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EAN : 9782743602680
598 pages
Éditeur : Payot et Rivages (14/10/1997)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 707 notes)
Résumé :
Trois flics dans le Los Angeles des années cinquante... Ed Exley veut la gloire. Hanté par la réussite de son "incorruptible" de père, il est prêt à payer n'importe quel prix pour parvenir à l'éclipser. Bud White a vu son père tuer sa mère. Aujourd'hui, il est devenu un bloc de fureur, une bombe à retardement portant un insigne. "Poubelle" Jack Vincennes terrorise les stars de cinéma pour le compte d'un magazine à scandales. Un secret enfoui dans sa mémoire le ronge... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  19 janvier 2016
J'ai lu ce livre il y a une bonne dizaine d'années. À l'époque, plutôt amatrice de littérature " classique " (Qu'est-ce que ça veut dire classique ?), je n'avais jamais réellement franchi le pas de la lecture d'un vrai polar avant de m'attaquer à L. A. Confidential.
Je vais essayer de vous retranscrire mes impressions d'alors à la découverte du livre. Mes amis m'avaient particulièrement recommandé cet opus d'Ellroy ; j'avais vu le film que j'avais vraiment bien aimé, j'avais lu quelques fragments de la biographie de l'auteur qui m'avaient accrochés.
Je me suis donc laissée tenter par ce roman policier noir et y ai découvert un style littéraire à part. A priori, cela ne fait pas très écrit, cela ressemble davantage à un scénario de film qu'à une oeuvre littéraire (trait que j'ai retrouvé plus tard chez Dennis Lehane, par exemple). C'est un peu dérangeant au départ pour les gens comme moi, mais l'on s'y fait très vite.
Le parti pris par l'auteur d'utiliser les termes techniques en vigueur dans la police de Los Angeles à cette époque (années 1950) est parfois un peu ennuyeux, mais donne une certaine authenticité pour ne pas dire une authenticité certaine. On peut même considérer que c'est une sorte de marque de fabrique.
L'histoire (au sens de l'intrigue) est un magnifique édifice composite, un peu comme un château de cartes dont la base serait très, très large. Au début, il faut un peu s'accrocher avec les dizaines de noms à consonance anglo-saxonne qui finissent par tous se ressembler, mais (vous noterez que pour l'instant je suis restée dans un type de ressenti qu'on qualifierait de négatif alors que tel n'est pas mon intention) l'histoire prend peu à peu une ampleur grandiose. (Vous noterez maintenant que là, j'ai écrit " grandiose ", ce qui n'est pas si fréquent sous ma plume ; ceci remboursant largement cela.)
L'intrigue est réellement captivante. On essuie les mêmes frustrations que les enquêteurs dans les fausses pistes ou les bons tuyaux qui ne se rejoignent pas. Au fur et à mesure que l'on s'élève dans les étages du château de cartes, la vitesse semble s'accélérer et l'on oublie le style loin de la littérature ordinaire.
Ce fut, et j'insiste sur ce point, un réel bonheur à la lecture. Je pense qu'il est vain et mal à-propos d'essayer de parler de l'intrigue pour ce type d'ouvrage où tout est dans l'intrigue. Sachez seulement que le livre est une telle cathédrale que le film a forcément fait des coupes franches aussi bien dans le scénario que dans les personnages (j'ai revisionné le film par la suite qui m'a paru simplet alors que je l'avais trouvé bien bâti et complexe la première fois).
On signalera peut être simplement le schéma de base, trois enquêteurs talentueux à leur façon : initialement Vincennes réputé, White dans la moyenne et Exley débutant. Leurs destinées de carrière vont toutes se croiser : la descente aux enfers de Vincennes, l'ascension lente de White et la fulgurance d'Exley.
En tout cas, un polar qui m'a donné envie d'en lire d'autres (bien que je ne m'y tienne guère, toujours magnétiquement happée par les classiques) et un livre que l'on pourrait qualifier de valeur sûre (bien que cela ait peu de sens eu égard à la diversité des lecteurs et de leurs attentes) et un grand merci à James Ellroy pour ce beau moment de découverte littéraire. Ceci dit, tout cela n'est que mon avis de néophyte en la matière, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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tamara29
  08 mai 2021
Adolescente, je lisais toutes les enquêtes d'Hercule Poirot pour perfectionner ma culture british et belge. Durant mes vacances chez les grands-parents, je faisais la rencontre d'un commissaire -presque belge- affectionnant plus de fumer sa pipe que de lustrer sa moustache. Peu après, j'ai cru frissonner en lisant des enquêtes chamallows sur des jeunes femmes aimant danser, en me promettant de ne plus jamais aller me promener seule dans les bois. L'ado que j'étais alors n'avait pas lu l'essai de Bettelheim sur les contes de fées et croyait encore à ces ridicules histoires d'amour qui finissent bien. Pour en arriver là, j'avais pêché par ignorance et duperie : je croyais naïvement que la quantité (le nombre de ventes) était preuve de qualité. J'avais quand même fini par en sortir découvrant un autre monde où se côtoyaient un clown bizarre, un chien moins câlin que Dagobert, sans parler du gardien qui manquait d'humour dans l'hôtel où j'ai passé l'hiver, bloquée sous la neige … Mais ça, « c'était avant »…
C'était avant mes vingt et quelques années ET ma rencontre avec le grand James. le sombre et torturé James Ellroy, obsédé par la mort de sa mère alors qu'il avait dix ans (on le serait à moins). Un ami m'avait mise dans les mains le roman « le Dahlia noir » (dans lequel résonnait la mort sordide de sa mère). En quelques jours de lecture, j'étais déjà hypnotisée par le style de cet écrivain. Et je peux véritablement parler d'un raz-de-marée au niveau de mon cortex cérébral. Un uppercut littéraire.
Ma perception des romans policiers ou romans noirs n'a plus jamais été pareille. Et comme je peux être obsessionnelle aussi (en plus soft l'obsession s'entend : je suis une petite joueuse en comparaison aux personnages d'Ellroy et à Ellroy lui-même avec ses années de drogue, d'alcool et de délits et face à son imagination débordante), j'enchainais coup sur coup un bon nombre de ses romans. Je manquais rarement la sortie du nouvel opus mordant du Dog ni une de ses interviews. J'allais jusqu'à me plonger dans « Ma part d'ombre » et l'enquête sur la mort de sa mère par Steve Hodel (c'est dire). Sûrement cherchais-je à sonder son âme, le personnage et l'homme qu'il était, pour mieux comprendre et analyser son oeuvre.
J'étais remuée par sa plume et ses scénarios, par le rythme qu'il nous infligeait à chaque page, sa capacité à nous immerger au coeur de l'histoire (petite et grande). J'étais avant tout impressionnée par son intelligence, son regard pessimiste et acerbe sur la nature humaine, ses humeurs sans concession.
Par sa connaissance aiguisée des arcanes du pouvoir, de l'histoire politique des Etats-Unis avec tout ce que cela entend (mafia, secret d'Etat, complots, magouilles & cie…), des attitudes des flics et de l'argot des rues (de tous les quartiers et origines), on se retrouvait en plein coeur des Etats-Unis, entre les années 40 à 70, spectateur ébahi à suivre les protagonistes, avec quelques coups de chaud et autant de sueurs froides. On suivait une kyrielle de personnages aux caractères divers : les pourris, les obsessionnels, les déviants, les idéalistes, les écorchés. En un mot, toutes les nuances de gris et de noir de l'âme humaine.
Mazette, chez lui, les personnages ne se contentaient pas de danser et de sursauter au cri du renard. Ils étaient des hommes avec leur quête obsessionnelle, leur courage, leurs valeurs, leur désir, leur vulnérabilité, leurs faiblesses, leur violence presque animale. L'oeil d'Ellroy perçait à jour le coeur des hommes et j'étais autant hypnotisée qu'effrayée par cet univers que je découvrais… Mais, je ne sais pourquoi -peut-être par empathie pour l'enfant qui avait perdu sa mère (et plus tard son père)-, je sentais aussi en lui, par de petites touches ici ou là, une certaine fragilité, son amour pour les femmes, sa curiosité pour les hommes de tout milieu…
J'avoue que certaines de ses histoires étaient un peu trop glauques et perturbantes. Je n'ai pas pu finir « Un tueur sur la route ». Certes curieuse, ce n'est pas pour autant que je souhaite entrer avec autant d'intimité dans le cerveau d'un tueur en série. J'ai mes limites à ouvrir les yeux sur le mal – je ne suis toujours pas fan du gore ni de la violence ‘'gratuite''…
Je ne peux donc prétendre que tous ses romans sont du même niveau et que j'éprouve le même degré de fascination pour chacun d'eux. Question de feeling. Certains sont parfois « trop ». Trop de tout : il faut s'accrocher avec le nombre de pages, cette multitude de personnages à ne plus savoir où donner de la tête, la complexité des intrigues et entremêlements politiques, sans parler de ces réflexions extrêmes qui choquent, où on frise l'overdose. Je me permets de le dire : parfois James m'agace et me lasse. Et j'ai alors besoin de retrouver un peu d'air et de lumière et surtout mon utopie naïve en la nature humaine.
« L.A Confidential » et « le Dhalia noir » sont sans conteste mes préférés parmi les romans d'Ellroy, si ce n'est des romans noirs/policiers, tout auteur confondu. Et si bien sûr l'histoire d'amour contrariée dans « L.A Confidential » séduit la lectrice anciennement naïve, c'est avant tout l'ampleur de ce roman policier qui magnétise : histoire, politique, psychologie, intrigue labyrinthique, profil consistant des personnages, particulièrement des 3 fameux flics Ed, Bud et Jack… On plonge dans l'histoire dans laquelle il nous est impossible d'en ressortir indemne. Lâchons le mot : L.A. Confidential est pour moi un chef-d'oeuvre du genre, la quintessence du roman noir.
Possible que, sans la mort atroce de sa mère, Ellroy ne serait pas devenu l'écrivain qu'il est, avec ses expériences extrêmes, son regard critique et désenchanté sur la société et les hommes. Possible que sans cette souffrance et ces obsessions, il n'aurait pas creusé aussi profondément dans la part d'ombre qui est en nous.
Je crois que depuis James, je ne peux plus lire de romans noirs/romans policiers, sans attendre une profondeur des personnages, aux traits précis, un humour noir qui fait mouche, une plume implacable, un style percutant qui vous embarque, tellement efficace qu'il pénètre l'esprit, sans oublier cette ambiance moite qui colle à la peau…
Parler de « finesse » pour décrire les romans d'Ellroy peut sembler de prime abord antinomique. le Dog tranche souvent dans le vif, son jugement est lapidaire, il attrape sa proie sans jamais la lâcher, pour en faire une radiographie détaillée jusqu'à l'os. Et c'est justement sa précision, l'envergure de ses personnages, ses connaissances du terrain qui me font penser qu'il est souvent plus ‘'subtil'' que bon nombre de romanciers d'histoires plus édulcorées, manquant de souffle, même s'ils sont étiquetés auteurs de « thriller ».
Depuis Ellroy, j'ai découvert d'autres écrivains du noir. Si Ellroy a été pendant des années à la recherche du meurtrier de sa mère, de mon côté, pendant des années, j'ai été à la recherche d'un roman noir qui aurait la même puissance que « L.A. Confidential » et « le Dhalia noir ».
Et j'en ai lu, des softs, des bof, des doux, des sans-remous, des vibrants, des plaisants, des grisants. J'en ai visité des villes aux quatre coins du globe, entre hiver glacial et été brûlant, j'ai découvert quelques pépites dans des rivières sanglantes (Connelly, Westlake, Lehane, Thompson, Burke, Boileau-Narcerjac, Conan Doyle, Harvey, Mankell, Jonquet, Vargas et quelques plus récents Bouysse, Férey, LeCorre, Norek, et j'en passe et des meilleurs -ou moins bons...). Je me rappelle avoir été chamboulée à la même époque que mes premiers Ellroy par « Les racines du mal » de M.G. Dantec. Mais sûrement devrais-je le relire, maintenant que ma palette d'auteurs noirs est plus large et mon oeil un peu plus aguerri.
Avec l'âge, après moult déceptions, peut-être me suis-je lassée de cette quête éperdue et je suis devenue plus une lectrice –plus sage- de la littérature blanche, ne retrouvant plus autant ce frisson nerveusement cérébral. La blanche m'offre une psychologie des personnages qui me sied mieux, un travail littéraire, parfois sociologique, qui émerveille plus souvent mon petit esprit curieux et amoureux des mots.
De fait, je connais beaucoup moins les auteurs policiers actuels qui font le buzz. Il m'arrive de me laisser tenter et de vouloir renouer avec les émois de mes vingt ans. Mais après quelques pages, il n'est pas rare que je me dise que ce n'est pas parce que le lecteur est immergé dans le noir qu'il n'est pas en mesure de distinguer les plumes trop basiques et à l'encre bon marché. J'ai parfois quelques appréhensions avec les « thrillers » où l'hémoglobine à outrance est plus un cache-misère, dissimulant mal le trou béant en matière stylistique (encore une fois le côté film d'horreur n'est pas ma tasse de thé en littérature). Mais, ça, c'est un peu la faute de James.
Au final, de toutes mes lectures noires, je crois qu'aucune d'entre elles ne m'a jamais autant impressionnée, pour ne pas dire envoûtée que les romans de James Ellroy. Parce qu'il est déjà en soi tout un personnage… Un personnage à multiples facettes qui s'insère dans ses romans. Alors, malgré ses dérapages, ses débordements, ses quelques ‘'longueurs monotones', Ellroy reste pour moi l'une des références en matière de polars. L'un des plus grands...
Une oeuvre qui marque, qui donne le tournis incontestablement. Une oeuvre qui a même changé la lectrice lambda naïve que j'étais. Naïve je l'étais. Mais ça, c'était avant. Avant James Ellroy.
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ibon
  24 décembre 2016
Du très noir, du beau, du bon polar.
La police est une "force publique instituée pour l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée". Moui.
Voilà une définition à laquelle Ellroy souscrit certainement. Mais quand il se penche sur la police de Los Angeles des années 50, le constat est tout autre: c'est le bastion de la corruption, de la violence et du racisme.
Dans ce jus de haine, Ellroy brode un scénario complexe autour de deux affaires ayant réellement existées: 'Le Noël sanglant" et l'affaire du "Hibou de nuit". le développement de ces deux faits ne montre aucun aspect valorisant du LAPD.
Les rivalités entre policiers sont homériques. Dudley Smith, l'Irlandais joyeux, est le diable. Ed Exley est l'ambition et la droiture même. Jack Vincennes est paumé et Bud White est une brute. Et se tirer dans les pattes n'est pas seulement du langage figuré entre ces quatre-là.

Si , dans ce monde de vices certains peuvent trouver la rédemption, il faudra s'armer d'un peu de patience, car cela n'arrive vraiment que vers la fin.
Le troisième de la tétralogie a inspiré le cinéma et c'est une réussite, puisque qu'invariablement on colle les personnages du film à ceux du livre.

Le style d'Ellroy fait des merveilles, de l'argot qui tache et des phrases qui claquent. le rythme de ce roman m'a semblé palpitant malgré le malaise qui se dégage de cet ensemble.
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Meps
  06 mars 2021
J'ai finalement découvert Ellroy par le biais de L.A. Confidential... ou plus précisément de l'adaptation cinématographique du livre. J'en garde un souvenir plutôt désagréable. Je regardais beaucoup de films à l'époque et j'avais eu du mal à entrer dans l'intrigue touffue, alors que j'apprécie particulièrement Kevin Spacey en tant qu'acteur. Il m'était rester une impression de complexité inutile qui m'avait ennuyé à la longue.
Je replonge aujourd'hui dans le livre après avoir dévoré la trilogie Underworld USA, la trilogie Lloyd Hopkins ainsi que le Dahlia Noir et le grand nulle part, les deux premiers tomes du quatuor de Los Angeles. Je me suis habitué au style Ellroy, à sa complexité permettant de rendre au mieux une réalité pourtant en bonne partie fictionnelle. le maître reste fidèle ici à son style mélangeant les coupures de journaux, les rapports d'enquête avec un récit chirurgical des investigations et des états d'âme de ses personnages.Ce récit a ceci de particulier qu'il a pour cadre exclusif la police de Los Angeles au travers de trois de ses membres, représentatifs de plusieurs modèles de policiers, du dur à cuire au fils à papa propre sur lui, en passant par le flic un peu ripoux et profitant des enveloppes de la presse à scandale avec laquelle il collabore.
Le récit est bien sûr l'occasion de rencontrer aussi les différentes composantes des bas-fonds de la société: grand bandits et petits truands, call girls de luxe et starlettes ratées plongeant dans la prostitution. Mais le recentrage sur les intrigues internes à la police fait toute l'originalité de ce tome et on assiste abasourdi aux différentes luttes d'influence avec pour objectif de grimper dans la hiérarchie pour certains, de régler des comptes personnels pour d'autres, de s'enrichir pour la plupart.
Comme souvent chez Ellroy, on finit écoeuré par cette peinture au vitriol que l'on sent plutôt réaliste et qui nous montre à quel point les questions de justice et d'équité sont finalement reléguées au second plan, même quand les protagonistes eux-mêmes cherchent à se persuader qu'elles sont leurs combats principaux.
Mention spéciale aux trois personnages féminins de Karen Morrow, Lynn Bracken et Inès Soto, qui une fois n'est pas coutume chez Ellroy ne sont pas simplement des potiches ou des victimes désignées mais bien les principaux "moteurs" des personnages principaux, tous trois des hommes quand même, on ne refera pas totalement notre American Dog !
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LiliGalipette
  12 mars 2011
L.A. Confidential
Nuit de Noël 1951 ou « Noël Sanglant » dans les annales. Des policiers s'en sont violemment pris à des prisonniers en cellule, abusant de leur autorité et de leur force pour venger des collègues. Un agent tatillon, Ed Exley, héros de la guerre, témoigne en défaveur de ses collègues en échange d'une promotion qui sert son ambition démesurée : cadet d'une famille de policiers méritants, il veut briller aux yeux de son père et éclipser le souvenir brillant de son frère mort en service. Désormais haï de tous ses collègues, il entame une carrière fulgurante qui le mène aux plus hauts postes de la police. Dudley Smith est de plus en plus présent au L.A.P.D. et il entretient une attitude ambiguë vis-à-vis des agents qui ont le malheur de trouver grâce à ses yeux : « Lorsque Dudley Smith vous emmenait à ses basques, on lui appartenait [...] : on n'était jamais sûr de ce qu'il voulait de vous, ou de la manière dont il se servait de vous. » (p. 197) C'est ainsi qu'il s'attache les services de Bud White, un policier connu pour ses pulsions de violence et sa haine des hommes qui maltraitent les femmes. Il s'attache à Lynn Brackens, prostituée de luxe. Bud White est un homme d'honneur, loyal jusqu'au pire à son coéquipier, Stensland, un flic alcoolique en fin de carrière. Enfin, il y a Jack Vincennes dit Poubelle : conseiller technique pour la série L'Insigne du courage, policier aux Stups, il renseigne régulièrement un magazine à scandales sur les vices et crimes des stars. Agent qui aime faire la couverture, il dissimule pourtant avec hargne un secret qui pourrait mettre en péril sa carrière. La course au poste de procureur est ouverte et Ellis Loew se présente pour la seconde fois avec de grandes chances de remporter la place. Survient le massacre du Hibou de Nuit et le viol multiple d'Inez Soto. Se profile une sordide affaire de moeurs fondée sur un réseau de prostitution aux pratiques singulières. On passe de 1953 à 1957 en quelques pages. Les trois flics sont confrontés à des affaires qui impliquent leur force morale et leur capacité à survivre au sein d'un système judiciaire qui écrase les purs pour sauver les pourris. L'honneur et la loyauté sont au centre de l'intrigue : il faut savoir pourquoi et pour qui on devient flic et à qui on choisit de prêter allégeance.
Ce troisième volet est mené à la troisième personne. Comme dans le volet précédent, on passe d'un flic à l'autre au gré d'un rythme dilatoire parfaitement maîtrisé. La mise en place de l'intrigue est longue. La première partie du roman pose les fondements de plusieurs affaires qui finiront par n'en former qu'une, tentaculaire et sordide, comme dans les deux premiers volets. le prologue étonne : il est l'épilogue du Grand Nulle Part et on assiste à la fin prévisible de Buzz Meeks. Ce rejet de la conclusion en début du nouveau volet empêche l'intensité dramatique de s'essouffler. Et Buzz Meeks a encore remporté toute mon affection.
J'ai eu un grand coup de coeur pour l'agencement de ce troisième volet. On passe du récit des enquêtes à des chapitres composés uniquement de rapports de police ou coupures de presse. Version officielle et version journalistique s'affrontent pour donner un mélange audacieux et complexe. C'est au lecteur de tirer le vrai du faux. Comme le dit le titre, ce qui se passe à Los Angeles est confidentiel et ce ne sont pas les révélations prétendument fracassantes des journaux à scandale qui renversent réellement la vapeur. Dans la cité des Anges, le doigt reste posé sur la bouche, sur la marque de l'ange.
Le film éponyme de Curtis Hanson et avec Kevin Spacey, Russel Crow, Kim Basinger et Dany DeVito est une grande réussite. Comme adaptation d'un roman d'Ellroy, je l'ai préféré – et de loin – au Dahlia Noir de Brian de Palma. Si ce dernier est d'un noir glacé, comme une couverture de magazine, le film de Curtis Hanson est gouailleur, sale et compromettant. Dany DeVito excelle dans le rôle de Sid Hudgens, le journaliste de L'Indiscret. Kim Basinger est sublime en pute de luxe un peu paumée. Et que dire de l'interprétation de Russell Crowe, qui endosse avec humilité et éclat le rôle de Bud White ! L'acteur fait ressortir toute la bonté et l'ambivalence du personnage dans une composition très touchante. Certes, Curtis Hanson prend de nombreux raccourcis, élimine des personnages et va plus directement au coeur des choses. Mais il rend à merveille la voix des journaux en la personne de Sid Hudgens. Dans son film, Dudley Smith est un vrai pourri qui obtient enfin ce qu'il mérite. Et Buzz Meeks et Stensland connaissent des trajectoires différentes de celles du roman. Mais l'essentiel est là, la verve de James Ellroy s'illustre avec puissance, ses personnages sont droits dans leurs bottes, prêts à essuyer le pire.

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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   09 mars 2013
- Un témoin a identifié Dieterling comme RC* (* = Relation Connue) d'un criminel, lié accessoirement au Hibou de Nuit. [...]
- Le nom de cette personne ?
- Pierce Patchett
Preston haussa les épaules.
- Je n'ai jamais entendu parler de lui et je ne veux pas que tu ailles embêter Raymond. Non, et j'insiste sur ce point, une relation vieille de trente ans ne justifie pas qu'on aille embêter un homme de la stature de Ray Dieterling. C'est moi qui poserait la question à Ray à son sujet et je te ferai mon rapport. Cela suffira-t-il ? [...]
Ed serra les mains de son père.
- Absolue justice. Tu te souviens de cela ?
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TwiTwiTwiTwi   07 juin 2009
- Sergent Vincennes, LAPD. Uniquement une adresse , pour Timothy V-A-L-B-U-R-N, masculin, blanc, entre vingt-cinq et trente ans. Je crois qu'il habite dans le district de Wishire.
- Je note. Restez en ligne, s'il vous plaît.
Jack resta en ligne ; l'employé revint.
- C'est bien Wilshire. 432, South Lucerne. Dites, Valburn, ce n'est pas le mec souris de l'émission de Dieterling ?
- Si.
- Ben ... euh ... pourquoi êtes-vous après lui ?
- Possession de fromage de contrebande.
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collectifpolarcollectifpolar   13 septembre 2020
Écoutez, dit Stomp, vous voulez des renseignements et j’ai besoin d’argent. Mickey et Davey Goldman sont sous les verrous, et Mo Jahelka s’occupe de leurs affaires pendant leur absence. Mo, il va à la pêche au petit, et il a pas de boulot pour moi. Jack Whalen refuserait de m’engager même pour des clopinettes et y avait même pas la queue d’une enveloppe de la part de Mickey.
– Pas d’enveloppe ? Mickey était renfloué quand il est tombé. J’ai entendu dire qu’il a récupéré la camelote qui a été chouravée lors de son entrevue avec Jack D.
Stompanato secoua la tête.
– Vous avez mal entendu. Mickey a eu le braqueur, mais la came reste introuvable et le mec s’est taillé avec cent cinquante bâtons de pognon de Mickey. Alors, officier White, moi, j’ai besoin d’argent. Et si votre caisse noire à indics n’est pas dans le rouge, je vous trouverai des putains de mecs de première à cravater.
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collectifpolarcollectifpolar   13 septembre 2020
Il engagea une feuille vierge.

Nouveau sujet : conseil de paix Cohen-Dragna, février 50, vingt-cinq livres d’héroïne et cent cinquante bâtons prétendument volés. Jack avait entendu des bruits : un ex-flic du nom de Buzz Meeks avait braqué le grand sommet et s’était taillé, avant d’aller se faire descendre du côté de San Bernardino ; des nervis de Cohen et des flics pourris de L.A. l’avaient tué, sur contrat de Mickey : Meeks avait nettoyé Cohen jusqu’à l’os et lui avait baisé sa poule. Ça faisait un bail que la horse était censée avoir disparu. Théorie de Dudley : Meeks avait enterré le pognon et le shit – planque inconnue –, pour se faire abattre ensuite par « une ou plusieurs personnes inconnues », probablement des tueurs de Cohen. Jack sourit : si le LAPD était mouillé dans le carton sur Meeks, Dud n’irait jamais impliquer le service, même dans un rapport interservice.
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collectifpolarcollectifpolar   13 septembre 2020
Il avait vu le massacre de ses propres yeux : seize ans, impuissant à l’arrêter. Son vieux était rentré à la maison ; il avait dû être convaincu par l’avertissement de son fils : tu touches Mère encore une fois et je te tue. Sommeil ; réveil, menottes aux poignets et aux chevilles : il avait vu le fumier battre Mère à mort avec un démonte-pneu. Il avait hurlé, la gorge à vif ; il était resté dans la pièce avec le corps, toujours menotté : une semaine, pas d’eau, fièvre et délire… il avait assisté au pourrissement de sa mère. Un agent l’avait découvert ; les hommes du shérif de L.A. avaient arrêté le vieux. Procès, défense fondée sur des capacités mentales diminuées, tractations, accusation ramenée à homicide involontaire. Prison à vie, le vieux libéré sur parole au bout de douze ans. Son fils – agent Wendell White, LAPD – décidé à le tuer.
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Vidéo de James Ellroy
Extrait de "La tempête qui vient" de James Ellroy lu par Vincent Schmitt. Parution physique et numérique le 12 novembre 2020.
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