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EAN : 9782707320483
141 pages
Éditeur : Editions de Minuit (09/10/2008)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.91/5 (sur 616 notes)
Résumé :
On a dû insister pour qu'Émile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s'arrête plus. Il ne cesse plus d'accélérer. Voici l'homme qui va courir le plus vite sur la Terre.
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Critiques, Analyses et Avis (93) Voir plus Ajouter une critique
Yassleo
  03 novembre 2015
Forrest Gump, ça vous parle? Mais si, le gars qui court tout le temps et qui part dans des délires avec les crevettes, vous savez. Bon, pas grave parce que ça n'a aucun rapport avec le Courir de Jean Echenoz, si ce n'est qu'on parle d'un gars qui court aussi. Et qui court en traversant l'Histoire de son pays. Mais qui se fout royalement des crevettes.
Ce gars c'est Zatopek. Emile de son ptit nom. Né en 1922 en Tchécoslovaquie. Et naître dans la Tchécoslovaquie du XXème siècle, on ne peut pas dire que ça démarre comme un conte de fées. Donc rien ne le prédestinait à devenir un des plus grands  athlètes de l'histoire du sport. Mais le destin réserve parfois des surprises.
Emile, il n'est pas contrariant. On le met à trimer dans l'usine Bata, il dit ok. On le change de poste quand ça arrange la hiérarchie, il dit ok. On lui dit tu vas courir contre une sélection aryenne surentrainée, il dit ok. On lui propose de servir son pays et d'entrer dans l'armée tchèque, toujours ok. Pas contrariant le gars, je vous assure. 
Mais, dans ce même temps, Emile s'aperçoit qu'il adore courir en fait. Ça en devient même une obsession. Courir, se surpasser et s'entraîner dès que possible.
Et à galoper comme un lapin par tous les temps et tous les chemins, il finit par se faire remarquer. Pas par son style, il ressemble davantage à un pantin désarticulé qu'à un Usain Bolt majestueusement sculpté (qu'était même pas né çui-la de toute façon) mais par son endurance et sa vitesse. 5, 10, 20 kilomètres ou marathon, même pas mal. Il vous court ça tranquille le Emile, fingers in the nose.
Cours Emile, cours.
Compétitions locales, européennes, internationales, Jeux olympiques : les records du monde sont pulvérisés. On le surnomme alors la locomotive tchèque, juste parce que le Concorde et le TGV n'existent pas encore. Il laisse ses concurrents sur place, à cracher leurs poumons dans son dos, pendant que lui s'envole sur le toit de l'Europe et du monde.
En revanche, il ne fait toujours pas ce qu'il veut. Car en pleine guerre froide et rideau de fer bien enraciné, c'est le gouvernement tchèque qui décide pour lui de ses compèts, si oui ou non il ira ou pas courir ici ou là-bas. Et Emile ne se rebelle pas, il accepte. Pas contrariant le bonhomme on vous dit.
Jean Echenoz nous retrace quelques moments de cette vie hors du commun. Ce n'est pas une biographie à proprement parler car il s'attarde uniquement sur la carrière sportive de Zatopek, en la mettant en relation avec l'actualité et le contexte politique de l'époque. L'histoire de Courir court (arf arf) sur une trentaine d'années en démarrant avec l'invasion de la Moravie par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale pour se terminer avec celle de la Tchécoslovaquie par les Russes fin des années 60.
De l'auteur, j'avais déjà aimé Ravel dans le même genre. Bon, il ne courait pas Maurice, faute de temps avec son Boléro à composer, mais l'écriture était assez semblable. Très accessible, fluide et légèrement teintée d'humour, on suit avec plaisir et sans grand effort l'épopée de ce grand athlète.
Et à en croire Gump mère : "la vie c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". Donc Zatopek, lui, a chopé tous les bons chocolats au début de sa suprématie sportive, mais il s'est quand même enfilé un bon paquet d'indigestes ensuite (certainement ceux à la liqueur, ceux qui dégoulinent sur le menton) au vu de sa difficile après-carrière qui conclut le récit.
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medsine
  25 mars 2014
Quel bonheur que de lire ce court récit de Jean Echenoz, sur l'immense coureur de fond qu'était Emile Zatopek, la locomotive tchèque. Après le poussif et trop philosophique "Courir", essai homonyme, de Guillaume le Blanc, j'ai enchaîné ces 150 pages avec une grande aisance, un réel plaisir, une envie comblée.
Emile, jeune ouvrier travaillant à l'usine de chaussures Bata est encouragé à courir sur le tard (fin de l'adolescence) et se découvre un talent inouï pour les distances de demi fond (5000 et 10 000 m). Il se met à tout gagner, puis continue à participer à des courses organisées pour les championnats militaires lors de son service puis lorsqu'il fera carrière dans l'armée, cette dernière étant trop heureuse d'avoir en son sein un champion très prometteur. Il gagnera tout par la suite, devenant un des plus grands champion Olympique de tous les temps.
Le récit mêle les exploits sportifs hallucinants de cette bête de somme qu'est Emile, coureur sans classe et au style abominable mais qui brise tous ses concurrents sur la distance par ses ruptures de rythme et sa force surhumaine, avec les événements survenus en république tchèque durant la guerre froide. On y découvre au delà de la simplicité du champion, toutes les difficultés qu'il a pu rencontrer pour participer aux courses internationales (autorisations délivrées ou non par l'état major soviétique). On est enfin terrifié par le destin tragique et absurde du coureur broyé par les russes qui réprimèrent les acteurs, les plus illustres comme les plus anodins, du printemps de Prague.
La prose de Jean Echenoz est simple et efficace, directe, sans chichi. Il touche au but, tout simplement.
Février 2014
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Marcelline
  28 juin 2012
Voilà un petit bonheur offert par la littérature!
Avec Courir, Jean Echenoz nous dresse un portrait tout en subtilité du coureur multi-champion de course à pied, Emile Zatopek.
Le personnage est sympathique, étonnant, voire ahurissant dans ses records battus, et semble toujours repousser la limite de ses exploits, "l'air de rien", comme par hasard!...
Mais le "plus" magistral de cette biographie, c'est l'écriture! Si Zatopek a fourni une matière qui incite à l'empathie, c'est surtout la façon d'en parler d'Echenoz qui fait toute la différence avec une biographie ordinaire: sous la narration informative, il y a toute l'ironie subtile de l'auteur, la finesse de son analyse et la fluidité de ses phrases. Il a le talent de faire couler les mots en donnant l'impression qu'on aurait pu les écrire nous-mêmes... alors que non!!!
L'air de rien, comme s'il nous racontait l'histoire de vive voix et qu'il nous faisait alors un clin d'oeil, il donne à sourire sur les aberrations des dictatures staliniennes, les incohérences des anciens régimes du "bloc de l'est".
J'avais déjà beaucoup aimé Ravel, du même auteur. Je me suis régalée avec Courir. J'ai hâte de découvrir Des éclairs!...
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Nastie92
  23 octobre 2020
Il court, il court, Émile !
Émile court, court. Vite, très vite. Il accumule les titres et les records. Une vraie machine !
Son palmarès et son style de course lui valent le surnom de "locomotive tchèque".
Deuxième des trois courtes biographies écrites par Jean Echenoz, Courir reprend la recette gagnante de Ravel : un portrait brossé par petites touches, original et plein d'humour.
Émile − Emil en fait, puisqu'il s'agit d'Emil Zátopek − est une sorte d'athlète d'état : dans la Tchécoslovaquie communiste, il sert de modèle, on l'exhibe comme un animal de foire. On contrôle sa carrière. Ses victoires contribuent au prestige du régime en place.
De façon empirique, Émile met au point de nouvelles méthodes d'entraînement et de course. Il invente la technique du fractionné, utilisée aujourd'hui par les athlètes du monde entier et devient le spécialiste du sprint final.
À côté de sa carrière sportive, Émile est citoyen d'un pays communiste, ce qui entraîne des contraintes pas toujours simples à gérer : il est parfois interdit de déplacements à l'étranger, et à d'autres moments contraint de participer à certaines épreuves pour la gloire de la patrie.
Il est utilisé voire exploité et a finalement encore moins de droits qu'un simple citoyen. Il paiera très cher son soutien à Alexander Dubček lors du Printemps de Prague.
Sport et Histoire imbriqués dans un récit impeccablement construit et plein de fantaisie : Courir est une vraie réussite.
Le chapitre sept qui relate la participation d'Émile au championnat des forces alliées en 1946 est à lui seul un petit bijou d'humour.
Instructif, distrayant, original et très bien écrit : que demander de plus ?
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tynn
  10 août 2016
Dans son style direct et concis, Jean Echenoz nous entraîne dans la foulée d'un champion de course à pied.
Avec le contrechamp des changements géopolitiques de l'Europe après-guerre de 40, voici la carrière sportif d'un petit Émile*, véritable phénomène tchécoslovaque des pistes cendrées avec son style inimitable de forçat des courses. Venu au sport par hasard, porte-drapeau d'une idéologie communiste conquérante, objet de propagande et pépite d'or d'un régime, il va faire chavirer les stades pendant une dizaine d'années.
Je ne pensais vraiment pas être accrochée par ce type de sujet. C'est tout le talent de l'auteur de faire de la carrière d'un athlète un bel exercice littéraire, avec un petit ton décalé et une pointe d'humour. Sans délayage, en allant droit aux faits, un personnage de roman se crée dans le contexte difficile de la Guerre froide et du rideau de fer.
Il n'empêche que Jean Echenoz a dû effectuer un beau travail de documentaliste pour reconstituer cette carrière sportive brillante, complétée du destin en demi-teinte de l'homme dans l'appareil soviétique.

*Emil Zátopek surnommé La Locomotive ou le Tchèque bondissant, 18 records du monde entre 1946 et 1956.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   08 mai 2010
Émile, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Émile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés, comme déchirés par une souffrance affreuse, langue tirée par intermittence, comme avec un scorpion logé dans chaque chaussure. Il a l'air absent quand il court, terriblement ailleurs, si concentré que même pas là, sauf qu'il est là plus que personne et, ramassée entre ses épaules, sur son cou toujours penché du même côté, sa tête dodeline sans cesse, brinqueballe et ballotte de droite à gauche
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chartelchartel   18 décembre 2008
Ce nom de Zatopek qui n’était rien, qui n’était rien qu’un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupape scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d’huile Émile est fournie avec le moteur Zatopek.
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BMRBMR   17 janvier 2009
[...] Un jour on calculera que, rien qu'en s'entraînant, Émile aura couru trois fois le tour de la Terre. Faire marcher la machine, l'améliorer sans cesse et lui extorquer des résultats, il n'y a que ça qui compte et sans doute est-ce pour ça que, franchement, il n'est pas beau à voir. C'est qu'il se fout de tout le reste. Cette machine est un moteur exceptionnel sur lequel on aurait négligé de monter une carosserie. Son style n'a pas atteint ni n'atteindra peut-être jamais la perfection, mais Émile sait qu'il n'a pas le temps de s'en occuper : ce seraient trop d'heures perdues au détriment de son endurance et de l'accroissement de ses forces. Donc même si ce n'est pas très joli, il se contente de courir comme ça lui convient le mieux, comme ça le fatigue le moins, c'est tout.
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Nastie92Nastie92   23 octobre 2020
N'importe quand, n'importe qui peut se retrouver dans une prison ou dans un camp, pour des raisons qu'en général il ignore. Il s'y retrouve la plupart du temps moins pour ce qu'il pense que parce qu'il gêne quelqu'un ayant le pouvoir de l'y envoyer. Chaque jour, des quatre coins du pays, des centaines de lettres arrivent à la Sécurité d'État qui attirent, avec beaucoup d'obligeance et d'imagination, l'attention de celle-ci sur tel camarade, collègue, voisin, parent, dénoncé dans le cadre de la conspiration contre le régime.
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ZazaboumZazaboum   13 mai 2020
Les Allemands sont entrés en Moravie. Ils y sont arrivés à cheval, à moto, en voiture, en camion mais aussi en calèche, suivis d’unités d’infanterie et de colonnes de ravitaillement, puis de quelques véhicules semi-chenillés de petit format, guère plus. Le temps n’est pas venu de voir de gros panzers Tiger et Panther menés par des tankistes en uniforme noir, qui sera une couleur bien pratique pour cacher les taches d’huile. Quelques Messerschmitt monomoteurs de reconnaissance de type Taifun survolent cette opération mais, seulement chargés de s’assurer de haut que tout se passe tranquillement, ils ne sont même pas armés. Ce n’est qu’une petite invasion éclair en douceur, une petite annexion sans faire d’histoires, ce n’est pas encore la guerre à proprement parler. C’est juste que les Allemands arrivent et qu’ils s’installent, c’est tout.
Page 7
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Vidéo de Jean Echenoz
Extrait de "Vie de Gérard Fulmard" de Jean Echenoz lu par Dominique Pinon. Parution le 11 mars 2020.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/vie-de-gerard-fulmard-9791035402839
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