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EAN : 9782330189549
208 pages
Actes Sud (03/04/2024)
4.26/5   42 notes
Résumé :
Le matin du 15 août 1942, dans un village près de la frontière suisse, Joseph et sa femme Louise quittent le foyer familial pour participer à une course en montagne. Le lendemain, le couple n'est toujours pas revenu, laissant seuls ses quatre enfants. Une histoire inspirée de la disparition de Francine et Marcelin Dumoulin, dont les corps ont été retrouvés en 2017.
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Évidemment qu'un tel couple, auréolé de bonheur dans ces années 40 où ailleurs « dans les autres maisons, les autres familles, des hommes hurlent, cognent sur des enfants ou leur mère parfois à grands coups de ceinturon », évidemment qu'un tel couple aux accents de parentalité moderne, sans clôture pour leur maison du bonheur qui les fait passer pour de doux dingues, voire des communistes, évidemment que ça ne durera pas.
Joseph est un ancien timide, cordonnier, il est allé chercher dans une vallée voisine la fille d'Ernestine « l'américaine » bien connue par là-bas, et voilà Louise l'institutrice déterminée à suivre ce géant aux doigts de fée, qui lui promet une valise digne de ce nom, et des chaussures bien sûr, les plus belles pour les lignes de ses pieds.
Louise et Joseph habitent aux abords des hauts sommets alpins et « font l'amour sans bruit, rarement, pour la lignée », fondent rapidement une famille à quatre enfants avant le jour funeste où Louise s'est décidée à le suivre là-haut dans les alpages, entourés de glaciers et de crevasses.
Alexandre Duyck est journaliste, il a imaginé la vie des deux tourtereaux alpins avant le drame, la vie des descendants après en s'appuyant sur un fait divers de 2017, quand le réchauffement climatique a permis aux glaciers de rendre les corps de Francine et Marcelin Dumoulin 75 ans après, et en s'intéressant aux survivants de la famille. le roman est une merveille incandescente qui confronte la majesté des hauts sommets à la fragilité humaine dans une écriture profonde et juste, il s'entoure de silences et de questions, dont la possibilité du deuil quand ceux qui restent ne peuvent accorder au terme de disparus la valeur communément admise.

« Comment décider que l'on supprime le présent de l'indicatif pour passer à l'imparfait ? »
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Alexandre Duyck aurait pu faire sienne cette phrase de Philippe Claudel :
«Ce qui me plaît dans la montagne comme dans l'écriture, c'est de me trouver confronté à quelque chose qui me dépasse, de façon humaine, et d'essayer d'y trouver ma voie, que ce soit sur une paroi ou dans un roman.»

Je ne sais si Alexandre Duyck est féru de montagne, mais il s'est effectivement confronté à quelque chose qui le dépasse et nous depasse tous. Et il a réussi à y trouver sa voie, il a réussir à bâtir un magnifique roman,
Il s'est emparé de ce que l'on peut appeler communément "fait divers", ces deux mots qui adossés l'un à l'autre qui globalement ne signifient rien d'autre que ce qu'ils veulent dire.
Comme disait Camus : "mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde"...
Mais derrière derrière ces deux mots, il y a généralement une tragédie avec ce qu'elle comporte : unité de temps, de lieu et d'action.

Ils s'appelaient Marcelin Dumoulin, 40 ans, et Francine Dumoulin, 37 ans.
Lui était cordonnier ;
Elle, institutrice.
Ils vivaient dans le Valais en Suisse.
Partis nourrir leur bétail le 15 août 1942, ils ne sont jamais revenus. Ils avaient cinq fils et deux filles.
Soixante quinze ans plus tard, ce que la nature prend, la nature finira par le rendre, et c'est bien ce qu'il s'est passé en 2017. le glacier a rendu, ou plutôt redonné, les corps de ce couple, comme enlacés pour l'éternité.
Voilà pour la réalité, pour le roman Marcelin est devenu Joseph, Francine est devenue Louise, mais qu'importe

Joseph aime sa montagne, il connaît sa montagne, il s'isole dans sa montagne, il respecte sa montagne..
" Ancrée dans sa mémoire rétinienne, dans son crâne, son cerveau, il prend cette précaution au cas où cette ascension serait la dernière. Il n'emmène jamais son appareil photo en montagne, bien trop lourd, trop fragile, le froid, la pluie, tout se joue dans sa tête. Puis, quand la contemplation s'achève, il parle, il se parle, comme les fous, les alcooliques, il n'est ni l'un ni l'autre mais ici, il déraille, s'en arroge le droit, s'accorde ce privilège des sains d'esprit qui savent qu'ils ne sont pas fous quand ils se parlent à eux-mêmes."

Jusqu'à ce jour où pour ses treize années de mariage, Louise a choisi son cadeau : monter avec lui, comme pour partager sa montagne...
" C'est le 15 août 1942, le jour de la fête de Marie. Ailleurs, de l'autre côté des quatre frontières, la française, l'italienne, l'allemande et l'autrichienne qui ne font plus qu'une, partout ailleurs, la guerre, encore la guerre. Ici, en Suisse, au pied du glacier des Diablerets, pas de combat, pas de bombe, la mort ne demeure qu'accidentelle, une coulée de neige, un rocher qui se détache soudain, le feu l'été ; ou la mort naturelle ; ou un mari jaloux, une querelle de voisinage, un infanticide de-ci de-là, éventuellement une empoisonneuse mais on vit à l'écart du conflit bientôt planétaire, on vit loin et hors du monde. le pas de côté constitue par ici une tradition, comme un art de vivre. "

Mais comme le disait, si justement, l'alpiniste Reinhold Messner : "La montagne n'est ni juste, ni injuste. Elle est dangereuse"
Et Alexandre Duyck de confirmer ce qui pourrait être un adage :
" En Suisse comme à Chamonix, dans les Dolomites comme au fond du Tyrol autrichien, la montagne a vite fait de combler les espaces encore vides des cimetières. Par ici, chaque famille possède ses morts, pas moins glorieux que ceux du champ de bataille. Des enfants glissent, des hommes se perdent, des imprudents se penchent trop près du vide, une avalanche déboule. Des inconscients partent trop tard, des corps tombent, se blessent, appellent au secours avant de s'endormir. "

Le réussite d'une ascension quelle qu'elle soit, tous les alpinistes vous le diront, c'est le rythme, la constance du rythme, le rythme des pas, le rythme des pas, et l'économie de la parole, parler à bon escient, le reste n'est que ressenti, introspection, admiration,...

Et bien l'écriture d'Alexandre Duyck, c'est tout cela à la fois.
Je l'ai découvert, à la lecture de son livre, "Un effondrement", un livre d'une écriture juste et puissante, un livre d'une justesse et d'une pudeur, sur un sujet ou l'on peut lire tout et n'importe quoi : le burn-out. Il réitère le même exploit, s'emparer d'un sujet et le traiter avec son style.
Il possède ce que peu d'écrivains, possèdent à l'heure actuelle, cette faculté de vous faire ressentir que chaque mot, chaque signe de ponctuation, chaque dialogue, est là tout simplement à sa place.
À l'image de l'alpiniste, Alexandre Duyck fait la trace, nous guide, nous le suivons, le rythme est juste, la progression est précise, le tempo est le bon, aucune fioriture, aucun artifice, juste l'essentiel : ressenti, émotion, affection, émoi, angoisse, et enfin expiation....

Et il y a cette couverture toute un condensé de la montagne, qui fait penser à ces mots de Gaston Rébuffat : " Les montagnes ne vivent que de l'amour des hommes. Là où les habitations, puis les arbres, puis l'herbe s'épuisent, naît le royaume stérile, sauvage, minéral ; cependant, dans sa pauvreté extrême, dans sa nudité totale, il dispense une richesse qui n'a pas de prix : le bonheur que l'on découvre dans les yeux de ceux qui le fréquentent. "
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Les Héritier. Famille modèle de ce petit village Suisse. Joseph, cordonnier et propriétaire de vaches qu'il monte voir seul chaque été. Louise, institutrice, intelligente, au caractère bien ferme. Parents aimants de 4 enfants. le soleil brille pour les Héritier.

Jusqu'à ce 15 août 1942. Louise décide d'accompagner Joseph à l'alpage. le trajet est dangereux. Il faut traverser le glacier des Diablerets en cette période des orages. Joseph ne peut rien refuser à sa femme. Ils ne reviendront jamais. Faisant de leurs enfants des orphelins.

Quelle émotion ! Alexandre Duyck, grand reporter, a rencontré l'aînée des enfants Héritier. Une vieille dame qui, à 90 ans, pleure lorsqu'elle dit Papa et Maman. Si leurs corps ont été retrouvés en 2018, le glacier a gardé ses secrets. Secrets que l'auteur comble avec délicatesse et justesse.
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Sa Louise, il a été la chercher dans la vallée à côté, Joseph, le cordonnier du village, et l'amour s'est décidé d'un coup, il est juste rentré le lendemain avec elle, avant de se marier très rapidement. Pourtant, rien ne semblait les prédestiner l'un à l'autre, lui l'artisan audacieux et le « procureur de l'alpage », qui prend soin de ses vaches autant qu'il veille sur celles des autres, elle, l'institutrice consciencieuse, amoureuse du savoir et de sa transmission, gardienne des beautés de la langue.
Dans ce coin perdu des hautes Alpes suisses, du côté des Grisons, le jeune couple détonne, faisant figure de « doux dingues ». Peu à peu, Joseph prend de l'importance dans la vie du village, s'occupant de sa cordonnerie, en vrai artiste du cuir, talentueux et fier, mais aussi de reconstruire une grange ou de fabriquer un cercueil, quand il le faut. Louise, l'institutrice, comme une seconde mère pour les enfants du bourg, est appréciée pour son autorité autant qu'elle est contaminée par la réputation sulfureuse de sa mère, l'Ernestine, « l'Américaine », une mère au destin d'aventure, qui a parcouru le monde jusqu'en Californie, où elle a participé à la ruée vers l'or, avant de revenir, pour finalement abandonner plus tard ses enfants, et aller vivre seule, dans un cabanon isolé sur les hauteurs. Si le couple s'attire ainsi, parfois, ragots de jaloux et commentaires fielleux sur leur réussite, le bonheur semble régner sur la maisonnée, où sont nés quatre enfants. le 15 août 1942 – on est en Suisse, dans un recoin du monde où la guerre qui déchire l'Europe semble n'avoir aucun écho -, alors que l'aînée des filles, Marguerite, n'a que douze ans, Louise, qui a supplié son mari de pouvoir l'accompagner pour une fois dans cette randonnée, part à flanc de montagne derrière son Joseph, pour accomplir la montée rituelle vers les pâturages et leurs vaches. , puissant
Avec toi, je ne crains rien est un récit magnifique, mettant en scène la puissance de l'amour d'un couple, mais aussi le tragique des destins familiaux, lorsqu'un accident détruit l'harmonie du foyer. On s'attache autant aux figures de Louise et Joseph, qu'aux personnages d'Ernestine ou des différents enfants, en particulier des deux filles, Marguerite et Suzanne, que leurs fortes personnalités respectives opposent. Et la langue d'Alexandre Duyck, imposant son rythme et sa poésie, apporte au drame toute sa résonnance. La montagne, ici, est aussi plus qu'un décor… l'un des acteurs, puissant, de l'histoire ! Les ombres de Ramuz ou de Giono planent sur ce texte... En faut-il plus pour vous convaincre de suivre les pas de Louise et Joseph vers les sommets ?
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SUBLIME 🌟🏔

1942. Comme chaque année, Joseph part en montagne mais cette fois, sa femme Louise, elle aussi avide de sommets et de beauté décide de l'accompagner. Les quatres enfants seront gardés par des voisins. Un jour passe, puis deux, puis trois, le couple ne rentre pas ...
Des dizaines d'années après, l'auteur de ce livre rencontre l'ainée de cette fratrie. Elle est âgée de 87 ans, et elle raconte l'histoire de ses parents, et ce qui a changé quand ils sont partis lorsqu'elle avait 12 ans et pour toujours...

Cette fiction est librement inspirée de la disparition de Francine et Marcelin Dumoulin, survenue en montagne en 1942. Leurs corps furent enfin retrouvés en 2017.

"Pour magique qu'elle soit, il faut se méfier de la montagne à tous moment, tous les jours et depuis toujours. La montagne est une ogresse, une avaleuse d'enfants, elle se moque des frontières et des lois, elle s'impose, prend ses aises, séduit, elle appelle, elle attire, arrache, tue, ensevelit, écrase."

J'ai été embarquée dans ce coin perdu des Alpes suisses, j'ai entendu avec eux l'appel de la montagne et des beaux sommets. J'ai ressenti la puissance de leur amour, la détresse de ceux qui sont restés en bas, seuls.
Une histoire aussi dramatique que belle. Une véritable tragédie dont on a comblé les vides et les silences pour rendre hommage une fois encore à tous ceux que la montagne a emporté, et à ceux qu'elle va continuer de prendre. Les secrets des glaciers sont impénétrables et la montagne est bien plus qu'un personnage à part entière.

J'ai été totalement charmée par la plume d'Alexandre Duyck qui nous conte avec une grande poésie le beau, comme l'âpre. C'est donc un court roman que je ne peux que vous recommander !

Envie de partir à la rencontre de Louise et Joseph direction les sommets? ✨️
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critiques presse (5)
LeFigaro
21 mai 2024
En 1942, un jeune couple disparaissait dans la montagne. Leurs corps ont été retrouvés en 2017. L'auteur reconstitue leur histoire dans un roman d'une délicatesse absolue.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LesEchos
17 mai 2024
En juillet 2017, un couple est retrouvé momifié dans les neiges d'un glacier suisse, soixante-quinze ans après son ensevelissement. En composant son roman, Alexandre Duyck, a redonné un passé à ces deux disparus et un visage à leurs figures éteintes. Avec respect et beaucoup d'émotion.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LaLibreBelgique
13 mai 2024
Les enfants d'un couple mystérieusement disparu en haute montagne hantés, leur vie durant, par la question : que sont devenus nos parents ?
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
RevueTransfuge
12 avril 2024
Ils sont rares les bons livres de montagne. Alexandre Duyck signe incontestablement autour de la fascination que peuvent engendrer les hautes cimes, un remarquable roman.
Lire la critique sur le site : RevueTransfuge
LaTribuneDeGeneve
12 avril 2024
L’histoire de Francine et Marcelin Dumoulin, disparus en 1942 dans le massif des Diablerets et retrouvés en 2017, a tant ému Alexandre Duyck qu’il en tire un roman magnifique.
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Joseph a prévenu Louise, “Là où je t’emmène, il se peut qu’on ne t’aime pas”, elle a répondu qu’elle s’en moquait pas mal, “On verra bien”, et cette seule réponse l’a convaincu qu’elle serait la femme de sa vie. Il est allé la chercher en 1929 au loin, dans un autre village, plus fou encore, dans une autre vallée. Ce sont des choses qui ne se font pas. Plutôt épouser sa cousine qu’une fille d’ailleurs. On laisse encore les parents faire, décider à notre place, on marie une connaissance de toujours, une amie d’enfance, la fille des voisins. Les Alpes constituent un archipel, les villages sont autant d’îles, on ne passe pas aisément de l’une à l’autre, on préfère se tourner le dos. Les femmes d’ici, Joseph n’en veut pas. “C’est un difficile”, disent de lui les plus indulgents. Les autres parlent dans son dos, doutent de lui, raillent le contraste entre ce corps énorme, cette barbe envahissante, cette force, un chêne fait homme, sa voix si grave, si belle, à faire trembler les murs, et sa solitude. Comment peut-on approcher le mètre quatre-vingt-dix, peser quatre-vingt-dix kilos, pas un gramme de graisse, du muscle jusque dans le visage, dans la mâchoire ; comment peut-on dépasser de la tête et des épaules tout homme vivant dans ce pays qui n’enfante que des petits, arborer une barbe noire, longue, si peu taillée, faire peur d’un regard, d’un son articulé, être surnommé sans grande imagination “l’ours”, et vivre seul ? Ils en rient au café, le cordonnier qui ne trouve pas chaussure à son pied. Le colosse qui passe sa vie enfermé, à réparer des godasses plutôt que d’aller couper des arbres, traîner du bois dans la forêt, à quoi lui sert donc ce corps ? Il n’est d’aucune utilité d’être grand dans le monde paysan, la taille constitue même un handicap, les corps sont volontairement ramassés sur eux-mêmes, adaptés au climat et au labeur. Arracher les pommes de terre, couper du bois, se casser en deux à longueur de journée, se plier pour traire les vaches, des corps formés par le travail, pour le travail, façonnés pour être efficaces. Il faut être fort, costaud, racé, du muscle concentré mais grand ? Mais large d’épaules ?
Louise a l’âme d’une insulaire mais surtout d’une voyageuse. Changer d’air ne lui fait pas peur. Elle a six ans de moins que Joseph. Sa mère a toujours voulu qu’elle travaille, elle qui ne jurait que par le savoir, par les livres, pas tant pour elle que pour sa fille, l’indépendance financière, ne pas dépendre des hommes. Louise est devenue la maîtresse d’école, la seule de la vallée. Une célébrité en quelque sorte. Celle qui fait la classe, instruit, ne donne jamais de coups de canne même quand elle les estimerait mérités, même quand les parents la supplient de taper leurs enfants. Elle se dit certaine que sa voix suffit à marquer les esprits.

(INCIPIT)
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Le voici qui s’assoit sur un rocher, toujours le même, au pied d’un sapin, il offre la plus belle vue sur la vallée mais là n’est pas le plus important, il n’en parlera jamais à personne au risque de passer pour un fou mais en le voyant, la première fois, il a ressenti une drôle d’impression, vraiment étrange, Joseph aimerait qu’on ne le juge pas mais il a cru que le rocher l’invitait, comme un copain au café, “Allez, viens t’asseoir !”. Les pierres d’ici ne manquent pas mais celui-ci, par sa forme peut-être, par la douceur de sa surface, comme l’assise d’une chaise, par son ancrage, s’est imposé à lui, c’était son rocher.
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Il va lui apprendre à rire, malgré la vie, tout le temps, à rire rien que chez eux. Toujours cette retenue, la peur d’être entendue, vue, la terreur de la vulgarité alors d’abord le rire contenu, les lèvres pincées, un défi pour lui qui remet une couche, en rajoute dans la description de la scène à laquelle il a assisté, dans le calembour, la plaisanterie, qu’a-t-il à perdre ? Trente ans qu’il attendait de pouvoir faire rire quelqu’un, qu’il se pensait drôle, des jeux de mots, des fulgurances qui lui traversaient l’esprit mais qu’il ne pouvait partager avec personne, toujours cerné par la peur du ridicule. Quoi à perdre ? Beaucoup, tant l’absence de réaction de la part de Louise le paralyse, le terrifie, le plonge dans des angoisses aussi ridicules que sincères, « Et si je ne l’amusais plus, qu’adviendra-t-il de nous ? ». Il en jouit, vraiment, une véritable décharge comme l’autre, tout son corps parcouru du bonheur, de l’éclair, de l’instant où il la voit enfin lâcher prise, un rire en cascades, une avalanche qui déferle, rien pour le contenir et lui, parfois, dans les grands jours, qui se laisse emporter avec elle. Le rire comme ciment de leur couple, plus fort que celui qui fait tenir les murs de leur maison, plus solide que la charpente en sapin, plus résistant aux vents que l’abri qu’il a construit là-haut. Ils ne sont unis ni par les idées, elle pense mieux que lui, sait bien plus de choses, ni par la violence imposée par l’un, ni par l’origine sociale, les conventions, pas plus que par l’habitude, les contraintes, le fatalisme puisque personne ne quitte personne en ce temps-là. Ils sont unis par le rire, l’humour qui tourne à l’amour.
(pp.18-19)
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La discussion s’achève sur cette promesse en l’air, ni une prédiction ni une suggestion, un entre-deux, un “toi aussi” qui ne mange pas de pain, n’engage à rien, devrait rassurer quand il plonge dans un océan d’angoisses, d’incertitudes, de sables mouvants.
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Un effondrement, une disparition. Personne ne l’a vu tomber mais tous ont constaté qu’il n’était plus là. Personne n’a entendu crier, pas un bruit, pas un geste, pas même un plouf dans la nuit.
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Vidéo de Alexandre Duyck
15 août 1942, deux silhouettes s'éloignent dans les couleurs de l'été. Il est un peu tard, cet après-midi, pour aborder l'ascension : 2500 mètres de dénivelé – et la femme qui suit son époux n'a jamais pratiqué la montagne. Le lendemain soir, le couple n'est pas de retour. De cette histoire vécue, Alexandre Duyck comble les silences, avec une justesse de ton, une écoute, un respect à la hauteur de l'émotion partagée.
le nouveau roman d'Alexandre Duyck est en librairie. Lire les premières pages : https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-francophone/avec-toi-je-ne-crains-rien #litterature #roman
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