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ISBN : 2072771846
Éditeur : Gallimard (16/08/2018)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 143 notes)
Résumé :
À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale.
C’est l’hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l’encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes.
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Critiques, Analyses et Avis (72) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  08 décembre 2017
C'est l'hiver à Sokcho. Il n'y a rien à faire. Les touristes ont déserté la station balnéaire, proche de la frontière entre la Corée du Sud et celle du Nord. le vent et le froid engourdissent la ville et les âmes. Aussi, lorsque cet homme, perdu dans son manteau de laine, une valise à la main, demande à la réceptionniste de cette pension s'il peut rester quelques jours, elle est surprise. L'enregistrement fait au nom de Yan Kerrand, originaire de Granville, elle lui présente l'annexe où il dormira et la salle de bain commune. Qu'est donc venu faire ce français, dessinateur de bandes dessinées, dans cet endroit si calme, si vide ? Elle ne le voit pas beaucoup, il vaque dans sa chambre, parle peu tandis qu'elle s'ennuie dans cette pension où elle y prépare les repas et nettoie les chambres...
Un hiver à Sokcho, c'est la rencontre, presque impossible, de deux âmes esseulées, un Français et une Franco-coréenne. Ils se frôlent, se jugent et se jaugent, s'épient, s'approchent pour aussitôt s'éloigner. Leur rencontre se fait silencieuse. Un hiver à Sokcho, c'est ce moment suspendu, cette sorte de flottement, de parenthèse inattendue. Cet homme qui passe son temps à dessiner et elle qui ne semble ne vouloir être que sous sa plume. Moment d'abandon, de quête de soi, où l'on prend conscience que la vie n'est qu'une fuite, que l'autre, à jamais, reste inaccessible et les désirs inassouvis. La plume gracile, aérienne et tout en retenue d'Élisa Shua Dusapin nous plonge dans une ambiance intime, vaporeuse et céleste.
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Kirzy
  20 juillet 2018
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce - pourtant - court roman. La faute à un sentiment de déjà-lu et à une écriture tellement épurée qu'elle peine au départ à donner du relief à ces pages de l'infime et d'un quotidien qui peut sembler insipide.
Et puis le charme m'a prise. Je me suis laissée bercer par la sensualité des mots pour décrire les liens qui se tissent en silence entre l'héroïne sud-coréenne et le Français taiseux, les ressentis météorologiques dans cette Corée hivernale, la préparation minutieuse des plats qui disent beaucoup plus que des paroles, le cheminement de l'encre sur le papier lorsque l'étranger dessine et peint sous le regard clandestin de la narratrice. Les sentiments s'affinent, l'envie et le besoin d'émancipation s'affirment chez la jeune femme sous emprise d'une vie qu'elle subit. C'est très subtil.
Certains passages sont surprenants, lorsque le roman quitte les sentiments éthérés pour revenir sur terre, notamment un, très saisissant, qui décrit le visage de la tante de l'héroïne lors d'un repas avec les aliments qui s'y engouffrent et en sortent d'une façon quasi animale.
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Annette55
  17 janvier 2017
Rencontre improbable, aérienne, impalpable, contemplative entre deux êtres que tout sépare quoique…
A Sokcho, petite ville portuaire de la Corée du Sud, la narratrice, une jeune franco-coréenne qui n'est jamais allée en Europe rencontre Yann Kerrand, un auteur de bande dessinée, venu chercher l'inspiration loin de sa Normandie natale.
L'intrigue est mince, le vocabulaire précis, l'ambiance feutrée, semblable à un huit-clos.
Un récit très mélancolique, poétique, retenu, où les mots sont déposés d'une manière délicate qui nous plonge dans l'hiver sud-coréen, dans une pension de famille sclérosée , un peu délaissée par le froid et les liens fragiles se nouant entre deux êtres .
La narratrice conte et commente l'oeuvre de Yann Kerrand, son héros, dont la propre histoire se fond progressivement pour se clore sur « des traces de pas dans la neige ».
Je n'en dirai pas plus.
Une oeuvre difficile à commenter, d'une grande sensibilité, une rencontre singulière où le froid ralentit tout.
Une confrontation entre deux cultures qui touche le lecteur, une écriture lumineuse, efficace, épurée.
Un premier roman qui peut se relire afin d'en apprécier la subtilité et la délicatesse.
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Lolokili
  30 mai 2017
On est à Sokcho.
Et c'est l'hiver.
D'où le titre.
Elle est sous la frontière entre les deux Corées, cette ville portuaire qui trimbale tant bien que mal sa routine assoupie sous une brume insistante. Il faut le savoir, Sokcho hors saison c'est un peu la misère.
Et puis, frémissement léger dans ce temps suspendu, une rencontre éphémère. Un auteur français en quête d'inspiration, une jeune autochtone figée dans ses journées ordinaires, deux sensibilités solitaires, deux cultures.

Entre eux, comme à Sokcho, il ne se passe pas grand-chose. Mais quand Elisa Shua Dusapin effleure ce pas grand-chose de sa plume singulière, à la fois pudique et lapidaire, c'est tout une atmosphère qui s'esquisse, mêlant le sensuel au trivial, le poétique à l'insignifiant, suggérant délicatement l'attente et les silences, quintessence de cette histoire qui n'en est pas vraiment une, mais peu importe.

C'est une belle expérience que la découverte de ce premier roman. Gracieuse franco-coréenne de vingt-cinq ans à peine, Elisa Shua Dusapin trouble et surprend par son écriture épurée, intimiste, et déjà si maîtrisée.
Une auteure subtile et prometteuse, incontestablement.


Entre nous je ferais juste ma chagrine quant à l'usage ici du verbe ramener, au lieu de rapporter. Trois fois en moins de vingt pages, ça m'a un peu chiffonnée (faut bien lui trouver un petit défaut à Elisa)
https://www.projet-voltaire.fr/regles-orthographe/apporter-ou-amener-emporter-ou-emmener/
(c'était la minute pédagogique)

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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sandrine57
  06 août 2018
Dans le froid de l'hiver coréen, Yan Kerrand, dessinateur de BD normand, débarque à Sokcho, une ville portuaire proche de la frontière nord-coréenne. Il échoue dans une petite pension où travaille une jeune franco-coréenne qui n'a pas connu son père, n'est jamais allée en France, parle la langue mais préfère s'exprimer en anglais. Elle est immédiatement attirée par cet homme qui apporte avec lui un coin de ce pays qu'elle porte en elle sans le connaître. Leurs deux solitudes vont se jauger, se confronter, s'apprivoiser. Pudeur pour elle, choc culturel pour lui, un homme, une femme, une ville engourdie par l'hiver...
Un livre court où il ne se passe pas grand chose et pourtant...Beaucoup de poésie, de délicatesse, de pudeur s'en dégagent, et tellement plus que l'histoire d'un homme et d'une femme séparés par des cultures différentes. En peu de mots, avec pour cadre une petite ville, l'auteure réussit à nous faire voir la Corée dans son ensemble avec ses sourires, son sens du service, sa savoureuse cuisine, sa douceur de vivre, sa quiétude mais aussi la tentaculaire Séoul qui attire les jeunes de province pour les perdre, la pression sociale qui s'exerce sur les filles en âge de se marier, le culte de la beauté qui a fait de la chirurgie esthétique un acte banal, un cadeau que l'on offre pour un anniversaire et, bien sûr, la guerre civile de 1953 qui a coupé le pays en deux et la voisine du Nord qui reste une menace permanente.
Un huis-clos subtil et délicat où les sentiments sont tus pour laisser parler les sensations, la suggestion, la retenue. Une moment hors du temps à savourer au coeur de l'été pour se rafraîchir un peu.
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critiques presse (1)
LeJournaldeQuebec   09 janvier 2017
Cet étonnant premier roman a été l’une de nos plus belles découvertes du temps des Fêtes... et on a eu envie de la partager!
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   25 juin 2017
Ses doigts glissaient avec timidité sur le papier. Le pinceau balbutiait sur les proportions du corps. Du visage surtout. Elle prenait un accent oriental. Il ne devait pas avoir l'habitude de représenter des femmes, j'en avais peu vu parmi ses personnages. Lentement, ses traits se sont faits plus sûrs. Elle s'est mise à tournoyer dans une robe. Tantôt maigre tantôt voluptueuse, bras étendus ou ramassés, tordue toujours, elle se modelait sous ses doigts. De temps à autre, Kerrand arrachait un morceau de feuille pour le mâchonner.
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PiatkaPiatka   26 juin 2017
Ce qui sculpte une image, c'est la lumière.
En regardant bien, je me suis rendue compte qu'au lieu de l'encre, je ne voyais que l'espace blanc entre deux traits, l'espace de la lumière absorbée par le papier, et la neige éclatait, réelle presque.
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BazartBazart   23 octobre 2016
" Le bruit de la plume s'est fait continu, lent comme une berceuse. Avant de m'endormir, j'ai essayé de retenir les images qu'il avait fait naitre en moi, de ne pas les oublier car je savais qu'elles auraient disparu quand je pénetrais dans la chambre le lendemain".
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hcdahlemhcdahlem   26 septembre 2016
En retournant à la réception, j’ai fait un détour par le marché de poissons pour chercher les restes que ma mère me mettait de côté. J’ai traversé les allées jusqu’à l’étal quarante-deux sans prêter attention aux regards levés sur mon passage. Vingt-trois ans après que mon père avait séduit ma mère puis était reparti sans laisser de traces, mon métissage français restait source de commérages.
Ma mère, trop fardée comme toujours, m’a tendu un sac de bébés poulpes :
- On n’a que ça en ce moment. Il te reste de la pâte de piment ?
- Oui.
- Je vais t’en donner.
- Pas la peine, j’en ai encore.
- Pourquoi tu ne l’utilises pas ?
- Je l’utilise !
Dans un bruit de succion, elle a enfilé ses gants de caoutchouc jaune et m’a dévisagée, suspicieuse. J’avais maigri. Le vieux Park ne me laissait pas le temps de manger, elle allait lui parler. J’ai protesté. Depuis que je travaillais j’engloutissais des toasts chaque matin et des litres de café au lait, je n’avais sûrement pas maigri. Le vieux Park avait mis du temps à s’habituer à ma cuisine mais il me laissait maîtresse des repas de la pension.
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marina53marina53   08 décembre 2017
Lorsque lui dessinait, il donnait le sentiment de ne penser qu'au mouvement de l'avant-bras, l'image semblait naître ainsi, sans idée préconçue.
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Vidéo de Elisa Shua Dusapin
Présentation de "Les Billes du Pachinko", deuxième roman d'Elisa Shua Dusapin. Disponible dès le 23 août 2018 en librairie. Plus d'informations sur http://editionszoe.ch/livre/les-billes-du-pachinko
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