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Armel Guerne (Autre)
ISBN : 2253039799
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/1986)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 131 notes)
Résumé :
Une panne de voiture amène Alfredo Traps, agent général et représentant exclusif du tissu synthétique Héphaïstos, à interrompre son voyage. Rien n'est libre à l'hôtel du village où il s'est arrêté et on lui indique l'adresse de quelqu'un qui ne refusera sûrement pas de l'héberger.
En effet,. son hôte, un très vieux monsieur, l'invite même à dîner avec lui et ses trois amis. Aimerait-il participer aussi à leur jeu ? Chaque soir, ils exercent à nouveau pour se ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Patsales
  05 décembre 2019
Oh la belle ouvrage! En une centaine de pages, Dürrenmatt parvient à nous faire rire, à distiller une vague terreur, à donner faim, et, comme si cela ne suffisait pas, à provoquer d'affolantes interrogations métaphysiques.
Le héros (très peu héros au demeurant) est contraint de demander l'hospitalité à des vieillards fort peu compassés qui lui feront prendre conscience, à grands renforts de crus classés et par un habile interrogatoire, qu'il est sans doute un fort vil assassin.
La panne n'est pas seulement celle qui immobilise la voiture de notre commercial, Dürrenmatt y voit le symbole même de notre société matérialiste : nous craignons davantage les caprices des objets qui nous entourent que les coups d'un dieu vengeur découvrant nos turpitudes.
De fait, Alfredo Traps connaît son épiphanie justement de se connaître assassin. Il se sent magnifié par son crime qui le sort de sa médiocrité et lui donne un destin. Et surtout il pleure d'extase d'avoir été mis à nu, « appesanti et pacifié par le vin, il goûtait comme une volupté d'être ce qu'il était, (...) d'être vraiment soi-même et sans mensonge, sans plus rien à cacher, sans secret ». Dieu sonde les reins et les coeurs et le pécheur crie encore. Si Dürrenmatt a souffert de son éducation religieuse, il n'était pas catholique. Pourtant, je ne peux m'empêcher de lire ce conte comme une réflexion sur la confession -un peu à la manière de Rousseau, autre Suisse, qui tirait son sentiment de supériorité de sa grande capacité à s'autoflageller.
Et je trouve que ce texte mérite d'autant plus d'être lu que sa critique de notre individualisme est particulièrement mordante: comme le dit le juge dans ses attendus, « Il avait tué parce qu'il trouvait naturel d'acculer son semblable sans égard ni pitié ». Cinquante ans plus tard, on ne saurait mieux dire.
Ma sentence sera donc sans appel: lisez Dürrenmatt !
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Luniver
  20 avril 2012
Un voyageur de commerce, Alfredo Traps, tombe en panne dans un petit village. Par paresse, et par l'espoir d'une aventure galante, il décide de ne pas rentrer en train et de passer la nuit sur place. le seul hôtel du coin affiche complet, et on le redirige chez un juge à la retraite qui héberge volontiers quelques voyageurs de passage.
Le juge l'accueille avec plaisir, et l'invite au souper qu'il allait partager avec deux autres amis. Les trois vieillards, juge, procureur et avocat à la retraite, lui proposent de participer à un jeu : à chaque dîner, ils s'amusent à refaire un procès célèbre. Puisqu'Alfredo est présent, accepterait-il de jouer le rôle de l'accusé ? le voyageur acquièsce avec plaisir, mais se déclare parfaitement innocent de tout crime, au grand dam de l'avocat qui lui conseille vivement de confesser quelque chose d'anodin, plutôt que de laisser le procureur trouver un crime par lui-même.
Comme Alfredo s'entête dans son innocence, le procureur, au cours du dîner, lui pose quelques questions adroites sur sa réussite professionnelle, l'accident cardiaque de son ancien supérieur et son comportement avec la femme de ce dernier. L'accusé répond à ces questions avec une totale franchise, dans la joie et la bonne humeur. On lui construit petit à petit un crime astucieux, pour sa plus grande fierté.
Drôle de petit livre, sur le thème de la justice, la culpabilité et la conscience, et bien difficile à classer : nouvelle, conte, pièce de théâtre ? L'ambiance est particulière, un procès qui se déroule pendant un somptueux repas, au milieu des rires, des embrassades et des déclarations d'amitié, tout en conservant une touche de gravité. La chute m'a beaucoup surpris, et fait beaucoup réfléchir. Un livre qui se lit vite, mais qu'on oubliera pas facilement.
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folivier
  15 juin 2012
Court roman d'humour noir, Friedrich Dürrenmatt nous raconte l'histoire d'Alfredo Traps, représentant pour une entreprise de textile. Sa voiture est tombée en panne près d'une petite bourgade. Tous les hôtels de la ville sont complets, Alfredo Traps accepte d'être hébergé pour la nuit par un vieux monsieur. Celui-ci ancien juge à la retraite organise avec ses amis, un avocat et un ancien procureur, des soirées autour d'un dîner très copieux et très bien arrosé. La soirée est l'occasion pour ces vieillards d'organiser un procès dont l'accusé est l'invité de dernière minute. Convaincu que nous avons tous quelque chose à cacher, une part d'ombre, les retraités s'évertuent d'interroger leur invité pour découvrir les failles, les faiblesses. Alfredo Traps, homme de 50 ans, petit-bourgeois, satisfait de lui-même, trompant sa femme lorsque l'occasion se présente, prêt à tout pour réussir dans sa vie professionnelle se retrouve accusé du meurtre de son supérieur hiérarchique, décédé d'une crise cardiaque, risquant la peine de mort... ah oui au cours de la soirée, Traps découvre que le quatrième personnage présent, commerçant est également à ses heures perdues le bourreau de la ville.
Sous la forme d'un conte, Dürrenmatt, mène une réflexion sur la justice,la culpabilité et montre qu'à trop vouloir réveiller le passé, faire ressurgir nos mauvaises actions, réaliser ce que nous sommes réellement cela peut être très destructeur.
Ce petit roman est précédé d'une sorte de préface, intitulée "première partie" dans laquelle, Dürrenmatt, dévoile sa conception du roman. Il s'interroge sur la possibilité d'écrire une histoire sans parler de soi, sans étaler son moi, sur l'absurdité de l'acte d'écrire, dans quel but ? Pour en arriver à la conclusion : "Et dans ce monde, il ne reste plus guère que quelques rares histoires encore possibles, où perce encore timidement un semblant de réalité humaine, à travers l'anonyme visage de quelqu'un, parce que parfois encore la malchance, sans le vouloir, va déboucher dans l'universel, une justice et sa sanction se manifestent et peut-être la grâce aussi qui sait ?"
La seconde partie, le roman par lui-même est l'illustration de cette conclusion.
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Croquignolle
  04 décembre 2017
Il faut avoir du courage et aimer Dürrenmatt pour se plonger dans ce petit recueil au titre peu accrocheur et à la couverture austère. Tous les témoins de la lecture ennuyeuse sont au vert. C'est donc vraiment à reculons que j'ai ouvert ses pages.
J'ai lu trois oeuvres de Dürrenmatt. J'aurais dû savoir qu'avec lui il faut s'attendre à tout : au plus fou, au plus délirant, au plus dérangé, au plus surprenant, au plus pétillant. La panne ne déroge pas à la règle.
Dès les premières pages, j'ai revu mon avis et j'ai dévoré avec un immense plaisir cette histoire décalée.
La panne de voiture est le prétexte à ce huis-clos drôle à souhaits qui met en scène une affaire judiciaire de la plus haute importance. Les personnages-acteurs sont attachants et jouent leur rôle à la perfection. Et j'aurais donné n'importe quoi pour pouvoir assister, participer à cette folle soirée en compagnie des 4 compères fous, autour de succulents mets et de vieux vins très rares.
Les mots se succèdent, les sourires apparaissent, la panse se remplit, les fous rires envahissent l'histoire pour délivrer une fin aussi délicieuse que le vacherin servi au dessert.
Friedrich Dürrenmatt est décidément un grand maître. A lui va toute mon admiration !
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Corboland78
  01 septembre 2017
Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) est un écrivain, auteur de roman policier, dramaturge et peintre suisse de langue allemande. Petit-fils d'Ulrich Dürrenmatt, célèbre satiriste, poète et politicien bernois, Friedrich Dürrenmatt hérite de son esprit provocateur qui caractérisera ses travaux ultérieurs. Après une adolescence mouvementée il poursuit ses études à l'université de Berne. Il y étudie la littérature allemande et l'histoire de l'art, mais aussi les sciences de la nature. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à 24 ans, il écrit sa première pièce de théâtre, Les Fous de Dieu, qui provoque un scandale après sa première, le 19 avril 1947, ce qui le rend célèbre bien au-delà des frontières suisses. Au cours des années suivantes, il lutte pour gagner sa vie comme écrivain et pour surmonter un diabète handicapant. Il se met à écrire des nouvelles, des romans policiers, et des pièces radiophoniques pour subsister, mais il n'a jamais renoncé à écrire des pièces de théâtre. Dramaturge mondialement reconnu, il est également peintre : « l'écriture est sa profession, et la peinture sa passion ». Son roman, La Panne, date de 1958 pour l'édition française.
Alfred Traps, un représentant de commerce, tombe en panne de voiture dans un village. Obligé de passer la nuit là et l'auberge étant complète, il est hébergé par un juge à la retraite et invité à partager le dîner avec ses amis eux aussi anciens hommes de loi. Ces repas, copieux ( !) sont prétextes à un jeu, simuler un procès et ce soir, c'est Traps qui sera l'accusé sans que personne ne sache encore de quoi il serait coupable.
Court roman ou longue nouvelle, qu'importe puisque voici un excellent petit bouquin ! Très drôle tout du long, jusqu'à la chute qui l'est beaucoup moins, obligeant ainsi le lecteur à prendre un temps de réflexion sur ce qu'il vient de lire. Une construction réussie en somme.
Le roman est un huis-clos. Une poignée de notables autour d'une table richement garnie, « Un menu comme on en servait autrefois, du temps que les hommes n'avaient pas peur de manger », chacun endossant un rôle, avocat de la défense, juge, procureur et même l'ancien bourreau est de la partie. On mange, on boit, les questions à l'adresse de Traps se succèdent, lequel prend tout cela à la rigolade malgré les conseils de son avocat d'un soir. Puis, un début d'intrigue commence à sourdre, Traps a débuté dans le métier par la petite porte mais aujourd'hui il a fait fortune et circule dans une grosse voiture luxueuse, une promotion obtenue grâce au décès de son supérieur, mort d'une crise cardiaque. Pour nos valeureux hommes de loi, il y a là un terreau fertile à exploiter et ils vont s'en charger car « derrière chaque action peut se cacher un crime et derrière chaque individu un assassin. »
D'autant que l'accusé parlant à tort et à travers, ouvre la porte aux quiproquos induits par le langage propre ou figuré. Traps accumule les preuves contre lui-même par ses propos irréfléchis, bien qu'innocents en vérité, mais qui prennent un autre écho dans le contexte d'un procès. Au fur et à mesure que le « procès » avance, l'attitude de l'accusé va évoluer, la rigolade d'abord et longtemps puis à l'écoute du scénario développé par l'accusation, il va se découvrir autre qu'il n'est, « je commence à me comprendre moi-même, comme si j'étais en train de faire la connaissance de celui que je suis… » en arrivant au point de revendiquer le crime dont on l'accuse, avec une sorte de joie secrète à découvrir quel genre d'homme il serait et la gloire qu'il en retire.
Entre le polar et le roman philosophique, ce bouquin est jubilatoire jusqu'à la chute qui elle, est d'un autre registre. Une lecture chaudement recommandée.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
CroquignolleCroquignolle   04 décembre 2017
L'espace d'un instant, il y eut de nouveau comme un silence de mort dans la pièce. Et brusquement ce fut un tumulte assourdissant, un véritable ouragan de rires, une tempête de jubilation, des cris, des hurlements, des gesticulations insensées. La tête chauve vint embrasser Traps sur les deux joues, le serrer à pleins bras ; le défenseur perdit son lorgnon à force de rire, clamant et hoquetant qu'avec un pareil accusé, on ne pouvait décidément pas se fâcher ! Une liesse délirante avait emporté le juge et le procureur en une folle sarabande autour de la pièce : ils tambourinaient sur les murs, ils cabriolaient sur les chaises, se congratulaient avec effusion, brisaient les bouteilles vides, ne savaient plus que faire pour exprimer l'intensité vertigineuse de leur plaisir. Grimpé sur une chaise au beau milieu de la pièce, le procureur glapissait de toute la force de ses poumons que l'accusé avait avoué, avoué, avoué, et bientôt, assis maintenant sur le haut dossier, il chanta les louanges de ce cher invité qui jouait le jeu à la perfection de la perfection !
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LuniverLuniver   15 avril 2012
Il n'y a pas d'innocence qui tienne, mon jeune ami ! Et dites-vous bien : ce qui importe, ce qui décide de tout, c'est la tactique ! Ce n'est plus de l'imprudence, croyez-moi, c'est de l'impudence que de prétendre à l'innocence devant notre tribunal, si vous voulez bien me permettre d'exprimer la chose en termes mesurés. Il serait beaucoup plus adroit, tout au contraire, de s'avouer coupable et de choisir soi-même le chef d'accusation : la fraude, par exemple, si profitable aux hommes d'affaire ! Il reste alors toujours possible, au cours de l'interrogatoire, de faire ressortir que l'accusé s'était exagéré les choses : qu'il ne s'agissait nullement d'une fraude caractérisée, mais bien d'un innocente accommodation des faits, d'une manière de présenter les choses sous un certain jour, à des fins purement publicitaires, ainsi qu'il est couramment d'usage dans le monde des affaires. Sans doute, le chemin qui conduit de la culpabilité à l'innocence reconnue est-il un chemin ardu, mais aucunement impraticable; vouloir conserver une innocence intacte, par contre, est vraiment sans espoir et ne peut guère entraîner que des conséquences catastrophiques. vous ne risquez plus que de perdre, là où vous aviez des chances de l'emporter; sans compter qu'en négligeant de choisir vous-même votre culpabilité, vous serez contraint de porter celle qu'on vous imposera !
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folivierfolivier   15 juin 2012
Car le petit bourgeois, l"homme moyen limité aux seules apparences n'aurait rien su voir d'autre, ici, qu'un quelconque accident, un simple fait du hasard, ou tout au plus une fatalité naturelle, (...) ; mais à la faire ressortir sur le plan moral, dans l'enchaînement profond des effets et des conséquences, on redonne à la vie son sens plein, sa valeur de chef d'oeuvre, son mystère; on pénètre dans la tragédie où tout le tragique humain se fait jour, se dégage des ombres, monte en pleine lumière, prend forme, prend son sens pur, se dessine, se parfait, s'accomplit sous nos yeux. (pge 118/119 Ed LdP)
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Corboland78Corboland78   01 septembre 2017
Le procureur n’était lui-même pas loin des larmes quand il reprit, la voix mouillée : « Sa meilleure soirée, affirme notre noble ami. Voilà ce que j’appelle une parole, messieurs, un mot inoubliable, une parole touchante ! Qu’il vous souvienne du temps que nous avons passé au service de l’Etat, à accomplir une tâche rébarbative. Ah ! ce n’était pas en ami que se trouvait devant nous l’accusé, c’était en ennemi ! Et celui que nous pouvons enfin aujourd’hui serrer sur notre cœur, il nous fallait alors le repousser, rejeter… Sur mon cœur, cher ami ! » Quittant sa place après ces mots, le procureur se jeta sur Traps pour l’embrasser tumultueusement.
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folivierfolivier   15 juin 2012
Et dans ce monde, il ne reste plus guère que quelques rares histoires encore possibles, où perce encore timidement un semblant de réalité humaine, à travers l'anonyme visage de quelqu'un, parce que parfois encore la malchance, sans le vouloir, va déboucher dans l'universel, une justice et sa sanction se manifestent et peut-être la grâce aussi qui sait ? (pge 13 Ed LdP)
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Videos de Friedrich Dürrenmatt (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Friedrich Dürrenmatt
Bienvenue à la clinique psychiatrique « Les Cerisiers ». Trois patients y sont enfermés. Ils sont tous les trois physiciens. L'un se prend pour Newton, l'autre se prend pour Einstein, le troisième s'appelle Möbius et prétend avoir des visions du roi Salomon. Hasard ou coïncidence ? En l'espace de trois mois, Newton et Einstein ont tué les infirmières chargées de veiller sur eux. L'inspecteur Richard Voss mène l'enquête... Qui est vraiment fou dans cette histoire ? Et si dans le salon de la villa se jouait (rien que ça !) le sort de l'Humanité ?
VIDÉO AMATEUR Musique "Piano Trio No. 2 in E flat major D.929 (1989 Remastered Version): II. Andante con moto" de Yehudi Menuhin/Hephzibah Menuhin/Maurice Gendron (Google Play • iTunes)
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