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EAN : 9780192834812
756 pages
Éditeur : Oxford Paperbacks (21/05/1998)
4.3/5   5 notes
Résumé :
Daniel Deronda (1876) est le dernier roman de George Eliot, la plus grande romancière de l'époque victorienne, connue pour ses positions féministes et la profondeur de ses analyses psychologiques. George Eliot ne s'y limite plus à l'exploration d'un microcosme géographique et social, mais présente des catégories sociales nouvelles, tout en s'ouvrant largement sur le monde. Située dans un passé proche du temps de la narration, l'histoire est traversée par les mouveme... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
nathalie_MarketMarcel
  19 janvier 2021
Le roman s'ouvre sur une table de jeu, dans un casino situé quelque part en Allemagne, avec la belle et fière Gwendolen, qui attire l'attention d'un homme, Daniel Deronda. Ensuite, un grand retour en arrière nous permet de faire connaissance avec Gwendolen, sûre de sa séduction, égoïste, sans être désagréable, et avec le glaçant, mais gentleman Grandcourt. Puis, nouvelle boucle temporelle pour découvrir enfin Daniel Deronda, dont la place dans le roman est jusqu'à présent assez minime. Un jeune homme brillant, à l'identité incertaine (pupille d'un noble anglais), ne parvenant pas à prendre une décision sur son avenir, et qui vient de sauver Mirah, une jeune artiste juive, du suicide. Deronda est décidé à aider Mirah et donc à rencontrer les premiers juifs de sa vie. Nous sommes revenus au point de départ du roman, qui est loin d'être fini.
Avec ce résumé, vous comprenez que l'on a affaire à un récit assez complexe, non linéaire, qui fait hésiter sur l'identité du personnage principal, parce que Gwendolen a tout d'une héroïne, que Deronda reste longtemps sans grande épaisseur, que Mirah est également très romanesque et que les personnages secondaires sont pour la plupart très réussis. C'est ainsi que le roman est doué d'une véritable profondeur, ce qui le dote d'un grand charme tout en facilitant sa lecture.
Un premier axe est donc celui de Gwendolen, de son ambition sociale, de son mariage, de son amour pour sa mère. Une belle jeune femme qui prend plaisir à galoper et à tirer à l'arc et qui trouve que le mariage est un carcan. Assurément, elle n'a pas lu les romans d'Anne et Charlotte Brontë mettant en scène des gouvernantes parvenant à trouver leur place dans le monde. Au fil de son histoire, elle découvre les erreurs et le remords, la fierté et la soumission, la peur de commettre le mal et le pardon, l'apaisement peut-être. Son évolution psychologique et tous ses tourments intérieurs sont très bien décrits et analysés par Eliot, on a affaire ici à un magnifique portrait.
Et Deronda ? Jeune homme qui ignore ses origines et qui voyage, incapable de ne pas apporter son soutien à ceux qui sont en détresse. le thème de la filiation et de la fidélité à sa famille et à sa culture est essentiel dans les romans d'Eliot (par exemple dans le Moulin sur la Floss où Maggie se représente avec détresse ce que serait une vie sans pouvoir se tenir devant les siens), mais il prend ici une place particulière. On ne trouve sa place dans le monde qu'en étant fidèle à sa famille et aux espoirs que des ancêtres ont placé en vous. Ici, un regret : cela conduit Deronda à mal juger sa mère, dont Eliot raconte très bien comment elle a voulu s'émanciper de ses obligations et de son destin tout tracé. Nous n'en sommes pas à l'individualisme et au libre arbitre, mais la situation pèse particulièrement sur les femmes.
Je vous épargne les détails, mais Deronda est amené à rencontrer des juifs, à apprendre toute la culture juive et à s'engager dans le mouvement pour créer une terre où les juifs seraient en sécurité. C'est un thème très inattendu en littérature et si l'on considère qu'Eliot écrit au tout début du mouvement sioniste, il y a de quoi être impressionné. On s'éloigne enfin du goût pour l'Orient exotique, pour rejoindre les préoccupations concrètes des peuples. le traitement de cette thématique ne me semble pas toujours réussi, surtout parce qu'il porte la marque de l'ère des nationalismes, qui bat son plein à la fin du XIXe siècle et qui passe moins bien aujourd'hui. le roman met également en scène les préjugés des Anglais vis-à-vis des juifs, dans une diversité d'attitudes tout à fait réussie.
N'oublions pas l'omniprésence des règles de succession qui font que les femmes risquent sans cesse d'être mises à la porte de chez elles au profit d'un fils, frère, cousin. J'ai eu l'impression qu'Eliot dialoguait avec Jane Austen, dont les romans, notamment Raison et sentiments, traitent souvent de cette thématique. le célèbre incipit d'Orgueil et préjugés est d'ailleurs repris avec beaucoup d'ironie. J'ai eu le sentiment qu'Eliot rendait hommage à sa devancière en prolongeant ses romans et en racontant ce qui suit le mariage. Il ne faudrait pas grand-chose pour que Darcy devienne Grandcourt ou qu'Elizabeth se transforme en Gwendolen. À cet égard, les scènes du yacht sont tout à fait dignes d'Hitchcock pour dire toute la terreur morale du couple. Walter Scott et ivanhoé sont également présents : quand les Anglaises rencontrent Mirah elles pensent immédiatement à Rebecca.
Le roman s'achève alors que tout semble commencer pour les personnages. Ils sont suspendus à l'aube d'une nouvelle étape de leur vie dont nous ne saurons rien. C'est donc un grand et ambitieux roman (un peu plus de 1000 pages), ample et complexe, que j'espère avoir réussi à vous présenter.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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keisha
  12 août 2010
Faites moi confiance, ne lisez pas ce billet et procurez-vous tout de suite (oui, tout de suite) ce magnifique roman, qui existe en français et en poche (elle est pas belle la vie?).
Quoi? Encore là? Bon, attention, billet un peu long, à la mesure de mon enthousiasme. Je vais essayer d'éviter les spoilers qui peuvent gâcher votre future lecture. Mais c'est teeeellement mieux de tout découvrir et de se laisser emporter par l'histoire sans en rien savoir...
"Was she beautiful or not beautiful?
She who raised these questions in Daniel Deronda's mind was occupied in gambling."
Introduction magistrale : Gwendolen est assise à une table de jeu quand Daniel Deronda la voit pour la première fois, dans une petite ville de cure où se presse la bonne société européenne. Il la regarde, elle en est consciente.
Elle perd, engage un collier chez un prêteur sur gages, mais l'objet lui est renvoyé par "un étranger". Gwendolen reçoit des nouvelles de la ruine de sa famille et repart en Angleterre.
Les deux héros ne se sont jamais adressé la parole.
Page 20, un an auparavant, dans un petit village de la campagne anglaise. Gwendolen est une jeune fille de vingt ans qui n'en fait qu'à sa tête, et ne voit dans le mariage qu'une façon d'être plus libre et de mener sa vie à sa guise. Arrive dans le voisinage Grandcourt, de bonne famille, pourvu d'espérances en fortune et titres, qui fait comprendre à Gwendolen qu'il aimerait en faire son épouse. Celle-ci tergiverse, puis se décide, convaincue par sa famille de ne pas refuser un si bon parti, mais juste avant de pouvoir accepter elle apprend que son admirateur a déjà quatre enfants illégitimes d'une femme qui se sent prioritaire pour le mariage (très gros spoiler)... Gwendolen part donc à ce moment sur le continent.
Grandcourt la suit, la rate de quelques jours mais y retrouve son oncle Hugo Mallinger et Daniel Deronda.

Georges Eliot se concentre alors sur le personnage de Daniel Deronda, élevé en gentleman par Sir Hugo (oui, l'oncle de Grandcourt) , qui soupçonne comme la plupart des gens que Sir Hugo est son père, et aimerait connaître qui est (était?) sa mère.
Si vous êtes toujours là (!) : Daniel Deronda sauve la vie de Mirah, une jeune fille juive à la recherche de sa mère et de son frère, est amené à faire connaissance à Londres des Cohen (qui seraient susceptibles d'être la famille cherchée) et de Mordecaï, dont la vision sioniste est pleine de souffle (le roman se passe en 1865-1866).
Je n'en dis pas plus, l'histoire est sur les rails.

Au travers de dialogues absolument prenants ou de réflexions intimes finement observées, George Eliot dépeint les relations entre les principaux personnages, Grandcourt et Gwendolen, Deronda et Gwendolen (fascinantes et originales), Deronda et Mordecaï , etc... ainsi que leur évolution. Les personnages dits secondaires ne sont pas oubliés.
Ce roman mériterait une longue étude. Vision des femmes et du mariage à cette époque, description d'un mileu de gentlemen aisés mais aussi des juifs en Europe ou en Angleterre (là George Eliot a abordé un thème qui sort des sentiers battus, pas du tout ce qu'on aurait attendu à la lecture de ses autres romans par exemple ou des romans contemporains). D'intéressantes réflexions personnelles émaillent aussi la narration, mais cela reste bref.
Evidemment je me suis posée la question de la comparaison avec Jane Austen ou Dickens. Beaucoup moins d'ironie. mais du souffle tout de même. le petit Jacob Cohen ne déparerait pas chez Dickens. Et je pense que certain passage n'est pas là par hasard:
"Some readers of this history will doubtless regard it as incredible that people should construct matrimonial prospects on the mere report that a bachelor of good fortune and possibilities was coming within reach" ...(tout le passage serait à citer, mais je ne veux pas abuser car je ne traduis pas.
Vous l'aurez compris, ce roman est foisonnant, un de ces bons gros pavés victoriens aux multiples personnages qui sont liés d'une façon ou d'une autre, qui fait frémir le coeur, laisse haletant, fait rêver, entretient le suspense de façon virtuose, et ne dédaigne pas les fausses pistes...

Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
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summerday
  10 septembre 2010
J'ai lu Daniel Deronda sans rien connaître de la polémique qu'il avait pu créer dans la carrière de l'écrivaine George Elliot. J'ai été agréablement surprise par l'originalité de l'intrigue et j'ai apprécié les personnages mais certains détails m'ont gêné, notamment le dénouement.
Daniel-Deronda.jpgLe personnage de Daniel Deronda, honnête, droit, investi d'une farouche envie de découvrir la vérité sur ses origines, m'a touché. En tout cas jusqu'à un certain point. le destin de ce jeune homme dont le coeur balance entre deux femmes aussi opposées, Gwendolen la frivole et cruelle, Mirah la chanteuse discrète m'est apparu captivant. Les révélations qu'il reçoit à Venise sont un très beau passage aussi.
La révélation et la découverte de sa culture juive me semblaient d'abord secondaires. J'imaginais de simples retrouvailles avec sa famille. Je n'ai donc pas tout à fait apprécié son choix et l'idée qu'au fond il ne pouvait être fait que pour Mirah, juive comme lui, comme s'il avait deviné ce lien dès leur rencontre.
Malgré le dénouement étonnant, le départ du couple et la remise en question de Gwendolen qui décide de se comporter enfin en blanche colombe, j'ai apprécié les passages où Daniel rencontre la communauté juive londonienne, qui contraste de façon évidente avec la société anglaise qu'il côtoie depuis son enfance. Les histoires qu'il découvre, les visions de Mordécaï, tout cela est plutôt émouvant.
Enfin, le plus intéressant est sans doute le personnage de Gwendolen. Belle, aristocrate, elle attise l'envie de tous les hommes. Mais sa famille est ruinée et elle accepte d'épouser un homme cruel. Plus intéressée par l'argent et les conventions sociales que par d'autres valeurs, elle se rend rapidement compte que ce mariage est un échec et qu'elle est profondément malheureuse. Elle trouve un grand réconfort auprès de Daniel et ils entretiennent un rapport de patient-thérapeute qui m'a finalement lassé. A la fin du roman la jeune femme décide de se consacrer à des choses plus simples pour élever son âme. Ce qui m'a gêné à un certain moment c'est que Daniel apparait comme un véritable prêcheur à qui il ne manquerait plus qu'un col blanc ou un livre sacré. Gwendolen devient dépendante du jeune homme et je ne trouve pas que ce soit une réelle évolution pour elle. Elle semble passer de la destruction à l'illumination, ce qui est un fossé.
Il y a énormément de choses dans ce roman. Un regard sur la communauté juive et la kabbale parfois fascinants, surtout lorsqu'ils contrastent avec des passages de dîners mondains. le regard que l'auteur porte sur cette société anglaise est aussi intéressant, de même que tout ce qu'elle dit du monde de l'art et du chant. En effet Mirah et Gwendolen ne s'opposent pas que dans le coeur de Daniel, mais aussi dans l'art du chant. Les valeurs de travail et d'humilité sont mises en avant dans tous les domaines, et de façon encore plus évidente dans celui-ci.
Bref, une lecture passionnante mais déroutante.
Lien : http://summerday.hautetfort...
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   19 janvier 2021
Était-elle belle ? Oui ? ou non ? Et quel était le secret, dans la forme ou dans l’expression, qui dotait ses yeux de leur dynamisme ? Était-ce le bon ou le malin génie qui dominait dans ces regards ? Probablement le malin ; sinon pourquoi produisaient-ils un effet de trouble plutôt qu’un charme paisible ? Pourquoi le désir de la regarder de nouveau était-il ressenti comme une contrainte et non comme une envie à laquelle tout l’être consent ?
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   19 janvier 2021
Les paroles ne semblaient pas plus avoir de pouvoir salvateur que s’il avait vu un navire risquant le naufrage – un pauvre bateau, avec toutes ses vies angoissées, balayé par la tempête inévitable. Comment pouvait-il comprendre tout le lent processus qui avait vu grandir le malheur de cette jeune femme ? Comment le stopper, et l’infléchir par une phrase ? Il avait peur de sa propre voix.
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