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EAN : 9782070131518
352 pages
Gallimard (13/01/2011)
4.57/5   7 notes
Résumé :

En apparence, des récits divers : une balade dans une société cimentée par la terreur, la Chicago d’Al Capone ; le récit de noces de sang chez des Camorristes où, au milieu du banquet, un invité se lève et chante la mort annoncée du jeune époux et le veuvage assurée de sa promise ; ou bien encore les derniers jours de Trujillo à Saint-Domingue. Autant de motifs, parmi d’autres, qui aide... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
MarianneL
  19 août 2013
«Terrain vague entre le roman feuilleton et la philosophie», c'est ainsi qu'Hans Magnus Enzensberger, lui qui excelle dans tous les genres littéraires, qualifie ces neuf essais, publiés en recueil en 1964. Ce livre, stimulant comme une enquête, un essai historique, et aussi passionnant qu'un recueil de nouvelles, se donne pour ambition d'explorer cette « vieille, étroite et obscure relation » entre politique et crime.
En dehors de deux textes plus théoriques, qui illustrent le propos des sept autres, Hans Magnus Enzensberger brosse le portrait de Rafael Trujillo, dictateur champion de la cruauté et du cynisme, et de la longévité au pouvoir ; il nous raconte la réussite et la chute d'al Capone et de la Camorra d'après-guerre, gangsters mythologiques, parodies féodales, vaincus finalement par les technocrates et le capitalisme. Il raconte encore l'affaire Wilma Montesi, enquête sur une noyée en Italie dans les années 1950, avec la conviction des italiens de la culpabilité de suspects uniquement désignés par la rumeur, car ils étaient les représentants d'une classe dirigeante totalement corrompue. Puis vient l'histoire poignante d'Edward Slovik, le seul déserteur américain fusillé au cours de la seconde Guerre Mondiale. Et enfin l'histoire et les portraits passionnants des révolutionnaires russes, des prémisses du XIXème siècle jusqu'à 1905.
À travers ce parcours, Hans Magnus Enzensberger illustre comment le criminel « banal » est élevé au rang de figure mythologique, comment la peur inoffensive du criminel ordinaire sert de tranquillisant, pour nous faire oublier la violence d'état. La délinquance, les dictatures « artisanales », ou même le crime organisé font figure d'attardés du crime, en regard de l'amplitude des menaces politiques et militaires, qui elles ne sont explorées dans ces textes que par contrepoint.
«L'adaptation à tout prix, une assimilation sans frein, les pratiques les plus modernes, une habileté hautement capitaliste, voila ce qui a contribué à la remarquable réussite des gangsters de Chicago. Mais dans la plus petite de leurs actions, dans tous les plus petits détails de leurs manières d'être et de leur façon de penser, on voit apparaître un facteur contraire : il est dû au fait qu'ils sont issus d'un passé exotique, précapitaliste, inassimilé. C'est leur modernisme qui a fait leur succès, leur antiquité qui a fait leur fascination.» (Chicago-Ballade)
On voit aussi comment le criminel concurrence l'état, remettant en question son monopole du pouvoir, et comment, dès que la criminalité s'organise, elle parodie l'état, reproduit ses structures, ses modes de fonctionnement, ou tend à se calquer sur le modèle des grandes organisations capitalistes.
Une lecture passionnante, qui considère les relations entre politique et crime avec un pas de côté.
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Charybde2
  19 mars 2013
Neuf précieuses études politiques, alliant l'éclectisme et la pénétration d'Enzensberger...
Ouvrage de 1964, qui regroupe neuf études publiées pour huit d'entre elles séparément au cours des années précédentes, "Politique et crime" présente des "enquêtes de terrain" historico-philosophiques, regroupées et analysées dans une originale introduction. On trouve ainsi :
- une monumentale description du régime de Rafael Trujillo à Saint-Domingue, dictateur absolu, d'une cruauté et d'un machiavélisme exceptionnels, détenteur du record de durée de règne (1930-1961), sous le bienveillant regard des entreprises sucrières américaines ;
- une fine analyse du gangstérisme à Chicago dans les années 1920-1930, comme expression simultanée d'une société "terroriste" et pleinement capitaliste (essai que l'on peut aussi lire à part aux éditions Allia : "Chicago-Ballade") ;
- une description, à propos d'un important fait divers napolitain en 1955, de la fin de la Camorra "traditionnelle", et du démarrage de la Camorra moderne (celle que décortique avec tant de brio Roberto Salviano dans "Gomorra") ;
- une étonnante plongée, à propos d'un autre fait divers italien (l'affaire Wilma Montesi), en 1953, dans la véritable "hystérie anti-gouvernementale" dont furent capables les Italiens, à tort en l'espèce, à partir de la conviction populaire et collective (justifiée, elle) de la corruption quasi-totale de leurs élites de l'époque ;
- un récit du curieux cas de la seule et unique exécution pour désertion d'un soldat américain durant la deuxième guerre mondiale ;
- en deux parties, une analyse détaillée des phénomènes de ressemblance et d'osmose plus ou moins consciente entre mouvements terroristes et organismes chargés de les réprimer, à partir de l'étude des mouvements anarchistes russes entre 1880 et 1917 ;
- enfin, une réflexion sur l'utilisation du concept de "trahison", de "haute trahison" et de "secret d'État" par les gouvernements européens au XXème siècle.
Le texte introductif ("Réflexion devant une vitrine") s'appuie sur l'ensemble de ces études, en cela typique de la "méthode" Hans Magnus Enzensberger (culture foisonnante et capacité d'intégration conceptuelle hors norme), pour tenter un décryptage du rôle "essentiel" du crime en politique, y compris en politique dite "démocratique"... le rude parallèle établi au passage (sous forme de question) entre les criminels nazis des camps de la mort et les "généraux scientifiques" américains de la guerre atomique, jusque dans le détail de leur capacité "semblable" à dresser de froids constats chiffrés de "cibles à atteindre" tout en se mobilisant pour la protection des animaux, fait encore rétrospectivement froid dans le dos...
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
art-bsurdeart-bsurde   13 mars 2014
Pour l'individu, la condamnation d'un autre – et un criminel est d'une manière générale toujours considéré comme cet « autre » - équivaut à un acquittement . Quand on est coupable, on est puni. Donc, quand on ne peut pas être puni, on est innocent. La satisfaction avec laquelle la communauté observe les poursuites entreprises contre un forçat évadé est pleine d'enseignement. Tout de suite, on tombe sur des métaphores empruntées au langage de la chasse. Le criminel est une bête sauvage que l'on a la permission d'abattre : par voie plébiscitaire, on en arriverait en tout temps à un redoublement de l'habitude – d'ailleurs inqualifiable – qu'ont les policiers de faire feu au moindre prétexte. Le désir de la peine de mort est, lui aussi, très populaire ; tout particulièrement après la découverte de prétendus attentats aux mœurs, qui contiennent une énorme force publicitaire et à l'occasion desquels on voit ce désir se gonfler en vagues hystériques. Cette tendance à transformer le criminel en bouc émissaire de la société remonte à la plus haute antiquité ; mais, dans les circonstances présentes, elle apparaît avec plus de netteté que jamais. Plus il s'amasse de culpabilité collective, plus ses enchaînements sont diffus, anonymes et invisibles à ses sources, plus il devient urgent d'en faire porter le poids à des individus isolés et surtout aisément identifiables.
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art-bsurdeart-bsurde   13 mars 2014
« Le caractère même de l'état, c'est de ne pouvoir tolérer aucune puissance supérieure au-dessus de lui » (Treitschke)
Après comme avant, la souveraineté, envisagée sous cet angle passe pour « le critérium de la nature même de l’État » ; sauf qu'aux yeux des « leaders » politiques et militaires allemand, quinze ans après la défaite allemande et l'anéantissement d'Hiroshima, le critérium de ce critérium est devenu la possession de l'engin nucléaire.
Mais cet engin est le présent et l'avenir d’Auschwitz. De quel droit quiconque, disposant de toutes sortes de moyens scientifiques et industriels lui permettant de projeter et de préparer soigneusement le génocide de demain, veut-il condamner, voire « dominer » le génocide d'hier ?
L'engin fait tomber des mains de ses maîtres (en fait, ses serviteurs …) toutes les raisons tirées de l'arsenal des idéologies en honneur dont ils se sont armés. Il ne peut pas servir à la défense de droits et de libertés ; au contraire, par sa seule existence, l'engin tient suspendus tous les droits humains : le droit d'aller se promener, le droit de fonder des partis, le droit de travailler ou de manger – ils n'existent, comme tous les autres, que sous sa protection, c'est-à-dire sous sa menace, à sa convenance, et sont en train de devenir une simple marque de bienveillance qui peut à tout moment être contremandée. C'est également ainsi que l'engin supprime toutes les libertés politiques et n'autorise la démocratie qu'avec des réserves qui l'épuisent.
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stekasteka   20 septembre 2017
Pour combattre les présentes "conjurations mondiales" du système obsessionnel paranoïde, des contre-conjurations sont nécessaires. Partout où le tabou de la trahison est utilisé comme un instrument de domination, on voit surgir des services d'espionnage organisés. A l'époque de Tibère, à Rome, est apparu le métier de dénonciateur professionnel, du delator. Ce qui correspond aujourd'hui à ce métier, c'est la police secrète. Elle devient une instance politique au fur et à mesure que le nombre des procès en trahison et, du même coup, celui des traîtres en puissance augmentent. (...) Pour la logique de la paranoïa, il n'existe pas d'innocents, ou seulement ceux qui n'ont pas encore été convaincus de trahison, donc des traîtres déguisés.
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MarianneLMarianneL   18 août 2013
L’adaptation à tout prix, une assimilation sans frein, les pratiques les plus modernes, une habileté hautement capitaliste, voila ce qui a contribué à la remarquable réussite des gangsters de Chicago. Mais dans la plus petite de leurs actions, dans tous les plus petits détails de leurs manières d’être et de leur façon de penser, on voit apparaître un facteur contraire : il est dû au fait qu’ils sont issus d’un passé exotique, précapitaliste, inassimilé. C’est leur modernisme qui a fait leur succès, leur antiquité qui a fait leur fascination. (Chicago-Ballade)
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Vidéo de Hans Magnus Enzensberger
Hammerstein ou l'intransigeance Marque-page 26-02-2010
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