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Critiques sur Un barrage contre le Pacifique (89)
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palamede
  03 septembre 2016
Un barrage contre le Pacifique, sans être une autobiographie, a été inspiré à Marguerite Duras par son adolescence en Indochine.

Après avoir économisé pendant de longues années, une veuve achète une concession dans le sud de l'Indochine. Mais les terres se révèlent incultivables car inondées régulièrement par le Pacifique. La seule solution est de construire des barrages. Malheureusement, comme ils s'avèrent insuffisants face aux assauts de l'océan, la vie de la femme, avec deux adolescents à sa charge et la pression d'une administration corrompue, devient une survie. Pour s'en sortir, il y a bien ce jeune chinois qui tourne autour de sa fille, mais quand le riche père de celui-ci refuse l'idée d'un mariage, devant tant d'infortune, la folie n'est plus loin.

Marguerite Duras dépeint une vie dans les colonies qui va à l'encontre de l'idée que l'on s'en fait habituellement. En Indochine, les maîtres sont les locaux fortunés et non les colons grugés, harcelés et ruinés par l'administration coloniale, qui ne leur laisse d'autre choix qu'un retour en France. Bien que décrit avec beaucoup de froideur, on ne peut qu'être touché par le sort de ces gens qui ont tout perdu, alors qu'ils espéraient dans un exil salutaire. Mais ce pays et cette adversité ont forgé des personnalités fortes. Il suffit pour s'en convaincre de voir le parcours exceptionnel et le talent de celle qui nous raconte son histoire dans Un barrage contre le Pacifique.
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Nastasia-B
  02 août 2012
Marguerite Duras nous livre ici ses souvenirs d'adolescence indochinoise d'avant guerre (période 1920-1930) au moment même où la France est engagée dans la guerre d'Indochine. C'est donc probablement avec une certaine douleur que ces lignes furent écrites, d'autant plus que son histoire personnelle n'est pas elle-même, dénuée de douleur.
Elle nous conte, de façon un peu romancée, le calvaire de sa mère, institutrice pauvre ayant perdu son mari et s'étant fait berner par l'administration coloniale dans l'achat d'un terrain complètement inexploitable car inondé par les eaux salées de la mer de Chine en période de mousson. Laquelle mer de Chine est dénommée Pacifique par la mère, comme si seul un ennemi de cette taille avait le droit de lui causer des misères, et contre les furies duquel elle va s'échiner à tenter de construire une digue pour protéger les terres du sel dévastateur et ainsi les rendre exploitables.
L'aventure tournera au fiasco et la mère y laissera jusqu'à son dernier sou, plongeant la famille dans une misère noire. Joseph, le frère aîné de la narratrice, garde rancune de ce mauvais coup du sort et cultive une sorte de misanthropie bourrue d'homme des bois qui a quelque chose de touchant.
Aussi, la jeune Marguerite va-t-elle être convoitée par un fils de famille richissime, un chinois, inversant ainsi le rapport ordinaire entre blancs et asiatiques. Une relation très ambiguë va naître, soutenue par l'argent, où la jeune héroïne sera tiraillée entre les désirs avides de sa famille néanmoins pondérés par leurs accusations de prostitution. Un amour impossible d'un côté comme de l'autre (le père fortuné menace de déshériter son fils s'il se compromet avec la française), et plus largement une vie impossible, sans espoir autre que l'exil, à savoir le retour en France.
Un très bon livre, peut-être pas le plus grand chef-d'oeuvre de tous les temps, mais une vision poignante à 99% autobiographique. J'en retiendrais surtout les personnages ambigus qu'on ne sait trop si l'on doit aimer ou détester, à savoir le frère et la mère. L'histoire de l'héroïne m'a moins transporté. Marguerite Duras est revenue trente-cinq ans après la publication de ce roman sur cette période et y a apporté des précisions et des modifications dans L'amant.
D'une façon générale ce livre vaut surtout, à mon sens, pour ses personnages et sujets secondaires, comme par exemple la critique de l'administration coloniale, mais comme toujours, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, une goutte d'eau dans le Pacifique.
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Aaliz
  28 mai 2014
Ma première lecture de Marguerite Duras remonte à presque vingt ans. J'avais lu L'Amant suite à l'étude d'un extrait pour le bac ( j'étais même tombée dessus à l'oral). le souvenir que j'en garde se limite à des impressions dues au cadre de l'intrigue, l'Asie coloniale, la chaleur, l'atmosphère lourde, quelques visions de persiennes laissant filtrer les rayons du soleil et les clameurs de la rue mais aussi et surtout un profond ennui.
A l'occasion du centenaire Marguerite Duras, j'ai lu Un barrage contre le Pacifique et j'ai bien cru que j'en retirerai la même chose. D'une manière générale, j'ai trouvé ma lecture assez difficile, surtout au tout début. Il m'a fallu près de la moitié du roman pour me plonger dedans et m'adapter au style. J'étais assez perplexe, j'avais l'impression de lire un livre écrit à deux mains. Des passages au style pauvre et maladroit alternant avec des envolées de toute beauté. Les personnages sont au premier abord assez antipathiques et pas du tout attachants. Leur vulgarité et leur vénalité m'ont choquée presque plus que leur misérable condition et leur malchance.

La première moitié du roman se consacre principalement à mettre en place les personnages et leur situation : une femme ayant perdu très tôt son mari doit se débrouiller pour pourvoir à ses besoins et ceux de ses enfants. D'abord institutrice à sa venue en Indochine, elle a du trouver d'autres postes pour nourrir les siens et se constituer un petit capital. Ce capital, représentant une bonne dizaine d'années d'économies, elle décide de l'investir dans une concession qu'elle s'engage à mettre en valeur et à cultiver. Malheureusement, son terrain est régulièrement recouvert par de hautes marées rendant toute culture impossible. Sa mésaventure ne semble pas être un cas isolé mais plutôt une arnaque bien rôdée profitant aux agents du cadastre et à l'administration coloniale. La mère et ses enfants tentent de survivre comme ils peuvent et attendent.
Ce roman est celui de l'espoir et de l'attente, l'attente de l'événement qui viendra changer leur condition, le miracle qui leur permettra de partir et de vivre enfin. La mère se démène et s'entête : la construction des barrages, ses entreprises pour caser sa fille, toutes ses tentatives se soldent par des échecs. Mais elle persiste jusqu'à s'en rendre malade et son impuissance la mène jusqu'aux portes de la folie.
L'ennui que l'on peut ressentir à la lecture de cette première partie reflète celui de cette famille qui voit les jours passer dans cette même et pénible attente, dans la lenteur du temps qui s'écoule quotidiennement tantôt à l'ombre du bungalow, tantôt sous la chaleur écrasante du bord de piste.

Tous les détails relatifs à la vie dans la colonie sont passionnants. Marguerite Duras brosse un portrait de l'Indochine coloniale bien loin de toute vision idyllique : la corruption des fonctionnaires coloniaux, la misère des petits colons, celle des indigènes, la ségrégation géographique des villes coloniales. Elle se livre à une véritable étude sociologique de la population coloniale, des habitants permanents, des agents de passages, les colons qui ont su profiter de la manne coloniale : plantations de latex, de riz, marchands de textiles, diamantaires, ceux qui sont contraints au trafic pour survivre : contrebande d'alcool, trafic de l'opium … A travers le personnage du caporal, les indigènes ne sont pas oubliés : la faim, la prostitution, la forte mortalité des enfants, les maladies sont autant de calamités que les colons ne cherchent même pas à enrayer.

Je disais donc que j'avais eu des difficultés à prendre les personnages en sympathie. Hormis la mère, qui ne peut que susciter la compassion par sa force, son courage et son espoir obstiné, j'ai trouvé Suzanne, sa fille, et Joseph, son fils, effroyablement égoïstes, vulgaires et comme le dit également M.Jo : immoraux. Ils semblent se moquer des efforts de leur mère et ne cherchent leur salut que par la fuite. Joseph attend qu'une femme et l'amour l'emmènent loin de cette vie dont il ne veut plus. Suzanne attend patiemment le long de la route qu'une des rares voitures s'arrête pour s'enfuir à son bord. Elle refusera deux bons partis auxquels elle ne s'intéressera que par intérêt et pour réconforter sa mère.
Malgré tout, peut-on les blâmer au vu des conditions de vie qui sont les leurs ? Au fur et à mesure qu'on avance dans le roman, on finit par les comprendre et on se laisse attendrir. La plume de Marguerite Duras se fait plus assurée, plus constante, plus incisive et rageuse. La lettre de la mère aux agents du cadastre est un véritable bijou, un cri de colère délectable. La longueur des chapitres s'adapte au rythme des évènements et on ressent bien cette accélération dans la deuxième moitié du roman.

Le titre même du roman souligne le côté dérisoire de la situation : un seul petit barrage contre la force des flots d'un océan, reflet des efforts désespérés de la mère et qui semblent si insignifiants face aux obstacles de la vie : le pouvoir, les autorités, les éléments naturels, la société, la quête du bonheur, le dénuement matériel.

Au final, Un barrage contre le Pacifique est un roman qui déroute et qui nécessite, tout comme la mère, de la patience et de l'obstination pour découvrir derrière une façade d'ennui et de simplicité, un récit engagé dont l'inspiration autobiographique renforce la puissance et le tragique.


Lien : http://0z.fr/yGDpM
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sultanne
  06 juin 2012
Voilà qui risque de remettre en question notre vision exotique de la colonisation. Ce récit, d'une grande justesse, nous transporte au fond de l'abîme colonial. Là où les blancs sont traités aussi misérablement que les "indigènes", où l'administration broie avec froideur et avidité des vies entières, Marguerite Duras nous fait traverser une frontière insoupçonnée, marquée de sang et de sueur, celle perdue dans les fameuses concessions coloniales, machines à fric incultivables qui fait le bonheur des plus riches.

L'atmosphère, constamment tendue, explore avec sécheresse et froideur les relations ambivalentes entre les êtres humains revenus à une vie quasi-primitive où le lien social, ne tenant qu'à un fil, fait osciller le malheureux entre son statut d'homme et celui d'animal. Les sentiments et les émotions n'ont pas leur place dans ces sociétés où la survie occupe la tête de la pyramide des besoins. Les personnages sont dénués d'humanité, à l'image de cette mère dévastatrice, de ce frère sauvage, de ce M. Jo anihilé ou de cet Agosti trompeur...

En toile de fond de cette Indochine rêvée, un questionnement existentiel sur le sens de la vie laisse entrevoir une pensée presque marxiste, crachant sur un capitalisme écoeurant. Une réflexion sur l'évolution, lente et invisible de l'espèce humaine et sur la liberté de l'être humain saisit le lecteur incrédule. Celle qui n'a pas de nom (la "mère"), être informe qui, avec son prénom, semble avoir perdu toute forme d'humanité, la "mère", étrange matrice stérile dont ne sortent plus que l'injure et l'entêtement, va laisser place à une génération nouvelle, plus forte et plus vivace, prête à reconstruire une réalité nouvelle à la lueur des erreur commises.

Du Marguerite Duras splendide, choquant, intrigant.
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claudine42
  04 février 2015


Une histoire coloniale. La mère, ancienne institutrice, et le père s'installent dans cette Indochine lointaine tenté par les écrits propagandistes de l'époque. le père meurt et la mère reste seule avec deux enfants à sa charge, Joseph et Suzanne. Elle jouera du piano dans un cinéma de quartier pendant dix ans, histoire de faire des économies pour obtenir une concession de la Direction générale du cadastre. Mais faute de leur avoir versé quelque pot-de-vin,on lui attribue une parcelle incultivable. La mère s'entête à faire désespérément pousser quelque chose sur ces terres stériles. Elle a l'idée de créer un grand barrage qui protégerait ses terres ainsi que celles de ses voisins, des assauts dévastateurs des grandes marées. le barrage évidemment ne tiendra pas longtemps et c'est ici que Marguerite Duras commence son roman.
Joseph a vingt ans, Suzanne en a seize. La vie s'écoule misérable au milieu de ces terres putrides et ingrates. Tout n'est que délabrement. Un vieux bungalow, une vieille auto qu'on rafistole comme faire se peut. Une vie de misère agrémentée de temps à autres par les visites de ces inspecteurs du cadastre qui viennent constater les avancées des plantations. Mais des avancées, il ne peut y en avoir. Une vie de misère.
Et pourtant l'énergie et un fol espoir n'ont pas quitté cette mère qui refuse l'inévitable, à savoir le départ définitif de ces deux enfants pour des horizons plus souriants. Elle se détruit le mental et la santé tant son désir est grand de voir pousser quelque chose. Elle veut reconstruire un barrage et montrer à ces fourbes du cadastre que c'était possible. Mais bon ce projet fou et tous les autres ne sont que châteaux en Espagne. Des illusions. Désillusions... Toute ambition sera vouée lamentablement à l'échec. Restera le moyen de soudoyer un riche propriétaire terrien attiré par les charmes sauvages de la jeune Suzanne. Lui faire payer son droit de visite en quelque sorte par quelques généreuses donations.
C'est un roman dur, violent qui nous montre l'existence d'êtres pathétiques et misérables qui se débattent et luttent contre des éléments déchainés. L'Océan et les agents du Cadastre. L' acharnement de survie, l'amertume de voir tout s'écrouler, le dépit. Et puis ces paysages coloniaux. Cette Indochine mystérieuse qui ne se livre pas si facilement et que l'auteur connaît très bien puisqu'elle y a vécu. Désespérément noir, désespérément beau !

Livre fort et poignant malgré quelques longueurs au début.
Enfin ! c'est du Duras, comme j'aime . (Ceci n'engage que moi bien sûr )



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Gwen21
  15 octobre 2012
Mon mari et moi habitions dans le Lot-et-Garonne depuis peu quand, voulant découvrir la région, mon mari me concocta l'un de ces petits week-ends surprises dont il a le secret. Il m'emmena à Duras. Nous nous baladâmes, nous visitâmes le château et, au dîner, il m'offrit Un barrage contre le Pacifique.

Jusqu'alors, même si le nom de l'auteur me disait bien quelque chose, je ne savais rien de l'oeuvre de Marguerite Duras, je ne savais rien non plus de sa vie ni de son expérience indochinoise. Mais immédiatement, ce roman aux parfums d'orient me mit l'eau à la bouche. Tandis que je découvrais des paysages aussi peu familiers pour moi que ceux de la planète Mars puisque je ne voyage qu'en Europe, je m'aidais en faisant défiler dans ma mémoire les très belles images du film de Wargnier "Indochine". Je pense que c'est à ce prix que la magie du roman a opéré sur moi.

J'ai aimé le dépaysement du récit ; la lutte contre la misère des colons français, ces "oubliés du bout du monde". Le style Duras m'a quelque peu rebutée au premier contact mais j'ai été heureuse d'avoir persévéré car je me suis finalement assez vite acclimatée à son écriture. Il est probable que je lirai d'autres Duras dans l'avenir.
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michfred
  02 septembre 2017
Avec le recul, c'est sans doute le roman de Duras que je préfère.

Parce que la folie rôde, parce que la pauvrete écorche, parce que l'océan est inexorable, parce qu'il y a tout déjà de ce qui va faire l'univers de la romancière - et surtout parce qu'elle ne le sait pas encore et n'en joue pas.
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candlemas
  27 janvier 2018
Une fois n'est pas coutume, ce matin 27 janvier, j'ai décidé de me faire un plaisir égoïste en "démontant" des écrivains que je n'aime pas –rien de personnel, bien sûr…- , de préférence décédés, puisque plus là pour se défendre... vu qu'ils s'expriment forcément beaucoup mieux que moi...

Donc, après Céline, Marguerite...

A sa décharge, Un Barrage contre le Pacifique partait avec des fondations branlantes puisqu'il s'agissait d'une lecture de classe imposée. En plus, je ne suis pas fan de romans autobiographiques, bien que l'exotisme indochinois eût pu peut-être compenser ces a priori.

Même avec le recul rien n'y fait ;

Je l'avoue, le côté pathétique de l'histoire de Suzanne, même mâtiné d'une ironie sur soi bienvenue, ne m'a pas touché. Sans doute le point commun avec Céline est-il la peinture désenchantée des travers de la vie et de l'humain, si éloignée de mes convictions -littéraires et tout court... -. Quitte à être affreusement lucide, autant en rire, avec Boris Vian ou Cavanna, Frédéric Dard ou Alexandre Jardin...

Encore une fois je peux admettre un intérêt historique : sans doute la parution en 1950 de cet ouvrage peignant, dans une grande désillusion, la face sombre du colonialisme, a-t-il positivement préparé le « civilisateur » français à la décolonisation au même titre que la claque de Dien Ben Phu.

Le style m'a paru plat, les dialogues creux. L'influence du nouveau Roman, qui déstructure l'intrigue et aseptise les personnages, a beaucoup gêné le jeune lecteur que j'étais alors. Depuis, j'ai un peu pris goût à ces expérimentations, mais plus chez Gide, Mauriac ou Beckett que chez Duras. Celle-ci, en effet, laisse le lecteur démuni face à l'effacement de l'intrigue, là où les auteurs du Nouveau Roman proposent des sons, des tableaux, une instantanéité. Tout en restant mutique sur ses motivations, elle nous parle d'elle, notamment dans ses rapports amoureux ou maternels compliqués… est-ce alors au lecteur de se glisser dans la peau d'un thérapeute ? Personnellement, je n‘en avais pas envie, et la vocation ne m'est toujours pas venue depuis.
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Marti94
  06 février 2015
"Un Barrage contre le Pacifique ", publié en 1950, n'est pas le premier roman de Marguerite Duras mais c'est celui qui en a fait une écrivaine reconnue et appréciée grâce à sa modernité.

L'action se situe en Indochine française dans les années 30. Une ancienne institutrice, mère de deux enfants déjà grands, Joseph et Suzanne, essaie de faire vivre une concession malgré les incessantes incursions de l'océan dans ses cultures : bâtir des barrages pour arrêter les vagues devient sa raison de vivre.
Ce roman raconte la difficulté de la vie des petits blancs par rapport aux riches planteurs ou membres de la bourgeoisie coloniale, commerçante ou financière. C'est aussi une dénonciation des abus des fonctionnaires de l'administration coloniale.

Mais ce roman est surtout l'histoire d'une relation entre une mère et sa fille, Suzanne, qui n'est autre que Marguerite Donnadieu qui deviendra plus tard Marguerite Duras. En effet, "Un Barrage contre le Pacifique" inaugure des figures féminines qui hanteront les futurs romans de Marguerite Duras, tout d'abord par la présence de la mère, une femme en lutte mais une femme livrée corps et âme à l'amour de son fils. Et puis, la femme à la recherche de l'amour absolu ou de l'absolu de l'amour, de l'amour comme une nécessité mais de l'amour toujours impossible. Enfin, on retrouve essentiellement la douleur des femmes, la souffrance féminine, la fatigue d'exister des femmes et leurs efforts toujours recommencés. Ce roman est vraiment magnifique!
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Levant
  30 décembre 2016
"Moi monsieur j'ai fait la colo,
Dakar, Conakry, Bamako.
Moi monsieur, j'ai eu la belle vie,
Au temps béni des colonies.

La chanson de Michel Sardou évoque les relents de cette blâmable nostalgie qui peut animer le vieux colon rentré en métropole et se remémorant l'époque glorifiée où il avait "pleins de serviteurs noirs" et "quatre fille dans son lit".

Marguerite Duras a bien connue cette époque. C'est celle de sa prime enfance dans les années vingt et trente, non pas en Afrique mais au Viet Nam, la Cochinchine de l'époque. Ce n'est cependant pas la nostalgie qui l'anime dans cet ouvrage en partie auto biographique. Il aura eu en tout cas, pour nous lecteurs de ses lendemains, le mérite de révéler son talent. Un talent qui lui vaudra plus tard le prix Goncourt, en 1984, avec L'amant.

Un barrage contre le Pacifique, c'est l'histoire d'un combat en peine perdue pour rendre des terres cultivables. C'est surtout le symbole du combat tout aussi vain contre l'administration, quand on n'a pas les moyens de la soudoyer. Voilà donc l'épreuve que vit "la mère", veuve que l'on ne connaîtra que sous ce vocable, et ses deux enfants Joseph et Suzanne, en butte à l'administration coloniale toute puissante et corrompue. Pour cette famille aux antipodes tant du monde que de la suffisance, le statut de colonisateur n'a rien du temps béni de colonies.

Dénonciation douce amère d'un climat qui a embrumé le paysage de l'enfance de Marguerite Duras et qui plus tard fera le sujet de l'une des nombreuses causes de ses engagements.

"Entre le gin et le tennis,
Les réceptions et le pastis,
On se serait cru au paradis,
Au temps béni des colonies.
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