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Minh Nguyen-Mordvinoff (Traducteur)
EAN : 9782070428663
105 pages
Gallimard (13/05/2003)
3.65/5   65 notes
Résumé :
Quel terrible secret de son passé Tsukada tente-t-il d'oublier - ou d'expier - en buvant? Comment un prêtre occidental, profondément croyant en apparence et qui convertit les Japonais de son entourage, devient-il un défroqué ? Quelle place notre vie laisse-t-elle à la mort?

Au cœur d'un Japon tourné vers l'avenir, Shûsaku Endô essaie de réconcilier traditions ancestrales et enseignement catholique, péché et obsession du rachat, souffrance et courage.<... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Je découvre Shûsaku Endô (1923-1996), l'auteur de Silence avec ce recueil de trois nouvelles présentées comme représentatives de son oeuvre. Elles ont été écrites entre 1959 et 1985.

Shûsaku Endo est l'un des grands écrivains japonais contemporains. Né a Tôkyô en 1923, ses parents divorcent quand il est petit. Il est élevé par une mère chrétienne très pieuse et baptisé à l'âge de 11ans. Il reçoit une éducation catholique stricte auprès de missionnaires français, part étudier à Lyon mais il se sentira mal à l'aise toute sa vie,  comme s'il portait un vêtement inadapté à son corps .

L'écriture est sobre, intime, pas rébarbative du tout et donne matière à réflexion. Un plaisir.

1.Les ombres :
Le narrateur rédige une lettre adressée à un vieil homme fatigué qu'il a reconnu par hasard dans un petit restaurant à Shibuya. Il a vu qu'il se signait en cachette. Autrefois, cet homme occidental était un prêtre beau et fort. le petit garçon l'admirait et le craignait. Il était d'une grande rigueur morale et il s'est occupé de sa mère dépressive pendant des années. Mais il était aussi très dur, presque sadique, sans compassion pour le petit garçon malade. Et puis il y a eu l'incident…
Cette nouvelle très autobiographique est remarquable. La foi du petit garçon est liée à l'amour pour sa mère et au respect que lui inspire le prêtre. Et tout d'un coup il se sent trahi « jusqu ‘aux racines ». L'adulte a du mal à oublier les tourments subis, il est incapable de s'approcher de l'homme, peut-il lui pardonner ?

2. le retour :
Ce récit est composé de trois histoires imbriquées.
Le narrateur vient de perdre son frère. Il décide de placer l'urne funéraire dans le petit caveau où repose sa mère morte trente ans plus tôt. Mais il n'y a pas assez de place. Il faut exhumer ce qui reste du corps de sa mère avant de le faire incinérer. Il appréhende évidemment ce moment. A la maison, une cousine de sa femme lui demande de voler le chien de son voisin car celui-cit le bat à mort...Le narrateur prépare un nouveau livre sur un missionnaire japonais de la fin du XVI siècle. Alors qu'il y avait des persécutions contre les Chrétiens au Japon, Miguel Nishida décida quand même d'y retourner à la recherche d'un endroit pour mourir…

3. le dernier souper :
Un homme alcoolique apostrophe le narrateur dans un bar. Il a appris qu'il était médecin. Il veut un diagnostic sur le champ. le narrateur est psychiatre. Il lui conseille de revenir le consulter à l'hôpital. le foie est très atteint. le narrateur va le conduire à avouer la source de sa souffrance. le récit fait référence à un épisode terrible de la guerre en Mandchourie.
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Comme dans tous les romans ou nouvelles que j'ai lus de cet auteur, à travers ses intrigues et ses personnages, c'est sa pensée chrétienne qui finit par s'imposer et je fini toujours par me questionner sur mes propres agissements. Bien que l'hypothétique suprématie du christianisme sur le bouddhisme, comme dans "Silence", finisse par me décevoir un peu. Non que je n'aie pas la foi, mais je suis plutôt agacé par le manque de tolérance que l'on trouve dans certains ordres ou certaines communautés chrétiennes, passées ou présentes. Cela étant dit, ce petit recueil de trois nouvelles, extraites du recueil "Une femme nommée Shizu", m'a rappelé combien l'oeuvre de cet écrivain me touche. C'est surtout par le biais de la faute et du rachat que le lecteur peut s'identifier à ses personnages. C'est à partir de ces notions que Endô conçoit ses intrigues. Que ce soit dans "Les ombres", où le prêtre, par son choix de vie, va décevoir le narrateur. Dans "Le denier souper", c'est encore la faute qui est au centre du récit mais également l'idée très chrétienne du sacrifice. Cette idée du sacrifice, à l'origine du message chrétien, atteint ici les sommets de la rédemption. Endô triture ses personnages avec ses concepts pour les amener à s'interroger sur le sens de leurs actions.
Ce qui me gène quand même un peu, c'est que je vois chez Endô une morale très exigeante. Il demande beaucoup de rigueur morale à ses personnages qui sont excessivement torturés et s'obligent à une remise en question permanente. Endô me fait un peu penser à Mauriac. Je ne sais pas si ses livres sont très lus au Japon. Car le Bouddhisme propose une vision bien différente des actes individuels. Pas d'instance supérieure qui dicte ce que l'on doit faire. S'il y a faute, la faute est une affaire entre soi et sa conscience. Bouddha propose un chemin. A nous de le suivre ou non.
Bon, tout cela pour dire que, en gros, je suis très attiré par les questions morales soulevées par cet auteur mais pas toujours d'accord avec ce qu'il en fait. Je vous souhaite bonne lecture.
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Il reste peu d'oeuvres éditées encore aujourd'hui en France de Endô Shûsaku : deux romans le Silence et le Fleuve sacré, ainsi que ce recueil de trois nouvelles aux éditions Folio 2€.

Auteur de confession chrétienne, la foi, les doutes, l'espoir de rédemption sont des éléments fondamentaux de son univers littéraire.
Dans "Les ombres", "Le retour" et "Le dernier souper", les trois récits ici proposés, ces thèmes sont bien présents, abordés selon différents angles.

Comme dans les deux romans cités plus hauts, j'ai ressenti en lisant ce recueil le profond humanisme de Endô Shūsaku. Qu'il interroge sur les sévères préceptes d'un prêtre ou sur les tourments qui poussent un homme vers un alcoolisme morbide et suicidaire, il le fait en imprégnant son texte de l'esprit de ses personnages. "Le dernier souper" m'a renvoyée à ma découverte de l'auteur avec le Fleuve sacré où l'on retrouve le témoignage d'épreuves indicibles endurées par les soldats japonais en déroute dans la jungle birmane durant la Guerre du Pacifique.

Le ton des nouvelles, toutes racontées à la première personne du singulier, est largement tourné vers l'introspection. Ce, dans le but de mieux se comprendre bien sûr, mais surtout d'accéder à l'autre, par-dessus éventuels préjugés ou les siècles.

Un auteur accessible et sensible à découvrir sans hésiter pour la beauté de ses textes et de sa personnalité telle qu'elle transparaît dans sa prose.
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Trois nouvelles dans ce petit recueil de Shûsaku Endô : les ombres ; le retour ; le dernier souper.
La mère de l'auteur était une femme très catholique. Ce qui dans le Japon du début du 20e siècle, fort éloigné de l'idée du monothéisme, n'est pas bien perçu. Après le divorce de ses parents le petit Shûsaku s'installe avec sa mère qui le fait baptiser.
Toute son oeuvre sera marquée par la problématique de la foi chrétienne au Japon et les trois nouvelles de ce recueil n'y échappent pas.
Dans "les ombres" qui semble très marquée par la biographie familiale, l'auteur essaie de comprendre comment un prêtre occidental, profondément croyant, prosélyte avec les Japonais de son entourage, finit par se défroquer.
Dans "le retour", l'auteur doit faire exhumer le corps de sa mère après avoir commander une nouvelle pierre tombale pour son frère, dans un pays où la norme est l'incinération.
Dans "le dernier souper" certainement la nouvelle la plus palpitante des trois et qui donne son titre au recueil, le narrateur cherche à comprendre quel terrible secret de son passé, Tsukada, tente d'oublier ou d'expier en buvant.
Le style et l'écriture de cet auteur sont très maitrisés et sont pour moi, indissociables du plaisir de sa lecture.
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Jolies nouvelles tres axées sur la personnalité, la psychologie des personnages. On est dans un Japon intemporel et catholique dans lequel l'auteur a vécu, et donc puise ses intrigues ; celles-ci s'imbriquent dans des textes courts et denses, dans un style naturel, dont la lecture est un plaisir, malgré quelques facilités !
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
"Docteur !" s'écria soudain un dénommé Tsukada, assis à côté de moi, dans un restaurant. À ce mot, le cuisinier, un couteau à la main, leva la tête et cligna de l'œil dans ma direction pour me signifier que cet homme était connu dans l'établissement à cause de son penchant pour l'alcool.
Je lui répondis discrètement et adressai à l'intrus un faible sourire en demandant d'un ton peu engageant :
"Vous désirez ?"
Puis je cherchai des yeux un siège vide avec l'intention de changer de place au cas où Tsubaki m'importunerait davantage.
"Vous êtes bien médecin, n'est-ce pas ? Quel est votre spécialité ?"
Le ton de sa voix était arrogant alors que nous nous croisions seulement de temps en temps dans ce restaurant.
"Je suis psychiatre."
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J'ai cherché si votre visage exprimait de la solitude depuis "l'incident". Je voulais constater de mes yeux si toutes les souffrances que vous avez endurées y étaient inscrites : le fait d'avoir une femme et des enfants, la pression de devoir travailler dans un pays étranger, la disparition de vos amis et la perte de toute assistance possible.
(Les ombres)
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Tous ces souvenirs, déposés un par un comme les sédiments fondamentaux dans le fleuve de mon existence, sont les empreintes qu'un être laisse sur un autre. Nous ne savons pas quelle marque nous laissons sur autrui, ni quelle direction nous lui faisons prendre. C'est comme le vent inclinant un pin sur une plage, et altérant la forme de ses branches.

"Les ombres"
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De son vivant, mon frère s'était tenu entre la mort et moi, mais maintenant qu'il était parti, j'avais l'impression que la Grande Faucheuse se dressait sinistrement devant moi. Mes parents avaient divorcé quand j'étais petit, et ma mère et mon frère constituaient le seul lien qui me reliait à la vie. Tous deux avaient disparu et je fus pris d'un violent sentiment de solitude et d'abandon.
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[...] Bientôt, on remarqua que certains membres d'un bataillon qui s'était joint à eux, en cours de chemin, mangeaient en cachette de la nourriture. Ils leur racontaient qu'il s'agissait de viande de lézard séchée, alors qu'il n'était pas si aisé d'attraper ces animaux. Tsukada et Minamikawa se doutaient vaguement de quoi il retournait, cependant ils craignaient de l'avouer à voix haute car la guerre avait déjà fortement ébranlé les nerfs de tout le monde.
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Video de Shûsaku Endô (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Shûsaku Endô
Silence (film, 2016), réalisé par Martin Scorsese, d'après Silence de Shūsaku Endō, avec Liam Neeson, Andrew Garfield. Bande annonce.
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