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Rémy Lambrechts (Traducteur)
EAN : 9782070414734
608 pages
Éditeur : Gallimard (18/10/2000)

Note moyenne : 4.34/5 (sur 682 notes)
Résumé :
Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies criminels, à une émeute dans une mairie, à une tornade dévastatrice et à l'invasion de méthodistes déchaînés ; on aura suivi la révolte d'une équipe d'éboueurs et vu comment un match de basket se transforme... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (93) Voir plus Ajouter une critique
steppe
  21 avril 2013
Après avoir lu une majorité de critiques dithyrambiques plus alléchantes les unes que les autres, du genre : "lire "Le Seigneur des porcheries" et mourir".... Après avoir bien compris qu'il y avait un "avant" et un "après" Tristan Egolf -selon certains-, et après avoir appréhendé pleinement le : "il y a ceux qui l'ont lu et les autres"(d'après les mêmes certains cités plus haut), je me décidai enfin à mettre mon nez dans ce présumé chef-d'oeuvre sans, je l'avoue, arriver à me défaire d'un soupçon de scepticisme face à cet enthousiasme général...
Et me voila donc ce soir, obligée, à mon corps défendant, de reconnaître que rien de ce que j'ai pu lire de si élogieux n'était usurpé...
Quel voyage mes amis ! Oui, vraiment... quelle lecture !
J'en suis encore toute retournée.
Certains parlaient du cap des cinquante premières pages, un peu trop denses, un peu rébarbatives. Pour ma part, dès les premières lignes j'ai été complètement envoûtée par le style hyper réaliste de Mr Egolf.
Ça veut dire quoi un style hyper réaliste ?... Juste que l'écrit a assez de rythme pour raconter "en temps réel" sans toutefois négliger le fonds du tableau. Juste que l'écriture suit le tempo de l'action, ralentit ou accélère selon l'intrigue.
Ainsi de certaines phrases pouvant faire 20 lignes, on passe à de courts échanges, vifs, rapides, on suit, ou pas.... On ne s'ennuie jamais en tout cas.
Donc Tristan Egolf nous parle du midwest américain.
Il nous livre une cruelle étude des moeurs et coutumes des habitants du coin. Certes on soupçonne quand même un brin de caricature mais peu importe, on est un lecteur avisé et donc on sait faire la part des choses...
Mais surtout, et c'est là le tour de force du livre, malgré la démesure, malgré les nombreux " nan! c'est pas possible!!!" on y croit dur comme fer et on adhère à cent pour cent au combat de notre héros.
Et quel héros !
Car c'est lui, ce John Kaltenbrunner...., qui tient le livre à bout de bras et nous amène à épouser sa cause. C'est lui qui nous apparaît à chaque page comme la pierre d'angle de l'édifice.
Et c'est encore lui qui nous donne l'émotion finale...
Que dire sans rien dévoiler ? Ici, c'est difficile... Alors, juste ça : " Allez-y, foncez, vous avez soif de destins atypiques, vous rêvez de révoltes, vous n'en pouvez plus des beaufs ni des blaireaux, vous fantasmez à longueur de journée sur le thème : "comment prendre l'avantage sur le boss ? ", alors allez-y, lisez "Le seigneur des porcheries" et jamais, jamais vous ne verrez plus la vie de la même façon.
Ce livre est un petit bijou. L'histoire en soi n'est pas si passionnante mais grâce à l'écriture acérée et si justement balancée entre drame et ironie, elle devient palpitante. L'humour proche du cynisme réjouit et nos sens et notre esprit. Car malgré la noirceur de l'histoire, on sourit beaucoup, on rit même....
Une pépite, une expérience, une réputation nullement usurpée.
Et l'émotion à chaque page qui nous étreint, qui nous agite... Et le bien. Et le mal. Et l'histoire de la frontière entre l'un et l'autre.
A jamais John Kaltenbrunner, tu resteras un héros, l'espoir des malmenés, des pauvres, des surexploités, et la mémoire vivante d'une Amérique rurale et ouvrière aux prises avec ses propres démons. le porte parole des "à part", des "anormaux", des différents.
Le libérateur, le pionnier de la révolte, le sacrifié... Sous la plume de Tristan Egolf, tu es devenu et resteras le prophète et le sacrifié...
Salut à toi et à bientôt....
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le_Bison
  20 juin 2012
Une fois n'est pas coutume, j'ai lu le 4ème de couverture. Fameux exercice du 4ème de couverture qui est souvent critiqué et exacerbe (horripile !) certains : il en dit trop, il en dit pas assez, c'est du n'importe quoi, surtout ne le lisez pas (Spéciale Dédicace à un fan de Lehane). Comme le français est par définition râleur, grincheux et insatisfait il n'est jamais content de ce 4ème de couverture (Toute ressemblance avec un fan de Lehane serait fortuite et totalement imaginaire - je ne me permettrai pas de telle liberté). Donc, « le Seigneur des Porcheries » est résumé ainsi : Ce premier roman singulier commence avec la mort d'un mammouth à l'ère glaciaire et finit par une burlesque chasse au porc lors d'un enterrement dans le Midwest d'aujourd'hui. Entre-temps, on aura assisté à deux inondations, à quatorze bagarres, à trois incendies criminels, à une émeute dans une mairie, à une tornade dévastatrice et à l'invasion de méthodistes déchaînés ; on aura suivi la révolte d'une équipe d'éboueurs et vu comment un match de basket se transforme en cataclysme.
Vous doutez qu'il se passe autant d'évènements dans un seul bouquin, premier roman en l'occurrence de Tristan Egolf. Et bien ne croyez pas tout ça ! Car il s'en passe encore bien plus. Encore plus impressionnant et fabuleux que ces quelques lignes car l'histoire se déroule sur plus de 600 pages. Ce 4ème de couverture m'a donné envie mais me faisait peur également. La déception que je craignais n'eut pas lieu et le roman, devenu culte depuis, par quelques lecteurs sauvages, le mérite amplement.
Tout se passe dans la petite ville de Baker, sinistre bourgade du Midwest ravagée par l'inceste, l'alcoolisme, la violence et le racisme. Avec dans le rôle principal de ce cataclysme événementiel, un enfant du cru, John Kaltenbrunner, animé par une juste rancoeur et une farouche haine. Comment John se vengera-t-il de la communauté qui l'a exclu ? Jusqu'où des années de désespoir silencieux peuvent-elles conduire un être en apparence raisonnable ?
Vous aimerez bien le savoir ?
Et bien, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman…
Ou continuer à me lire !
Mais avant tout, je vous propose de faire connaissance avec John Kaltenbrunner. John est né dans une cuvette de W.-C. à bord d'un train express filant à travers les bois au sud-ouest de Baker. Il a atterri à plat ventre sur la voie de chemin de fer de la Patokah avec une traverse de chemin de fer dans le cul, suivi par un kilo de placenta répandu sur le ballast sur deux kilomètre de long. Selon cette histoire, si John fut contusionné par une telle arrivée dans la vie, aucun de ses organes vitaux n'avait lâché. Vivant, il était, deux autres trains étaient passés au-dessus de lui, des vautours avaient gobé tout le placenta le long de la voie avant de s'attaquer à lui, juste avant qu'un dégénéré local l'ait recueilli. Voilà comment est né la légende « John Kaltenbrunner ».
Bien entendu, vous n'êtes pas obligé de me croire mais sinon comment expliquer que ce garçon ait engendré tant de haine en lui ?
Dans ce cas-là, il ne vous reste plus qu'à lire ce roman…
Ou continuer à me lire !
Certes, l'entrée en matière dans le roman fut difficile. Il a fallu que je me fasse violence pour pénétrer le petit monde de Baker, me sentir aussi minable et désespéré qu'un pestiféré pédophile. Ce roman n'est pas pour tout public. J'ai du avoir le courage d'accepter la pourriture qui sommeille en moi. J'ai du reconnaître qu'une part de moi est une bête puante et répugnante pour comprendre les motivations de John. Mais, plus j'avançais dans le roman, plus j'ai été happé dans le sillage de John Kaltenbrunner. Il y a des types que je croise dans la rue et auquel j'ai envie de leur cracher à la gueule. Et puis, il y a en certains, un tout petit nombre certes, qui mérite respect. John fait partie de ceux-là. Avec son caractère, son intransigeance, sa droiture et ses profondes motivations pour fomenter la révolution dans les rues de Baker. Oui, John m'a éveillé avec ses longues diatribes.
Une chose est sûre. On ne se remet jamais tout à fait d'un tel roman - ou d'une de mes chroniques !
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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BillDOE
  06 janvier 2021
Je reprendrai bien une portion d'Amérique profonde…
J - 3 mois, John Kaltenbrunner bien calé dans le ventre de sa mère ne sait pas encore que son père, Ford Kaltenbrunner, vient de mourir dans l'explosion d'un tunnel de la mine où il travaille. Sa mère, Mme veuve Kaltenbrunner, assiste l'esprit ailleurs à son enterrement. Il ne sait pas encore que lorsque la vie devient capricieuse, elle est capable de foutre en l'air une existence rien qu'avec une simple tornade. Il se doute encore moins de ce que la mauvaise fortune lui a réservé. Mais comble du paradoxe, il réalisera sans le vouloir le projet initié par son père, le chaos total, ainsi que sa vengeance personnelle auprès d'une église de « cul bénis » malveillants et envers la petite ville qui le voit naître, Baker « plouc ville », cité des « Trolls », «citrons » et autres « rats de rivière ».
Le roman de Tristan Egolf est la biographie d'un homme que la chance ne harcèle pas, bien au contraire. L'histoire a un arrière-goût de « La conjuration des imbéciles » de John Kennedy Toole. On retrouve le même style d'anecdotes rocambolesques, la même fatalité et la confrontation incompréhensible entre le personnage principal et le milieu dans lequel il évolue.
Le style de l'auteur est parfois « faulknérien », de grands paragraphes d'une phrase avec moults énumérations.
La lecture est dense et croustillante bien qu'elle frôle parfois la confusion par l'effervescence d'éléments communs, de faits sans importance de la vie quotidienne, par le soucis de l'auteur de ne passer à côté d'aucun détail même insignifiant. Heureusement, le plus souvent la verve sarcastique de Tristan Egolf, son humour au vitriol sauve son texte de l'écueil de l'ennui. Pour exemple l'auteur écrit, parlant de John Kaltenbrunner qui s'adresse à Hortense, l'une des grenouilles de bénitier de l'église méthodiste : « Il se retourna vers le feu et annonça que, très bien, peut-être accèderait-il à sa demande absurde d'une discussion ouverte, en commençant par le fait qu'elle était la plus hypocrite péripatéticienne coprophile mâtinée de chienne en chaleur qu'il ait eu le malheur de croiser. Jamais, depuis le temps des cabarets clandestins à gin frelaté, aussi cupide maquerelle n'avait foulé les rues de Baker sous le masque d'une citoyenne respectueuse des lois. Elle était une imposture et une imbécile… »
Néanmoins, il y a quelques lourdeurs liées à des répétitions lors du passage du chaos apocalyptique qui s'abat sur la petite bourgade de bouseux primaires. le moteur de la narration toussote, devient poussif, mais pour vite repartir dans les tours vers une explosion surréaliste.
John Kaltenbrunner est la bombe « H » que Tristan Egolf lâche sur la petite communauté de Baker.
« le seigneur des porcherie » fait partie de ces oeuvres qui ont leur place à l'Elysée de la grande littérature américaine.
Après avoir présenté ce premier roman auprès de plus de soixante-dix maisons d'éditions américaines et essuyé autant de refus, Tristan Egolf part à Paris où il fait la connaissance de Marie Modiano qui le parrainera auprès des éditions Gallimart. « le seigneur des porcheries » est publié en 1998.
Traduction de Remy Lambrechts.
Editions Gallimard, folio, 607 pages.
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OlivierBkz
  26 juillet 2018
Avertissement : je parlerai beaucoup ici de la Conjuration des Imbéciles, de John Kennedy Toole, car je sais que ce roman jouit d'une grande notoriété - si vous l'avez aimé alors vous devez impérativement lire le Seigneur des Porcheries, qui mérite autant d'éloges, voilà ce que je voulais dire.
Bonjour, allons droit au but : ce roman est une oeuvre à lui seul. Il est génial, mystique, c'est un chef d'oeuvre, un monument de la littérature américaine ou contemporaine, ou encore, un monument de la littérature tout court.
Attention, nous parlons de littérature américaine haut de gamme - et non de quelques ivrognes égocentriques amoureux de Céline (oui je fais référence à la beat génération), et nous parlons encore moins des auteurs américains actuels, qui semblent tous sortis du même "stage professionnel & payant pour devenir écrivain".
Non, le Seigneur des porcheries fait partie de la glorieuse filiation de Steinbeck plutôt qu'à la molle et avinée progéniture de Bukowski ! Steinbeck pour le style, et pour le milieu social exposé, mais un Steinbeck en colère, qui l'aurait vraiment mauvaise et que rien, hormis un chaos massif, ne saurait calmer !
Jamais roman ne s'attaqua si ouvertement à ce que l'auteur considère comme l'esprit américain, et que l'on pourrait résumer en ce mot : l'hypocrisie. Bigoterie criminelle, racisme systématique, alcoolisme de masse, volonté de maltraitance d'hommes que la communauté désigne comme socialement inférieur à la plèbe, voici les thèmes abordés. Un spectacle qui pourrait se constater partout où vivent des hommes, dans n'importe quelle communauté sur la planète, dans chaque ville ou province administrée par des élus complices et incompétents et où s'étale une population d'exploités en perte de valeurs morales ayant besoin de souffres-douleur juste pour tenir le coup.
Le genre humain n'en sort pas grandi, certes, et les mauvaises langues pourraient voir dans ce roman l'expression d'un discours misanthrope - mais que c'est drôle, malgré tout ce drame ! Seuls deux livres m'ont fait rire aux éclats : celui-ci, et La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole. Lire et exploser de rire dans un métro aux heures de pointe est une expérience rare qui mérite d'être tentée. Car voici l'un des nombreux talents de l'auteur, transformer le plus sombre de l'humanité en matière à comédie. Il existe plusieurs parallèles entre ce roman et La conjuration des Imbéciles. le rire bien sûr, j'en ai parlé, puis l'action qui semble dans les deux cas se dérouler autour des années 60 - alors que contrairement à Toole, Tristan Egolf est un auteur de notre époque né dans les 70. Un parallèle serait aussi à faire quant aux difficultés qui virent leurs deux romans respectifs à être édités - on peut voir là une preuve de l'incompétence des maisons d'éditions américaine équivalente à celle de leurs consoeurs françaises, ou au contraire, on peut considérer que les maisons d'édition américaines furent extrêmement lucides sur la charge violente du livre contre le peuple américain. Un autre point commun, le destin malheureux des deux auteurs. Et aussi cette chose magnifique, alors que Tristan Egolf n'était pas encore venu au monde, John Kennedy Toole résuma en une phrase son livre le Seigneur des Porcheries :
« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »
Car il s'agit là de l'histoire du Seigneur des Porcheries. Celle d'un enfant surdoué, qui sous prétexte de sa différence , se verra maltraité par la communauté. Résultat, l'enfant une fois grandi utilisera ses (grandes) capacités intellectuelles pour se venger.
L'enfant est présenté comme "si surdoué" que j'ai considéré le début de ce livre comme un conte moderne, plus que comme une histoire réaliste - alors que la dernière partie apocalyptique m'a paru au contraire extrêmement réaliste …
Mais il y existe une différence fondamentale entre la Conjuration des Imbéciles et le Seigneur des Porcheries. Dans le premier roman cité, J.K.Toole nous offre le luxe de considérer que le tableau peu glorieux qu'il fait de ses contemporains est peut être la perception d'un type devenu fou. J.F.Toole devait être un garçon gentil. Dans le Seigneur des Porcheries, Tristan Egolf n'offre pas cette politesse au lecteur, parce que ses quelques héros sont si courageux, si entiers et intelligents qu'on ne peut que rire de dégoût avec eux lorsqu'ils nous présentent les habitants de Baker, la lie de l'humanité, les "trolls", comme ils les appellent.
Après avoir fini ce roman, et comme pour J.K.Toole, j'ai regretté la fin prématuré de Tristan Egolf. Quels autres livres aurait-il pu écrire ? Qu'aurait-il pu nous apprendre ? Et il est bien dommage que l'édition de ce grand auteur ait plus tenue de la dysfonction qu'au travail sérieux d'un éditeur - Tristan Egolf a eu la chance de croiser une bourgeoise à Paris qui avait ses entrées chez Gallimard.
Mais pour ne pas finir sur ces considérations tristes et terminer sur du rire, j'ouvre une page au hasard du Seigneur des Porcheries, page "305", et je recherche quelque chose de marrant à vou écrire au hasard :
" A cinquante-six ans, Kunstler était la quintessence de la racaille blanche à haute énergie, avec l'un des caractères les plus rances qui se puisse trouver sur aucun continent. "
Bonne lecture !

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tynn
  15 juillet 2013
Ces "porcheries et son Seigneur" me faisaient de l'oeil depuis de longues années, en partie pour ce titre insolite, mais surtout pour cette jaquette photographique de Dorothea Lange, dont j'adore les clichés des populations de migrants pendant la Grande Dépression.
Avorton limite autiste, intelligent mais totalement asocial, orphelin de père et "pas gâté" par une caricature de mère, John Kalterbrunner a tiré un bien mauvais numéro à la loterie de la vie, doublé d'une déveine phénoménale.
Et de catastrophes naturelles en cruautés sectaires de la société, il devient l'adulte vindicatif le plus honni, pour le pire cataclysme que sa région ait connu.
Rien de plus à ajouter... histoire de laisser les lecteurs qui s'y risquent découvrir une prose foisonnante et l'audace de la trame narrative.
Ecrit en 1998, ce livre est un ovni littéraire jubilatoire, à la verve fleurie.
Certains n'ont pas hésité à crier au chef d'oeuvre. de par son statut de premier roman, par son délire verbal, par la richesse de l'écriture et par la plume provocatrice et excessive de son jeune auteur, il est d'autant plus remarquable que la vie de Tristan Egolf est une aventure en soi, jusqu'à ce qu'il décide lui-même de tirer sa révérence en 2005.
Le livre sidère, éreinte, énerve, amuse. Il dénonce une Amérique étriquée, sectaire et pudibonde, un milieu rural d'une bêtise finie, où les culs terreux sont des trolls, les enfants des lombrics et les dames puritaines des harpies.
Une société laminant les individus, réduits à la misère économique et à la solitude.
C'est absurde, grinçant, irrévérencieux.
Une lecture joyeusement féroce et un livre qui va rejoindre ma caisse pour une ile déserte.

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Citations et extraits (92) Voir plus Ajouter une citation
fredhofredho   17 février 2016
Le convoyeur amenait quarante dindes adultes de races diverses à la minute. Le cheminement complet était le suivant.
Chaque remorque était d'abord reculée contre son quai de déchargement et verrouillée à celui-ci. On ouvrait alors les portes et les hommes d'équipe, caparaçonnés de plastique, s'engouffraient à l'intérieur en déployant leurs filets pour rassembler tous les volatiles rétifs. Les dindes elles-mêmes étaient des monstruosités pharmaceutiques; nourries de cycles massifs de stéroïdes, élevées dans des batteries de cages surpeuplées, et métamorphosées par des impuretés diététiques qui les rendaient impropres à toute forme de vie en plein air. Quand elles étaient acculées, elles livraient souvent un combat désespéré, mais toutes finissaient par être maîtrisées, attrapées par les pattes et pendues au convoyeur qui courait sous le plafond. Elles se démenaient, battaient des ailes et braillaient jusqu'à la cage d'électrocution, où elles recevaient une décharge de deux cents watts qui traversait chaque cellule de leur corps et les laissait inertes et sans vie à la sortie, directement dans la salle d'abattage. Là, les quatre à six citrons armés d'un couteau égorgeaient, cou après cou, neuf heures par jour, barbotant jusqu'aux chevilles dans le sang et les défécations. Chacun disposait de six secondes par volatile. Une dinde qui aurait survécu à l'électrocution et à la salle d'abattage était sûre de périr dans les échaudoirs, étape suivante après les bavettes en caoutchouc à l'autre extrémité de la pièce.
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PiertyMPiertyM   09 octobre 2014
Il n’avait aucune idée de ce que signifiaient des liens familiaux. Il était incapable d’imaginer ce que ça faisait d’avoir un oncle, une belle-sœur, trois ou quatre cousins, un plus proche parent. Il s’était convaincu que rien de tout cela n’existait vraiment, que c’était des mensonges inventés par des gens comme Roy Mentzer –des gens qui soutenaient que la voix du sang était toujours la plus forte. Des gens qui organisaient des barbecues le dimanche après-midi et finissaient par se souffler dans les naseaux leur haleine parfumée au gin. Des gens qui allaient ensemble en prison quand leurs granges brûlaient. Des gens qui avaient toutes les raisons de se haïr et de se détruire mutuellement, mais qui restaient quand même solidaires.
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MarymaryMarymary   12 novembre 2015
C'était comme d'arriver à accepter sa propre implication dans un soudain accident de voiture : un instant vous contemplez le paysage sans un souci au monde, le suivant - BANG - vous y voilà, écrasé en un tas informe contre le tableau de bord au milieu d'une sarabande de sirènes, de toubibs et de policiers qui tournent en rond autour de la carcasse tordue de votre véhicule. Avant tout vous vous demandez ce qui a bien pu se passer, mais plus précisément, comment cela a pu arriver si vite. Votre première réaction est de penser : attends une minute, reprenons le passage, si on peut reculer juste de quelques secondes et refaire la prise, je vais m'en sortir ce coup-ci. Rien ne peut avoir changé si vite. Aucune baisse d'attention passagère ne peut avoir des conséquences aussi irrémédiables.
Mais si. Il suffit d'un instant. Et on ne peut pas revenir en arrière.
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ChouchaneChouchane   06 septembre 2010
Le feu n'était plus qu'un lit de braises rougeoyantes. Les autres ronflaient, échoués autour de la fosse, langue pendante. Il avait eu le sentiment que quoi qu'il doive en sortir, que ce soit la dèche, la famine, l'échec total, la prison, n'importe quoi, même si nous risquions de nous réveiller le lendemain maculés de vaseline mêlée de poussière, couverts de piqûres d'insectes, terrassés par une gueule de bois inqualifiable, même si nous devions rentrer en titubant nous terrer dans nos piaules pour une nouvelle plongée dans la claustrophobie - quoi qu'il advienne au cours des jours et des années à venir - cette nuit serait quelque chose que personne ne pourrait jamais nous enlever. Elle était à nous maintenant. Nous la porterions en nous pour le restant de nos jours. Et même si personne d'autre que nous ne pouvait jamais en comprendre la valeur intrinsèque, c'était sans importance. Nous comprendrions. Nous saurions. Nous avions été là. Nous avions vu. C'était la seule preuve qu'il nous faudrait jamais.
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fredhofredho   16 février 2016
Il s'approcha du divan. Il vit un bras s'immobiliser sur un tissu synthétique. Il remonta le tissu jusqu'à une paire d'yeux qui le fixaient. Il s'y arrêta. Puis il comprit. Il dut contenir son envie de hurler: assise sur le divan, le dos à la fenêtre qu'occultait la couverture, ce qu'était devenue madame veuve Kaltenbrunner était disposé comme les restes d'une bouchée à la reine pantagruélique qu'on serait allé tirer de la fosse septique. Elle était méconnaissable. Son visage bouffi était couvert de vergetures et d'hématomes noirs poreux. Un énorme double menton avait sailli de son cou, le long de la mâchoire et sur les grotesques bosses de bison de ses épaules. Son abdomen avait enflé jusqu'à la taille d'une tonne à lisier. Ses avant-bras étaient ravinés par une acné pustuleuse. Chaque centimètre carré visible de sa peau foisonnait de gros poils noirs. Elle semblait assommée par différents barbituriques. Il était difficile de dire même si elle le reconnut de prime abord, tant ses yeux étaient enfoncés dans les vultuosités et son regard semblait provenir d'un monde perdu. Au bout d'une minute, elle se détendit, l'espace d'un instant, et prononça son nom d'une voix sourde et chevrotante.
Son envie initiale de hurler tourna au besoin de vomir.
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