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Minh Nguyen-Mordvinoff (Traducteur)
EAN : 9782070415519
288 pages
Gallimard (22/11/2000)
3.73/5   15 notes
Résumé :
Dans les dix nouvelles qui composent ce superbe recueil, on retrouve les thèmes qu'inlassablement Endô a étudiés et approfondis sa vie durant : le péché, enfoui au fond de la mémoire, l'obsession du rachat, le silence de Dieu, et la question essentielle qui tortura toute son existence : la souffrance, morale ou physique, a-t-elle un sens ? Au fil des pages surgissent des personnages que nous connaissons déjà : le prêtre défroqué qui cache sa honte, le parjure que le... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Osmanthe
  20 juin 2020
Le titre de ce recueil est celui de la dernière des dix nouvelles rassemblées de l'auteur de Silence, nouvelles qui s'étalent de 1959 à 1985. Petit passage en revue de quelques-uns de ces récits…
Les derniers martyrs
A travers le sort de trois jeunes hommes, et plus particulièrement de Kisuke, un grand et gros gaillard pleutre et geignard, l'auteur nous conte l'histoire de ces japonais d'un village de Kyushu qui ont été évangélisés…Les autorités exigent qu'ils se couchent et abjurent leur foi. Mais pour la plupart, récalcitrants, ils seront torturés et suppliciés. Kisuke qui a vite apostasié, reviendra pourtant quelques années plus tard, hanté par sa conscience et porté par une voix céleste, auprès de ses camarades toujours enfermés. Un texte qui sonne comme une esquisse de son futur grand roman Silence.
Un homme de cinquante ans
Un enfant, Chiba, trouve dans la compagnie de son chien Noiraud la complicité et le réconfort dans sa détresse de voir ses parents se déchirer. Après leur divorce, il faut quitter la maison, dans un dernier regard pour ce chien fidèle tel un frère. Autour de la cinquantaine, Chiba, marié à une femme qui ne comprend pas son amour pour son vieux chien Blanchot, fait un peu de danse de salon pour revivre un peu, dans le contact de sa jeune partenaire de piste. Mais surtout, il va connaître simultanément deux drames personnels : son frère et son chien sont au seuil de la mort…
Adieu
L'auteur, lorsqu'il était étudiant à Lyon, a été le témoin du drame vécu par ses logeurs, un couple de personnes âgées. Ils ont vécu en Algérie française, et y ont perdu leur fille prématurément. Ils ne s'en sont jamais vraiment remis. L'homme est oisif et boit, sa santé est très précaire. Sa femme pleure toujours sa fille disparue. L'étudiant découvre que la femme ne donne pas son traitement médicamenteux à son époux…et ne cesse de répéter que si elle disparaît la première, elle ne sait pas ce qu'il va devenir…
Le retour
L'auteur fait exhumer sa mère décédée pour la rapatrier dans son village natal. Les souvenirs émergent, la nostalgie le gagne…
La vie
Le narrateur se souvient de son enfance dans la Mandchourie (nord-est de la Chine) occupée par le Japon. Enfant perturbé par la mésentente chronique entre ses parents, il va rencontrer un jeune soldat puis un Mandchou succédant à la bonne de ses parents, deux figures bienveillantes passées furtivement dans sa vie…En se remémorant ces visages, il éprouve émotion et compassion, et peut-être au fond de lui une forme de culpabilité pour l'attitude méprisante, voire xénophobe des japonais à l'égard des chinois.
Un homme de soixante ans
Un homme de soixante ans, Endô lui-même, nous raconte le temps qu'il voit défiler, le mort qu'il sent déjà rôder dans ses rêves…Les souvenirs d'enfance, mais aussi récents, se pressent, bientôt bousculés par le présent et son lot d'évènements dramatiques…La compagnie fidèle d'un chien, le sort qui frappe son frère, et le parfum discret de sa jeune partenaire de danse, pour exister encore malgré les difficultés du couple et ce corps qui s'ankylose. Une variation/évolution d'un homme de cinquante ans, écrite précisément dix ans plus tard, et un caractère une fois de plus autobiographique...
Une femme nommée Shizu
L'auteur assiste dans un théâtre japonais à la pièce « La chanson, c'est ma vie ». La scène se passe en 1930, le héros est un chanteur célèbre, et sa femme est Shizu Watanabe. Très vite, les souvenirs d'enfance du narrateur reviennent, lorsqu'il vivait avec sa mère à Dalian, en Mandchourie. Il y voyait souvent une « tantine », une femme célibataire qui semblait attendre un homme vivant au Japon. Cette femme n'était autre que Shizu…L'occasion d'une superbe balade au parfum d'enfance, au temps de l'école et du chien fidèle compagnon, dans ces contrées enneigées et glacées l'hiver, où des kyrielles de fleurs différentes s'épanouissent aux beaux jours.
La quasi-totalité de ces nouvelles ont un caractère fortement autobiographique, on y retrouve des constantes qui marquèrent ce grand écrivain. Son enfance dans le froid du nord-est de la Chine, la Mandchourie, conquise par le Japon, le traumatisme causé par la mésentente de ses parents, l'amour pour les chiens ses amis de solitude intérieure, les problèmes de santé et la mort qui ne sont jamais loin, et discrètement en toile de fond sa foi catholique…Ces récits couvrent la majeure partie de la carrière de l'écrivain, déroulant ainsi le fil de sa vie. C'est sa force, même si du coup une certaine redondance m'a fait parfois rester sur ma faim. Ces pages sont des images qui reviennent à l'auteur, il nous fait ainsi partager ses joies, ses souffrances, ses doutes sur la vie, mais l'action est ténue, comme d'ailleurs chez nombre d'écrivains japonais.

Endô est un écrivain particulièrement attachant, au style qui allie rigueur et simplicité, traduisant souvent une nostalgie pudique et un grand humanisme. Je le rapprocherais d'un Yasushi Inoue, c'est dire qu'il est au top de mes préférences nippones !
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CVolland
  11 mai 2019
Une femme nommé Shizu est un recueil de dix nouvelles classées par ordre chronologique.
Comme à son habitude, Endo intègre des éléments autobiographique à ses histoires dont il est impossible de connaître le degré de véracités. On retrouve ses thèmes de prédilections qui sont le catholicisme, les hôpitaux, la maladie, la Mandchourie, la guerre, l'écrivain etc
Les dix nouvelles sont :
Les derniers martyrs : qui est peut être une esquisse de silence? écrit plusieurs années avant. Cela parle des Chrétiens persécutés au Japon, mais cette fois durant la période Meiji (19eme siècle)
Les Ombres : L'histoire d'un prêtre occidental défroqué par amour pour une Japonaise
Un homme de 50 : raconte l'histoire d'un homme au prise avec la maladie, la sienne, celle de son frère et celle de son chien.
Adieu : Un étudiant Japonnais séjourne à Lyon chez un couple âgé et malade.
Le retour : L'histoire d'un écrivain qui souhaite faire enterrer son frère dans le caveau familial. Pour cela il doit faire exhumer le corps de sa mère. Il y est aussi question d'un chien battu.
La vie : est le récit de l'enfance d'un individu en Mandchourie, il y est questions d'injustices et de sanctions.
Un homme de 60 ans : Un écrivain de 60 ans raconte sa vie en proie à des pulsions.
Le dernier souper : Un psychiatre doit traiter un patient alcoolique dont le trouble est lié à des souvenirs douloureux de la guerre. On aborde le thème de l'anthropophagie.
La boite : Dans une brocante un écrivain fait l'acquisition d'une boite contenant une bible et des photos. Il mène l'enquête pour retrouver l'origine de ses objets, se qui le renvoi à des souvenirs de la guerre.
Une femme nommé Shizu : Un homme est captivé par la pièce de théâtre auquel il assiste, il lui revient en mémoire des souvenirs de son enfance en Mandchourie en relation avec la pièce.
Ces histoires sont d'un intérêt inégal, mais nous plongent bien dans l'univers de Shusaku Endo.
à noté que 3 d'entre elles (le dernier souper ; le retour ; les ombres) été publié sous le titre le dernier souper en folio à 2 euros.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   11 février 2019
Je me précipitai et trouvai le vieillard, accoudé à la table, la tête entre les mains.
"J'ai de nouveau mal à la tête. C'est horrible !"
Le sang lui était monté à la tête et il était écarlate. Des veines bleuâtre battaient sous les rares cheveux blancs de son crâne presque chauve. En face de lui était posée une tasse avec des traces qui ressemblaient à du rouge à lèvres. D'un seul coup d'oeil je compris qu'il avait bu du vin pendant l'absence de sa femme.
"Ça ira mieux dans une seconde !" dit-il en plaquant un sourire forcé sur ses lèvres. "Pourriez-vous prendre la bouteille de vin sur le sol et la ranger dans le placard ? Sinon, elle saura."
Je saisis la bouteille. En ouvrant le placard, je remarquai, dans un coin, deux flacons remplis de comprimés bleus et blancs, rangés près de l'huile d'olive et du ketchup. Je les connaissais : le médecin m'avait demandé de les acheter à la pharmacie. Il ne manquait pas une seule pilule. La femme ne donnait pas les médicaments à son époux.
Je suis incapable de décrire ce que je ressentis à ce moment-là. Semblable à un enfant qui découvre avec horreur un insecte étrange, je restai un long moment devant le placard béant, fixant les flacons d'un oeil vide.
"Que se passe-t-il ? Vous pouvez la poser là, c'est bon !"
Le ton impérieux du vieillard me fit revenir à la réalité.
La femme rentra à la maison. Vêtue de noir, un sac à la main, elle aperçut de la porte d'entrée son mari la tête entre les mains et s'écria d'une voix tremblante : "Bernard !"
Quand il fut endormi dans sa chambre, elle vint dans la mienne et se répandit en lamentations avec des yeux humides.
"Il a bu du vin pendant mon absence. Oui, j'ai compris ! J'ai beau lui dire d'arrêter, il ne m'écoute pas. Ça a toujours été ainsi. Dès que je ne suis pas là, il fait n'importe quoi. Si je meurs la première, j'ignore ce qu'il va devenir."
Brusquement, alors que j'écoutais ses jérémiades, les deux flacons de médicaments aperçus auparavant dans le placard dansèrent devant mes yeux. Pourquoi ne donnait-elle donc pas les remèdes à son époux ? Elle n'avait aucune raison de le haïr. J'étais le témoin de ses attentions quotidiennes à son égard et je ne pouvais vraiment pas imaginer qu'elle me mentait tandis qu'elle se plaignait, avec des larmes dans les yeux. Pourtant elle nourrissait son époux avec des aliments gras, interdits par le médecin, et ne lui administrait pas ses médicaments. On aurait dit qu'elle faisait en sorte que son mari se rapproche chaque jour de la mort.

Extrait de "Adieu"
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OsmantheOsmanthe   17 février 2019
C'est ainsi que la quatrième persécution commença à Uragami. Quand les femmes, les enfants et les invalides furent relâchés, trente-huit hommes, jeunes et vieux furent jetés dans une cellule si étroite qu'il était presque impossible de respirer. Dans ce groupe se trouvaient Kanzaburô, Zennosuke et le grand Kisuke, dont il est inutile de décrire l'état de panique intense.
Les jours suivants, plusieurs prisonniers furent appelés au tribunal. Ceux qui refusèrent de "se coucher" reçurent la torture du nom de dodoi : les pieds, les bras étaient enserrés dans des cordes et le tout était attaché derrière le dos. Puis on hissait le corps sur une croix pendant que des gendarmes, placés en dessous, le frappaient violemment au moyen de fouets ou de bâtons. Ensuite on l'arrosait d'eau. Les cordes, qui absorbaient l'eau, se gonflaient, pénétrant davantage dans la peau des prisonniers. Ceux qui étaient restés dans la cellule entendirent, venant du tribunal, des cris semblables à des hurlements de bêtes sauvages, ponctués par les insultes des bourreaux.

Extrait de "Les derniers martyrs"
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OsmantheOsmanthe   14 juin 2020
Durant tout l'hiver, je me rendais à l'école en glissant et en tombant sur le verglas. J'étais un enfant frêle et maladif, mauvais en sport et aux résultats scolaires déplorables. Pendant la classe je m'agitais tout à coup, puis aussitôt après je devenais sombre. A cette époque, la discorde s'était installée définitivement entre mes parents et je devais supporter seul mon chagrin.
Mon unique objet de réconfort était un vieil harmonica. Je ne me souviens même plus qui me l'avait donné, la couverture en métal était légèrement tordue. Je rangeais soigneusement l'instrument taché de salive dans le tiroir de mon bureau. Comme j'étais bien évidemment peu doué, je l'apportais rarement à l'école, mais une fois seul ou quand je me sentais abandonné de tous, je jouais Les souliers rouges ou L'oiseau en cage.
Je détestais rentrer à la maison et voir ma mère épuisée, déprimée par les querelles avec mon père, aussi je prenais toujours le plus long chemin. Je m'arrêtais au coin des rues et regardais longuement les nuages de buée blanche expirés par les chevaux mandchous attelés aux voitures qui attendaient les clients. Ou je donnais des coups de pied dans la neige gelée, m'efforçant de retarder, ne serait-ce que d'une minute, mon retour à la maison. J'avais seulement dix ans, mais cette année-là je connus pour la première fois la dureté de la vie.

Extrait de "La vie"
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OsmantheOsmanthe   11 février 2019
Une fois à la maison, elle discuta avec maman qui me consola en disant : "A la différence de ton frère, tu es un tardiflore. Ce sont des personnes qui s'améliorent avec l'âge. Ton frère a de bonnes notes maintenant, mais toi, tu deviendras excellent plus tard." Elle hocha énergiquement de la tête. "C'est comme ça, cela ne fait aucun doute."
Le lendemain après-midi, alors que je sortais en compagnie du voisin pour faire du patin à glace, je lui déclarai : "Moi, je suis un tardiflore !"
Mon copain Yokomizo, dont le père était pâtissier, renifla et dit : "Hmm !"
Comme moi, il ne comprenait pas le sens de ce mot difficile et devait s'imaginer qu'il s'agissait de la rougeole ou de la coqueluche.
A l"endroit où nous faisions du patin à glace, que nous avions surnommé l'étang miroir, nous vîmes d'autres enfants de notre connaissance. En enfilant mes patins, je m'écriai : "je suis un mardiflore !" Tardiflore s'était transformé dans ma tête en mardiflore.
"Hmm !" firent les autres. Je me demande s'ils comprenaient de quoi il s'agissait.
A la fin de l'hiver, la glace de l'étang miroir fondit et les nombreuses spirées de Dalian commencèrent timidement à bourgeonner. Au printemps, toutes les fleurs jaillissaient d'un coup, semblables à une fontaine. Puis le mois de mai arrivait et bientôt les rues étaient égayées par les fleurs rouges des acacias dansant dans le vent.
Même quand j'étais enfant, les fleurs printanières me remplissaient d'allégresse. Pendant que nous marchions dans le parc, au milieu des allées bordées de spirées d'une blancheur immaculée, ma mère m'avait appris une chanson, Les fleurs des orangers sont écloses, et j'étais heureux. Elle m'avait enseigné toute une série de chants et j'avais composé ma propre version fantaisiste.

Maman m'a acheté 10 caramels,
J'en ai mangé 3 et donné 1 à Pochi.


Extrait de "Une femme nommé Shizu"
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OsmantheOsmanthe   13 février 2019
De son vivant, mon frère s'était tenu entre la mort et moi, mais maintenant qu'il était parti, j'avais l'impression que la Grande Faucheuse se dressait sinistrement devant moi. Mes parents avaient divorcé quand j'étais petit, et ma mère et mon frère constituaient le seul lien qui me reliait à la vie. Tous deux avaient disparu et je fus pris d'un violent sentiment de solitude et d'abandon.

Extrait de "Le retour"
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Video de Shûsaku Endô (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Shûsaku Endô
Silence (film, 2016), réalisé par Martin Scorsese, d'après Silence de Shūsaku Endō, avec Liam Neeson, Andrew Garfield. Bande annonce.
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