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EAN : 978B085F2P4HV
238 pages
Éditeur : Aux forges de Vulcain (07/05/2020)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 147 notes)
Résumé :
Issu d'une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d'être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l'Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques.
Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s'embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et deve... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
Cannetille
  15 janvier 2021
Placé très jeune à la mort de son père, Liesse s'est si bien débrouillé dans ses fonctions au sein du comptoir commercial de son île que, remarqué par la brillante et aristocratique ambassadrice impériale Malvine Zélina de Félarasie, il en devient le secrétaire attitré : un poste qui va le placer aux premières loges des événements qui mèneront l'Empire à sa perte.

Dystopie mâtinée de science-fiction, le récit nous transporte dans un empire imaginaire, dont les hauts fonctionnaires n'ont pas encore pris la mesure des transformations que d'étranges péripéties récemment survenues ont déjà initiées. Ce bouleversement à première vue incompréhensible tant il remet en cause leur référentiel, va finir par secouer si durement les fondations de leur monde qu'un nouvel ordre verra bientôt le jour, à l'issue d'une éprouvante et dramatique transition.

Après un long démarrage qui pourra sembler rébarbatif et risquer de désorienter un lecteur assez longtemps en mal de repères, l'histoire sort enfin du seul thème de l'administration d'une province reculée d'un vaste et puissant empire, pour s'incarner de manière plus vivante dans les aventures, cette fois captivantes, de Liesse et de Malvine. Tandis que les personnages gagnent en épaisseur et en humanité dans leur confrontation à l'adversité et à l'écroulement de leur univers, puis dans leur acharnement à reconstruire un avenir pour les êtres qui leur sont chers, l'intrigue maintenant en place se développe dans des directions surprenantes qui font apprécier l'imagination de l'auteur et l'habile construction d'un récit original et bien pensé.

Douloureuse fin d'un âge mais aussi début d'un nouvel ordre qui, au passage, aura, quasi par accident, permis l'éradication de l'esclavage, cette épopée aux allures de légende illustre à la fois la fragilité d'une société et son inépuisable capacité d'adaptation et de réinvention, selon l'adage maintes fois vérifié que les crises favorisent les plus grandes transformations. Un grand et long voyage donc, pour les personnages perdus dans l'épaisseur du temps, entre un passé et un futur qui ne cessent de s'entremêler, mais aussi pour l'humanité, dont les progrès s'effectuent parfois par de bien violents soubresauts.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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MarcelineBodier
  07 mai 2020
La magie a opéré.
Pourtant, ce n'était pas gagné : je ne lis pas de fantasy, je ne suis pas attirée par un livre décrit comme « un conte merveilleux ».
Oui, mais j'ai quand même tenté ma chance : David Meulemans, l'éditeur des Forges de Vulcain, fait actuellement des vidéos sur YouTube pour parler de son métier. Or, elles m'ont donné envie de lire toute sa collection les yeux fermés. Il parle de ses auteurs comme de ses Brancusi, dont il serait le forgeron qui travaille à rendre leurs textes parfaits… il parle de son idéal en littérature : non pas produire des livres qu'on fabrique en série pour les vendre à tout prix, mais forger de beaux objets dans l'espoir que l'un d'eux, peut-être, changera un jour la vie de quelqu'un.
Or, en ce printemps très particulier, sa maison d'édition sort un livre, un seul, un premier roman écrit par une autre éditrice, Claire Duvivier. C'est certainement la garantie d'une intertextualité riche (sur Babelio, elle a déjà suscité une référence à Ursula K. le Guin) : n'étant pas du tout familière du genre, je ne peux pas y être sensible, mais la simple idée que ce « conte merveilleux » est situé au carrefour d'un riche réseau de références fait partie de celles qui m'ont donné envie de le découvrir.
Et la magie a opéré. Pourtant, j'ai résisté pendant tout le début du texte. Parce que je me sentais étrangère à ce monde, et aussi parce qu'un conte merveilleux, c'est un livre qui se construit lentement, dont on ne comprend pas tout de suite où il nous emmène ni pourquoi. Il faut s'approprier les personnages, se laisser intriguer par le nom de Gémétous, l'inconnu.e à qui Liesse conte son histoire, et dont on ne saura qu'à la fin quelles émotions contradictoires suscite l'idée que c'est à cette personne, et pas à une autre, que le livre est adressé.
J'ai accepté tout cela, j'ai persisté au-delà des premières pages qui ne me ressemblaient pas, et quel souffle m'a alors rattrapée ! J'ai adoré l'évidence avec laquelle j'ai accepté la manière dont le surnaturel donne la clé de l'expérience extraordinaire et insoupçonnable qu'a vécue Malvine Zélina de Félarasie. J'ai adoré ne pas me demander si c'était l'enfant en moi qui s'était laissée pénétrer de cette évidence, ou la lectrice qui reconnaît les mots qui parlent à son inconscient. J'ai adoré voir le nom poétique de Malvine écrit in extenso tout au long du roman. J'ai adoré que le livre soit parcouru de leitmotivs récurrents (autour de la fonction du toucher notamment), semés légèrement, qui permettent de faire déboucher l'ouvrage sur une des plus belles dernières pages de roman que j'aie jamais lues, peut-être même la plus belle (vraiment).
Pourquoi cette magie a-t-elle finalement opéré sur moi ? Peut-être parce que Claire Duvivier a créé un monde dont le surnaturel n'est pas convenu : elle n'affuble pas ses personnages de chapeaux pointus, de formules magiques et de titres bizarres. Son surnaturel ressemble à celui qui est dans la tête de chacun, d'une manière informe, désordonnée, semi-invisible à nos propres yeux, et qu'elle a rendu cohérent et visible, incarné dans un monde qu'elle a bâti.
Dès lors, son monde ressemble au nôtre, sauf qu'il abolit les frontières entre ce qui est réputé réel et ce qui est réputé imaginaire, et sauf qu'il en profite aussi pour redéfinir les rapports entre les êtres. J'ai particulièrement apprécié que la question du féminisme ou de la place des femmes ne se pose pas : simplement parce que c'est un monde où les femmes occupent une place qui ne dépend ni dans un sens ni dans l'autre du fait qu'elles sont femmes. Pourtant, le viol existe, l'exploitation sexuelle aussi ; mais ils n'essentialisent rien, ils ne créent pas des destins limitants. Ça, c'est intéressant, et c'est peut-être la position de la fantasy qui le permet, puisqu'il est bien entendu que l'auteur crée un monde avec des règles qui n'ont pas de raisons d'être les mêmes que d'habitude.
Est-ce que je lirai encore de la fantasy, pour que la magie opère de nouveau ? Je ne sais pas. Je continue à ne pas avoir envie de naviguer dans un monde de mages et de sorcières. En revanche, s'il existe un pan de littérature qui se situe sur cette ligne étroite de l'imaginaire à la fois clairement imaginaire et pourtant totalement crédible, alors oui, je demande à voir ! En attendant, je répète volontiers les paroles de l'éditeur de Claire Duvivier sur les réseaux sociaux, maintenant que j'ai vérifié par moi-même que je pouvais aimer ce roman : « plus que de la fantasy : un des meilleurs romans de cette année, tous genres confondus ».
Merci aux Editions des Forges de Vulcain et à #NetGalleyFrance pour cette très belle découverte.
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JustAWord
  08 avril 2020
Qu'arrive-t-il quand une éditrice prend la plume ?
C'est à cette question qu'Un Long Voyage tente de répondre.
Premier roman de Claire Duvivier, l'une des co-fondatrices des excellents éditions Asphalte avec Estelle Durand, Un Long Voyage se range dans la catégorie fantasy mais pas n'importe laquelle : une fantasy dénuée de créatures fantastiques et autres mages qui jalonnent habituellement ce genre d'histoires.
Trouvant son chemin auprès des Forges de Vulcain, Un Long Voyage tente à présent de se faire une place dans les rangs de la fantasy française en évitant les pièges du premier roman. Un exercice pour le moins complexe.
Un voyage inattendu
Loin des stéréotypes habituels, Un Long Voyage s'ouvre sur un tabou.
Celui qui entoure Liesse, petit garçon du village de Roh-henua, l'une des îles de l'Archipel, dont le père décédé laisse la charge écrasante de trois enfants à une mère désormais seule. Les sages du peuplement décide alors que le cadet de la famille sera retiré de la garde de sa mère pour alléger son fardeau.
C'est ainsi que Liesse est confié au comptoir impérial de Tanitamo, capitale de l'Archipel situé sur l'île de Tan-henua.
Vendu comme un esclave, il atterrit donc au sein de la communauté impériale, occupant et souverain de l'Archipel, dont les membres vont l'élever comme l'un des leurs par la force des choses.
Au sein de cette concession, Liesse va rencontrer une figure importante de l'Empire, une jeune régisseuse promise à un avenir particulièrement brillant : Malvine Zélina de Félarasie. Au fil du temps, le jeune homme se lie d'amitié avec Malvine jusqu'à accepter de l'accompagner à l'autre bout de l'Empire dans la Cité-État de Solmeri, la plus petite province impériale.
Il n'a alors aucune idée que sa vie en sera changée à jamais et qu'il devra, un jour, raconter les terribles événements qui s'abattirent sur les habitants de Solmeri pour que les générations futures connaissent la vérité sur leur propre passé.
Histoire intimiste dès les premières lignes, le récit de Claire Duvivier emprunte la plume de son personnage principal, Liesse, qui couche en réalité ici les différentes étapes de son existence dans un but affiché dès le début : témoigner au sujet de Malvine, grand personnage historique du monde où évolue notre modeste héros.
Avant toute chose, Un Long Voyage explique la jeunesse d'un gamin qui, toute sa vie durant, se sentira étranger, pris entre les mâchoires de ses propres origines et des diverses influences étrangères qui s'exerceront sur lui au fil du temps, des îles de son enfance à la Cité-État de Solmeri en passant par la capitale de l'Empire, Grande-Quaïma. Avec une langue remarquablement subtile et d'une fluidité déroutante, l'autrice française décrit non seulement un monde sobre et crédible par petites touches mais surtout un voyage, celui de Liesse (et de Malvine au passage) à la fois sur le plan matériel mais aussi, et surtout, sur le plan psychologique. le lecteur devient ainsi l'invité d'une existence, suivant les remous qui viennent secouer Liesse et les gens qu'il croisera.
Perpétuer l'Histoire
Surtout, Un Long Voyage parle du temps et de l'histoire, celle avec un grand H et celle, plus méconnue mais toute aussi importante, qui utilise une minuscule pour une vie que l'on pourrait croire entre parenthèse.
Liesse livre non seulement son autobiographie mais également la biographie de Malvine, cette grande servante de la Timonerie (le nom donné à l'Administration de l'Empire) qui finira injustement dans l'ignominie.
Ce Long Voyage est aussi celui de la réhabilitation, celle d'une femme qui aura voulu vivre sa vie de la façon la plus droite possible malgré les épreuves et qui aura donné jusqu'à son dernier souffle pour son peuple assiégé.
Claire Duvivier explique l'importance de l'historien et de la vérité transmise à travers les âges. Entre les lignes, Liesse se fait témoin de son époque, témoin d'une société qui se termine et d'une autre qui commence. Il contemple avec horreur le passé se heurtant au présent avec tous les dangers que cela suppose…
Si le noeud de l'intrigue pourrait se situer dans la mystérieuse disparition de Malvine, c'est à côté qu'il faudra pourtant chercher, dans le regard d'un homme qui affronte les mêmes tourments que les gens du peuple et qui les comprend donc d'autant mieux. En se mettant à hauteur humaine, l'autrice porte un regard tendre sur les personnages que croisent Liesse. Elle dissèque les rapports sociaux et les ambitions des uns et des autres, les rancoeurs et les joies, les peines et les amours déçus. D'une façon qui rappelle furieusement Ursula K. le Guin, Claire Duvivier soigne l'intime et en fait une parabole sur l'être et l'existence pour croquer le temps qui passe tout en rappelant que le souvenir doit respecter la vérité historique.
Construire des ponts
Mais au final, c'est un message d'une profonde et vibrante humanité qui irrigue l'ensemble du roman. Pont entre les peuples et les générations, entre les empires et les époques, le récit de Liesse offre enfin une place au personnage d'à côté, celui qui n'est ni le grand guerrier ni le politicien reconnu. Claire Duvivier permet de suivre un héros de l'ombre, un petit scribe, un bras droit, un ami, un confident, un père. Liesse ne sera jamais celui qui fera l'Histoire mais son rôle à l'intérieur n'en reste pas moins primordial, aussi primordial qu'une simple main posée sur un bras frissonnant peut l'être.
Tout au long de ce voyage, l'autrice nous montre des peuples différents mais qui arrivent toujours, d'une façon ou d'une autre, à établir entre eux des ponts. Cela ne se fait jamais facilement, n'arrive jamais sans errements ou sans drames, mais la vie trouve toujours une façon d'unir ceux qui, hier encore, pensaient ne jamais pouvoir vivre ensemble.
Roman plein de tolérance et magnanime jusqu'à la dernière ligne, Un Long Voyage traverse les âges et les générations, montre que malgré la fin des Empires et malgré les désastres, tout continue, à commencer par l'humain.
En nous réside toujours une part de vérité, celle qui fera un jour se lever un soleil nouveau sur le passé de générations autrement oubliées, voilà le plus bel enseignement d'Un Long Voyage, celui du coeur qui se souvient.
Sous la plume de Liesse, Claire Duvivier donne chair et âme aux petits héros, ceux dont on ne parle jamais et qui, pourtant, font aussi l'Histoire. En évitant l'esbroufe et les clichés inhérents au genre, Un Long Voyage parle de tolérance, d'humanité, de vérité et de modestie, sanctifiant le rôle de l'historien et du souvenir.
Simplement l'un des plus beaux romans de fantasy française de ces dernières années.
Lien : https://justaword.fr/un-long..
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boudicca
  17 septembre 2020
Pour son premier roman, Claire Duviver aura fait fort ! Alors que la parution de la plupart des romans de fantasy se fait dans l'indifférence la plus totale des « grands médias », « Un long voyage » fait en quelque sorte figure d'exception, puisqu'on en entend parler bien en dehors du cercle restreint des amateurs de littératures de l'imaginaire. Mais l'engouement est-il justifié, et s'agit-il bien de fantasy ? Oui, et oui. Claire Duvier signe ici une très belle fable qui s'affranchit (comme de plus en plus d'ouvrages) des clichés qui collent malheureusement au genre. Ne vous attendez donc pas vraiment à de la magie, ni à des dragons, ni encore à une ambiance médiévale-fantastique. L'action prend place dans un empire imaginaire qui a étendu sa domination sur de nombreuses provinces, dont l'archipel de ... dont est issu notre protagoniste et narrateur. Originaire d'une petite île et abandonné par sa mère en raison de sa situation trop précaire, Liesse est cédé dès son plus jeune âge comme esclave à deux représentants de l'Empire. L'affaire pourrait paraître sordide mais ne s'y cache en réalité nulle cruauté ni aucun cynisme : l'esclavage a été aboli depuis longtemps, ce qui rend l'action des deux hommes illégales, et leur assentiment n'est du qu'à une volonté de bien faire et de sauver le garçon d'une mort certaine en cas de refus. Liesse va donc vivre une jeunesse assez ordinaire dans la concession impériale, jusqu'à ce qu'il croise la route de Malvine Zélina de Félarasie, une jeune femme issue d'une des plus noble lignée de l'empire et au parcours prometteur, qui vient d'être nommée gouverneuse de la province. Difficile d'en dire davantage s'en trop dévoiler, l'intrigue méritant vraiment d'être découverte pas à pas. Disons simplement que le roman nous relate les événements extraordinaires ayant impliqué Malvine et dont à été témoin Liesse, qui prend la plume bien des années après les faits pour faire la lumière sur le personnage de la jeune femme.
Claire Duviver nous offre ici un roman intimiste et très émouvant. le narrateur éprouve le besoin d'expliquer à son interlocuteur (dont on ne découvre l'identité qu'à la fin du texte) d'où il vient, et quelles sont les différentes étapes qui l'ont conduit à faire la connaissance de Malvine qu'il entend visiblement réhabiliter maintenant que la situation semble s'être stabilisée. « Un long voyage » mêle donc petite et grande histoire, Liesse étant témoin d'un certain nombre d'événements cruciaux sans pour autant y prendre part lui-même. le rythme de la première moitié est assez lent, sans que le lecteur ne ressente à aucun moment l'envie de voir le voyage s'accélérer : on découvre avec curiosité cet Empire visiblement tout puissant mais que le narrateur nous dépeint aujourd'hui comme disparu, de même que son fonctionnement, ses spécificités et surtout son histoire. A aucun moment l'autrice ne se lance dans de grandes explications, mais on glane suffisamment d'informations ici et là pour dessiner peu à peu les contours de cet univers dont certaines subtilités nous échappent malgré tout et qui posent beaucoup de questionnements qui resteront malheureusement sans réponse. Il ne s'agit là que d'une brève incursion, et non pas d'un voyage au long cours. Par cet aspect, le roman m'a un peu fait penser à « Kalpa impérial » d'Angelica Gorodischer : l'autrice nous dépeint une civilisation qu'on a du mal à rattacher à notre propre histoire puisqu'elle brasse une multitude de références différentes et tente de donner une dimension mythique au récit. Si le surnaturel est absent dans le quotidien des personnages (pas de magie ni de créatures extraordinaires), un brutal basculement nous invite à revoir totalement notre vision du monde dans lequel évolue Liesse, et va orienter le récit dans une direction totalement inattendue. Passé le choc de cette révélation (dont je ne parlerais pas davantage ici afin de ne pas vous gâcher la surprise), la seconde partie du roman se fait plus rythmée, plus intense émotionnellement et donc plus captivante. Impossible de reposer le roman une fois les principaux événements mis en branle, et cela faisait longtemps que je ne m'étais pas oubliée à ce point dans un livre.
Qui dit récit intimiste dit personnages au coeur du roman, ce qui implique que ces derniers soient à la hauteur. Et c'est le cas. Liesse est un narrateur très attachant, et ce pour plusieurs raisons. Son parcours, d'abord, et les épreuves qu'il aura à surmonter : son enfance difficile, son statut d'esclave qui lui vaut d'être jugé et déprécié, ou encore ses origines modestes qui le discriminent (il parle avec un accent, sa graphie est difficilement compréhensible…). Dans son témoignage, Liesse raconte les brimades, les peines, les désillusions, mais sans jamais s'apitoyer sur son sort. Son intérêt réside aussi dans le rôle qu'il occupe dans L Histoire avec un grand H. En effet, l'autrice n'a pas choisi de raconter les événements du point de vue d'un individu qui aurait joué un rôle clé ou qui aurait eu une influence remarquable. Liesse n'a rien d'un héros, ni d'un guerrier, ni même d'un habile politicien : il est le second fidèle, l'ami, qui ne comprend pas toujours les décisions de sa supérieure mais qui fait preuve à son égard d'une loyauté à toute épreuve. Or, il est assez rare de voir le destin d'un personnage jugé hors norme relaté par quelqu'un que d'aucun jugerait insignifiant. Ce choix narratif n'est d'ailleurs pas sans entraîner une certaine frustration dans la mesure où l'on souhaiterait parfois voir le narrateur s'attarder un peu moins sur son état d'esprit ou ses déboires personnels, et davantage sur les grands faits qui sont en train de se dérouler. Cet « égocentrisme » n'en rend toutefois le témoignage que plus authentique et plus émouvant. La situation difficile dans laquelle va se retrouver Liesse dans la seconde partie du récit permet quant à elle d'aborder des thématiques intéressantes et qui sont traitées avec beaucoup de sensibilité (l'impact de la misère sur le comportement et le développement d'un individu, l'apaisement inévitable que procure le passage du temps, l'importance de l'histoire…). le personnage de Malvine est lui aussi une grande réussite puisqu'on a affaire à une femme intelligente, ambitieuse (dans le bon sens du terme), dotée du sens de l'humour et d'un sacré sang froid (merci en passant à l'autrice de ne pas en faire une beauté et de ne pas insister dessus à longueur de temps, cela fait un bien fou d'avoir un personnage féminin qui n'est pas avant tout caractérisé par son physique).
Pari réussi pour Claire Duviver qui signe avec « Un long voyage » un très beau premier roman qui aura de toute évidence séduit aussi bien les amateurs de fantasy que les néophytes en la matière. le choix de relater la vie d'une femme de premier plan du point de vue de son discret et peu influent secrétaire est une excellente idée et permet à l'autrice de donner une dimension plus authentique et plus intime à son récit. Un vrai coup de coeur.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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FeyGirl
  02 juin 2020
La couverture de ce roman se déroulant dans un monde imaginaire est particulièrement belle, et promet du rêve. Il s'avère que les engagements sont tenus, et c'est un grand plaisir de découvrir une nouvelle plume féminine de la Fantasy française.
Dans un univers prétechnologique, Liesse naît dans une famille de pêcheurs vivant sur un archipel d'une province éloignée de l'Empire. Après la mort de son père, sa mère est contrainte de le vendre à des fonctionnaires royaux. Ceux-ci, gênés par l'esclavage officiellement aboli, vont l'éduquer et pour certains, lui apporter de l'affection. Arrive la nouvelle gouverneuse Malvine, jeune femme talentueuse et visionnaire d'une lignée descendant des cousins des Empereurs.
Liesse écrit ses mémoires, retraçant sa vie et par-là même le destin extraordinaire de Malvine, pendant que l'Empire vit ses derniers instants. Liesse la suivra lors de sa nouvelle affectation à Solmeri. Il est impossible d'en raconter plus sans divulgâcher des éléments importants de l'intrigue.
Le parti-pris d'une longue lettre de Liesse relatant les événements personnels et politiques qu'il a vécus permet à l'auteure de nous offrir une plume littéraire qui reste très agréable à lire. Claire Duvivier a un pouvoir évocateur pour conter un monde imaginaire qui a son passé, ses paysages, ses coutumes et ses sociétés diverses. Liesse devient attachant au fil des pages, et si Malvine nous paraît parfois étrange, si nous ne comprenons pas toutes ses actions, c'est parce qu'elle cache ses vraies motivations. le scénario est bien construit et cohérent, avec un aspect page turner bienvenu.
Une belle Fantasy, dont le grand retournement du roman est… un thème de science-fiction, qui se marie très bien avec l'univers créé. Je ne peux évidemment pas vous en dire plus sans vous gâcher le plaisir de la découverte, mais l'auteure a eu le talent de mêler harmonieusement cet élément science-fiction avec un monde où l'Histoire se transforme au fil des siècles en contes et légendes.
Un très bon moment de lecture, et je suivrai la carrière de Claire Duvivier, si elle compte publier d'autres oeuvres !
Je remercie NetGalley et les Éditions Aux Forges de Vulcain pour l'envoi de ce livre.
Lien : https://feygirl.home.blog/20..
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critiques presse (1)
Elbakin.net   15 mai 2020
Avec son héros et narrateur, Claire Duvivier sait rendre son texte vivant pour des événements déjà passés et trouve de quoi dynamiser le récit de temps à autre lorsque Liesse s’adresse à son mystérieux interlocuteur pour déjouer ses attentes, tout comme au lecteur que nous sommes, qui, lui, ne sait pas à quoi s’attendre…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   15 janvier 2021
La nature d’une société sera toujours plus forte que celle des individus qui la composent.
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Charybde2Charybde2   19 mai 2020
Pour ce faire, peut-être dois-je d’abord la diriger vers moi. Il y a des broutilles que tu ignores encore sur mon passé, mais qui ont leur importance si je dois te conter cette histoire. Tu me connais sous le nom de Liesse de Roh-henua ; en réalité je suis Liesse, seulement Liesse : nous n’avons pas de patronyme sur l’Archipel. En arrivant à Solmeri, seul, intimidé, contraint de me faire respecter, j’ai vite pris l’habitude, pour me donner un peu d’importance, d’ajouter le nom de mon île natale, dont personne ici n’avait jamais entendu parler. Je précisais « sujet impérial » comme s’il s’agissait d’un titre de noblesse, mais ce n’était qu’un mensonge, car à cette époque j’étais encore une possession de l’Empire. Je suis le troisième fils d’une famille de pêcheurs ; j’avais une poignée d’années quand mon père n’est pas revenu d’une sortie en mer. Ma mère était incapable de s’occuper seule de ses quatre enfants et s’en ouvrit aux autres familles du peuplement. La décision fut alors prise, pour alléger son fardeau, de retirer à sa garde l’un de ses enfants. Le choix se porta sur moi, sans que je me rappelle pourquoi : peut-être étais-je celui qui ressemblait le plus au défunt, ou qui était le plus affecté par sa disparition. En d’autres temps, ces sages m’auraient jeté à l’eau loin de la côte, mais pour rembourser le bateau que l’imprudence de mon père leur avait coûté à tous, on prescrivit de me « placer » au comptoir impérial de Tanitamo, capitale de l’Archipel située sur l’île de Tan-hemua. À l’époque, je n’étais encore jamais allé plus loin que le marché du peuplement voisin ; j’ai un souvenir net de ce premier voyage, ou plutôt de l’arrivée dans le port de Tanitamo, avec ses voiliers immenses qui mouillaient à distance, et les navires à quai plus vastes que des vaisseaux funéraires. Sans parler de la ville elle-même, avec ses bâtiments de pierre volcanique ou de bois à l’architecture continentale, et sa forte concentration d’habitants ; pourtant, ce n’était qu’une capitale mineure, provinciale, avec ses rues en terre battue au tracé hasardeux.
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Charybde2Charybde2   19 mai 2020
Pendant les années qui suivent, elle étudie avec ténacité rhétorique et logique, histoire des peuples et civilisations antiques, géographie politique, économie, droit ; tout ce qui peut la préparer à devenir une servante efficace et obéissante de l’Empire. Malvine a une capacité d’abstraction qui la détourne aisément des divertissements de Grande-Quaïma ; la solitude ne lui fait pas peur et elle sort peu de sa chambrette de l’internat. Sa vie ne diffère alors pas vraiment de celle de son frère. Quelques professeurs lui font remarquer que l’enjeu de l’Académie est d’emmagasiner, outre des connaissances, des relations qui lui seront utiles dans sa future carrière ; on l’encourage à se mêler aux autres étudiants, constitués en majeure partie de la petite noblesse impériale, mais aussi d’une proportion toujours plus grande d’enfants de la bourgeoisie quaïmite, voire guimpalaise ou bauriquoise, afin que les provinces les plus importantes de l’Empire soient également représentées. Sans oublier les symboliques rejetons des classes laborieuses qui permettent d’entretenir l’illusion méritocratique… Malvine finit par forger quelques alliances et amitiés, mais son frère lui manque tellement qu’au lieu de profiter de ses congés pour les renforcer, elle préfère sauter sur un cheval et galoper vers Haute-Quaïma, ou plus précisément le monastère des Tempérés. Une fois réunis, Cosime et elle partent pour de longues excursions dans la montagne, jusqu’au lac Maiora qui est gelé la moitié de l’année, ou bien à la grotte de Trace où, quelle que soit la saison, une goutte d’eau tombe de la stalactite centrale toutes les sept secondes exactement. Ils passent des journées entières dans la nature, dormant dans les petits refuges qui accueillent ceux qui savent où les trouver. Et Malvine revient de ces escapades le teint rouge et les yeux brillants, reprenant sa place en salle d’étude au milieu de ses camarades livides.
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Charybde2Charybde2   19 mai 2020
C’était, bien entendu, de mauvaises langues à l’œuvre. Nous l’apprîmes par fragments, au gré d’autres bruits venus du continent. La jeune carrière de Malvine était brillante. À la Manufacture des glaces, elle avait été remarquée à la suite d’un conflit l’opposant à un contremaître, qui avait fait venir des artisans de la province de Guimpale afin qu’ils enseignent leurs techniques aux ouvriers de Grande-Quaïma. Une fois le compagnonnage terminé, cette ordure s’arrangeait pour que les Guimpalais repartent chez eux intoxiqués au plomb; dans l’idée qu’ils meurent peu après leur retour au bercail, laissant leur savoir-faire en sécurité dans des têtes quaïmites. Malvine ne l’entendait pas de cette oreille : pour elle, il s’agissait d’un gaspillage de talents et de bonnes relations. S’abaisser à ce genre de pratiques était indigne d’une manufacture impériale. En livrant le contremaître à la justice – le meurtre étant puni de mort dans l’Empire -, Malvine avait attiré l’attention d’une faction des grands corps de l’État, à laquelle appartenait le recteur Balateste. Mais l’ambiance était devenue si délétère sur le continent que la décision avait été prise en haut lieu de préserver Malvine et deux autres jeunes fonctionnaires qui s’étaient pareillement distinguées, et de leur faire poursuivre leur carrière outre-mer. Afin d’éviter que leur poigne et leur idéalisme ne s’émoussent, on leur avait choisi des concessions où elles ne feraient que s’affirmer.
Je ne sais pas ce qu’il advint des deux compagnes de Malvine dans leurs postes respectifs, ce qui en soi n’est pas bon signe, mais nul doute qu’elle, de son côté, réussit à imprimer sa marque sur l’Archipel. Les années qu’elle y passa furent, contrairement à ce que prophétisaient les aigris, des années lumineuses. Et des années de changements.
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ludi33ludi33   25 avril 2020
C'est ainsi que je fis la connaissance de Danica Saditti, à laquelle je ne m'attachais pas bêtement sur-le-champ; j'eus la décence d'attendre le lendemain, alors qu'elle me faisait visiter la Redoute rouge, dont elle était l'intendante depuis peu.
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Videos de Claire Duvivier (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Claire Duvivier
Chaque année, le Prix Libr'à Nous réunit plus de trois cents libraires francophones, qui désignent les sept livres qui les ont les plus marqués dans l'année qui précède. En 2021, ces libraires, venus de nombreux pays, ont désigné, dans la catégorie "Imaginaire", le premier roman de Claire Duvivier, UN LONG VOYAGE, publié en mai 2020 aux éditions Aux forges de Vulcain.
La remise de ce prix s'est faite à distance. Voici un extrait de cette remise de prix : le discours de Claire Duvivier.
Le roman raconte l'histoire de Liesse, un jeune homme aux origines tragiques. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d'être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l'Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques. Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s'embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d'un Empire.
Prix HORS CONCOURS 2020 Prix Libr'à Nous, catégorie imaginaire Prix ELBAKIN.net du meilleur roman francophone de fantasy 2020
https://www.auxforgesdevulcain.fr/collections/fiction/un-long-voyage/
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