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EAN : 9782707311641
21 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/03/1988)
3.6/5   87 notes
Résumé :
Ce petit livre, tout frais sorti de la machine à écrire de Jean Echenoz, est, n'ayons pas peur des mots, une petite merveille.
Cela s'intitule L'occupation des sols. [...] On est ébloui par l'inspiration, par le style, par la cocasserie, par l'impressionnante efficacité narrative d'Echenoz. Si quelqu'un vous propose d'échanger 90 % des romans français publiés depuis un an contre ces seize pages là, n'hésitez pas, acceptez, c'est une bonne affaire.
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Laurence64
  25 décembre 2012
De l'impermanence du monde en quelques pages echenoziennes.
Sylvie a brûlé, avec ses meubles et ses photographies. Fabre, l'époux, peine à dire à son fils qui elle était. "Il s'épuisait à vouloir la décrire toujours plus exactement". "Ca ne se rend pas". Alors le dimanche, père et fils partent en pèlerinage du côté de la rue Dieu pour user leurs yeux à une représentation géante de Sylvie Fabre, peinte sur le flanc d'un immeuble, madone publicitaire en robe bleue vantant un parfum.
Le père s'agace contre le fils. "Regarde un peu ta mère, s'énervait Fabre que ce spectacle mettait en larmes, en rut, selon".
Le temps passe, les villes changent. L'un des immeubles jouxtant celui de la représentation maternelle est détruit. Un nouveau bâtiment le remplace. le square miteux que surplombe l'image unique n'échappe pas à la déréliction. "Son parfum levé par-dessus la charogne, Sylvie Fabre luttait cependant contre son effacement personnel, bravant l'érosion éolienne de toute la force de ses deux dimensions. Paul vit parfois d'un oeil inquiet la pierre de taille chasser le bleu, surgir nue, craquant une maille du vêtement maternel ; quoique tout cela restât très progressif".
De cette déréliction du square inutile découle l'érection d'un nouvel immeuble, murant peu à peu Sylvie. Et la ferveur du fils pour la seule image maternelle va croissant.
Il va s'agir de sauver la Sylvie de pierre puisque la Sylvie de chair se consuma en son temps. Fabre loue un studio dans la nouvelle construction, plan en main. Derrière le mur, il le sait, il le croit, Sylvie irradie. "Selon ses calculs il dormait contre le sourire, suspendu à ses lèvres comme dans un hamac; à son fils il démontra cela sur plans".
Fabre, père et fils, vont gratter la paroi au risque de l'incendie."On gratte, on gratte et puis très vite on respire mal, on sue, il commence à faire terriblement chaud". Chez Echenoz les ruines sont poétiques.
Et si l'image est vouée, elle aussi, à disparaître, j'arrête mes collections Panini.
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valsing
  03 mai 2018
Le Monde Urbain asphyxie le Monde Chlorophyllien !
Le ciment ignore la rébellion des graphittis ou les alertes des affiches.
Inlassablement, le « plan d'occupation des sols » construit, détruit puis reconstruit.
Froidement aussi, il déconstruit des Vies.
Jean Echenoz marque son Territoire en déposant subtilement son empreinte dans la matrice de ce petit roman.
/!\ Attention ! écoulement lent, prise rapide !
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wellibus2
  13 septembre 2016
Ce petit livre, tout frais sorti de la machine à écrire de Jean Echenoz, est, n'ayons pas peur des mots, une petite merveille.
Cela s'intitule L'occupation des sols. [...] On est ébloui par l'inspiration, par le style, par la cocasserie, par l'impressionnante efficacité narrative d'Echenoz. Si quelqu'un vous propose d'échanger 90 % des romans français publiés depuis un an contre ces seize pages là, n'hésitez pas, acceptez, c'est une bonne affaire.
Pierre Lepape, le Monde
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Herve-Lionel
  07 mars 2014
N°700 - Décembre 2013.
L'OCCUPATION DES SOLS - Jean Echenoz – Éditions de Minuit.[1988]
D'emblée ce titre aux accents administratifs surprend. Cela sent le permis de construire et pourquoi pas les tractations plus ou moins avouables pour obtenir une dérogation voire un passe-droit et ainsi s'enrichir. Ce qui surprend aussi c'est le peu d'épaisseur de ce volume (22 pages) qui peut-être baptisé de « Nouvelle ». Pour autant, dans mon opinion, ce récit ne peut être ravalé au rang d'une simple histoire racontée au lecteur pour meubler rapidement une soirée.
Le texte met en scène le Père Fabre et son fils Paul. La mère, Sylvie, est morte dans l'incendie de leur appartement et d'elle il ne reste rien, ni photos, ni objets lui ayant appartenu. Cela aussi peut surprendre mais pourquoi pas ? le père et le fils sont partis habiter ailleurs, un appartement dont on s'aperçoit très vite que c'est une demeure de transition. le père tente, mais en vain, de faire revivre avec des mots cette figure tutélaire pour Paul [« Le soir après le dîner, Fabre parlait à Paul de sa mère...Comme on ne possédait plus de représentation de Sylvie Fabre, il s'épuisait à vouloir la décrire toujours plus exactement. »].
Pourtant, sur le quai de Valmy, il y a un portait en pied de Sylvie de quinze mètres de haut. Elle figure en effet sur une fresque publicitaire, sur le mur d'un vieil immeuble, en robe bleue décolletée, vantant un parfum. Elle a posé quelques années avant la naissance de Paul alors qu'elle était mannequin. Ensemble ils y vont régulièrement comme pour un pèlerinage mais cela bouleverse le père [« Regarde un peu ta mère, s'énervait Fabre, que ce spectacle mettait en larmes, en rut »] le fils revient parfois seul en secret pour voir l'unique représentation de Sylvie. Puis le temps fait son oeuvre et l'image commence petit à petit à se dégrader [« Sylvie Fabre luttait cependant contre son effacement personnel, bravant l'érosion éolienne de toute la force de ses deux dimensions »] et ce qui a sûrement été une curiosité est progressivement oublié. Pire peut-être on envisage une construction mitoyenne qui va masquer complètement la fresque. Petit à petit les murs montent, mangeant l'image maternelle.
N'y tenant plus Fabre décide de louer un appartement dans l'immeuble en construction qui jouxte la fresque de Sylvie, exactement sous ses yeux [« Selon ses calculs il dormait contre le sourire, suspendu à ses lèvres comme dans un hamac »]. Dès lors, le père entreprend de convaincre son fils de gratter, c'est à dire de détruite les matériaux de construction neufs pour atteindre et surtout garder pour lui seul le regard de sa femme. Ce faisant et dans la poussière de plâtre, « il commence à faire terriblement chaud ».
Au-delà de l'histoire, cet épisode raconté avec le style caractéristique d'Echenoz où je persiste à voir de la poésie, entraîne un questionnement. Tout d'abord et compte tenu des circonstances bien particulières, ce mur devient un lieu de souvenir, un peu comme une tombe de substitution [bizarrement, il ne leur vient pas à l'idée de le photographier puisqu'aussi bien ils ne possèdent plus d'images de Sylvie et que le caractère public de cette fresque publicitaire lui confère un aspect nécessairement transitoire qu'ils ne peuvent maîtriser]. Son aspect religieux bien que non exprimé est souligné par la couleur bleue « mariale » et Sylvie est ainsi idéalisée et ce malgré le côté publicitaire et la présence du décolleté profond. Cette image a bien dû interpeller les gens de la rue mais maintenant, après tout ce temps, elle a fait partie du paysage urbain et ils n'y prêtent même plus attention ; elle va disparaître sans même qu'ils s'en aperçoivent. Au pied de l'immeuble, il y avait une animation dans le petit square, on y promenait son chien ou on y amenait ses enfants puis, petit à petit, les choses changent, évoluent, se dissolvent dans le décor. Au pied de cette construction on va creuser les fondations d'un autre bâtiment et graduellement, un peu comme dans la mémoire, les images disparaissent. Pour autant, le père et le fils s'en considèrent comme les gardiens et les visites sont une sorte de culte qu'ils lui rendent. C'est un peu leur acte de mémoire à eux, leur culte à l'absente tant il est vrai qu'un être disparu n'est pas mort tant que quelqu'un pense encore à lui. Il y a aussi cette allégorie de la fresque qui perdure pendant quelques temps. La mémoire est donc intacte, entretenue par des visites régulières, puis, petit à petit, au rythme des démolitions et des ravalements successifs effectués autour de l'image de Sylvie, elle se délite. Puis c'est le creusement des fondations du futur immeuble et l'édification de ses murs. J'y vois la marche du temps et la dégradation progressive au souvenir. C'est aussi une illustration du travail de deuil qui est parfois impossible à faire mais je choisis aussi d'y voir une démarche proustienne de recherche du temps perdu. D'autre part le père comme le fils doivent se reconstruire après la disparition de Sylvie, cette fresque les y aidait et sa disparition signe le début de l'oubli possible qu'ils décident de combattre à leur manière.
Le choix que le père fait de retrouver le sourire de Sylvie en détruisant le mur de son appartement neuf génère de la fatigue et de la chaleur [« On gratte, on gratte et puis très vite on respire mal, on sue, il commence à faire terriblement chaud »] . Ce n'est pas sans rappeler celle de l'incendie qui coûta la vie à Sylvie et qui supprima tous les objets qui lui étaient familiers.
Ce que je retiens aussi de ce récit c'est que l'auteur reste un écrivain de Paris, un témoin de territoire qui aime y mettre en scène des fictions.
Personnellement, je poursuis avec plaisir la découverte de l'oeuvre d'Echenoz.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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rotsenamrub
  15 novembre 2020
Echenoz ne m'a pas déçu, sa langue et sa faculté d'évocation subtile et discrète m'ont encore séduit.
Le procédé commercial en revanche m'a ulcéré, quelle arnaque de publier ce volume ne renfermant qu'une seule nouvelle de 25 pages!
PS : je viens de parcourir la polémique suscitée par la règle des 250 caractères.
Peut-être devrait-on exiger des éditeurs un minimum de contenu pour la commercialisation d'un livre.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
donatelladonatella   04 mai 2014
Une petite nouvelle éblouissante, drôle, subtilement ironique, mais en même temps mélancolique et nostalgique. Comment faire le deuil d'un être cher, comment se souvenir, si on n'a plus d'images? Fabre et son fils Paul ont tout perdu, car la mère est morte dans l'incendie de l'appartement, et tout a brûlé: les meubles, les photographies, tout. La seule image de Sylvie Fabre qui subsiste est une immense publicité pour un parfum peinte sur un mur d'immeuble. On y voit la mère en robe bleue décolletée, très belle. Le père et le fils vont voir régulièrement cette unique représentation pour ne pas perdre de vue celle qui a disparu. La nouvelle raconte comment cette dernière image est d'abord menacée par l'érosion naturelle, puis condamnée à disparaître dans le cadre d'un nouvel plan d'occupation des sols. Car un nouvel immeuble doit être construit devant le mur publicitaire…. On ne se lasse pas de relire cette petite histoire urbaine dont la fin émouvante et surprenante renverse la logique des disparitions et des destructions.
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Polars_urbainsPolars_urbains   01 février 2018
Il avait fait les vitres par lesquelles on distinguait le fond du canal, privé de son liquide pour cause de vidange trisannuelle : trop peu d’armes du crime se trouvaient là, les seuls squelettes étant des armatures de chaises en fer, des carcasses de cyclomoteurs. Sinon, cela consistait en jantes et pneus disjoints, pots d’échappement, guidons ; la proportion de bouteilles vides semblait normale, en revanche une multitude de chariots d’hypermarchés rivaux déconcertait. Constelle d’escargots stercoraires, tout cela se vautrait dans la vase que de gros tuyaux pompaient mollement sous leurs anneaux gluants, lâchant d’éventuels bruits de siphon.
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brigetounbrigetoun   05 novembre 2010
L'édifice n'était pas entièrement achevé, des finitions traînaient, avec des sacs de ciment déchirés ; mastiquées depuis peu, les vitres étaient encore barrées de blanc d'Espagne pour qu'on ne les confondit pas avec rien. C'était un sépulcre au lieu d'une effigie de Sylvie, on l'approchait d'un autre pas, d'une démarche moins souple.
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donatelladonatella   04 mai 2014
La palissade se dégraderait à terme: parfait support d'affiches et d'inscriptions contradictoires, elle s'était vite rompue à l'usure des choses, intégrée au laisser-aller. Rassérénés, les chiens venaient compisser les planches déjà gorgées de colle et d'encre, promptement corrompues: disjointes, ce que l'on devinait entre elles faisait détourner le regard. Sylvie Fabre luttait cependant contre son effacement personnel, bravant l'érosion éolienne de toute la force de ses deux dimensions. Paul vit parfois d'un oeil inquiet la pierre de taille chasser le bleu, surgir nue, craquant une maille du vêtement maternel; quoique tout cela restât très progressif.
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Herve-LionelHerve-Lionel   07 mars 2014
Le soir après le dîner, Fabre parlait à Paul de sa mère...Comme on ne possédait plus de représentation de Sylvie Fabre, il s'épuisait à vouloir la décrire toujours plus exactement.
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Videos de Jean Echenoz (49) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Echenoz
Extrait de "Vie de Gérard Fulmard" de Jean Echenoz lu par Dominique Pinon. Parution le 11 mars 2020.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/vie-de-gerard-fulmard-9791035402839
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