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ISBN : 2707345881
Éditeur : Editions de Minuit (03/01/2020)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 13 notes)
Résumé :
La carrière de Gérard Fulmard n’a pas assez retenu l’attention du public. Peut-être était-il temps qu’on en dresse les grandes lignes. Après des expériences diverses et peu couronnées de succès, Fulmard s’est retrouvé enrôlé au titre d’homme de main dans un parti politique mineur où s’aiguisent, comme partout, les complots et les passions.
Autant dire qu’il a mis les pieds dans un drame. Et croire, comme il l’a fait, qu’il est tombé là par hasard, c’est oubl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
cprevost
  13 février 2020
Jean Echenoz, à n'en pas douter, est un des romanciers français les plus marquants de cette période très libérale. Il ne s'agit nullement en affirmant cela d'établir quelque classement, jugement de valeur que ce soit. Nous ne savons pas si Jean Echenoz est le grand écrivain, s'il est avant untel ou untel. Ce que nous savons par contre, c'est que son oeuvre est puissamment ancrée dans la réalité des inégalités d'aujourd'hui. S'il fallait raconter notre temps, nous pourrions le faire indubitablement avec ses livres. La critique la plus routinière pourtant décontextualise le plus possible son travail et ne veut voir dans chacun de ses romans – la « Vie de Gérard Fulmard » ne fait pas exception – qu'un objet esthétique et ludique autonome de plus. Hors plus le sujet d'un tel roman est ignoré, plus il se laisse aisément déposséder de son pouvoir critique et plus facile est alors son intégration dans le brouhaha général du Landerneau de la pige. La récupération gênée des oeuvres dans l'ordre de l'esthétique est toujours d'actualité lorsque l'appréciation formelle est seulement considérée.

Jean Echenoz , comme le font ses personnages, se promène dans des lieux contrastés, rue Erlanger et « zones hyper bourgeoises à défendre », il y fait une lecture splendide des paysages urbains ; il regarde partout et nourrit son récit de quantité de détails classants et déclassants ; il entend les mots des uns et des autres et il mêle, musicalement, dans ses phrases le trivial et le précieux ; il consomme des textes et des images, dresse de féroces galeries de portraits, met en scène la stupidité du milieu des médias et de la politique tournant à vide. Il sait, mieux que personne, faire provision de réalité parce qu'il est un artiste et que ce qu'il glane lui sert à écrire.

Jean Echenoz dans son dernier livre met ainsi en scène des histoires de pouvoir contrarié – politique et amour. Il y envoie une espèce d'innocent pour décaler le modèle du polar et révéler des vérités bonnes à dire. le tour est joué. Les mises en présence du très falot Gérard Fulmard avec la chute de débris d'un lanceur soviétique, avec une affaire politique de deuxième ordre, avec un parti de troisième ; les mises en présence, par le passage obligé de la vie solitaire et médiocre à un certaine milieu, produisent d' irréversibles effets qui sont malicieusement mis en perspective. Comme toujours, Jean Echenoz s'amuse avec le genre sans jamais cependant tomber dans la parodie gratuite. C'est une intrigue menée tambour battant : une catastrophe est suivie d'un enlèvement politique et d'une histoire d'amour « … interruptus » sous les cocotiers. le narrateur est Gérard Fulmard en personne, un bedonnant steward interdit de vol. le personnage n'a pas une grande estime de soi : « A part ce nom, je ne suis pas sûr de provoquer l'envie : je ressemble à n'importe qui, en moins bien ». Pourtant le « héros » a entrepris une analyse avec le docteur Bardot soupçonné « d'assurer de telle vacation dans le seul but d'arrondir ses fins de matinée, rajoutant ainsi une pincée d'épinards dans son beurre ». Bien mal lui en a pris, il est entraîné dans un jeu dont il ignore les règles. Ce ne seront qu'échecs successifs d'un homme qui n'a pas le choix. Il n'entend rien évidemment au vocabulaire, poncifs, syntagmes qui font le miel de la « Fédération Populaire Indépendante » ; il ignore tout des meetings foireux, réunions extraordinaires et ordinaires des montants et des descendants du parti croupion ; et il n'a naturellement aucune espèce de « fidélité à ces préceptes que sont, avant tout, le sens du travail et le goût des valeurs » … C'est ici qu'il devrait être question de la trame de « Phèdre ». Jean Echenoz, en inversant les sexes et en plaçant au centre son Gérard Fulmard, se serait inspiré de la pièce de Racine. C'est ici donc, et bien non.

« Jean Echenoz n'affirme rien : il n'affirme même pas qu'il affirme rien (…) » disait Pierre Lepape. Il ne démontre pas, il montre. Il est le romancier, à nul autre pareil, de la suspension du sens, de la souriante démolition des certitudes, celui des espaces abandonnés et du temps flottant. Dans un éclat de rire, il célèbre l'absurdité d'un monde où les désirs tristes d'un Gérard Fulmard sont fixés pour toujours, de l'extérieur, à un nombre très restreint d'objets insignifiants comme payer son minable loyer. le personnage dans de belles pages semble pris dans un imaginaire double : un imaginaire du comblement pour faire paraître bien suffisantes les petites joies des paiements possibles auxquels il est assigné ; un imaginaire de l'impuissance pour le faire renoncer aux grandes auxquelles ils pourraient aspirer et qu'il entrevoit à peine : « Les tapis et les meubles – guéridons stratifiés de livres d'art et de catalogue de salles des ventes, méridiennes, sofas, poufs – ainsi que la décoration – un Staël, un Klein, trois antiquités soclées – dénotent un goût et un matelas bancaire analogues ». Jean Echenoz prend acte de la stratification de l'espace : il n'y a plus d'élites que sur nos écrans tristes ; rassemblements précaires d'êtres atomisés dont les rêves, les comportements n'obéissent qu'à des logiques fatiguées et usées, à des morales de l'immédiateté et du fugace, nous vivons aujourd'hui dans les banlieues de l'esprit et du beau. L'écrivain pourrait écrire des drames sur cette émiettement, faire des tragédies de cette solitude, construire les récits de ces misères du monde mais les lamentations ont partie liée avec l'apitoiement et le renoncement. D'autres le font. Aux dissimulations, aux spoliations, au temps des significations errantes, répondent l'écriture elliptique, joueuse, détachée, rythmée de Jean Echenoz, ses trompe-l'oeil savants, ses cabrioles stylistiques et la limpidité de son récit qui ne renonce jamais au romanesque. La phrase de Jean Echenoz, sa minutie désinvolte, ses télescopages entre le soutenu et le trivial, son sens de l'humour, qui ont à voir avec le goût et le plaisir, une fois encore nous enchantent.
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gilles3822
  28 janvier 2020
L'anti-héros est de sortie, porteur de poisse, cerné par la scoumoune. Il est philosophe ce garçon, non sujet à la déprime, voit un "conseiller" régulièrement, transparent jusqu'au jour où...Ne pas se fier à la fausse indifférence d'un interlocuteur au pouvoir de nuisance aussi improbable que l'intérêt suscité par sa propre personne. Fulmard est un individu quelconque, inoffensif, qui ne sait globalement pas faire grand chose et ne peut que chercher une occupation accessible à ses faibles capacités, occupation qui devient un atout dans les magouilles d'un parti politique dont le programme se réduit à des luttes intestines pour un pouvoir aussi minable qu'illusoire. Entre médiocres, on se comprend, ce qui ne manque pas de saveur, connaissant la suffisance et la fatuité des politiques en général. Toute ressemblance avec des personnages existants n'est pas une coincidence mais, comment dire, une mise en perspective intéressante. Les péripéties savoureuses qui émaillent ce roman, assez jouissif, permettent à tout un chacun de se sentir au dessus de la mêlée mais attention, ne jamais baisser la garde sous peine de ressembler à nos anti-héros.
Un vrai bonheur de lecture, détente assurée.
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mdhennin
  20 janvier 2020
Avec cette vie de Gérard Fulmard, Jean Echenoz nous éblouit encore une fois par son incroyable talent de jongleur de la langue française. Dès la première phrase, le ton est donné : l'incipit nous plonge in medias res dans une affaire aussi étrange que ridiculement ordinaire. Car tout l'art d'Echenoz est justement là, rendre extraordinaire le minuscule, rendre belles les nuances de gris des bords de Seine, rendre piquantes les pathétiques veuleries des magouilles politiques, faire surgir la beauté dans la description de ce à côté de quoi l'on passe tous les jours...
Gérard Fulmard était là depuis toujours et on ne le voyait pas.
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maud31
  13 février 2020
Un exercice littéraire, l'art et la façon de manier la langue française brillamment, avec élégance. Humour en pointillé, descriptions formidables. Mais on se fiche éperdument de l'histoire, et des personnages, Dommage.
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critiques presse (2)
LaCroix   23 janvier 2020
Dans son dernier roman, Jean Echenoz propose une œuvre pleine de rebondissements, portée par l’art de la narration et des personnages dans lequel excelle l’écrivain.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Culturebox   23 janvier 2020
L'écriture est riche. Echenoz se balade dans le style comme un sportif de haut niveau. De l'encyclopédie commentée au roman noir stylisé, en passant par le burlesque bien maîtrisé, Echenoz ose tout, semant ici et là des clins d'œil sous forme d'adresses directes au lecteur, le faisant se sentir délicieusement complice.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Leg12Leg12   15 février 2020
Non loin d’eux, seule et nue, Louise Tourneur va et vient dans une piscine de vingt mètres sur douze. En arrière-plan se dresse une villa moderne
et tarabiscotée : décrochements et surplombs, verrières polychromes, échauguettes bivalves, balustres asymptotes et autres finasseries.
La piscine est bordée sur ses largeurs de cactées géantes en pots et, sur une de ses longueurs, une barrière végétale constituée de volumineux agaves
en rang la protège des regards extérieurs. Alentour se déploie une terrasse en marbre antidérapant ponctuée de jarres vernissées dans lesquelles
se développent du Melianthus major ou du Fatsia japonica. Des fauteuils en fibre de chanvre, chaises longues en cuir de lézard noir et tables basses en
ronce de benjoin définissent un salon d’été, autour d’une desserte supportant nombre d’alcools faibles et forts, sodas, boissons énergétiques,
avec un seau à glace en vermeil repoussé au flanc duquel, tendrement, le soleil vient de poser un lascif reflet. On est chez les riches, il fait beau.
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omarechalomarechal   15 février 2020
Rien ne prédisposait à la vie politique cet homme qui est rien moins qu'un tribun. Intellectuel spéculatif peu liant, préférant l'écrit solitaire à l'oral tumultueux, Franck Terrail n'est pas plus effusif que disert, pas homme à mener campagne et s'en aller serrer des mains sur les marchés du dimanche : il n'aime ni les dimanches ni les marchés ni serrer quoi que ce soit.
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omarechalomarechal   15 février 2020
J'aurais pu refuser le marché, bien sûr, n'ayant nulle garantie sur cette affaire mais comme ç'avait été à prendre ou à laisser, que j'avais tout intérêt à prendre et que j'avais pris, il a bien fallu s'y mettre.
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Videos de Jean Echenoz (48) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Echenoz
Frédéric Boyer (quelques pages de) Vaches où Frédéric Boyer lit quelques pages de son livre "Vaches" le 5 juin 2009 au couvent des Recollets, à l'occasion du festival "Paris en toutes lettres", lors d'une carte blanche donnée Frédéric Boyer qui rassemble Florence Delay, Jacques Roubaud, Olvier Cadiot et Jean Echenoz. "Vaches", de Frédéric Boyer est publié aux éditions P.O.L
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