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EAN : 9782742777051
516 pages
Éditeur : Actes Sud (20/08/2008)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 184 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture

Par une nuit décisive, un voyageur lourd de secrets prend le train de Milan pour Rome, muni d'un précieux viatique qu'il doit vendre le lendemain à un représentant du Vatican pour ensuite - si tout va bien - changer de vie.

Quinze années d'activité comme agent de renseignements dans sa Zone (d'abord l'Algérie puis, progressivement, tout le Proche-Orient) ont livré à Francis Servain Mirkovic les noms et la mémoir... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Charybde2
  19 mars 2013
Un choc littéraire de magnitude élevée...
Publié en 2008, Prix du Livre Inter 2009, ce volumineux roman, le quatrième de son auteur, procure un authentique choc à la lecture.
Dans le train entre Milan et Rome, un Franco-Croate, ancien combattant en Slavonie et en Bosnie, puis agent des services secrets français sur tout le pourtour de la Méditerranée (qu'il appelle « la Zone »), se prépare à changer de vie après avoir négocié la remise au Vatican, contre une forte somme d'argent, des documents secrets qu'il a patiemment collectés, au fil des années, à propos d'un certain nombre de conflits, de massacres et d'affaires dans tous les pays de la région, depuis la Seconde Guerre Mondiale au moins... Durant ces quelques heures de trajet ferroviaire, il se remémore, d'une manière totalement décousue, des instants de sa vie comme des moments d'histoire qu'il a fréquentés, en réalité ou en documentation...
« Nous glisserons ensuite dans la mollesse toscane jusqu'à Florence et enfin dans la même direction jusqu'à Rome, encore près de cinq heures avant la gare de Termini, les églises, le pape et tout le toutim, le Saint-Frusquin romain : bondieuseries et cravates, encensoirs et parapluies, le tout noyé dans les fontaines du Bernin et les automobiles, là où, sur les pavés pourris et le Tibre nauséabond, flottent les Vierges à l'Enfant, les saints Matthieu, les Pietà, les descentes de croix, les mausolées, les colonnes, les carabiniers, les ministres, les empereurs et le bruit d'une ville ressuscitée mille fois, rongée par la gangrène, la beauté et la pluie, qui plus qu'une belle femme évoque un vieil érudit au savoir magnifique qui s'oublie facilement dans son fauteuil, la vie le quitte par tous les moyens, il tremble, tousse, récite les Géorgiques ou une ode d'Horace en se pissant dessus, le centre de Rome se vide de la même façon, plus d'habitants, plus de commerces de bouche, des fringues des fringues et des fringues à en perdre la tête des milliards de chemises des centaines de milliers d'escarpins des millions de cravates d'écharpes assez pour recouvrir Saint-Pierre, pour faire le tour du Colisée, pour tout enfouir sous les nippes à jamais, et laisser chiner les touristes dans cette immense friperie religieuse où brilleraient les regards avides de découvertes, regarde, j'ai trouvé une magnifique église de Borromini sous ce manteau de fourrure, un plafond des frères Carrache derrière cette veste de chasse et dans ces bottes en cuir noir les cornes du Moïse de Michel-Ange... »
Ce monologue intérieur, désordonné, bruissant de mille feux infernaux, de la violence d'une existence et du mélange d'espoir et de désespoir de tout un ensemble de civilisations, sur plus de 500 pages - uniquement entrecoupées des brefs extraits du roman libanais que lit le narrateur, par moments, dans ce train – s'inscrit d'emblée, aux côtés de Joyce, de Woolf, de Faulkner et de Lafferty, dans les monuments de la plus exigeante littérature, celle qui utilise 3 000 ans de culture pour nous parler de notre présent et de notre avenir, en empruntant ces « sentiers qui bifurquent », de Barcelone à Beyrouth, d'Alger à Marseille, de Trieste à Mauthausen, de Vukovar au Caire, de Corfou à Troie, de Jérusalem à Salonique, de Gibraltar à Maïdanek... L'un de mes plus grands chocs littéraires depuis plusieurs années.
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Herve-Lionel
  30 novembre 2015
N°994– Novembre 2015
ZONEMathias Enard Actes Sud.
Dans un train qui va de Milan à Rome, Francis Servin Mirković, emporte avec lui une valise pleine de renseignements importants et compromettants sur des trafiquants d'armes et autres criminels de guerre et qu'il compte vendre à un représentant du Vatican. Il les a accumulés au cours de quinze années d'une carrière d'espion dans ce qu'il appelle sa « Zone », en réalité des théâtres de guerre, l'Algérie, le Proche-Orient, les Balkans dans lesquels il a combattu volontairement. Avec cet argent et un nouveau nom, il espère mener une nouvelle vie, abandonnant derrière lui la précédente faite de tortures et de mort avec peut-être l'amour hypothétique d'une femme. Bercé par le roulis des boggies, il laisse son esprit remonter le temps, revisiter sa jeunesse militante aux cotés de l'extrême-droite, fascinée par les idéologies violentes, ses aspirations militaires, son idéal, ses certitudes, ses combats, sa participation au carnage, marchant en cela sur les traces d'un père que les les événements d'Algérie ont transformé jadis en tortionnaire. Entre analepses et digressions, le narrateur revient sur sa vie solitaire et désespérée, encombrée de souvenirs où la violence voisine avec la mort, où les idéaux de liberté et les certitudes religieuses sont rapidement balayés par le goût du sang. Il se souvient de ses trahisons, de ses délations et de sa responsabilité dans la mort d'innocents. Lui reviennent aussi, mêlés à l'histoire et à ses réminiscences mythologiques, les moments dérisoires de son enfance, ses amours calamiteuses, ses pérégrinations imposées par son « métier de l'ombre », les visages grimaçants de haine de ses compagnons d'armes capables de violer, d'égorger, de décapiter, de tuer d'autres hommes en raison de leur religion, de leur nationalité ou de leur couleur de peau, le visage tutélaire du père, le veuvage de sa mère camouflé sous l'hypocrisie des convenances.
Je respecte toujours le travail d'un auteur mais rien ne m'irrite plus que des phrases démesurées parce que mes études et mes lectures m'ont appris à aimer la concision en la matière et peut-être à la pratiquer moi-même. Dès les premiers paragraphes de ce roman de 500 pages, avare de cette ponctuation qui est la respiration du texte, je me préparais donc à connaître ce genre d'étouffement qui généralement me précipite dans l'ennui et l'abandon du livre (J'ai déjà noté dans cette revue cette pratique un peu gênante de l'auteur). Pourtant, j'aime bien l'oeuvre de Mathias Enard pour sa riche érudition, son intérêt documentaire et artistique, pour son style direct et sans fioriture aux accents parfois céliniens, cette chronique en fait foi, et c'est sans doute ce qui m'a fait dépasser ce problème d'architecture littéraire et qui, à mon grand étonnement, m'a fait oublier ce qui d'ordinaire provoque un rejet, gommant un peu cette sensation de suffocation, imposant son rythme propre... [il est vrai que certains passages sont écrits plus classiquement] J'ai retrouvé sous sa plume cette silhouette de l'homme à qui l'on prête hypocritement des qualités dont il est si tragiquement dénué, la figure du père qu'on pare de toutes les vertus dès lors qu'il est décédé, comme si la mort lavait d'un coup toutes ses avanies et trahisons et qu'on chargeait la mémoire de les rédimer. le narrateur note d'ailleurs que l'histoire de l'humanité est davantage jalonnée de guerres, de destructions, d'exactions, d'exterminations que de créations artistiques. A coups de références culturelles et historiques mais aussi d'exemples individuels, il ravive la mémoire collective, rappelle que, depuis la nuit des temps, l'homme, au nom de l'idéologie, d'une volonté de puissance, d'expansion territoriale quand ce n'est pas d'enrichissement personnel, mène des guerres exterminatrices de sa propre espèce, encouragées et bénies par les religions qui ainsi oublient opportunément le message de paix et de tolérance qu'elles sont censées porter. Il ne faut pas oublier non plus cette traditionnelle mais inévitable amnésie qui caractérise cette même espèce humaine, prompte à s'enflammer pour de grandes idées mais aussi capable de se livrer à une destruction systématique de ses semblables mais qui ne résiste pas à l'appât du gain surtout s'il en va de son intérêt, en s'asseyant sur des charniers et en brûlant un cierge à l'hypocrisie.
Ce n'est pas un roman qu'on lit pour tuer le temps, c'est un regard désabusé jeté sur l'humanité, un monologue oppressant dans ses révélations, une confession qui, au rythme de la progression du train, tisse, avec pour toile de fond la vie délétère et solitaire du narrateur, une sorte d'épopée tragique d'un homme qui souhaite tourner la page sur sa vie d'avant et nouer une relation traditionnelle et rangée avec une femme si toutefois il en trouve une.
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Alienor
  12 février 2009
J'ai mis trois semaines à lire ce livre ébouriffant d'un peu plus de 500 pages, et j'en ressors lessivée. Tout d'abord car le thème en est difficile. Dans ces 24 chapitres figurent tous les conflits que notre monde a connu et connaît encore, et avec eux les innombrables actes de barbarie et de violence qu'ils ont engendré.
Le héros de cette histoire a été un acteur clé de toutes ces horreurs, et en même temps que nous suivons son trajet en train jusqu'à Rome, nous revivons avec lui cette longue histoire et les actes terribles qu'il a commis. Rome, destination finale pour un nouveau départ. Il doit en effet remettre au Vatican une mallette contenant tous les renseignements collectés par ses soins durant des années, sur tous les hommes qui ont fait ces conflits et commis ces violences. Ensuite, il a prévu de disparaître. D'ailleurs il a déjà endossé une nouvelle identité pour ce voyage.
Lessivée aussi, car ce livre est tellement fouillé et documenté qu'il implique une grande concentration pour ne pas perdre le fil de l'histoire. Certains moments m'ont happée (en particulier les magnifiques passages sur Intissar et Marwan), mais à d'autres je me suis acharnée à poursuivre ma lecture, car il m'arrivait de décrocher.
Enfin, le style exige également une grande concentration, car il y a absence ou presque de ponctuation. Ces plus de 500 pages sont une interminable phrase, ponctuée ça et là de quelques virgules. Mais ne vous en effrayez pas, cela ne pose aucun problème. Simplement ce n'est pas un livre que l'on prend pour quelques minutes de lecture par-ci par-là au gré du temps libre. C'est lui qui vous impose son rythme. Il faut consacrer du temps à ce roman fleuve impétueux très exigeant.
Je n'étais pas certaine d'écrire un billet sur ce livre, tant je craignais de ne pas parvenir à restituer ce que j'ai ressenti en le lisant. Et aussi car je ne savais pas trop si je l'avais aimé ou non finalement. En écrivant ces lignes, je réalise que cette lecture m'a marquée, et que ce roman sera certainement pour moi un des plus marquants de cette rentrée littéraire.
Lien : http://tassedethe.unblog.fr
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DonQuirano
  07 février 2015
Je me souviens des injonctions répétées de mon professeur de Français: "prenez garde à la ponctuation, bon sang!» Et moi de faire mine de n'en rien entendre. le souvenir de ce professeur m'est revenu dès l'entame de la lecture de ce volumineux roman de Mathias Enard. Aucun point ne sépare les phrases, jamais. Je n'imaginais pas à quel point la ponctuation m'était indispensable pour m'installer confortablement dans un livre. Lire une page de littérature sans ponctuation vous force à relire chaque fragment de texte plusieurs fois pour tenter d'en comprendre le sens. J'ai poursuivi jusqu'à la page 50 en espérant pouvoir y glisser mes propres repères, sans succès. Jamais le plaisir habituel d'une lecture n'a surgi. Après tout, la lecture n'est pas une torture. Dommage ce roman de plus de 500 pages a l'air passionnant. S'il vous prend également le tournis, n'abandonnez pas l'auteur pour autant. Je vous recommande son roman "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants".
Février 2015
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Amelieb
  17 janvier 2013
A Milan, un homme prend un train direction Rome. Il va retrouver des émissaires du Vatican pour leur donner une mallette chargée d'informations en échange d'une nouvelle identité, d'une nouvelle vie. Qui est cet homme? Que contient sa mallette? Il s'appelle Francis Servain Mirkovic mais son nom importe peu. L'essentiel est qu'il a d'abord été soldat dans l'armée croate engagée en Bosnie avant de travailler pour les services de renseignements français sur toute la Méditerranée, sa Zone. Au fur et à mesure de ses pérégrinations, cet espion a récolté des informations concernant l'histoire de la violence en Méditerranée. Ce qui débuta comme un passe-temps devint pour lui l'occasion de se repentir. Ainsi, durant le long trajet qui le mène à Rome, Francis Servain Mirkovic pense à ses découvertes faites de guerres antiques, de guerres modernes, de villes détruites, de bourreaux, de victimes, de génocides, de décapitations, de meurtres, de suicides et d'Art. Puis, au détour de cette histoire sanglante de la Méditerranée, il se penche sur sa guerre à lui, la Bosnie, dans laquelle il a perdu des amis et son âme. Plus le trajet progresse, plus Rome approche, plus l'homme s'interroge: il a sauvé la mémoire du passé sanglant de la Zone, mais lui, qui va le sauver? Rome? Sans doute. Mais de quelle façon se fera la délivrance? Est-ce la fin ou le début d'une histoire? "Tout est plus difficile à l'âge d'homme".
La première chose qui me vient à l'esprit est: Ouf! J'ai fini ce texte. J'aurais mis plus d'un mois mais j'en suis venue à bout. En effet Zone est un texte enrichissant et qui dit enrichissant dit très riche: en faits, en noms, j'avoue d'ailleurs avoir été un peu perdue parfois. Mais quels savoirs et quel lyrisme malgré la noirceur du récit! Car en plus d'un fond intéressant, Mathias Enard a choisi une forme originale: parce que nos pensées nous arrive en continu, cet homme, Francis Servain Mirkovic nous les livre dans un souffle, sans point. Une longue phrase de 500 pages entrecoupée de chapitres du roman que le narrateur lit sur la guerre au Liban.
Zone est un livre complet dont on sort épuisé, riche de savoirs même si pour ma part certaines parties du texte, notamment la fin, resteront opaques. Mathias Enard a signé un très beau texte sur l'histoire sanglante de la Méditerranée et sur le poids du passé et des souvenirs ainsi que sur la difficulté pour un soldat, un bourreau, une victime de vivre et de survivre avec sa guerre.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
sylviesylvie   10 décembre 2009
je voudrais retrouver un jour tiède entre Agami et Marsa Matrouh, à quelques kilomètres d'Alexandrie, sur la plage immense, c'est le soir la Méditerranée est métallique le ciel rosi le sable doux, je regarde vers le large le phosphore pur de la mer fait cligner des yeux dans la lumière oblique, deux formes glissent hors de l'eau, elles sautent l'une derrière l'autre et étincellent, deux gerbes irisées viennent vers la côte à petits bonds, deux dauphins, deux dauphins jouent dans la mer tiède à quelques encablures du bord, je n'en ai jamais vu, je me lève, ils sont si proches qu'on voit leur rostre étinceler, ils cabriolent devant moi, il n'y a personne d'autre, alors bien sûr je cours ils semblent si réels vus au ras des vagues, j'en ai les larmes aux yeux, jamais je n'ai assisté à un spectacle pareil, un spectacle pour personne, ils caracolaient pour moi seul, dans le soir d'une côte déserte, un cadeau du hasard ou de Thétis la généreuse, je me suis jeté dans l'eau, un linceul de fraîcheur m'a recouvert, les deux formes d'argent se découpaient sur le ciel rose, le goût de sel me remplissait la bouche, j'ai nagé doucement vers eux, c'était la beauté qui m'appelait, la beauté le calme et le bonheur pur de l'harmonie du monde, je nageais vers les deux dauphins, doucement pour ne pas les effrayer, je voulais les suivre, je voulais les suivre, je les aurai suivis jusqu'à la demeure de Poséïdon aux crins d'azur, c'était un beau couchant pour disparaître, un beau soir pour mourir ou vivre éternellement dans le sillage des mammifères marins, ils m'ont senti arriver, perçu mes vibrations dans les vagues, je n'étais pas digne d'eux, je n'en étais pas digne
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nadejdanadejda   28 août 2015
tous ces moments où l’on se déshabille, où l’on se montre, nu sans rien d’autre que le frémissement de la peau – ces hommes nus par centaines descendus de trains aveugles les vêtements amassés dans un coin de cour l’air glacé soudain les bras qui se croisent les mains qui se portent aux coudes pour vêtir de chair la chair nue marquée en son centre par la tache de naissance des pubis : l’ennemi se précipite toujours sur les vaincus pour les dépouiller, et nous-mêmes nous dépouillions nos ennemis pour de l’argent pour un souvenir pour une arme rare et nos prisonniers avant de les achever, par principe, dans le froid, nous leur ordonnions de se déshabiller parfois pour ne pas tacher ou trouer l’uniforme, la veste qui pouvait toujours servir certes, mais aussi pour jouir du pouvoir de l’homme sur la bête nue, l’homme debout contre la bête glabre et frémissante, et ainsi dérisoires il était plus facile de leur enlever la vie méprisable p 114
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nadejdanadejda   26 août 2015
p 75 Nathan …me montrait Jérusalem trois fois sainte avec un réel plaisir, dans la vieille ville on entendait parler des dizaines de langues du yiddish à l’arabe sans compter les langues liturgiques et dialectes contemporains des touristes ou des pèlerins venus du monde entier, la Ville sainte savait reproduire toutes les joies et tous les conflits, ainsi que nombre de cuisines d’odeurs de goûts du bortch et des kreplach d’Europe de l’Est à la bastourma et au soujouk ottomans dans un mélange de ferveur religieuse d’effervescence commerciale de lumières somptueuses de chants de cris et de haine où l’histoire de l’Europe et du monde musulman semblait déboucher malgré elle, Hérode Rome les califes les croisés Saladin Soliman le Magnifique les Britanniques Israël les Palestiniens s’affrontaient là se disputaient la place dans les murailles étroites que nous observions se couvrir de pourpre au couchant, devant un verre avec Nathan à l’hôtel King David, le somptueux palace qui lui aussi semblait au cœur du monde
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nadejdanadejda   26 août 2015
je surveillais la bande noire du Nil au parfum de poisson-chat, striée par les lumières plongeantes du nouvel opéra sur l’île de Guézira, magnifique silure aux longues moustaches lumineuses, je lisais Cités à la dérive, sans bien comprendre, sans reconnaître dans les manigances des ombres entre les pages mes propres pas de mouchard international, tout comme aujourd’hui, assis sous ma valise, immobile à plus de cent kilomètres à l’heure, je me laisse porter à travers le crépuscule sans avoir peut-être réellement conscience du jeu auquel je participe, des fils qui me tirent aussi sûrement que ce train m’emporte vers Rome, et dans ce doux fatalisme auquel vous poussent la lassitude et l’insomnie mes yeux se perdent au milieu du soir de décembre et des lucioles de givre que le train allume par instants sur les arbres sans feuilles p 31
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nadejdanadejda   26 août 2015
p 20 les Vénitiens ont cette faculté atavique d’ignorer tout ce qui n’est pas eux, de ne pas voir, de faire disparaître l’étranger, et ce mépris souverain, cette bizarre noblesse surannée de l’assisté se permettant d’ignorer absolument la main qui le nourrit n’était pas désagréable, au contraire, c’était une grande franchise et une grande liberté, loin de la sympathie commerciale qui a envahi le monde entier, le monde entier sauf Venise où l’on continue à vous ignorer et à vous mépriser comme si l’on n’avait pas besoin de vous, comme si le restaurateur n’avait pas besoin de clients, riche qu’il est de sa ville tout entière et sûr, certain, que d’autres commensaux moins chafouins viendront bientôt encombrer ses tables, quoi qu’il advienne, et cela lui donne une supériorité redoutable sur le visiteur, la supériorité du vautour sur la charogne, toujours le voyageur finira plumé, dépecé avec ou sans sourire, à quoi bon lui mentir
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Videos de Mathias Enard (90) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mathias Enard
Extrait du livre audio "Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs" de Mathias Enard lu par Vincent Schmitt.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/le-banquet-annuel-de-la-confrerie-des-fossoyeurs-9791035404673
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