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EAN : 9782020971935
216 pages
Éditeur : Seuil (21/08/2008)
4/5   11 notes
Résumé :
Le narrateur revient dans son pays après dix ans de massacres. Ce faisant, il cherche à comprendre comment son ami Mozaya est mort, et à retrouver un certain Asafo Johnson avec lequel il avait fondé une troupe de théâtre en ses années d'étudiant. La vie renaît, hantée par de vieilles et mortelles litanies, ces phrases-talismans qui se recourbent sur elles-mêmes comme la queue du scorpion.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Charybde2
  17 mars 2013
Réconciliation après une guerre civile en Afrique : écriture précise, hilarante et riche en symboles
Le dernier roman de Kossi Efoui, publié en 2008 et couronné par les prestigieux prix Tropiques et Ahmadou Kourouma, est une réussite d'écriture précise, hilarante et riche de symbolisme à la fois.
Un pays fictif sort tout juste d'une terrible guerre civile de dix ans, durant laquelle de terribles massacres ont eu lieu. Un exilé, parti juste avant le déclenchement de l'horreur, rentre au pays, en pleine « cure de réconciliation », et veut absolument retrouver les deux camarades avec qui il animait une troupe de théâtre amateur avant la guerre, sans que le lecteur ne puisse cerner ses motivations avec précision, tandis qu'il parcourt le pays tentant de se remettre des bouleversements...
« L'agent a rangé le document. La main libérée lisse frénétiquement le col de l'uniforme. Un costume généreusement offert à des hommes revenus de basses besognes dans le maquis : hier encore coupeurs de routes et de gorges avec des besaces de chasseurs de têtes accrochées au cou, jusqu'à ce que la paix et la faim les ramènent des broussailles pour qu'ils acceptent d'échanger leurs quincailleries et leurs accoutrements d'épouvantail contre la promesse d'être amnistiés, repêchés, intégrés dans le même uniforme local, dans le même creuset au Nouveau Camp unifié qui porte le nom de Mandela, pour leur apprendre, avec le soutien des instructeurs belges, à devenir « soldats de bonne volonté », « gardiens de la politesse », aptes à tendre le sauf-conduit avec le sourire, « soldats de proximité » sachant patrouiller avec le Bonjour, le Bon-soir, Comment ça va le quartier.
Il faut imaginer leur fierté quand ils arrivent le matin pour recevoir les instructions : la colonne impeccable en uniforme local, l'instructeur belge prodiguant des soins pédagogiques, rectifiant la tenue des fusils, et le garde-à-vous, mettant en scène la situation simulée de patrouille de proximité :
- J'ai dit au repos, le fusil, au repos. Je n'ai pas dit aux aguets dans les bananiers. Et on apprend vite le Bonjour, le sourire. Comment ça va le quartier. Nous sommes là pour vous aider à demeurer libres.
Le choeur d'anciens coupeurs de routes et de gorges à l'unisson :
- Bonjour, comment ça va le quartier ? Nous sommes là pour vous aider à demeurer...
- Affable, affable, j'ai dit quoi ?
Le choeur d'anciens coupeurs de routes et de gorges à l'unisson :
- Affable, chef !
- J'ai dit quoi ?
- Affable, chef !
- L'autre, il va croire que tu vas lui crever sa poule avec ta baïonnette, là. J'ai dit quoi ?
Le choeur d'anciens coupeurs de routes et de gorges à l'unisson :
- Affable, chef !
La bande d'anciens chasseurs de têtes et coupeurs d'organes imitant bravement le sourire du coach belge, imitant le sourire comme il faut pour demander les papiers et les rendre, comme le veut la coutume dans les sociétés libres qu'on appelait autrefois civilisées.
Désormais, quand la glace est dure à briser, éviter le coup de crosse et préférer l'efficacité du proverbe autochtone qui fait dépannage pour dérider l'ambiance. L'instructeur belge sortant la sagesse africaine de son Guide des sagesses du monde, éditions Marabout : « On peut critiquer la morsure du chien, mais on ne peut rien contre la blancheur de ses crocs. » On répète. Encore une fois. Encore une fois. »
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bibliopmo
  03 février 2009
On peut les voir maintenant. On peut les voir marcher à travers les trouées fléchées dans le paysage pour guider les derniers dérivants que la forêt recrache. Par petites échappées. On peut les voir arriver jusqu'à la ligne de démarcation, entrer dans la Zone neutre…, ainsi débute le roman Solo d'un revenant.
Tranche d'histoire d'un pays africain (on pense évidement au Rwanda, au Soudan, au Mozambique des années 80, et plus loin encore au Congo-déjà-, au Biafra…), mais aussi quotidien du Kivu et on ne peut s'empêcher de songer à la Palestine et à tous les conflits du monde actuel. Ceux où la folie des possédants broient les populations.
Histoire d'un retour à la recherche de ses années d'insouciance où au sortir de l'adolescence le narrateur fonde une troupe de théâtre avec ses amis. le narrateur, on ne connaitra de lui qu'un nom générique : le revenant, cherche à comprendre pourquoi son ami Mozaya est mort alors qu'il avait trouvé refuge avec ses derniers élèves dans une école. C'était une saison où l'on fuyait beaucoup. (…) C'était au début de ce mois pourri de mars qui présidera à la saison des fuites. Mozaya ne se décidait pas à partir.
Il part en même temps à la recherche d' Asafo Johnson, le comédien qui, sur les ondes radiophoniques, attisait la haine.
La guerre passée, faisant de l'un une victime et de l'autre un complice, le revenant retrouve un monde qui n'existe plus et dont il doit faire le deuil tout en essayant de vivre dans l'aujourd'hui.
Le roman est traversé de personnages forts décrits avec économie, comme pour indiquer que l'on ne parle pas d'un individu mais d'un type de personnage que cette guerre a forgé, telle Xhosa-Anna qui se promène en robe de mariée et fume la pipe, une jeune fille peule sourde et muette, échappée d'un convoi de bergers, Marlène l'humanitaire abandonnée par la direction d'une ONG cynique ou Maïs : Il s'appelle Maïs Seize-dix-sept ans. M'appelle Frère ami depuis que je suis là. Il ne faut pas l'écouter. M'en aurait vendu des lots, si je l'avais écouté : lots de médicaments, lots de talismans porte-clés, lots de logiciels piratés en Inde, lot de quatre roues pour la moitié du prix d'une.
Au delà de la quête le sujet du livre est plus dans les conséquences, l'après massacres et les bouleversements qui ont radicalement transformé les êtres. Quant à savoir à qui la faute revient… Et même si l'on trouve quelqu'un à juger.
Les accusés, il faut dire qu'ils ne comparaîtront pas. D'abord un témoin s 'est rétracté. Un autre a disparu. Ce genre d'affaire dépend de qui on achète. le juge ou le témoin. Au moins un homme sur deux à un prix.
Dire que tout est vain ? le passé et le présent ne sont-ils pas les deux yeux d'un même regard ?
Écrit dans une langue que l'on peut aux premiers abords trouver déroutante (mais le sujet ne l'est-il pas lui même) Solo pour un revenant nous entraine entre poésie et théâtre dans un voyage sans retour.
Kossi Efoui raconte une histoire de bruits de fureur et de terreur. le livre refermé on à l'impression avec le revenant d'être sur une barque qui s'éloigne de la rive et d'être en même temps l'homme debout sur la rive qui regarde la barque s'éloigner, d'être le même homme sur le point de disparaître de l'autre côté de l'horizon.
Lien : http://opoto.org
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Dridjo
  02 août 2013
La chaleur, la pénombre, la tension d'avant l'orage. Ce livre aurait pu s'intituler "Heat" avec une affiche de cinéma, vieillie et jaunie par le temps, montrant un Al Pacino, avançant dans l'ombre, l'air dégingandé, la mine patibulaire et l'oeil que l'on devine torve. La menace avant le tonnerre qui s'annonce.
En lisant " Solo d'un revenant " c'est le sentiment que l'on a. La poésie dans l'attente de l'instant de violence, qui s'annonce féroce, qui s'annonce terrible, qui s'annonce… et n'arrête pas de s'annoncer. Et ça nous met les nerfs à vif. Qui ? Que ? Quoi ? Comment !? Dis-nous vite, raconte-toi vite satané Revenant !
Mais non, ce Kossi EFFOUI s'amuse à nous distiller, à la gougoutte, des larmes de l'histoire de ce Revenant, qui du Nord Gloria en passant par la Zone neutre, s'en revient sur les terres du Sud de son enfance comme pour régler ses comptes avec le passé auquel il a échappé.
Il cherche Asapho Johnson. C'est la seule chose de sûr. Dès le début.
Le détective privé qui ne veut rien savoir des desseins de ses clients dans cette ère post-guerre.
De ce Maïs, homme-trouve-tout qui lit dans les destins de ce monde qui a fait de lui, à dix-sept ans, un ancien combattant, " je n'ai pas la conscience tranquille, j'ai l'esprit embrouillé mais le coeur pure "
De ces Gabriela, Vicencia, Adoua, Julia... et tous ces filles en "a" que la guerre a enfanté en actrice de X ou en marcheuse de trottoir.
De cette voyante-maitresse, Xhosa-Anna, aussi étrange d'érotisme que l'est l'ambiance de cette ville. " le passé est devant nous. le futur derrière. le présent, c'est la tranquillité plus ou moins grande avec laquelle nous traversons l'apocalypse. "
(la suite sur http://www.loumeto.com/spip.php?article382 )
Lien : http://www.loumeto.com/spip...
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
mireille.lefustecmireille.lefustec   16 mai 2016
Et dans ce temps, rien ne serait arrivé qui justifie que je sois ici. Rien ne serait arrivé, se dit le revenant, rien qui m'ait conduit jusqu'ici, dans ce temps chaotique où je ne sais plus ce que veut dire l'habitude de vivre.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   16 mai 2016
Je n'ai pas bougé pendant un instant, pendant que ça me revient, cette impression que je connais bien, cette impression d'être sur une barque qui s'éloigne de la rive et d'être en même temps cet homme debout sur la même rive, et qui regarde la barque s'éloigner, cette impression de me perdre de vue. p 136
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bibliopmobibliopmo   03 février 2009
Il s’appelle Maïs Seize-dix-sept ans. M’appelle Frère ami depuis que je suis là. Il ne faut pas l’écouter. M’en aurait vendu des lots, si je l’avais écouté : lots de médicaments, lots de talismans porte-clés, lots de logiciels piratés en Inde, lot de quatre roues pour la moitié du prix d’une.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   16 mai 2016
On sait que bon nombre s'étaient fait baptiser quand l'administration coloniale avait décidé de dispenser les nouveaux convertis de travaux forcés, pour lesquels on procédait à des enrôlements et à des enlèvements. Comme cela se produit naturellement lorsque la jeunesse valide d'une population assiégée est sévèrement invitée à alimenter de sa sueur l'entreprise conquérante du vainqueur.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   16 mai 2016
Mozaya ne lisait pas les livres. Il entrait dans les livres , fouillant, repassant de coin en coin. Comme un botaniste herborise dans la touffeur d'une forêt vierge, il lisait "dans les livres". Comme on lit dans la fumée. p 68
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Vidéo de Kossi Efoui
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