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EAN : 9782226265951
293 pages
Albin Michel (03/01/2007)
3/5   2 notes
Résumé :

Alors que notre société prône le culte du gagnant, la figure de la victime en est arrivée à occuper celle du héros. La médiatisation des catastrophes a révélé que l'unanimité compassionnelle était en train de devenir l'ultime expression du lien social. Et les demandes de réparation auprès des psychiatres et des juristes sont sans fin. Jusqu'où irons-nous dans cette « victimisa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Je préfère vous avertir tout de suite : le temps des victimes n'est pas tendre envers les victimes. Ce n'est pas le manque de compassion qui manque ici. Seulement Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière ont voulu s'intéresser à leur place dans notre société française qui est l'unique au monde où la victime a une grande place dans notre système judiciaire pénal, ce qui engendre de fait la victimisation chez certains, : "La France est un des seuls pays au monde, avec quelques rares pays européens, à traiter tout accident d'avion, toute catastrophe industrielle ou sanitaire au pénal. Seule la France a connu l'affaire pénale du sang contaminé, et maintenant celle de l'amiante. Elle est aussi la seule au monde à donner aux victimes des crimes et des catastrophes une place aussi grande dans la justice pénale. "
Ce rôle donné aux victimes est tout à fait louable mais a des inconvénients. Une victime peut passer outre la décision du procureur de la République de classer une affaire sans suite car l'infraction n'est pas assez caractérisée par exemple.
Le système français a aussi des travers qui vont pousser les gens à se complaire dans ce rôle et d'autres à se prétendre victime alors que non ( je pense aux fausses victimes des attentats du 13 novembre 2015).
On voit bien que certaines victimes, notamment de viols et de violences conjugales, ne sont jamais crues par notre société à cause de la victimisation.
Pour beaucoup malheureusement c'est parole contre parole car il y a une absence de preuves...
Jusque dans les années 1980, il était question chez les psychiatres de trauma. Ces médecins sont les plus à même de diagnostiquer une personne victime ou non. J'ai beaucoup aimé le passage sur la psychanalyse et Freud.
Selon moi, être victime n'a rien d'héroïque (ce qui est également les propos des auteurs) mais la résilience qui en découle qui l'est.
Je sais pertinemment qu'il y a des victimes qui ne peuvent pas arriver à vivre après de tels événements et qui survivent. C'est pourquoi une thérapie est importante pour les aider afin qu'ils puissent parler librement autant qu'ils veulent de ce traumatisme sans être jugés. Il y a encore beaucoup de progrès à faire dans l'écoute de la parole des victimes dans notre entourage.
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le constat de Caroline Eliacheff sur la dérive de notre société à la
" survictimisation" est des plus intéressants et très bien étayé . J'émets cependant une réserve car l'auteur met à mal l'ensemble du milieu associatif et cela me gêne énormément . J'en ressens un certain malaise, peut-être parce que je pense que toutes ces associations d'aide aux victimes( quelle qu'elles soient d'ailleurs), sont souvent la dernière issue de secours ou l'ultime porte de sortie d'êtres humains en grande souffrance psychologique, qui n'ont malheureusement pas eu cette chance de naître au bon endroit , au bon moment et qui sont souvent en situation de précarité et en rupture affective, financière ou familiale.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Mais pourquoi fétichiser une forme particulière de justice pénale mise en place au cours du XVIe et du XVIIe siècle ? Après un long cantonnement des victimes dont les pays anglo-saxons seraient encore aujourd’hui les tenants, l’arrivée en force de celles-ci sur la scène pénale n’est peut-être qu’un juste retour des choses. Quoi de plus normal que de voir une victime tenir au bout de sa mire l’auteur d’un crime ou d’un accident et de lui demander directement de rendre des comptes ? Après tout, les gens qui crient : « À mort ! À mort ! » quand les assassins descendent des fourgons pour entrer dans la salle d’audience des cours d’assises ne font eux aussi qu’exprimer une opinion, une volonté de sanction par rapport aux victimes auxquelles ils s’identifient. Et à quoi sert la justice si ce n’est à faire respecter la paix civile ? Elle se doit donc d’être le réceptacle de toute cette violence, de cette volonté de sacrifice. Ce n’est pas une activité de salon mais une représentation cruelle destinée à apaiser les passions en les laissant s’exprimer.
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Il est quand même extraordinaire qu’en plein mois d’août 1987, un juge, le président Boulard, se soit trouvé obligé de rendre un jugement pour dire aux pilotes de ligne en grève paralysant la vie de millions de Français qu’ils n’avaient pas droit de cesser le travail pour des revendications idiotes, à savoir le refus de piloter à deux des Airbus. Le magistrat fit remarquer que, voyant mal comment on pouvait exiger de piloter à trois des avions conçus pour deux, les objectifs de la grève étaient déraisonnables et qu’elle était donc illicite. Cela suscita bien sûr un tollé de protestations à gauche comme à droite sur le thème : « De quoi se mêlent ces juges ! » Eh bien, le juge se mêle des affaires des victimes, en l’occurrence les citoyens accablés par l’arrêt du transport aérien à leur retour de vacances.
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La notoriété que procure l’état de victime est de même nature que celle du criminel, c’est un narcissisme comme un autre. La victime peut devenir une star qui cumule trois bénéfices : faire l’unanimité à cause du caractère sacré lié à son sort de victime, n’être plus contredite à cause de ce même état, être dans une demande jamais satisfaite et qu’il convient pourtant de satisfaire.
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Principe d’égalité, compassion, nécessité de se distinguer de ses semblables, de rester maître de sa vie en exigeant que la société vous reconnaisse dans votre singularité, font que les victimes incarnent une nouvelle forme d’héroïsme. Qui, dans ces conditions, n’aspirerait à se prétendre victime ?
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Sur les deux plans -individuel et collectif -, il importe toutefois de se garder d'un usage perverti de la mémoire pour les descendants des victimes, surtout quand les coupables ont été reconnus, jugés et les réparations obtenues. Même s'ils héritent, d'une souffrance, ce qui est indéniable, les descendants n'ont pas obligation, au nom de leurs ancêtres de raviver les traumatismes qu'ils n'ont pas vécus pour assouvir leur ressentiment voire leur vengeance auprès d'une société toujours prompte, elle, à raviver sa culpabilité.
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Vidéo de Caroline Eliacheff
Conférence de Caroline EliacheffLe Centre national de la littérature pour la jeunesse, service du département Littérature et art de la BnF, donne la parole à des historiens du livre ou des spécialistes de l'enfance et de la jeunesse pour présenter leurs travaux et offrir un état des lieux des recherches sur la littérature jeunesse et son univers culturel.Caroline Eliacheff, pédopsychiatre et psychanalyste, a relu l'oeuvre complète de la comtesse de Ségur en la confrontant à ses souvenirs d'enfance et à sa pratique professionnelle. Il s'en dégage une idée de l'enfant « ségurien » et de l'éducation fort éloignée des idéaux de son époque mais se rapprochant des nôtres.Conférence organisée par le CNLJ et enregistrée le 21 octobre 2022 à la BnF I François-Mitterrand.
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