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Thierry Renard (Autre)
EAN : 9782330135508
400 pages
Éditeur : Actes Sud (07/10/2020)
  Existe en édition audio
3.23/5   152 notes
Résumé :
Pour les besoins d'une thèse sur « la vie à la campagne au XXIe siècle », un étudiant en anthropologie prend ses quartiers à La Pierre-Saint-Christophe, village fictif au bord du Marais poitevin, pour y observer les us et coutumes de ses pittoresques habitants - monsieur le Maire en tête, truculent patron de l'entreprise locale de Pompes Funèbres. Car ainsi va la grande Histoire : partout la mort saisit le vif - sauf pendant ces trois jours où elle marque une trêve,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
3,23

sur 152 notes

ODP31
  31 décembre 2020
Finir cette année avec un titre pareil, je sais, il faut vraiment être un peu cynique. Cela me ressemble si peu...
Un roman qui prend pour décor Les Deux Sèvres en plein hiver, The place to be, qui interroge le destin et la mort, c'est idéal pour les fêtes non ?
Pour donner un petit côté terroir à sa thèse consacrée à la vie à la campagne au 21ème siècle, un ethnologue en devenir quitte Paris et sa petite amie pour un petit village paumé et ses autochtones. le Lévi-Strauss sédentaire enfile son jean et part à la découverte de la France profonde avec son bistrotier et ses dinosaures du zinc, son curé et ses veuves, ses agriculteurs besogneux, son médecin qui fait les trois huit, ses retraités anglais qui trouvent que la pluie mouille moins par chez nous et ses lotissements dortoirs pour travailleurs banlieusards.
Au contact des sauvages, la thèse avance moins vite que le taux de cholestérol de l'éternel étudiant qui trouve peu à peu sa place dans le microcosme, aidé par une zadiste forcément rebelle et un maire très accueillant, bien que directeur d'un établissement de pompes funèbres, lequel ne connait pas la crise grâce à une pyramide des âges pharaonique.
Matthias Enard aurait pu se limiter à cette plaisante chronique qui ne manque pas d'humour, qui a le mérite de ne pas être condescendante et qui tente de rendre hommage à son pays natal. Il faut dire que depuis que Houellebecq avait déclaré que Niort était une des villes les plus laides de France dans Sérotonine, le blason avait besoin d'une nouvelle couche de dorures.
Pas sur néanmoins que le standard de l'office du tourisme du coin explose après ce roman qui est loin d'être le meilleur à mes yeux de l'auteur. Je trouve que ce romancier érudit est plus doué pour l'exotisme, les récits d'exploration culturelles qui traversent les pays et les âges. Ses précédents titres m'avaient fait voyager et rêver d'Orient. Cet opus ne m'a pas fait léviter de mon confinement.
En fait, je ne suis pas entré dans cette histoire pour les raisons qui m'avaient conduit à la découvrir. C'est ballot.
D'abord, le journal de bord du thésard s'interrompt d'un coup pour laisser place au récit rabelaisien de la fameuse confrérie des fossoyeurs qui se réunissent pendant trois jours sur place pour leur séminaire gourmand. C'est une orgie de charcutaille et une beuverie qui obéit à certaines règles, notamment celle qui incite chaque participant à conter une histoire. C'est brillant, grivois et drôle durant une vingtaine de pages mais je me suis vite lassé du menu et j'ai sauté quelques plats et quelques pages. Nul ne peut égaler Pantagruel ou la Grande Bouffe dans le genre. Légère indigestion.
Ensuite vint l'astuce de la métempsychose qui traverse le roman, doctrine selon laquelle une âme est recyclable ce qui lui permet de se transvaser à chaque trépas vers un nouveau corps humain, animal ou végétal. Autant dire que les mauvaises actions se paient cher et que les brebis galeuses se retrouvent vite à l'état de lombric ou de nuisibles pour plusieurs générations. La réincarnation discount. Ainsi, le narrateur se fait parfois curé puis sanglier, le bourreau devient gibier de potence dans une autre vie, le boucher mute en filet mignon, etc… et quand le récit remonte parfois à des vies antérieures, on comprend que l'auteur ne décrit pas l'histoire d'un personnage mais celui d'une âme dans un territoire. Une vie sans chronologie. C'est déroutant, souvent inégal mais original. Cet artifice permet de découvrir les secrets de famille du village mais cela segmente encore plus l'histoire. Les pièces du puzzle se mélangent et j'ai fini par inverser certaines pièces..
Récit fourre-tout, gratin à la niortaise, qui déborde d'idées mais que Mathias Enard semble avoir assemblé de façon un peu artificielle. J'ai parfois eu l'impression qu'il avait écrit son roman comme je remplis la malle de ma voiture avant un départ en vacances : rangement clinique des premières valises et on tasse les derniers sacs comme on peut pour caser la caisse du chat et les boules de pétanque.
J'ai été content de retrouver l'étudiant en fin de roman, ligne de vie cette histoire qui donne le vertige pour un happy end qui fleure bon le retour à la nature, l'exode urbain et le règne du brocolis.
Meilleurs voeux.
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Bobby_The_Rasta_Lama
  21 mai 2021
"Les princes à la mort sont destinés,
Ainsi que tous les autres vivants.
Qu'ils en soient courroucés ou affligés,
Autant en emporte le vent."
(F. Villon)
Il était une fois dans l'Ouest, ou le dharma en Deux-Sèvres...
Il y a deux raisons qui m'ont poussée à lire le nouveau roman d'Enard (mis à part le fait que j'ai beaucoup apprécié "Boussole"). La première est François Rabelais, et la deuxième est le choix géographique.
Hélas, le département des Deux-Sèvres n'est que très rarement mis à l'honneur. A l'époque, quelques affiches publicitaires montrant le Marais poitevin apportaient une note verte et bucolique aux couloirs du métro parisien ("Une autre Venise près de chez vous !"), et on peut presque remercier Michel Houellebecq d'attirer un semblant d'attention sur Niort, en créant une petite polémique par une remarque anodine sur sa prétendue laideur.
Niort avec son donjon, ses assurances, ses quais de la Sèvre, et ses dragons de bronze...
Mathias Enard lui-même a troqué sa culotte courte contre un pantalon digne de ce nom au lycée niortais Jean Macé, et il y retourne toujours volontiers pour entretenir les élèves tant de littérature que de ce changement de pantalon.
Cette sympathique pantalonnade sur le banquet des fossoyeurs est donc plutôt dans la continuité logique des événements... mais parlons plutôt d'une sorte de roue qui ramasse les choses en bas, pour les remonter à la surface de l'autre côté ; toujours les mêmes, et pourtant déjà différentes.
Après tout, le roman est aussi construit de façon circulaire, en rendant hommage à la fois au passé et au présent de la région.
Et ce qui commence comme le journal de bord d'un ethnologue parisien venu étudier la "ruralité" va doucement se transformer en un livre sur l'éternel cycle de la Vie et de la Mort, qui trouvera son apogée dans le chapitre du fameux banquet, pour revenir ensuite à son point de départ. On retrouvera notre ethnologue, mais plus exactement tel qu'on l'a quitté.
Le journal de David Mazon est amusant par ses observations cliniques de la campagne et des autochtones, pour les besoins de son érudite thèse "La vie à la campagne au 21ème siècle". Non, on ne parle plus vraiment le poitevin-saintongeais au marché de Coulonges, mais il y a du vrai ragondin mouliné dans le pâté de ragondin, et les oeufs sortent vraiment de la poule. Entraîné un peu malgré lui dans la vie locale, il va rencontrer toute une galerie de personnages agréablement "typiques", que ce soit la clientèle du Café Pêche, le maire, l'illuminé du village, un artiste parisien expatrié, ou les Anglais, toujours plus au moins présents dans la régions depuis...
... ha ! Au moment où une voix omnisciente reprend subitement le rôle de narrateur pour nous informer de la réincarnation de l'abbé Largeau en sanglier, le lecteur sait déjà que tout sera un peu plus compliqué que prévu.
La mythique Roue du Destin se mettra en mouvement, pour faire disparaître et réapparaître les personnages au fil des siècles dans leurs incarnations successives. Les personnages du roman, leurs ancêtres, mais aussi Jules César, Richard Coeur de Lion, Charles Martel, Rabelais, Villon, Agrippa d'Aubigné, Pierre Loti... bref, riches et pauvres, heureux et malheureux, connus ou inconnus, avec leur lot de légendes et d'histoires qui font la mémoire de la région poitevine.
La "grande" Histoire est mélangée à la "petite", tout cela encore agrémenté par des "chansons" insérées entre les chapitres, qui rappellent la tradition orale perpétuée par les troubadours ou par les ritournelles populaires qu'on chantait aux marchés sur les faits divers particulièrement atroces.
Et comme cet éternel cycle est sous la responsabilité de la Grande Faucheuse, il n'est que naturel que le récit aboutisse sur le banquet annuel de ses fidèles assistants, pendant les deux jours où, selon la tradition, la Mort se repose. Avec une exubérance toute rabelaisienne, on va donc profiter de la Vie, tout en rendant hommage à la Mort dans des discours savants ou grivois. Comment mieux défier la Mort qu'en mangeant et en buvant à sa santé ? En lui laissant voir que nous sommes des bon-vivants bien vivants, tout en sachant que tôt ou tard, un fossoyeur gourmand pourra se retrouver dans l'assiette d'un autre fossoyeur sous la forme d'une délicieuse anguille ou d'un escargot au beurre ? Mais aussi que l'immortelle âme de cet escargot aura ainsi l'occasion de se réincarner à son tour en Napoléon ou en ethnologue parisien, car la Roue continue à tourner. Tout comme les gens continuent à naître et à mourir, en contribuant chacun à leur tour à L Histoire, et tout comme les quatre saisons doivent obligatoirement passer avant le prochain banquet annuel des fossoyeurs.
J'ai lu le roman de Mathias Enard avec plaisir, tout en ayant parfois l'impression que dans certains passages la Roue dévie de son axe et qu'on l'entend grincer dans un laborieux effort pour y revenir . Dans la partie "rabelaisienne", tantôt je me délectais, tantôt il me semblait être devant un Rabelais qui se parodie lui-même, même si je dois admettre que ce bidonnant chapitre donne finalement beaucoup de saveur et tout son sens au livre. Sans parler du happy end qui vous donne envie de chausser des galoches et aller chercher votre lait à la ferme, en sifflotant en route "Le Poitevin est un gourmand".
3,5/5 pour le livre, plus une demi-étoile supplémentaire de la part d'une autochtone qui se nourrit de fromage de chèvre, entretient sa longévité par la liqueur d'angélique et se déplace de préférence sur un étrange âne poilu nommé baudet.
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Herve-Lionel
  01 avril 2021
N° 1540 – Avril 2021
Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeursMathias Enard – Acte Sud.
Pour rédiger sa thèse d'ethnologie sur la ruralité, David Mazon, étudiant quelque peu désargenté, quitte Paris et sa petite amie pour un village des Deux-Sèvre rebaptisé plaisamment « La pierre St Christophe », à quelque distance du Marais, autant dire au milieu de nulle part, qui plus est en plein hiver (il donne d'ailleurs une carte et les coordonnées GPS pour insister sur ce lieu inconnu, un peu comme le département sur le cadastre national!). Il part donc à la rencontre des habitants pour les questionner en vue de son travail universitaire et son premier contact se passe au café du village où il croise, Martial, le maire qui est aussi le fossoyeur du cimetière, entendez par là entrepreneur de pompes funèbres, quand même ! L'édile, ravi que ses administrés soient ainsi l'objet d'un tel intérêt, va surtout lui raconter la chronique locale, les inévitables secrets de famille pourtant connus de tous, les ragots qui vont avec et qui n'ont pas grand chose à voir avec son travail de thésard, lui faire rencontrer des personnages truculents, Max un artiste aux aspirations bizarres, Arnaud, l'idiot à la mémoire désordonnée mais encyclopédique... Pour cela il faut remonter dans le temps et Martial ne s'en prive pas mais David ne se doute pas à quel point cette immersion va bouleverser sa vie. Ainsi va-t-il apprendre la triste histoire de la parentèle de Lucie émaillée de pendaison, d'adultère, de révélation de filiation pas vraiment légitime, de naissance avortée et de la honte qui va avec et surtout la mésaventure de l'instituteur-poète du village, Marcel Gendreau, qui, à l'instar d'un de ses collègues devenu célèbre, voulut se lancer en littérature avec un roman qui s'en inspira mais dont la notoriété locale fut due davantage au scandale qui suivit sa publication qu'au talent de son auteur. Je souhaite au roman de Mathias Enard qui lui rend en quelque sorte hommage, plus de succès que cette éphémère mais pourtant fort bien écrite tentative littéraire de cet enseignant et qui fut également un intéressant document ethnographique rural sur les années 1950.
Une thèse c'est du sérieux et pour la mener à bien il faut savoir payer de sa personne ainsi, puisqu'il a commencé par le bistrot, passe-t-il de l'orangina au kir puis à la pratique régulière de l'apéro. Mais cette fréquentation de l'estaminet va aussi nourrir sa réflexion sur la vie du bourg, de ses habitants, ses us et coutumes bienveillants et ce n'est pas le seule transformation que cette immersion dans la France profonde va lui réserver. Ainsi prendra-t-il rapidement conscience, de la qualité de vie à la campagne, de l'importance de l'écologie, du chant des oiseaux, de l'animation du marché de ce village qui perd peu à peu perd son âme, ses commerces et ses services publics, s'anglicise, connaît des problèmes liés à la survie des petits agriculteurs, à l'incohérence des décisions politiques … Tout cela n'empêche pas la terre de tourner, les verres de se vider autour d'une belote au café et les pêcheurs de pratiquer leur art parce que le temps continue de s'écouler avec la mort qui rôde et frappe les pauvres humains qui ne sont, là comme ailleurs, que les usufruitiers d'une vie qui peut leur être enlevée à tout moment. Pourtant ici, et c'est là que ça devient intéressant, « la Roue du temps » s'empare des âmes au moment fatal pour les insuffler dans d'autres corps, humains ou animaux, dans le passé ou dans l'avenir et leur prêter un destin original et différent du précédent, un véritable défi au temps, à nos croyances religieuses occidentales et à la logique des choses, parce que ce pays est magique, exceptionnel de part sa géographie au sein du Seuil du Poitou, une zone de passage où s'accroche l'histoire mais aussi s'enracinent les légendes qui ont toujours un fond de vérité. Ici, c'est le domaine de la Fée Mélusine, de Gargantua, de François Villon qui termina ses jours à Saint-Maixent, du Marais tout proche, à la fois apaisant et inquiétant, entre la terre et l'eau, Niort, la ville des dragons, celle des chats aussi, animaux énigmatiques qui pour nous sont « de compagnie » mais que les Égyptiens honoraient comme des dieux, qui vivent surtout la nuit quand les hommes dorment, c'est à dire prennent un acompte sur leur dernier sommeil, celui aussi de ces bizarres réincarnations et ces incursions des âmes dans des vies hétéroclites, histoire peut-être de nourrir le concept d'éternité. Mais voilà, l'extraordinaire ne s'arrête pas là, la mort, certes, fait vivre les fossoyeurs qui tiennent cette année-là leur congrès national annuel en l'abbaye de Maillezais sous la responsabilité de Martial. Cela dure deux jours pendant lesquels, au terme d'un accord tacite et irrévocable, la Camarde accepte de ne pas prélever son tribut sur les vivants et, puisque, plus que les autres, cette corporation sait que la mort est la fin de la vie, elle a, depuis longtemps, résolu d'en célébrer les plaisirs avec ripailles et libations que François Rabelais, qui fut aussi prieur de ce saint lieu, n'eût pas reniées.
Ce n'est pas vraiment un récit romanesque traditionnel, c'est, au début, un journal qui relate son arrivée, se poursuit par l'évocation des habitants de ce village, une escapade dans le département voisin, et, à la fin, reprend sa forme initiale avec des variations entre la première et la troisième personne, comme une sorte d'effet miroir. le banquet proprement dit s'intègre à ce « plan » et c'est pour lui l'occasion d'évoquer un festin culinaire et un délire verbal qui fleure parfois le corps de garde, qu'il prête à ces quatre-vingt dix neuf fossoyeurs aux noms fleuris. Cela donne un roman où se mêle l'actualité au merveilleux le plus improbable. C'est aussi un ouvrage engagé, militant même, servi par une fort belle écriture, à la fois érudite, riche et enjouée, humoristique (j'ai même ri à certains passages), un peu nostalgique, historique aussi, avec même des évocations gentiment érotiques mais aussi un savant travail sur une région que l'auteur connaît bien et qu'il apprécie.
Je suis entré de plain-pied dans ce roman et ça a été un plaisir de le lire, non pas tant parce que, originaire de Niort, il a célébré cette région et cette ville tant décriée par Houllebecq qui n'y a sans doute jamais mis les pieds pour proférer un pareil non-sens mais lui a fait, sans le vouloir, une extraordinaire publicité (il suffit pour cela de gommer un peu le temps et de suivre la délicieuse Rachel dans les rues de cette cité), mais notamment aussi parce que les phrases y sont plus courtes. Dans cette chronique j'ai naguère regretté l'absence, pour certains romans, de ponctuation et des phrases démesurées, ce qui ne facilite pas la lecture. Ici, en contradiction avec ses ouvrages précédents, on sent qu'il se lâche, laisse libre court à son imagination débordante et à sa verve, sans qu'on sache très bien où s'arrête la réalité et où commence la fiction, et c'est plutôt bien ainsi.
Tout cela est bel et bon, mais la thèse de doctorat de David dans tout ça ? L'épilogue est plus classique que ce qu'on vient de lire et ressemble davantage à un « happy end » . A titre personnel, et je suis sans doute de parti-pris, mais j'ai toujours pensé que, loin du concept de réussite et de notoriété, cette région exerce par la force de son tropisme, une attirance particulière sur les vivants qui un jour, par hasard, y sont passés.
La ville de Niort a donné, entre autre, asile à deux prix Goncourt, Ernest Perrochon en 1920 et Mathias Enard en 2015. de nombreux autres auteurs ont honoré au cours du temps, les Lettres françaises ce qui fait des Deux-Sèvres une terre de culture, d'écrivains, de poètes, mais aussi de peintres, de bâtisseurs, de musiciens, de cinéastes...
©Hervé Gautier http:// hervegautier.e-monsite.com
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spleen
  27 mars 2021
Pour une fois , la théorie des cent premières pages se fait à l'envers ...
On savoure l'arrivée de David, l'étudiant parisien dans un village du Marais poitevin pour y écrire sa thèse sur la vie rurale dans le pays niortais .Le décalage fonctionne heureusement toujours et les lecteurs provinciaux (peut-être les autres aussi mais je ne suis pas bien placée dans ma commune girondine et rurale de 600 habitants pour en juger ) rient de bon coeur et les barrières mentales et les habitudes bien réglées de David vont peu à peu tomber devant la simplicité et la bonhommie locales . Même si cet art de vivre n'est pas qu'édénique .
Las, Mathias Enard abandonne notre thésard au milieu de ses doutes existentiels pour partir dans de multiples directions en évoquant la Roue , nom qu'il donne à la métempsychose et les différentes bribes de vie des trépassés de la commune , car son maire est le patron des pompes funèbres, entreprise qui ne connait pas la crise .
C'est lui qui organise cette année là le fameux banquet des fossoyeurs : une description rabelaisienne qui vire rapidement à mon gout vers l'indigestion .
Nous retrouvons bien tard David et sa thèse dont on ne doute pas trop de son devenir .C'est bien la seule chose qui m'a fait poursuivre ma lecture, la curiosité de savoir comment le jeune homme allait s'en sortir .Dommage car Mathias Enard est un écrivain attachant mais je n'ai pas aimé la dispersion de ces propos .
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jostein
  17 octobre 2020
Avec son personnage principal, David Mazon, étudiant parisien venu enrichir une thèse pour lancer sa carrière universitaire, Mathias Enard nous plonge dans la France profonde, La Pierre-Saint-Christophe, village des Deux-Sèvres de 649 habitants.
Confiant, David s'installe à La pensée sauvage, pièce louée par Mathilde et Gary, un couple d'agriculteurs. Mathilde sera la première personne interviewée pour les besoins de sa thèse « ce que signifie vivre à la campagne aujourd'hui. »
Et cela, David va vite s'en rendre compte. Confort sommaire, besoin d'un moyen de locomotion pour aller faire les courses, comprendre le patois local, fréquenter locaux étranges et exilés farfelus.
En côtoyant le café-pêche de Thomas où l'étudiant se laisse vite enivrer par le blanc-cassis local, la vie sociale du jeune homme avance plus vite que sa thèse. Il faut bien se divertir, se réchauffer hors de la chambre où escargots et vers rouges pullulent, où ses seuls divertissements sont la lecture de Victor Hugo, de Malinovski, le Tetris, les deux chats de la maison et les visios coquines avec sa copine Lara, restée à Paris pour bûcher sur ses concours administratifs.
Après des débuts difficiles, l'apprenti ethnologue se plonge de plus en plus dans son milieu d'étude. En lisant son journal, nous suivons son attachement pour les habitants de ce lieu baigné d'une nature généreuse.
Après le soutien de ses logeurs, David s'attache particulièrement à Arnaud, un benêt trentenaire capable de citer tous les grands évènements historiques quand on lui donne une date, à son grand-père lubrique et incompréhensible et surtout à sa cousine Lucie, une divorcée impliquée dans la défense de l'environnement. Mais il ne faut pas oublier Martial, le maire et fossoyeur du village qui nous fera participer au banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, deux jours où la mort s'arrête pour céder la place à une table pantagruélique où nos papilles se réveillent sous le flot des mets et des vins de la région et nos esprits se réjouissent à l'évocation des histoires racontées par les convives.
David nous entraîne dans l'histoire mouvementée des familles du village et celle des parents du grand-père de Lucie est particulièrement tragique. Mais il nous parle aussi des étrangers au village comme Max, un ancien professeur des Beaux-arts installé depuis une dizaine d'années pour développer son art pornographique ou un couple d'anglais, représentant cette nouvelle population venue réveiller un lieu déserté par les enfants des paysans locaux.
Ce roman imposant, foisonnant, tout à fait dans l'esprit de Mathias Enard, nous plonge dans une multitude d'histoires sous une multiplicité de formes. L'auteur sait particulièrement bien enchâsser les trames narratives ( je constate toujours un rapprochement fort entre Mathias Enard et Jaume Cabré en lisant chacun de ces deux auteurs).
Le fil conducteur utilisé ici est une réflexion sur la mort, mais de façon assez burlesque. Dans ce pays rural, on croit facilement aux réincarnations des âmes en toute espèce vivante selon le chemin parcouru. « La Roue » fait son travail, projetant les âmes dès la mort du corps dans le passé ou le futur.
« On ne sort pas facilement des plus horribles réincarnations, quand on y a été conduit par des vies entières de crimes et de bassesses. »
Ces réincarnations sont aussi un moyen de nous plonger dans l'Histoire de la région en convoquant Clovis, Agrippa d'Aubigné, Napoléon où François Villon.
« Cette région regorge vraiment de grands hommes oubliés.»
Avec ce roman rural, Mathias Enard nous rappelle aussi la beauté de la nature en nous emmenant sur les canaux des marais, à la chasse ou sur les terres agricoles. En écrivain engagé, il sait nous alerter sur les incohérences des décisions politiques comme la PAC ou la guerre des bassines. « La réélection, le grand drame de la démocratie. »
« L'idée complètement délirante au XXIe siècle de l'absence de conséquence des activités humaines sur la nature est tout à fait frappante. »
Sous une langue imagée, travaillée, Mathias Enard livre une fois de plus un roman d'une grande richesse. Hommage à Rabelais, Hugo et Villon, cette lecture est drôle, enrichissante, gourmande . Partant d'une vision ironique largement partagée du monde rural, l'auteur sait nous faire entrevoir toute sa richesse, son engagement, son passé, sa présence dans les chansons du patrimoine.

Lien : https://surlaroutedejostein...
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critiques presse (7)
LeDevoir   23 novembre 2020
Dans «Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs», le romancier laboure l'histoire et le terroir de son Poitou natal.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeJournaldeQuebec   17 novembre 2020
Après Boussole, qui a remporté le Goncourt en 2015, l'écrivain Mathias Enard signe un nouveau roman qui va permettre aux lecteurs de se régaler!
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaLibreBelgique   30 octobre 2020
Mathias Enard dans un voyage vertigineux dans les mots et la Roue de la vie et la mort.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   22 octobre 2020
Un récit aussi baroque que rabelaisien, autour d’un banquet délirant, est aussi un hommage au pays natal de l’auteur.

Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix   13 octobre 2020
L'écrivain français, prix Goncourt 2015, se lance avec ce nouveau roman dans une ronde cosmique, follement macabre et drôle comme tout.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LesInrocks   12 octobre 2020
Pour son nouveau roman, Le Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, Mathias Enard installe au cœur de son Poitou natal un anthropologue des villes. Parfois hilarant, le récit sombre dans des méandres trop souvent vaseux.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
LeSoir   12 octobre 2020
La mort n'est pas si triste. L'écrivain français le prouve dans «Le banquet annuel de la Confrérie des Fossoyeurs», où il jongle avec les réincarnations.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
ODP31ODP31   31 décembre 2020
Quelle alchimie de désir, sorcellerie de luxe ! Pardon, mais je suis certain qu'à la campagne on baise mieux qu'en ville. On est plus libres; on est inspiré par l'orgie continuelle de la nature, la débauche de reproductions, les insectes, les poules, les lapins, les chevreuils, les taillis ou les plantes grimpantes. Ces milliards de copulations constantes vous envahissent. En ville, au contraire, on souffre d'une sexualité de plantes grasses ou de voitures de pompiers. A Paris soit on a le coït haussmannien, soit on copule en klaxonnant comme un chauffeur de Uber.
(page382)
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   18 mai 2021
Poiraudeau avait une petite soif et vida une timbale de rouge, car il méprisait le blanc, dans lequel il manquait, trouvait-il, la part virile. Le vin dépourvu, soutenait-il de ses aspects les plus charnus, les plus musqués, les plus couillus, était un genre d'eunuque, lunaire, lisse, transparent. Si on pouvait voir à travers, c'est qu'il ne cachait aucun mystère.
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michdesolmichdesol   05 avril 2021
J'ai osé livrer mes phantasmes à Lara, graphiquement, j'ai eu une vision, je lui ai envoyé :
(.)¡(.)
Elle a tout de suite compris ce que ça représentait. (Je suis assez content du réalisme de mes seins informatiques). Elle m'a répondu :
Ta « ¡ » !!!! Tu me fais bien rire, mais perspective assez excitante tout de même.
Comme j'ai vu qu'elle était sur la même longueur d'onde, j'ai posté plus osé encore :
Ensuite tu t'allongerais sur le ventre et, doucement, je te )o(
Elle a deviné de quoi il s'agissait :
Ouille ouille, pas d'accord mon lapin, tu te contenteras de ),(
Lara si intelligente, si vive. C'est la femme parfaite.
+ Lire la suite
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YANCOUYANCOU   20 octobre 2020
"Pas envie de me mettre à Victor Hugo. Ma pensée Sauvage n'est pas un endroit triste, juste un rien austère. Il faut que je rapporte des trucs de Paris, une ou deux images pour les murs, des livres, de la déco quoi. Après tout, je vais passer un an ici. Quand j'y pense, c'est décourageant, ma troisième nuit au village et je m'emmerde déjà comme un rat mort."
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michdesolmichdesol   05 avril 2021
Pierre s'extirpe du trou d'eau et s'étend sous un chêne pour se sécher. Le Refuge. Il sait qu'il ne reverra jamais le Poitou, ni même la France de la mort et de l'injustice. Adieu. Pierre se laisse caresser par ses souvenirs et la tiédeur de la bise. Un rossignol lance ses jolis trilles depuis le sommet d'un arbre. L'oiseau semble si gai, dans le soleil et le printemps. Cette gaîté parfaite rend soudain Pierre profondément triste. Il passe le doigt sur sa cicatrice. Il revoit sa femme, sa tendresse, sa beauté, sa sobriété de temple, ses longues mains qui cueillaient les roses pour les lui offrir.
Elle aurait apprécié la solitude du Nouveau Monde, ces paysages neufs et démesurés que peuplent d'inquiétants sauvages, sans églises, sans villages, sans cimetières. Pierre ferme fort les yeux ; il les ferme si fort que deux larmes brèves s'échappent aux commissures des paupières.
Il y a longtemps que je t'aime, jamais ne ne t'oublierai.
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Videos de Mathias Enard (90) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mathias Enard
Extrait du livre audio "Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs" de Mathias Enard lu par Vincent Schmitt.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/le-banquet-annuel-de-la-confrerie-des-fossoyeurs-9791035404673
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