AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2080800124
Éditeur : Flammarion (01/03/2001)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :

C'est un haut plateau volcanique aux versants escarpés, écrasé sous un soleil de plomb l'été, enfoui sous la neige l'hiver, et de tout temps abandonné des hommes. Véritable château d'eau dans une région semi-aride, le Golan fut le théâtre de la plus grande bataille de blindés depuis 1943, et les combats pour sa possession faillirent déclencher un conflit planétaire. Israël ou la Sy... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
YvesParis
  26 mars 2013
Frédéric Encel est un jeune disciple d'Yves Lacoste. de sa thèse de doctorat, consacrée à la « Géopolitique de Jérusalem », il avait tiré un essai intelligent, publié en 1998 chez Flammarion. Il récidive, un an plus tard, avec un livre qui prend le prétexte d'une étude géopolitique du plateau du Golan pour analyser l'équilibre des forces au Moyen-Orient.

Le plateau du Golan, un petit territoire couvrant une superficie de 1 000 km² « soit à peine l'équivalent du département français du Val-d'Oise » (p. 25), est quasi désertique puisque seulement peuplé de 30 000 habitants. S'il est riche en eau (Frédéric Encel consacre d'ailleurs un chapitre à relativiser les ressources hydrauliques du Golan), son sous-sol ne contient ni pétrole ni matières précieuses. Il n'a jamais constitué un « passage obligé », ni un « carrefour ». La sacralité de ce petit territoire n'est en rien comparable à celle de la Ville Sainte ou des collines de Judée.
Pourtant, le plateau du Golan constitue l'un des plus hauts lieux géopolitiques du Moyen-Orient. Dans l'affrontement permanent auquel se sont livrés Israël et la Syrie depuis 1948, il n'a cessé d'occuper une place prépondérante. de 1948 à 1967, il constitue pour la Syrie un « bouclier offensif » : « depuis la crête dominant le lac de Tibériade et le Jourdain, les batteries syriennes, protégées par l'angle mort pouvaient aisément frapper n'importe quelle installation israélienne située en contrebas » (p. 29). En 1967, il est conquis en moins de vingt-quatre heures par les troupes israéliennes. Il devient, pour l'État hébreu, à moins de 50 km de la capitale syrienne visible à la jumelle depuis les contreforts du mont Hermon, un glacis. L'obstacle du Golan prive l'attaquant syrien d'un effet de surprise, tandis qu'il confère à Israël une certaine profondeur stratégique. L'offensive du Kippour en octobre 1973 l'a montré, le temps perdu par les chars syriens pour traverser le plateau golanique ayant permis à Tsahal de rappeler in extremis ses réservistes.
La deuxième partie du livre est consacrée à l'étude des « représentations » de ce territoire côté israélien puis coté syrien. le Golan, occupe dans l'imaginaire israélien, une place triplement spécifique. D'abord, son occupation (le Golan a été officiellement annexé à l'État d'Israël le 14 décembre 1981) ne soulève pas de problème moral. Il s'agit, à la différence de Gaza et de la Cisjordanie, d'un territoire quasi inhabité dont la conquête n'a porté préjudice aux droits de personne, sinon à ceux de la Syrie, adversaire honni pour son rejet de la démocratie, son soutien aux terroristes, son antisémitisme. Aussi, n'est-il pas surprenant que l'opinion publique, divisée sur la question de l'autonomie palestinienne à Gaza et en Cisjordanie, soit unanime à rejeter l'option d'un retrait de ce territoire. Ensuite, les représentations israéliennes du Golan valorisent cet espace riche (d'eau, de lait et de vin) et pionnier. Dans un État exigu et densément peuplé, le Golan constitue une réserve d'espace naturel et montagneux (le « tourisme vert » y est devenu la première ressource économique). Enfin, et de façon plus polémique, le Golan a été inclus dans le périmètre d'Eretz Israël. de territoire géographique dont la cession peut se justifier pour des motifs tactiques, le Golan est élevé au statut de terre biblique dont l'abandon constituerait une violation de la Loi divine.
Côté syrien, nous dit Frédéric Encel, les représentations du Djôlan sont plus difficiles à cerner. L'annexion du plateau en 1967 constitue, avant toute chose, une nouvelle tentative de dépeçage de la Grande Syrie. Déjà en 1916, les promesses faites par les Britanniques au soutien de la révolte arabe contre l'empire ottoman n'avaient pas été tenues : la Grande Syrie avait été dépecée par les puissances mandataires, le Liban à l'ouest et la Palestine au sud échappant à Damas. En 1939, la France détache de la Syrie le sandjak d'Alexandrette qu'elle restitue à la Turquie. La perte du Golan en 1967 s'inscrit dans cette trop longue série d'humiliations nationales.
Selon Frédéric Encel, le Golan constitue le noeud des nouvelles alliances au Moyen-Orient. L'argument est hardi et ne se justifie guère que par le souhait de traiter, dans un même ouvrage, des équilibres régionaux au Moyen-Orient et d'un territoire, le Golan, objet de représentations contradictoires. On l'acceptera d'autant plus aisément que cette troisième partie du livre est réussie. L'auteur y dessine deux alliances contradictoires. D'un côté, l'axe États-Unis/Israël/Turquie s'est constamment renforcé en dépit à la fois des aléas de la politique intérieure israélienne et de l'accession au pouvoir, en Turquie, des forces islamistes du Refah de Necmettin Erbakan. L'alliance israélo-turque, dirigée contre la Syrie, ouvre à l'aviation israélienne l'espace aérien turc tandis qu'elle permet à la Turquie à la fois d'affaiblir la cause kurde (l'arrestation d'Abdullah Öcalan en février 1999, avec l'aide probable du Mossad, en constitue l'un des fruits) et d'accroître son crédit à Washington. Pour y faire face, la Syrie, l'Irak et l'Iran n'ont d'autres alternatives que de se rapprocher. Rivaux, voire ennemis hier, ils partagent aujourd'hui les mêmes intérêts : combattre le sionisme et, derrière Israël, l'impérialisme américain.

Ce face-à-face sera arbitré par trois États clefs. La Jordanie désertique et sous-peuplée « se trouve toujours [...] du côté du plus fort » (p. 186). En 1994, elle a signé la paix avec Israël. Elle y a gagné à la fois le soutien américain et la garantie de son intégrité territoriale de la part de son voisin israélien (une fois abandonnée l'option d'un État palestinien en Transjordanie). L'Égypte, confrontée à une opposition intérieure islamiste violente, perd la position privilégiée de médiateur qu'elle s'était arrogée, avec le soutien américain depuis les accords de Camp David. Enfin, l'Arabie Saoudite est divisée entre sa fidélité traditionnelle aux États-Unis et ses prétentions à exercer dans le monde musulman un rôle fédérateur.
Dans cet environnement géopolitique complexe, l'avenir du Golan n'est pas clair. Si le statu quo prévaut sans doute, c'est aussi qu'Israël et la Syrie y trouvent un intérêt identique : conserver un ennemi, une « ligne bleue des Vosges » pour renforcer la cohésion nationale. le pouvoir autocratique d'Assad y voit le moyen de pérenniser un règne despotique et sans partage. Israël évite ainsi de se poser la question de son identité autrement qu'à travers une atavique méfiance à l'égard des puissances arabes voisines. C'est la paix avec ses voisins plus encore que la guerre qui constitue, paradoxalement, pour la société juive, le principal défi. Marc Hillel écrivait en 1968 : « le plus mauvais service que pourraient rendre à Israël les États arabes serait de faire la paix avec lui » ("Israël en danger de paix", Fayard, 1968, p. 321). Ces paroles sont toujours d'actualité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          181
Birhacheim
  12 décembre 2009
Frédéric Encel nous propose d'appliquer une grille de lecture géopolitique à une zone particulièrement conflictuelle: le plateau du Golan entre Israël et la Syrie. Pour rappel, le Golan, peu peuplé, a été conquis en 1967 par Israël et annexé ensuite par l'état hébreu.
Dans un format de 240 pages et intelligemment illustré, cet essai fait un tour bien complet tant des enjeux que des dilemmes posés par le Golan entre les deux protagonistes:
* l'enjeu militaire avec le rappel du rôle joué par le plateau de 1948 à 1973, ses caractéristiques topographiques et son impact quant à la proximité des zones de population israélienne mais aussi syriennes (une cinquantaine de kms de la capitale syrienne, Damas)
* l'enjeu hydrographique non négligeable quant on sait le développement important des populations concernées, Israël contrôlant aujourd'hui la ligne de partage des eaux, cela donne à l'état hébreux un avantage certain tant sur les palestiniens que sur les jordaniens.
* un chapitre très intéressant est consacré aux représentations qu'israéliens et syriens ont les uns des autres et au rôle du Golan dans ces représentations
* enfin un chapitre captivant est consacré aux relations internationales, alliances et autres enjeux de la région. A la simple distinction classique des belligérants, Encel apporte une réflexion sur les jeux d'alliance (objectifs, moyens mis en oeuvre) tant au niveau régional qu'au niveau des grandes puissances.
Il est clair que l'essai dépasse largement le cadre du simple Golan même si celui-ci reste au centre des démonstrations de Frédéric Encel. L'auteur n'en conclue pas moins à propos de ce dernier: introuvable paix, improbable guerre.
Aux éditions Flammarion dans la collection Champs en 2002.
Lien : http://www.bir-hacheim.com/l..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Videos de Frédéric Encel (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frédéric Encel
Comment des intellectuels laïcs dispersés en Europe orientale ont-ils convaincu, dans le second XIXe siècle, des milliers de leurs compatriotes d?aller peupler la terre de leurs ancêtres, désormais lointaine, désolée et occupée par un puissant empire ? Comment un mouvement politique squelettique, dépourvu de richesses, d?assise territoriale et d?alliances étatiques a-t-il bâti une diplomatie efficace, des institutions démocratiques, des infrastructures performantes puis un État souverain viable en un demi-siècle à peine ? Comment Israël, État-nation du peuple juif et fruit du sionisme, a-t-il élaboré ses stratégies de survie et de consolidation dans un Proche-Orient instable et hostile ? La nouvelle édition augmentée de cet ouvrage traite en outre des grandes récentes évolutions : guerres avec le Hamas, printemps arabe, reconnaissance de l?État palestinien par les Nations unies, succès électoraux de Netanyahou, rapports difficiles avec Obama, etc.
Frédéric Encel, docteur en géopolitique de l?université Paris VIII habilité à diriger des recherches, est professeur à la Paris School of Business et maître de conférences à Sciences-Po Paris. Juré du prix Brienne/Ministère de la Défense du livre géopolitique, il est lauréat 2015 du Grand Prix de la Société de Géographie.
Géopolitique du sionisme http://bit.ly/1MuoOJu
+ Lire la suite
>Sciences sociales>Science politique>Relations internationales (236)
autres livres classés : syrieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox