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ISBN : 2226293086
Éditeur : Albin Michel (12/11/2015)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 283 notes)
Résumé :
Récompensé par la plus prestigieuse distinction littéraire américaine, le National Book Award, élu meilleur livre de l'année par les libraires américains, le nouveau roman de Louise Erdrich explore avec une remarquable intelligence la notion de justice à travers la voix d'un adolescent indien de treize ans. Après le viol brutal de sa mère, Joe va devoir admettre que leur vie ne sera plus jamais comme avant. Il n'aura d'autre choix que de mener sa propre enquête. Ell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (81) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  22 juillet 2018
Si vous ne connaissez pas encore l'univers de Louise Erdrich, magnifique auteure amérindienne, je vous invite à y entrer par cette porte : Dans le silence du vent. C'est un titre, je ne sais pas pourquoi, qui m'a tout d'abord fait penser à André Brink. Et pour cause, dans les causes défendues il y a quelques points communs, vous n'allez pas tarder à vous en rendre compte.
Nous sommes en Dakota du Nord, à la fin des années 80 dans une réserve amérindienne. Le narrateur, qui s'appelle Joe, se souvient de cet été-là, celui de ses treize ans. C'est un dimanche après-midi. La mère de Joe va subir un viol. Pendant plusieurs jours, cette mère va rester prostrée dans son silence, emmurée, distante des autres, des siens aussi. Elle veut juste disparaître, s'anéantir.
C'est le temps d'un été où la vie de Joe bascule brusquement du temps de l'adolescence à celui des adultes.
Le père de Joe est juge des affaires amérindiennes dans la réserve où ils vivent, et va s'emparer de l'affaire, mais le peut-il ? Car il y a les lois de l'état du Dakota du Nord, et celles de la réserve, qui s'opposent : le père a autorité sur le territoire de la réserve, mais le crime a été commis par un blanc et les pouvoirs du juge sont nuls dans cette circonstance. Et la justice de l'Etat n'intervient pas dans la réserve.
Joe comprend rapidement que l'injustice fait force de loi contre l'impunité. Pour lui c'est la double peine. Il va se lever, crier. Ce roman est une colère, un cri. Celui de Joe, mais aussi de toute une communauté amérindienne. C'est aussi le cri de Louise Erdrich, qui prend fait et cause, qui écrit. Elle crie, elle écrit.
La force de l'écriture nous propulse dans les mots de Joe, dans sa voix, dans ses tripes, dans sa douleur. La douleur d'un enfant qui découvre que sa mère vient d'être violée, meurtrie, déchirée. C'est la douleur d'un enfant en découvrant la douleur de sa mère qu'elle voulait cacher à son entourage.
Combien de fois avons-nous lu ces lignes dans des romans aimés : « plus rien ne sera comme avant » ? Combien de fois y avons-nous songé en lisant des romans qui nous suscitaient cette impression ? Ici, plus que jamais, cette sensation s'affirme pour Joe. A toute force, il va chercher à réparer la blessure de sa mère. Par la justice ou par toute autre forme, qu'importe le chemin...
C'est le chemin d'un enfant qui grandit dans la douleur, une forme de souffrance insurmontable qu'il ne peut accepter. Avec Joe, nous sommes forcément dans cette révolte.
Pour autant Joe s'accroche encore à ce temps qui s'en va, c'est le temps de l'amitié et de la tendresse, Joe et ses trois amis vont faire corps pour chercher, mener leur enquête, tenter d'inverser cette justice jetée d'avance sur la table... Ils vont continuer malgré tout à partager des instants précieux, par exemple ces temps de baignade où brusquement une sorte de légèreté traverse avec fulgurance la tragédie que les personnages vivent.
Ce livre est une révolte, une croisade. Un combat. Ici c'est la voix de l'Amérique oubliée, plus que jamais. Lorsque j'ai lu ce roman, les États-Unis étaient dirigés par Barack Obama. Aujourd'hui, connaissant le personnage ubuesque qui dirige ce pays, qu'en est-il des droits et du respect de cette communauté ?
La forme de l'écriture, que j'ai trouvé magnifique et empreinte de poésie, m'a amené en totale empathie avec Joe, j'étais dans le personnage, j'étais Joe, Je ressentais son chagrin, son émotion lorsqu'il découvre ce qui est arrivé à sa mère. Ces pages sont particulièrement fortes. Elles vibrent entre nos mains. Et nous sommes Joe à cet instant-là. Nous avons mal. Nos bras sont ballants, se résignent pour un instant et brusquement se lèvent comme dans une colère ardente qui ne veut rien céder...
J'ai ressenti ses joies aussi. Car le roman est aussi fait de joies. L'insouciance de l'adolescence malgré tout, comme un geste ultime qu'on retient avant de basculer dans le temps des adultes, est décrite dans de très belles pages.
Nous avançons avec Joe, dans ses pas. Quelques légendes indiennes, au son des tambours et des chants rituels, cheminent avec nous, tandis que les rêves d'enfant de Joe s'effritent et disparaissent, emportés par une rage de justice. C'est peut-être aussi la rage de Louise Erdrich qui se mêle aux mots du narrateur.
Au fond, rien n'a changé en Amérique. C'est toujours ce monde cruel et injuste qui domine. Qu'en est-il aujourd'hui trente ans plus tard, dans cette Amérique d'aujourd'hui...?
Longtemps plus tard, le cri de Joe résonne encore en nous. Mais c'est peut-être plutôt celui de Louise Erdrich dont la voix n'est pas prête de se taire.
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Marple
  17 octobre 2015
Livre sur l'adolescence, sur la condition amérindienne aujourd'hui et sur les souffrances liées au viol, Dans le silence du vent est aussi et surtout une histoire magnifique. Celle de Joe, 13 ans, qui vit dans une réserve indienne du Dakota entre son père juge et sa mère avocate, tous deux attachés au Bureau des Affaires Indiennes. Sa vie bascule le jour où sa mère se fait violer.
Car il doit désormais se débrouiller sans cette femme épanouie et souriante qui lui préparait ses repas, mettait des fleurs partout et l'écoutait parler de l'école ou des copains, et ne peut plus maintenant que dormir et pleurer...
Car, confronté à la négligence des policiers et à l'ineptie du droit américain quant aux juridictions indiennes, il décide de mener l'enquête lui-même, avec l'aide de ses 3 amis d'école, son vélo, les bons repas et les histoires légendaires de sa grande famille...
Car il reste un gamin, émoustillé par toutes les jolies filles, constamment à la recherche d'un truc à manger, friand de fêtes et de jeux, mais devient aussi un homme, pleinement conscient des injustices du monde et de sa condition d'indien, décidé, volontaire, implacable...
Ce livre m'a apporté beaucoup de plaisir et d'émotion, pour son histoire bouleversante, pour ses personnages attachants, pour cette découverte du monde amérindien, pour le choc de cette situation inique, pour le style percutant et poétique.
Merci donc à Babelio et au Livre de Poche pour cette belle Masse Critique.
Challenge Pavés 2015/2016 5/xx et challenge Atout Prix 9/xx
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1967fleurs
  05 novembre 2016
Depuis mon inscription sur Babélio, je considère le chemin parcouru et je me souviens de mes premiers chers ami (es), qui se reconnaitront et m'incitaient à ouvrir mon champ de lecture….et de la haute résistance que j'opérai, notamment avec Nastasia B qui pourtant n'était pas à court d'arguments… même si c'était que son humble avis….comme elle aime à le dire… !
Cela a continué à germer et de tous vos encouragements et incitations, nait ici le fruit d'une lecture que je n'aurai jamais imaginé faire…il y a un peu plus d'un an….qui ne correspond pourtant pas à mes « affinités littéraires ».
J'avais encore hésité à acheter pourtant dans son édition originale chez Albin Michel dans une foire aux livres…c'est le titre poétique plus que le thème qui m'a irrésistiblement incité, il fallait que j'évolue… un roman de surcroit américain sous forme d'enquête….pourquoi pas….un bon compromis !
Voilà Fleur contre toute attente, arrivée en Dakota du Nord dans une réserve amérindienne…pour 460 pages afin de découvrir ce qui se cache derrière cet auteur, ce titre…
Dans le silence du vent, Louise Endrich fait parler Joe 13 ans : fils d'un juge fédéral et d'une mère spécialiste des appartenances tribales. Ils vivent sur un territoire bien délimité qui n'appartient pas à la réserve, la loi ne peut donc s'appliquer aussi improbable que cela puisse paraître, quand bien même sa mère vient d'être violée….
Joe comprend très vite que c'est « l'injustice » des hommes vis-à-vis des indiens qui fait force de loi et que rien d'autre n'aboutira.
Alors avec Angus, Cappy, Zack, ses frères de coeurs, sur leurs vélos, j'ai suivi leurs péripéties d'adolescents, parce qu'ils décident de mener l'enquête. Ils sont bourrés de tendresse, de complicités, d'espiègleries, cette bande de copains. Ils profitent du regard bienveillant des habitants de la réserve, parfois de leur complicité, vivent leurs premiers émois, écoutent et participent aux histoires rituelles de cette communauté…
Joe est un fin stratège avec ses colistiers… l'air de rien, il avance et chemine avec détermination et pugnacité, gravité…pour comprendre ce qui s'est passé et protéger ses parents.
Jusqu'où va-t-il aller ?
C'est la force de Louise Endrich dans ce roman d'avoir écrit de telle sorte, qu'on est dans la peau de ce gosse de 13 ans et c'est juste captivant, sublime, émouvant, attachant. Je ne m'attendais pas à cette « chute »...
Cela m'a soufflé….
«Dans le silence du vent», à travers ces pages, j'ai entendu un cri…silencieux s'exprimer…celui de Joe…..
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joedi
  03 décembre 2014
Une tranche de la vie de Joe, adolescent indien de treize ans. le roman dont Joe est le narrateur commence le jour du viol de sa mère. Joe et ses parents vivent dans une réserve indienne du Dakota-du-Nord où le père de Joe exerce en qualité de Juge tandis que sa mère travaille au Bureau des affaires indiennes ; c'est en se rendant un dimanche, après une communication téléphonique, à son bureau pour y récupérer un dossier que Geraldine est violée. Ce sont les vacances scolaires, Joe a tout son temps pour enquêter et retrouver le violeur avec l'aide de ses trois amis. Dans la postface de son roman, l'auteure apporte des précisions sur les lois en vigueur dans cette partie des États-Unis, elle débute sa postface par ce texte : L'action de ce livre se déroule en 1988, mais l'enchevêtrement de lois qui dans les affaires de viol fait obstacle aux poursuites judiciaires sur de nombreuses réserves existe toujours. «Le Labyrinthe de l'injustice», un rapport publié en 2009 par Amnesty International, présentait les statistiques suivantes : une femme amérindienne sur trois sera violée au cours de sa vie (et ce chiffre est certainement supérieur car souvent les femmes amérindiennes ne signalent pas les viols) ; 86 pour cent des viols et des violences sexuelles dont sont victimes les femmes amérindiennes sont commis par des hommes non-amérindiens ; peu d'entre eux sont poursuivis en justice. En 2010, Byron Dorgan, alors sénateur du Dakota du Nord, a soutenu le Tribal Law and Order Act. En entérinant cette loi, le président Barack Obama a qualifié la situation d'«agression de notre conscience nationale».
J'apprécie les romans de Louise Erdrich pour leurs histoires qui se déroulant dans le Dakota informent sur la culture amérindienne.
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AgatheDumaurier
  01 septembre 2018
Ce roman fort intéressant traite trois thèmes majeurs ; je ne sais pas dans quel ordre d'importance les classer. Disons que c'est un roman d'apprentissage (le narrateur a treize ans et nous raconte un été qui a changé sa vie) dont l'action se déroule dans une réserve indienne des Etats-Unis et est centrée autour du viol de la mère du héros, Joe. L'auteure mêle avec beaucoup d'adresse les trois axes de son récit.
1988. Les Autochtones américains (il y a de nombreux termes pour désigner les Indiens, qui font polémiques, je ne m'y retrouve pas trop, d'autant plus que les Canadiens, les Américains du nord du centre et du sud ne sont pas d'accord...Je vais essayer de tous les employer.) vivent pour la majorité dans des réserves qui sont des Etats dans l'Etat. Ils ont leurs propres lois, qui s'appliquent exclusivement sur leur territoire, et selon la tribu. le père de Joe est juge, sa mère travaille sur la généalogie des familles Natives dispersées et ravagées. Un après-midi, elle rentre choquée, terrorisée : elle a été violée. Où ? Comment ? Par qui ? Pourquoi ? Autant de questions qui seraient compliquées sur le territoire fédéral (j'espère que je ne me trompe pas dans les termes) et qui deviennent quasi ingérables sur la réserve. Si le viol a eu lieu hors du territoire, c'est la loi de l'état concerné qui s'applique. Si c'est à l'intérieur, c'est le droit indien. La mère de Joe ne sait pas où elle a été violée, on lui a bandé les yeux. Ajoutez à cela le racisme des "Blancs" (terme générique pour désigner les descendants de colons européens) qui s'entraident à harceler les Indiens, et vous aurez un cocktail propre à enflammer chez Joe la flamme de la vengeance.
Un roman d'apprentissage sur l'adolescence : face à l'injustice flagrante, à l'impuissance juridique de son père, à la dépression de sa mère, qu'il ne reconnaît plus, Joe doit changer, réagir, agir. Avec ses copains. C'est l'amitié à la vie à la mort, l'aventure, le courage, la transgression, la maturité.
Une description de la réserve, ce monde hybride né des persécutions des colons européens puis de leurs descendants américains, où le catholicisme se mêle à la religion originelle, où le mode de vie occidental s'insinue partout dans les traditions tribales. Contes anciens et Alien, plumes et vélos, cheveux longs, nattés et baskets mode, alcool et trucs bizarres qui se fument, fantômes, esprits, et rationalité grecque, présages, animaux totem, sodas sucrés caféinés, rêves prémonitoires et armes à feu...Un mélange assez extraordinaire pour une civilisation que l'on a presque détruite...J'ai songé souvent en lisant à Heydrich et la solution finale, où l'historien Edouard Husson explique qu'Hitler voulait faire aux Juifs ce que les Américains ont fait aux peuples autochtones : prendre toutes leurs biens et les laisser dans des réserves (en Sibérie pour Hitler, ou à Madagascar...), les affamer...Les colons ont massacré tous les bisons, comme le rappelle un conte dans le roman...Eh oui, il ne reste pas grand chose aux Indiens d'Amérique, et même ce petit reste, il faut qu'ils se battent chaque jour pour le conserver...
Cependant Joe est la preuve que la vie est plus forte. Il mène un combat politique, mais aussi pour lui-même, en tant qu'être humain réclamant justice. Un combat cruel et dangereux, où la Nature, la Providence, qui sait quoi, se moque bien de l'histoire des peuples et rejoue tout à chaque instant, sans pitié.
Très belle réussite.
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critiques presse (4)
Bibliobs   20 décembre 2013
Roman volcanique, ardent et digne, sauvage et magnifique.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress   30 septembre 2013
Louise Erdrich montre à quel point [les indiens] restent des parias, à tous les niveaux, avant de lancer son narrateur sur les traces du coupable. Pour faire justice lui-même, malgré son jeune âge? Réponse dans ce roman où au "silence du vent" s'oppose la magie d'une parole rédemptrice, nourrie des légendes, qui rend sa dignité à un peuple humilié.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LesEchos   25 septembre 2013
En poétesse inspirée, Louise Erdrich parvient à exprimer l’indicible : les fantômes qui se cachent dans la nuit et les sentiments qui se cachent dans les cœurs. Chaque personnage est un monde, un livre, dont on tourne les pages avec bonheur. De la souillure, de la boue, Louise Erdrich l’alchimiste a fait de l’or.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LaLibreBelgique   27 août 2013
On reconnaît à Louise Erdrich une détermination farouche à changer les mentalités et les choses, au-delà du témoignage que ses romans apportent pierre après pierre. Elle en fait montre plus que jamais avec un roman à la trame savante, aux personnages (y compris secondaires) justement campés, à l’écriture fluide et décidée. National Book Award 2012, "Dans le silence du vent" résonne au-delà des mots.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
AproposdelivresAproposdelivres   30 octobre 2014
Mais je n'avais pas envie de m'arrêter, et quand il est entré dans la maison pour téléphoner à ma mère, partie à son bureau chercher un dossier, j'ai continué à tirer sur les petites racines cachées. Il n'est pas ressorti et j'ai pensé qu'il avait dû s'allonger pour faire la sieste, ce qui maintenant lui arrivait de temps à autre. On aurait pu imaginer qu'à ce moment-là, un garçon de treize ans avait mieux à faire, je me serais arrêté, mais bien au contraire. Alors que l'après-midi s'écoulait et que tout sur la réserve était gagné par le calme et le silence, il m'a paru de plus en plus nécessaire que chacun de ces envahisseurs soit tiré de là jusqu'à l'extrême bout de sa racine, où se concentrait toute la croissance vitale. Et il me semblait tout aussi nécessaire de faire un boulot méticuleux, comparé à tant de mes tâches mal terminées.
Aujourd'hui encore, je m'étonne de la vigueur de ma concentration. Je glissais les dents de mon outil le plus près possible le long de la pousse. Chaque petit arbre exigeait une stratégie propre. Il était presque impossible de ne pas le briser avant que ses racines puissent être retirées intactes de leur cachette tenace.
J'ai fini par abandonner, je suis entré en catimini dans la maison et me suis glissé dans le bureau de mon père. J'ai ris l'ouvrage de droit que mon père appelait La Bible. Le Manuel de droit fédéral indien de Félix S. Cohen. Mon père l'avait reçu des mains de son père ; la reliure rouille était éraflée, le long dos craquelé, et chacune des pages comportait des commentaires manuscrits. Je tentais de me familiariser avec la langue désuète et les perpétuelles notes de bas de page. Mon père, ou mon grand-père, avait mis un point d'exclamation p. 38, à côté de l'affaire en italiques qui m'avait naturellement intéressé, moi aussi : États-Unis contre 43 gallons de whisky. Je suppose que, comme moi, l'un d'eux avait trouvé ce titre ridicule. Malgré tout j'analysais l'idée, introduite dans d'autres affaires et confortée par celle-ci, que nos accords conclus avec le gouvernement étaient semblables à des traités conclus avec des nations étrangères. Que la grandeur et la puissance dont parlait Mooshum, mon grand-père, n'avaient pas entièrement disparu, car elles étaient, du moins dans une certaine mesure que je voulais connaître, encore protégées par la loi.
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MarpleMarple   02 octobre 2015
Alors que leurs critères moraux appliqués au reste du monde étaient stricts, ils savaient toujours trouver des excuses à leurs défauts personnels.
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1967fleurs1967fleurs   04 novembre 2016
De tout mon être, je voulais revenir au temps d'avant tout ce qui était arrivé. Je voulais rentrer dans notre cuisine qui sentait bon, m'asseoir à la table de ma mère avant qu'elle ne m'ait frappé et avant que mon père n'ait oublié mon existence.
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PickItUpPickItUp   19 juillet 2017
Voilà quoi, papa ? ai-je demandé d'un ton prudent. Comme on s'adresserait à quelqu'un qui délire.
Il a frotté ses pattes grises et dégarnies.
Voilà la loi indienne.
J'ai hoché la tête et regardé l'édifice de couteaux et de couverts posés au somet du ragoût affaissé.
O.K., papa.
Il a désigné le bas de la composition et m'a regardé en haussant les sourcils.
Euh, des décision de justice pourries ?
Tu as fourré ton nez dans le vieux Manuel Cohen de mon père. Tu seras juriste si tu ne finis pas en prison.
Il a donné un petit coup dans les nouilles noires pelucheuses. Prends Johnston contre McIntosh. Nous sommes en 1823. Les Etats-Unis ont cent quarante-sept ans, et le pays tout entier est fondé sur la volonté de s'emparer des terres indiennes aussi vite que possible et d'autant de façons qu'on puisse humainement le concevoir. La spéculation foncière est la Bourse de l'époque. Tout le monde est dans le coup. Georges Washington. Thomas Jefferson. Tout comme John Marshall, le président de la Cour suprême, qui a rédigé la décision dans cette affaire et bâti la fortune familiale. La folie foncière est impossible à gérer par le gouvernement naissant. Les spéculateurs acquièrent des droits sur des terres indiennes détenues par traité et sur des terres dont les Indiens sont encore les propriétaires et les occupants - les Blancs parient littéralement sur la variole. Etant donné les pattes qu'il a fallu graisser sans vergogne pour que cette douteuse affaire passe en justice, une affaire plaidée par rien moins que Daniel Webster, la décision a été surprenante. Ce n'est pas la décision elle-même, qui continue d'être dégueulasse, ce sont les obiter dicta, la formulation incidente aditionnelle de l'avis. Le président Marshall a fait tout ce qu'il a pu pour retirer tout droit indien sur toutes terres vues - c'est-à-dire, "découvertes" - par des Européens. Au fond, il a perpétué la doctrine médiévale de la découverte en faveur d'un gouvernement qui était soit-disant fondée sur les droits et les libertés de l'individu. Marshall a investi le gouvernement du droit absolu à la terre et n'a donné aux Indiens rien de plus que le droit à l'occupation, un droit qui pouvait leur être retiré à tout moment. Et encore aujourd'hui, ses termes sont utilisés pour continuer à nous déposséder de nos terres. Mais ce qui exaspère particulièrement l'être doué d'intelligence, c'est que le langage dont il s'est servi subsiste dans la loi, à savoir que nous étions des sauvages tirant notre subsistance de la forêt, et que nous laisser nos terres c'était laisser une nature sauvage inutilisable, que notre caractère et notre religion sont d'une valeur tellement inférieure que le génie supérieur de l'Europe doit assurément prendre l'ascendant, et ainsi de suite.
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kathelkathel   07 janvier 2014
Il a parlé d’un ton très calme et raisonnable, et expliqué pourquoi nous avions besoin de Pearl.
Joe, nous avons besoin d’un chien de garde. Il y a un homme que nous soupçonnons. Mais il a filé. De sorte qu’il pourrait être n’importe où. Ou si ce n’est pas lui, le véritable agresseur pourrait toujours se trouver dans les parages.
J’ai posé une question genre police à la télé :
Quelle preuve avez-vous que c’est ce type-là ?
Mon père a envisagé de ne pas me répondre, je l’ai bien vu. Mais il a changé d’avis. Il a eu du mal à prononcer certains mots.
Le coupable ou le suspect… l’agresseur… a laissé tomber une pochette d’allumettes. Les allumettes venaient du terrain de golf. Celles qu’on donne à l’accueil.
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Videos de Louise Erdrich (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louise Erdrich
Rencontre avec Louise Erdrich et Naomi Fontaine.
Louise Erdrich d'origine ojibwe est une écrivaine confirmée et à succés qui vit aux États-Unis. Naomi Fontaine, jeune auteure Innue de Uashat, vit au Canada. Elles évoquent dans leurs textes la vie des descendants des Indiens d'Amérique. Leurs romans, nouvelles et récits, saisissent le lecteur et l'entraînent dans des univers exotiques et pourtant proches de nous. Cette rencontre est organisée en amont du festival America, qui fait la part belle aux auteurs autochtones du continent américain.
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