'est leur répétition , qui crée cette impression d'épaisseur, de force. C'est ce qui subsistera à distance : une répétition de piano, l'ambiance d'un café à la sortie du travail, les échanges troubles entre une jeune femme bourgeoise et un des employés de son mari qui semble connaitre beaucoup d'elle.


La fascination du crime dont elle a été quasiment témoin agit comme un détonateur dans la vie d'Anne. Un événement extérieur et fortuit bouleverse l'édifice fragile sur lequel sa vie est construite. C'est une femme peu consistante, qui réagit peu aux leçons d'éducation de la prof de musique. Les leçons de piano deviennent un prétexte à une relation trouble avec un quasi-inconnu, avec qui elle n'hésite pas à s'enivrer. Les verrous s'ouvrent les uns après les autres.

Une femme, un enfant, un homme, de l'alcool, le décor durassien est planté. Reste au lecteur à se laisser emporter au fil des pages.
Belmondo et Jeanne Moreau ont-ils su mettre leur art au service de ce monument de la littérature?
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Ambages
  27 novembre 2017
Oh la claque ! Encore et toujours Duras. J'adore. Pas étonnée quand Dominique Aury écrit en 1958 « Marguerite Duras laisse dans l'esprit une sourde traînée de phosphore, qui brûle. » Il y a de la soumission dans ce roman, une chienne qui n'entre pas chez son Maître tant qu'il ne le lui a pas permis, qui va jusqu'à lui demander l'impensable et qui le réalisera, lui par amour, à la différence de ce pleutre de Sir Stephen. Mais j'y ai vu aussi du Boulgakov par cet enivrement des sens, comme si le chat -ici sous forme de vin rouge- entraîne Anne dans des tourments qu'elle ne comprend pas toujours, une part diabolique d'elle qu'elle n'avait pas encore entrevue. Et c'est érotique, tant cette fleur qui touche ses seins, la rondeur de cette poitrine dévoilée certains soirs, comme il aurait aimé y plonger, se frotter pour mieux sentir, éprouver. Et cette sensualité dans les jeux de main, ces frôlements, à regret. Chauvin, Gauvain, un autre parallèle qui me vient. Duras laisse le lecteur trouver sens à ce texte si minimaliste. J'y vois tellement, j'en suis encore sous le choc. Évidemment ce ne sont que des sensations, pas forcément justes du reste, mais ce texte est un sacré vibrato. Certainement pas moderato cantabile.
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zabeth55
  27 août 2015
Une ambiance surréaliste dans un décor très précis
un enfant qui apprend le piano à contrecoeur
une femme assassinée dans un café
la mère de l'enfant, étrange, étrangère à sa vie, désorientée
un homme mystérieux
Un texte tout en poésie.
C'est beau, c'est très beau.
C'est troublant et envoûtant
C'est comme une chanson triste, comme une longue plainte
Paradoxe d'un texte écrit d'une manière froide et détachée d'où émergent émotion et sensibilité.
Musical comme la sonatine de Diabelli, je relirai ce livre avec déléctation
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canel
  04 mai 2014
Anne Desbaresdes est la jeune épouse du directeur des Fonderies de cette ville côtière. Pendant la leçon de piano de son petit garçon, elle entend un cri, celui d'une femme mourant dans une dernière étreinte de son amant.

Anne est fascinée par ce crime passionnel.
Au point de retourner sur les lieux du drame, de réécrire inlassablement cette histoire avec un jeune ouvrier.
Au point de s'y noyer, jour après jour, le vin aidant.
Au point de s'identifier avec lui à ce couple.

'Moderato Cantabile' est un des livres fétiches de mes seize ans, je l'ai lu et relu.
Je la trouvais tellement classe, cette femme douce et paumée qui sort timidement de sa cage dorée et se met en danger. Tellement scandaleuse, cette épouse de patron qui s'enivre avec un ouvrier, attendant qu'il la brusque avec des mots.
Se perdre dans l'alcool et parler de passion dévastatrice avec un inconnu, ignorer le regard des autres et les convenances, frôler l'adultère... So chic !

Mais j'ai grandi et mûri, je vois l'alcoolisme différemment, non plus comme de l'élégance, de l'esthétisme, mais comme un symptôme. Cette jeune mère souffre, en effet : immature, fragile, effacée, étouffant d'ennui et perdue dans un milieu social qui ne lui convient pas.

Quoi qu'il en soit, trente ans plus tard, j'ai replongé dans ce texte avec le même plaisir et le même émerveillement que les premières fois.
De bien jolies choses malgré tout ce désespoir : la plume délicieuse, le nom de cette femme, sa douceur, sa réserve, sa "main dans le désordre blond de ses cheveux", la fleur de magnolia entre ses seins. Sa façon d'aimer son enfant, avec passion et désinvolture. Sa sensualité d'autant plus éclatante qu'elle n'est pas calculée, le désir qu'elle fait naître chez cet homme. Le trouble croissant entre eux, les errances nocturnes de l'homme devant son jardin, sous ses fenêtres, le parfum entêtant des magnolias... Et puis l'innocence, le pragmatisme et la sagesse, à travers la présence d'un enfant.

Somptueux. ♥
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LiliGalipette
  22 juin 2012
Pendant un cours de piano, le cri d'une femme retentit dehors. C'est un meurtre passionnel qui a eu lieu en bas, devant le café. Cet évènement trouble durablement Anne Desbaresdes qui accompagnait son jeune garçon au cours de musique. Quelques jours plus tard, elle revient au café, poussée par une curiosité un peu honteuse. Au comptoir, elle avale plusieurs verres de vin et entame une étrange discussion avec un témoin du crime.

« Si vous saviez tout le bonheur qu'on leur veut, comme si c'était possible. Peut-être vaudrait-il mieux parfois que l'on nous en sépare. Je n'arrive pas à me faire une raison de cet enfant. » (p. 33) Anne Desbaresdes est une mère trop affectueuse, anxieuse et dépassée. « Vous aurez beaucoup de mal, Madame Desbaresdes, avec cet enfant, […], c'est moi qui vous le dit. / C'est déjà fait, il me dévore. » (p. 16) L'enfant ne veut pas apprendre le piano, il ne veut pas perdre ses après-midi sur des gammes alors que le port est si près et que le bal des navires est si fascinant. « Quand même, […], tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. » (p. 20 & 21) Mais à quoi cela sert-il de connaître des indications musicales ? Ne vaut-il pas mieux jouer la mélodie comme on l'entend, même si l'on est en avance de plusieurs mesures ?

Ce court roman de Marguerite Duras ressemble à une pièce de théâtre : on y trouve la tension de certaines tragédies grecques, mais il y manque le drame, l'action. En fait, une fois le crime liminaire accompli, il ne se passe plus grand-chose et l'on suit Anne Desbaresdes et Chauvin sur le chemin d'un adultère incertain. le dialogue est composé de répliques en décalage : on n'est pas vraiment certain que ces deux-là s'entendent et se comprennent, mais il s'agit d'une absurdité régulière, étrangement acceptable.

Après le cri, il faudrait continuer la petite musique, modérément et de façon chantante, mais quelque chose s'est brisé dans l'harmonie artificielle d'avant, et la partition sonne faux. Anne Desbaresdes fuit l'ennui et laisse enfin s'exprimer sa haine des heures fixes, des partitions figées. le vin devient son évasion et plus rien ne reste dans ses limites.

À la fin de l'édition que j'ai choisie sont compilées les critiques contemporaines de la parution du roman. Ces textes donnent un nouvel éclairage et l'envie de reprendre la lecture parce que, c'est certain, on est passé à côté de quelque chose. À la fois fascinant et agaçant, ce roman concentre le talent de Marguerite Duras : plus que jamais, elle exprime son art de ne pas finir.
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nadiouchka
  26 juin 2017
C'est en faisant du rangement dans ma plus grande bibliothèque que j'ai retrouvé ce petit ouvrage de Marguerite Duras : « Moderato Cantabile », publié en 1958 et qui a été adapté au cinéma. Je l'ai relu rapidement pour en faire une petite critique malgré qu'il ait été, depuis ce temps, largement apprécié et chroniqué. Mais tant pis, je tenais à le faire moi aussi.

L'histoire commence ainsi :
« - Veux-tu lire ce qu'il y a d'écrit au-dessus de ta partition ? Demanda la dame.
- Moderato cantabile, dit l'enfant. (…)
- Et qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
- Je sais pas ». (page 9).

Et voilà un petit garçon, très têtu, qui refuse, d'une part de répondre à cette question tant de fois posée dont il connaît la réponse ; d'autre part, de jouer la sonatine de Diabelli. Ceci au grand dam de la personne engagée pour lui donner, une fois par semaine, des leçons de piano, sous les yeux attendris de sa mère.

Tout d'un coup, un cri éclate dans la rue : on vient d'assassiner une femme.

Nous allons avoir comme personnages principaux :
* L'enfant : un garçonnet blondinet, solitaire, qui adore les bateaux, qui aime sa mère, doué pour le piano mais qui refuse d'en jouer, prétendant qu'il n'aime pas ça.
* La mère : Anne Desbaresdes, héroïne de ce livre, qui aime son fils dans son entêtement et qui en rit même mais ne sait pas comment s'y prendre pour vaincre l'obstination de celui-ci.
* La professeur de piano : Mlle Giraud, revêche et antipathique avec la mère, très sévère avec l'enfant. 
* Chauvin : qui va devenir l'ami d'Anne rencontrée dans un café.
* On peut aussi parler de la patronne de ce café, car elle se montre curieuse et aussi complice des rencontres de Chauvin et d'Anne en leur servant jusqu'à plus soif du vin. Il faut dire que ces deux-là n'arrêtent plus de se voir et de boire pendant qu'Anne ne cesse de poser des questions sur le meurtre.
Il s'agit donc surtout de ces rendez-vous, entrecoupés par les leçons de piano qui représentent pour l'enfant une corvée dont il se passerait bien.

Si vous pensez que j'ai raconté l'histoire, pas du tout, je n'ai indiqué que la trame car il y règne une forme de tension et de nombreux non-dits, à découvrir.
Pourquoi Chauvin verse-t-il du vin sans cesse à Anne qui s'enivre à en être malade ? Comment va réagir Anne devant le désir qui s'éveille en elle ? Est-ce que l'enfant va finir par jouer ce qu'on lui demande et comment va-t-il réagir devant l'attirance de ces deux êtres ?

Les questions sont nombreuses ; le cheminement de l'histoire se fait lentement mais de façon rythmée justement par les leçons de musique et les envolées de notes lorsque l'enfant joue.

Ce qui apparaît comme un grand scandale silencieux autour d'Anne et de Chauvin, va trouver une conclusion, à la fin du livre, d'une façon toute simple, par quelques mots.

Marguerite Duras a bien décrit la sensualité qui se dégage de son oeuvre, la complicité entre la mère et l'enfant, la relation ambiguë se nouant entre l'homme et la femme.

Ce fut un grand plaisir de relire cet ouvrage de cette écrivaine née en Indochine – dramaturge – scénariste et réalisatrice, dont j'avais déjà apprécié, entre autres : « L'Amant » (Prix Goncourt en 1984) , « Hiroshima mon amour », « Un barrage contre le Pacifique »… pour ne citer que ceux-ci.
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anyways
  22 septembre 2014
En lisant quelques critiques et articles, ici et là, j'en suis arrivée à la conclusion que Marguerite Duras, avec ce magnifique roman qu'est Moderato Cantabile, nous a tous laissés bien perplexes. Pourquoi?

On peut s'attacher aux personnages, à cette femme désespérée qui ne semble plus vibrer que pour son enfant, dans un enfantement sans fin qui la fait terriblement souffrir, peut-être parce que justement, elle sait qu'il n'est pas sans fin. On peut détester cette vieille prof de piano qui a oublié son enfance au pays de la rigueur sévère et de l'opiniâtreté maladive. Qui donne des coups sur le clavier du piano d'un enfant, en répétant "moderato cantabile" comme un perroquet, à tel point que ce n'est plus chantant du tout. On peut avoir beaucoup de sympathie pour cet homme qui attend une femme malheureuse dans un même bar, sans la juger, sans lui faire sentir que parce qu'elle est la femme du chef, elle est exclue de ce monde des ouvriers qui viennent dans ce même bar, tous les soirs, après le travail.

Et bien sûr, il y a cet enfant, que les gammes n'intéressent pas, mais qui ferait n'importe quoi pour faire plaisir à sa mère. Et s'il n'aime pas les gammes et qu'il fait exprès d'oublier ce que veut dire "moderato cantabile", peut-être que c'est parce qu'il voit que la musique est le seul moyen que sa mère a trouvé pour tenter une forme de séparation.

Mais le problème est qu'il n'y a pas que les personnages. Il y a les signes. La mer, le bateau, la lumière. Il y aussi un meurtre, que personne ne voit mais que tout le monde entend. Un crime passionnel qui fascine Anne et Chauvin tant ils aimeraient eux aussi mourir de passion. Alors il va falloir remplir le manque d'images par les mots. Et se raconter une histoire. Il y a aussi le vin, l'odeur des magnolias, une grande maison vide. Davantage de signes que de personnages, pour sûr.

Ainsi en ressort cette impression de vide et d'irréel. le roman est court et épuré, et il parait tellement long, non pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il fonctionne comme un appel d'air, il nous happe par la présence de l'absence. Et on ne saura pas la fin, comme dans le Square, mais on aura cette certitude, il y a eu une rencontre, et il y a eu du langage.

Paradoxalement, parler est peut-être ce qui reste de mieux à faire pour tenter (peut-être en vain on ne sait pas) de lutter contre, justement, un manque à dire. Et si on ne sait jamais comment ça finit vraiment chez Duras, c'est peut-être parce que la parole n'est jamais vraiment certaine ou acquise, mais elle a le mérite d'exister, et de donner de jolies choses.

Marguerite Duras est pour moi la plus belle poète de l'inaccomplissement.

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araucaria
  24 septembre 2016
Un roman que j'avais acheté, parce que ma fille a étudié le piano, et que j'étais tombée par hasard sur un extrait du livre, évoquant une leçon de piano! le seul passage intéressant du roman certainement, qui est d'un ennui mortel et que j'ai quand même terminé car je souhaitais rentabiliser mon achat. Un texte qui remplace avantageusement le plus efficace somnifère!
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blandine5674
  31 août 2015
Roman sur la jouissance. A défaut d'avouer ses envies à un homme, une bourgeoise découvre l'éloge de l'ivresse. Une vie de platitude où la seule liberté qu'elle a c'est lorsqu'elle emmène son enfant adoré à la leçon de piano. Jusqu'au jour où elle sera témoin d'un crime passionnel. Livre relu grâce à la belle critique de zabeth55.
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