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ISBN : 2707324566
Éditeur : Editions de Minuit (04/10/2012)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.76/5 (sur 693 notes)
Résumé :
Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.
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Critiques, Analyses et Avis (204) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  06 octobre 2012
Un court roman de 125 pages et pourtant un longue histoire pleine de bouleversement qui débute par une ballade tranquille de Anthime le personnage central.
C'est un samedi après-midi comme les autres, Anthime prend sa bicyclette («un solide modèle Euntes conçu par et pour des ecclésiastiques, racheté à un vicaire devenu goutteux.»). Il cale un gros livre «trop massif pour son porte-bagage en fil de fer, sous un sandow», il grimpe en danseuse une colline, juste une butte vendéenne d'où il a une vue sur la campagne environnante et les villages dont elle est parsemée. Un vent rageur le surprend gênant la sérénité du moment et couvrant tout autre bruit. Il est quatre heures de l'après-midi quand un autre phénomène visuel celui-là accapare le regard de Anthime : «Au sommet de chacun des clochers, ensemble et d'un seul coup, un mouvement venait de se mettre en marche, mouvement minuscule mais régulier : l'alternance régulière d'un carré noir et d'un carré blanc se succédant toutes les deux ou trois secondes, ... Comme une lumière alternative, un clignotement binaire ... impulsions mécaniques aux allures de déclics ou de clins d'oeil, adressés de loin par autant d'inconnus.
Ce sont les cloches, le tocsin qui annonce la guerre dont «l'image venait de lui parvenir avant le son.»
On y croit sans y croire, on y songe et puis la guerre est là même si l'on est un samedi du début août.
Le ton est donné, humour (la bicyclette Euntes rachetée à un vicaire devenu gouteux) et précision (sandow à la place de tendeur) , tout est en place, se met en branle pour nous conduire progressivement de la fête et la fanfare qui accompagnent ceux qui vont prendre le train et rejoindre ensuite le front après une longue marche, où le poids du barda se fait de plus en plus lourd sur les épaules, jusqu'au déploiement de la machine guerrière qui va les broyer.
J'ai aimé l'image du gros livre qui tombe du vélo lorsque Anthime redescend vers le village. Signe qu'on laisse tout en arrière sans s'en apercevoir dans la précipitation du départ : «... le gros livre est tombé du vélo, s'est ouvert dans sa chute pour se retrouver à jamais seul au bord du chemin, reposant à plat ventre sur l'un de ses chapitres intitulé «Aures habet, et non audiet.» (Il a des oreilles et il n'entend pas). Ce titre est celui du chapitre II Livre IV du roman de Hugo, «Quatre vingt treize» qui se passe en Vendée pendant la terreur et qui relate une scène presque semblable à celle que vient de vivre Anthime losqu'il voit le tocsin avant de l'entendre. Tous ont pourtant eu dans les oreilles les rumeurs de la guerre à venir, ont senti les menaces mais ils n'y croient pas vraiment jusqu'à ce tocsin.
« 14 » est pour moi une perfection car on en sort en ayant l'impression d'avoir dévoré un énorme roman comme «Quatre vingt treize» par exemple (la proportion étant respectée jusque dans les titres, le bref 14 en chiffre face au long quatre vingt treize en lettres)...
Il y a des scènes inoubliables que ce soit des scènes intimistes (le regard qu'échange par deux fois Blanche et Anthime avant le départ) ou des scènes d'une grande violence comme le premier combat où disparaissent la plupart des membres d'un orchestre qui accompagne l'avancée des soldats.
La fin a surpris certains lecteurs et pourtant elle me semble s'accorder parfaitement avec le début....
Merci à l'auteur pour son livre et pour m'avoir donner envie de lire «Quatre vingt treize» !!!
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Laurence64
  03 octobre 2012
Echenoz n'a pas écrit un livre de plus sur la "grande guerre". Il a écrit 14 et son livre se posera à côté des plus grands. 14, c'est l'essentiel, la guerre au plus serrée dans une prose qui l'est tout autant.
Lorsque le tocsin fait descendre Anthime de sa bicyclette, son destin est joué. le sien et celui de ses amis qui incorporeront tous le 93° régiment. le laconisme d'Echenoz révèle le tragique des faits, sa désinvolture enchâsse l'épouvante et son humour révèle l'horreur. En dire peu afin de dire mieux. L'écrivain est passé maître dans cet art.
Car ce petit roman en nombre de pages (124) est un bouquin immense. Ses héros n'en sont pas. Mais certains en seront. D'autres pas. C'est étrange le destin. Ca ne répond à aucune logique. C'est ironique.
"Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état".
Je vous laisse avec cette quatrième de couverture. Je sais qui est revenu. Dans quel état. Mais je sais surtout que je n'oublierai pas Anthime, Charles, Bossis, Arcenel et Padioleau.
Je sais enfin qu' "on ne quitte pas cette guerre comme ça. La situation est simple, on est coincés: les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes."
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palamede
  09 juillet 2018
Pour Anthime, ça a commencé lors d'une promenade à bicyclette par une belle journée d'août, quand le son des cloches a résonné dans l'air chaud et qu'il a reconnu le tocsin. « Le tocsin, vu l'état présent du monde, signifiait à coup sûr la mobilisation. » Puis tout s'est enchaîné, Anthime et ses amis sont devenus des soldats — partant se battre la fleur au fusil, selon l'expression consacrée, car la guerre ils ignoraient ce que c’était. Et que de toute façon, on prédisait qu'elle serait courte. On connaît la suite, la guerre qui s'éternise, les tranchées, la boue, l'ennui, le froid et la faim, les rats et les poux, les blessures atroces, les morts toujours plus nombreux, et le peloton d'exécution pour les récalcitrants.
Jean Echenoz, l'air de rien, signe avec 14, un livre exceptionnel sur une des plus grandes absurdités du vingtième siècle. Concis, ironique, factuel, il raconte la Grande Guerre du point de vue des soldats, des millions à avoir été sacrifiés, victimes de la folie des hommes.
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Macha_Loubrun
  18 septembre 2014
14 de Jean Echenoz, c'est comme un petit caillou que l'on garde dans sa poche pour ne pas oublier, c'est un livre court qui parle intimement de la guerre. C'est tout l'art de dire avec une apparente distance et beaucoup d'élégance, l'indicible, l'horreur des tranchés. Un condensé de la nature humaine dans les situations les plus épouvantables, l'implacable mise à l'épreuve de soldats aux personnalités bien différentes. le courage et le hasard feront le reste… Jean Echenoz s'attache aux détails matériels, au poids des sacs, aux uniformes, aux rations, au climat, aux odeurs, aux poux à travers le simple récit de cinq jeunes hommes partis la fleur au fusil faire la guerre, tandis que Blanche attend le retour de deux d'entre eux.
« Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état".
14 ans, c'est l'âge que j'avais lorsque mon grand-père est décédé à l'âge de 88 ans, sans jamais avoir rien raconté d'essentiel à propos des quatre longues années passées à se battre durant la première guerre mondiale. Je souffre de ne pas lui avoir posé beaucoup de questions et en lisant ce livre bouleversant, j'ai eu l'impression de reprendre le dialogue avec lui et les rares anecdotes édulcorées qu'il me racontait, comme dormir dans la neige.
Il faut dire que le style est magnifique, 14 est un coup de coeur.

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carre
  31 décembre 2012
Jean Echenoz dans un style toujours aussi personnel, signe avec « 14 », un grand roman en allant à l'essentiel à travers le destin d'Anthime et de quatre camarades propulsé du jour au lendemain sur le front. Et puis, il y a Blanche, petite lumière au fond de la nuit.
Echenoz est épatant. En peu de pages, il réussit à décrire l'histoire d'un pays à travers ces personnages et l'incrédulité devant cette mobilisation générale.Il ne s'attarde pas sur l'horreur quotidien, il le dit d'ailleurs, d'autre l'ont déjà fait, non il nous raconte une histoire d'anonymes plongé dans une situation aussi absurde que terrifiante. Il mène son récit presque avec détachement avec ce talent incroyable de manier les mots. du travail d'orfèvre qui semble d'une simplicité enfantine. C'est ça la marque des grands.
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critiques presse (8)
LaPresse   03 décembre 2012
Echenoz boucle cette «effroyable boucherie» de 16 millions de morts en un récit de 150 000 signes qui totalise à peine 124 pages.
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LaLibreBelgique   13 novembre 2012
Précis, grave, fulgurant roman où six destins humains éclairent le chaos d’un monde délétère.
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LeMonde   15 octobre 2012
Ce nouveau roman concentre et synthétise le meilleur de l'écriture échenozienne. Et si son titre ne laisse d'abord aucun doute sur la période à laquelle il renvoie, on ne peut manquer de s'étonner ensuite qu'il se limite à cette seule première année de combat.
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LeSoir   09 octobre 2012
Un humour un peu désespéré, la politesse des pauvres, un grand sens de la narration, une originalité qui permet à l’auteur de glisser un chapitre sur les animaux entre les autres qui rebondissent de l’un à l’autre. […]14 est à lire absolument.
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Liberation   08 octobre 2012
La guerre détruit ce que le livre soude. Quelle connerie, disait Prévert. Echenoz ne l’écrit pas. Mais son talent de miniaturiste s’acharne à le montrer. En ce sens, l’exercice de style est, comme la mort, un acte du cœur.
Lire la critique sur le site : Liberation
Lhumanite   08 octobre 2012
Jamais Echenoz ne hausse le ton ni ne flirte avec le pathos. Mais son économie d’écriture, avec ses images millimétrées et sa langue pesée au trébuchet, fait ici merveille. Son 14 s’inscrit comme 
une œuvre de toute première force sur le thème de 
la Grande Guerre.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
LeFigaro   08 octobre 2012
Echenoz brosse un portrait de cet Anthime qui n'est pas sans rappeler ses fictions biographiques: en quelques phrases courtes, ciselées, gentiment ironiques, la photo est prise.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama   26 septembre 2012
Une méditation sur la destinée de l'individu, celui ­aussi des générations. Portée par une phrase qui atteint aujourd'hui sa perfection. Maîtrisée, renversante, superbe jusque dans ses feints relâchements, ses moments d'apparente et grisante désinvolture [...].
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (116) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   10 juillet 2018
... non contents d’essuyer les tirs venus de l’ennemi, ils ont commencé de recevoir aussi dans le dos des balles imprudemment tirées par leurs propres forces, après quoi le désordre s’est vite installé dans les rangs. C’est qu’on était sans expérience, les accrochages commençaient à peine : ce ne serait que plus tard, pour pallier de tels impairs et se faire mieux repérer par les officiers observateurs, qu’on recevrait l’ordre de coudre un grand rectangle blanc dans le dos de sa capote. 
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palamedepalamede   08 juillet 2018
Anthime avait commencé ... par tailler des lacets dans les courroies abandonnées. Puis, l’idée lui étant venue d’utiliser ces mêmes courroies comme bracelets qui, noués puis munis d’un fermoir, permettaient de fixer au poignet les montres à gousset par soudures d’anses à midi et six heures, il avait ainsi cru inventer le bracelet-montre. Il caressait ensuite le magnifique projet de faire breveter cette invention à son retour – avant d’apprendre alors que cette idée avait été conçue dix ans plus tôt par Louis Cartier pour aider son ami Santos-Dumont, cet aviateur s’étant plaint de ne pouvoir extraire sa montre de sa poche en pilotant.
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palamedepalamede   07 juillet 2018
... on ne quitte pas cette guerre comme ça. La situation est simple, on est coincés : les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes. La seule solution consistant à n’être plus apte, c’est évidemment la bonne blessure qu’on attend faute de mieux, celle qu’on en vient à désirer, celle qui ... vous garantit le départ, mais le problème réside en ce qu’elle ne dépend pas de vous. Cette bienfaisante blessure, certains ont donc tenté de se l’administrer eux-mêmes sans trop se faire remarquer, en se tirant une balle dans la main par exemple, mais en général ils ont échoué : on les a confondus, jugés puis fusillés pour trahison. Fusillé par les siens plutôt qu’asphyxié, carbonisé, déchiqueté par les gaz, les lance-flammes ou les obus des autres, ce pouvait être un choix. 
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palamedepalamede   04 juillet 2018
... Un casque censé protéger l'homme plus sérieusement, mais dont les modèles initiaux étaient peints en bleu brillant. Quand on les a coiffés, on s'est d'abord bien amusés de ne plus se reconnaître tant ils étaient couvrants. Quand ça n'a plus fait rire personne et qu'il est apparu que les reflets du soleil produisaient d'attrayantes cibles, on les a enduits de boue comme on l'avait fait l'an passé pour les gamelles.
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patatipatatapatatipatata   11 novembre 2012
Le sac ne pesait d’abord, vide, que six cents grammes. Mais il s’alourdirait vite par un premier lot de fournitures réglementaires, soigneusement réparties et consistant en matériel alimentaire - bouteilles d’alcool de menthe et substitut de café, boîtes et sachets de sucre et de chocolat, bidons et couverts en fer étamé, quart en fer embouti, ouvre-boîte et canif, - en vêtements - caleçons court et long, mouchoirs en coton, chemises de flanelle, bretelle et bandes molletières -, en produits d’entretien et de nettoyage - brosses à habits, à chaussures et pour les armes, boîtes de graisse, de cirage, de boutons et de lacets de rechange, trousse de couture et ciseaux à bouts ronds -, en effets de toilette et de santé - pansements individuels et coton hydrophile, torchon-serviette, miroir, savon, rasoir avec son aiguisoir, blaireau, brosse à dents, peigne - ainsi qu’en objets personnels - tabac à rouler, allumettes et briquet, lampe de poche, bracelet d’identité à plaques en maillechort et aluminium, petit paroissien du soldat, livret individuel.

Tout cela semblait déjà pas mal pour un seul sac mais n’empêchait nullement qu’ensuite on arrimât sur lui, à l’aide de sangles, divers accessoires échafaudés. Au sommet, d’abord, sur une couverture roulée surmontant une toile de tente avec mâts, piquets et cordeaux incorporés, trônerait une gamelle individuelle - basculée pour obvier à l’ entrechoc avec la tête-, à l’arrière un petit fagot de bois sec pour la soupe au bivouac serait calé sur une marmite fixée par une courroie remontant sur la gamelle et, latéralement, pendraient un ou deux outils de campagne sous leur housse en cuir - hache ou cisaille, serpe, scie, pelle, pioche ou pelle-pioche, au choix - ainsi qu’une vache à eau et une lanterne sous son étui de transport en toile. L’ensemble de cet édifice avoisinerait alors au moins trente-cinq kilos par temps sec. Avant qu’il ne se mette donc à pleuvoir.
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Harry Mathews invité de la librairie Les Cahiers de Colette à Paris le 18 juin 1991 à l'occasion de la parution de "Cuisine de pays" aux éditions P.O.L avec dans la librairie notamment Harry Mathews, Marie Chaix, Colette Kerber, Paul Otchakovsky-Laurens, Jean Echenoz, Carine Toly... Cuisine de pays, de Harry Mathews traduit de l?américain par Marie Chaix, Martin Winckler et Jean-Noël Vuarnet; Cuisine de pays est un recueil de treize nouvelles, où les techniques ludiques de l?Oulipo jouent un grand rôle. L?humour et la gravité s?y disputent la prééminence. On y apprendra non seulement la recette de la succulente (?) farce double, mais encore les raisons de la supériorité généralement admise des violonistes russes, ou encore les étonnants procédés de traduction du Pagolak. On ressentira aussi, à la lecture de ces textes qui vont de l?érudition joueuse au désespoir tranquille, un très réel vertige."
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