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EAN : 9782070137091
272 pages
Éditeur : Gallimard (29/03/2012)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
La désunion entre mon père et ma mère m’a longtemps paru impossible à raconter.
Le premier gisait plus qu’il ne vivait parmi nous entre Aix-en-Provence et Gardanne. La seconde évitait plus qu’elle n’invitait la lointaine Afrique à la table de nos conversations. Sous le couvercle familial, crépitait le feu des silences, bouillonnait la marmite des désaccords. Entrez donc, amis promeneurs, dans ces pages qui diront comment j’ai secoué mes pleurs et affronté l’é... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
alexandrine7
  20 mai 2012

Samedi 21 avril 2012

El Watan


PAGES HEBDO ARTS ET LETTRES

Eugène Ébodé. Écrivain camerounais : «Aller du réel à l'imaginaire»


zoom | © D. R.
Par Aït Slimane
Les préoccupations esthétiques du romancier et son amour pour l'Algérie.
-Vous venez de publier Métisse palissade, et quand on termine votre roman, l'on se dit que vous êtes un vrai conteur, est-ce que cette désignation vous convient ?
Parfaitement ! Mon ancrage est double : il est adossé à l'oralité africaine, qui requiert la mobilisation du cercle des approbateurs-auditeurs, et a recourt à la narration oniromancienne. Cette deuxième référence vient du fait que je ne peux penser l'écrit sans l'étape du songe. C'est entre lui et le moment où je me réveille que mes textes prennent complètement forme. C'est la première fois que je me risque à le dire. Tout l'équilibre que j'essaie de conserver dans mes textes est compris dans cette règle que je me suis donc imposé : aller du réel à l'imaginaire comme s'il s'agissait d'un continuum, d'une évidente traversée du même monde. Autrement dit, ce qui m'intéresse, c'est l'abolition des frontières entre le réel et l'invisible, le mystérieux. Je dois dire que cet héritage-là vient de la manière dont les contes africains étaient articulés. du moins, ceux que j'écoutais quand j'étais petit.
-Dans ce nouveau roman, vous parlez beaucoup de métissage ; comment le définir dans un monde qui tend de plus en plus vers le repli sur soi ?
Contrairement aux idées reçues et aux éléments pris comme des évidences, mon itinéraire familial est métis. Mon père était Eton, ma mère Ewondo, deux Bantous qui cultivaient néanmoins des différences à travers leurs modes d'administration des biens du sacré ou des biens matériels. Mon père était iconoclaste et ma mère jalouse des traditions. Mais chacun parlait son dialecte. Les enfants, très logiquement, ont tous adopté la langue de la mère. Elle était le diffuseur de la norme langagière puisque femme au foyer. Mon père était infirmier et passait son temps dans l'officine pharmaceutique où il travaillait. Vu d'ici, on pense que c'est le mâle, machiste par excellence, qui l'emporte et impose sa loi. J'ai cependant grandi dans une mixité enrichissante entre un père salarié et une mère à la maison, puis commerçante et débrouillarde.
Le salaire de notre père ne suffisait plus pour nourrir les enfants. J'en ai rendu compte dans mon roman La Transmission en faisant sonner les joutes verbales anciennes entre père, utilisant la langue française dans une stratégie de domination, d'écrasement, et mère, lui apportant une vigoureuse contradiction en lui tenant tête, en répliquant dans sa langue éwondo. Ceci m'a permis de comprendre que le métissage est quelque chose d'impromptu, d'inattendu. Il chevauche les cadres restreints et communs, enjambe les figures imposées pour déboucher sur une addition et non une soustraction. On ne voit dans les mariages mixtes que la soustraction, la peur diffuse de la perte de quelque chose. Une perte confuse, biaisée, accouchant de regards obliques, niais ou glacés...
-Justement, on voit les limites de ce métissage dans votre roman, avec l'échec de la relation du couple mixte formé par Edouard et sa femme française...
Les limites ne sont pas dues au métissage en tant que tel, car tous les couples sont mixtes et nos généalogies complexes. C'est la proposition souterraine d'ouverture à l'autre, de brassage, d'écoute de l'autre qui se heurte à une impossibilité. Celle-ci est d'abord vague, passe par l'alimentation, transite par le refus de donner la parole à l'autre et explose dans l'altérité radicale qui est la mort sociale, l'exécution de l'autre. C'est la raison pour laquelle l'idée de la mort de toute expérience métisse véritable est symbolisée par la maison située entre Gardanne et Aix-en-Provence. C'est là, dans ce «caveau», que l'écrivain Edouard Ella, personnage principal du livre, va «constamment mourir» pendant des vacances familiales.
Cette maison-là représente le refus, l'élimination de celui qui est perçu comme un corps étranger sur lequel on a tenté une greffe, mais qui a échoué. Là, en effet, on voit à l'oeuvre la mise à mort du métissage. D'ailleurs, l'écrivain présente «son assassin» et ne mâche pas ses mots pour nommer ce qui doit l'être. S'agissant du couple lui-même, l'écrivain noir et son épouse blanche et française n'ont pas surmonté la palissade invisible, cette fausse muraille que dressent les entourages et les sceptiques qui n'envisagent leur union que comme une impasse, une affreuse parenthèse. Ce faisant, les entourages renforcent les orgueils souterrains et les crispations identitaires. Ils embrument, opacifient l'avenir.
Tout ceci rend idiot, car ces crispations n'inspirent que des tremblotements stupides, des aigreurs masquées, des conversations hachées et sans intérêt dans le huis clos du «caveau». Au fond, j'ai écrit ce roman pour une «républicanisation» des esprits. J'ai trempé la plume dans la plaie, comme aurait dit Albert Londres, pour lutter contre la lepennisation des esprits et le goût des barricades.
-Les enfants qui suivent le délitement du couple découvrent «l'Africaine», la nouvelle compagne du père. Que représente ce personnage ?
Elle existe, l'Africaine. Je l'ai d'abord rencontrée dans l'entre-deux compris entre le songe et le réveil. le songe d'une sortie du caveau, ce lieu d'abrutissement et de la mort sociale, et le réveil à la dure réalité qui nous rend complice de notre épuisement, de notre engourdissement si nous ne mouftons pas. Or, il faut moufter, c'est-à-dire protester et bouger. Métisse palissade est de ce point de vue une invitation à la «mouftance» ! L'Africaine a donc permis le redressement. Elle est dans le roman ce personnage à la fois blanc de peau mais noire culturellement. Elle est métisse. Elle est réellement Africaine dans la perception du monde et Européenne et blanche «d'apparence», comme dirait un président de la République en déconfiture et quasi-retraité de la vie politique. J'ai aussi un faible pour cette Africaine, car elle est une invite à «sortir du cercueil», comme le dit un autre personnage du roman...
-Justement, Edouard l'écrivain désigne Romuald Falton comme son futur meurtrier. C'est un personnage qui vous permet d'évoquer l'Algérie. Pourquoi ce référent à notre pays ?
J'ai d'abord découvert l'Algérie par les livres, par ses écrivains et aussi par l'histoire de la décolonisation. Quand j'ai mis les pieds en Algérie en 2009, à l'occasion du Panaf, le festival panafricain, j'ai été saisi. J'ai un immense amour pour ce pays et ceci n'est pas seulement géographique, mais a un rapport avec ses habitants. Jamais je n'ai été accueilli, même dans mon pays natal, comme je l'ai toujours été en Algérie. J'ai un rapport affectif, c'est vrai, mais j'ai voulu contribuer, de manière romanesque, au cinquantenaire de l'indépendance. Me trouvant à Alger à la Toussaint, j'ai vu arriver de nombreux Français à l'hôtel El Aurassi. Ils se ruaient au cimetière de Saint Eugène. Dans leurs yeux mouillés, il y avait toujours la fascination, l'éblouissement et une lueur pâle, inavouable, comme un tabou imprononçable. J'ai essayé de rendre compte dans mon roman de cet éblouissement et de cette pâleur que le philosophe Derrida a nommée la «nostalgérie». Je ne prétends pas avoir tout compris, mais j'ai approché cette fêlure française à travers le personnage de Romuald Falton.
-Enfin, vous parlez aussi de la littérature algérienne en citant des écrivains comme Kateb Yacine et Rachid Boudjedra. Vous ont-ils apporté quelque chose dans votre écriture ?
Principalement deux choses : la volonté boudjedrienne de lever les tabous et la capacité yacinienne à recomposer le romantisme sur une base extatique, fulgurancielle, magistrale... Dans le Polygone étoilé, Kateb Yacine a cette phrase qui me semble renvoyer à un supplément à l'aventure romantique : «Pas-de-Chance est un ami des Lettres et des Arts. Je suis son secrétaire». J'ai aussi trouvé chez les auteurs algériens comme Yasmina Khadra, Assia Djebar, Mohammed Dib, Salim Bachi ou Kébir Mustapha Ammi, une prodigieuse aptitude à reconfigurer le roman à une époque où son horizon s'affaisse en Occident, ne résistant que par l'imposture et la posture. D'une manière générale. Mais il existe de grands écrivains et romanciers en France.
Prenez Rambaud et vous serez emballés par la mutation de la chronique dans le roman, ainsi qu'il a entrepris de le faire avec ses Chroniques sur le règne de Nicolas Ier. Prenez le roman anti-nihiliste de François Meyronnis et vous aurez une cinglante réponse à la «macchabéïsation» du monde, décrite par Houellebecq, derrière laquelle se camoufle une pensée ringarde qui n'ose pas affirmer ses aigreurs et exhiber de vieilles, très vieilles pantoufles. Prenez Marie Ndiaye et vous aurez une écriture du renflouement et de la haute couleur jaune, comme le disait Van Gogh à propos de la puissance colorielle qu'il cherchait à exprimer dans son art pictural. Prenez Jean-Noël Pancrazi, un Algérien de Batna, et vous entendrez souffler le sirocco et vous verrez éclore, comme des nénuphars au milieu de phrases à la longueur majestueuse du Nil, les fleurs de l'âme...
Bio express :
Eugène Ébodé vient de publier aux éditions Gallimard Métisse palissade, roman polyphonique abordant diverses thématiques dont le métissage et les indépendances africaines. L'Algérie y tient une large place. Né en 1962 à Douala au Cameroun, écrivain, essayiste, poète et journaliste, il enseigne également les techniques de l'écriture journalistique à l'Université de Nîmes. Il a publié aux éditions Gallimard les romans La Transmission, La Divine colère et Slikani ; deux recueils de nouvelles : le Match retour et La Profanation ; un recueil de contes, Grand-père Boni et les contes de la savane. Son oeuvre a été couronnée en 2006 par le prix Eve Delacroix de l'Académie française. Il a reçu le Prix Yambo Ouologuem 2012 décerné par la Rentrée littéraire de Bamako au Mali, pour son roman Madame l'Afrique paru aux éditions APIC (Alger, 2010).
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Meps
  30 septembre 2016
Un roman très inégal. Le sujet m'intéresse beaucoup (les rapports familiaux dans une famille métisse) et d'autant plus par le point de vue d'un auteur africain qui se met dans la peau d'un enfant métisse (son propre enfant ?).
Le style est très changeant. Il est fait de passages au vocabulaire très choisi et qui font parfois sourire par leur caractère ironiquement précieux mais alourdissent aussi de temps en temps inutilement le récit. D'autres moments sont plus simples, en particulier ceux qui évoquent les moments en famille et ceux-ci respirent plus la sincérité sans souci de recherche stylistique.
La palissade du titre vient resurgir très régulièrement au long du roman mais là encore l'effet est inégal. Parfois bien senti pour rehausser le propos, elle apparait souvent de manière anecdotique sans qu'on comprenne bien l'ajout au sens de l'histoire.
Le roman ne semble pas être le plus connu et le plus mis en avant de l'auteur, et je me garderais bien de juger l'écrivain sur une seule de ses oeuvres.
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critiques presse (1)
Lhumanite   02 mai 2012
En une langue fluide et pudique, Eugène Ébodé envisage en toute complexité les filiations secrètes entre l’Afrique et la France.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
alexandrine7alexandrine7   20 mai 2012

Quatrième de couverture
La désunion entre mon père et ma mère m’a longtemps paru impossible à raconter.
Le premier gisait plus qu’il ne vivait parmi nous entre Aix-en-Provence et Gardanne. La seconde évitait plus qu’elle n’invitait la lointaine Afrique à la table de nos conversations. Sous le couvercle familial, crépitait le feu des silences, bouillonnait la marmite des désaccords. Entrez donc, amis promeneurs, dans ces pages qui diront comment j’ai secoué mes pleurs et affronté l’épreuve du souvenir.
Tous les couples sont mixtes, me suis-je laissé convaincre, mais il y en a qui le sont davantage que d’autres…
Métisse palissade est ce mur de verdure, à la fois protecteur et sombre, construit sur une terre de bruyère et de garrigue où les ronces, grimpant entre pieux et planches, côtoyaient tilleuls, saules, hêtres, platanes et pins embroussaillés.
Il m’a fallu l’enjamber, pour rechercher l’absent, ce père dont les affrontements
avec un voisin nostalgique de l’Algérie m’ont marqué. J’ai rallumé la lampe de la mémoire et taillé, grâce à sa lueur tamisée, la haie qui danse sous les étoiles pour repousser la cohorte de fantômes.
Victor
Eugène Ébodé a obtenu le prix Ève Delacroix de l’Académie française pour Silikani (Continents noirs, Gallimard). Métisse palissade est son quatrième roman. Chroniqueur littéraire au Courrier de Genève, il enseigne l’écriture journalistique à l’université de Nîmes.
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MepsMeps   25 septembre 2016
Père et mère. Deux pôles, plusieurs mondes aussi, parfois séparés, souvent enchevêtrés. Nous les métis, nous sommes plus que des enchevêtrements.
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Videos de Eugène Ebodé (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eugène Ebodé
Reconnaissable au premier coup d??il grâce à son immense baobab coloré, le salon africain vous fait découvrir la richesse de la littérature du continent noir en mêlant des auteurs encore méconnus à des écrivains réputés. Et c?est également au salon africain qu?a lieu chaque année la remise du prix Ahmadou Kourouma.
Autour du thème « Les chercheurs d?Afriques », les romanciers et essayistes invités reviennent sur les blessures du continent, mais aussi sur ses gloires, sa grandeur et ses aspirations.
Outre les hôtes vedettes de cette édition 2019, Maryse Condé, Prix Nobel « alternatif » 2018 et le rappeur Abd al Malik qui présente son livre/album le jeune Noir à l?épée (Présence africaine/Musée d?Orsay/Flammarion) inspiré de l?exposition du Musée d?Orsay « le modèle noir de Géricault à Matisse », sont annoncés Abubakar Adam Ibrahim, Eugène Ebodé, Mia Couto, Françoise Vergès, Adame Ba Konaré, Elizabeth Tchoungui, Boualem Sansal, Beyrouk, Clemente Bicocchi, Jean Bofane, Tania de Montaigne, Armand Gauz, Ndèye Fatou Kane, Henri Lopes ou Bessora.
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