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EAN : 9782213653945
247 pages
Éditeur : Fayard (30/09/2009)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Cet essai débute comme un récit : à la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims, sa ville natale, et retrouve sa famille avec laquelle il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Observant avec sa mère des photos du passé, il revoit avec stupeur le monde ouvrier dans lequel il a grandi. Mais plutôt que de fuir à nouveau son milieu d'origine, il décide de se plonger dans son passé pour tenter de se le réapproprier. En reconstituant l'histoire de sa fa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Andaluz
  10 octobre 2015
Didier Eribon est un transfuge de classe. Ce qui signifie que grâce à l'école et ses brillantes études il a pu effectuer un passage d'une classe sociale dite défavorisée milieu de naissance ouvrier à un milieu dit intellectuel.
Sa trajectoire montre bien qu'il ne suffit pas toujours de briller scolairement et que malgré de bonnes notes à l'école si on ne bénéficie pas d'un bon réseau social, d'un solide capital social et financier, l'étudiant peut voir son diplôme dévalorisé. Bref, la méritocratie républicaine a tout de même bien fonctionné pour lui puisqu'il finit par enseigner à l'université de Berkeley aux Etats-Unis.
La seule chose qui me dérange c'est le rejet qu'il manifeste envers sa famille. D'ailleurs à ce propos, j'ai lu un article d'un jeune étudiant d'origine modeste qui a fréquenté Sciences Po. Lui aussi s'est retrouvé ballotté par deux univers ou comme l'huile et l'eau ne se mélangent pas. Par contre, sa force de caractère a été d'affirmer au milieu d'étudiants issus de la bourgeoisie qu'en aucun cas ses souvenirs d'enfance ne valaient rien ou étaient de moins bonne qualité que ceux de la bourgeoisie. Et qu'en bien même ses parents sont analphabètes cela n'enlève rien à la fierté que représente sa famille à ses yeux.
On peut "élever" à son tour ses parents. On peut à notre tour leur faire part de notre savoir pour les éclairer à notre tour. Ils peuvent eux aussi se nourrir de nos connaissances pour eux aussi s'épanouir dans leur vie.
Pourquoi les rejeter? Petit Didier Eribon a souffert de ses conditions de vie et maintenant devenus adultes il ne les fréquentent plus et n'éprouvent plus d'intérêt à leur égard. Il les rejettent à son tour et éprouve même de la honte pour dire d'où il vient.
Et bien j'ai envie de dire "Merde" à ceux qui ne m''apprécient pas pour ce que je suis mais pour ce que je représente. "Merde" à ceux qui critiquent mes parents parce qu'ils n'auraient pas les mêmes codes culturels qu'eux. "Merde" à ceux qui dénigrent ma famille! Voilà, j'aurai peut-être aimé que le livre se termine ainsi sur fond de revanche social.

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Carteroutiere
  19 octobre 2020
Un livre intéressant que j'avais déjà lu il y a quelques années. Je l'ai repris à la demande de ma fille qui voulait échanger avec moi sur la façon dont l'auteur décrit ses émotions et ses sentiments. Grosso modo, le livre comprend trois parties : les racines historiques des parents de l'auteur (et sa fratrie). le parcours de celui-ci pour se réaliser sur le plan universitaire et professionnel et enfin l'affirmation négative puis positive son homosexualité.
Sur la première partie, je ressens la profonde influence de Bourdieu et de son déterminisme social et historique. Tout en comprenant le poids qui pèse sur les épaules de l'auteur, je préfère la remarque de sa mère qui attire son attention sur son libre arbitre. Cela ne signifie pas que tout dépend de chacun, mais qu'il y a un juste équilibre : tant son père (en devenant agent de maîtrise) que sa mère avec ses cours d'informatique ont cherché à en sortir, sans grand succès malheureusement, mais ils ont eu au moins et le mérite d'essayer et de donner tous les atouts à l'auteur pour tenter sa chance.
Dans la seconde partie, l'auteur aura lui cette chance, ayant fini ses études de trouver une voie hors le professorat et de faire une carrière hors pair. C'est le milieu qu'il fréquentait qui lui donna par chance le bon contact.
Ayant lu ce livre après le vie et destin de Vassili Grossman, j'ai pu apprécier la part du destin et celle de la chance dans toute ta vie.
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isabelledesage
  23 juin 2019
Livre en cours de lecture, je ne peux m'empêcher de partager ma joie à avoir rencontré cet auteur qui traite d'un sujet qui me tient à coeur : les transclasses.
Comme Annie Ernaux, l'auteur évoque son appartenance à une classe sociale ouvrière et celle dont il fait partie au moment de l'écriture du livre : les intellectuels. D'une écriture incisive, structurée, l'auteur nous fait part de sa réflexion sur ces deux deux mondes, et la difficulté à trouver sa place. Didier Eribon offre également beaucoup de citations philosophiques et littéraires, c'est une pure merveille.
Je promets prochainement une critique digne de ce nom.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
AndaluzAndaluz   10 octobre 2015
"Ce qui allait de soi pour les autres, il me fallait le conquérir jour après jour, mois après mois, au contact quotidien d'un type de rapport au temps, au langage et aussi aux autres qui allait profondément transformer toute ma personne, mon habitus, et me placer de plus en plus en porte-à-faux avec le milieu familial que je retrouvais chaque soir. Pour le dire simplement: le type de rapport à soi qu'impose la culture scolaire se révélait incompatible avec ce qu'on était chez chez moi, et la scolarisation réussie installait en moi, comme une de ses conditions de possibilité, une coupure, un exil même, de plus en plus marqués, me séparant peu à peu du monde d'où je venais et où je vivais encore. Et comme tout exil, celui-ci contenait une forme de violence ... Pendant plusieurs années, il me fallut passer d'un registre à l'autre, d'un univers à l'autre, mais cet écartèlement entre les deux personnes que j'étais, entre les deux rôles que je devais jouer, entre mes deux identités sociales, de moins en moins liées l'une à l'autre, de moins en moins compatibles entre elles, produisait en moi une tension bien difficile à supporter et, en tout cas, fort déstabilisante".


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isabelledesageisabelledesage   17 juin 2019
Il est toujours vertigineux de voir à quel point les corps photographiés du passé, peut-être plus encore que ceux en action et en situation devant nous, se présentent immédiatement au regard comme des corps sociaux, des corps de classe. Et de constater à quel point également la photographie comme "souvenir", en ramenant un individu -moi, en l'occurrence- à son passé familial, l'ancre dans son passé social. Le sphère du privé, et même de l'intime, telle qu'elle ressurgit dans de vieux clichés, nous réinscrit dans la case du monde social d'où nous venons, dans des lieux marqués par l'appartenance de classe, dans une topographie où ce qui semble ressortir aux relations les plus fondamentalement personnelles nous situe dans une histoire et une géographie collectives (comme si la généalogie individuelle était inséparable d'une archéologie ou d'une topologie sociales que chacun porte en soir comme l'une de ses vérités les plus profondes, si ce n'est la plus consciente).
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isabelledesageisabelledesage   08 août 2019
[…] les rituels religieux, si absurdes soient-ils, fournissaient l'occasion d'une réunion fort païenne et remplissaient donc une fonction d'intégration familiale, avec le maintien d'un lien entre les frères et les sœurs et la création d'un lien entre leurs enfants -mes cousins et cousines-, et aussi la réaffirmation concomitante d'un entre-soi sociale, puisque l'homogénéité, professionnelle et culturelle, de classe s'y montrait toujours totale, sans que personne sen soit écarté depuis la précédente réunion de famille. C'est sans doute ce qui m'empêchera d'assister par la suite à de telles cérémonies, notamment aux mariages de mes deux plus jeunes frères : l'impossibilité pour moi de me retrouver immergé dans ces formes de sociabilité et de culture qui m'auraient mis horriblement mal l'aise, c'est-à-dire les rites de fin de repas, quand toute la table scande "Simone, une chanson !", "René, une chanson !", chacun ayant la sienne, tantôt comique, tantôt mélodramatique, réservée à de telles circonstances, et aussi, répétées d'année en année, les mêmes plaisanteries graveleuses, les mêmes danses, les mêmes inusables bêtises, les mêmes disputes de fin de soirée […].
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isabelledesageisabelledesage   19 juin 2019
En effet, je n'avais pas reconnu mon père sur cette photo, prise quelque temps avant sa mort. Amaigri, recroquevillé sur lui-même, le regard perdu, il avait affreusement vieilli, et il me fallut quelques minutes pour faire coïncider l'image de ce corps affaibli avec l'homme que j'avais connu, vociférant à tout propos, stupide et violent, et qui m'avait inspiré tant de mépris. En cet instant, j'éprouvai un certain trouble, comprenant que, dans les mois, les années peut-être, qui avaient précédé sa mort, il avait cessé d'être la personne que j'avais détestée pour devenir cet être pathétique : un ancien tyran domestique déchu, inoffensif et sans forces, vaincu par l'âge et la maladie.
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isabelledesageisabelledesage   19 juin 2019
En effet, je n'avais pas reconnu mon père sur cette photo, prise quelque temps avant sa mort. Amaigri, recroquevillé sur lui-même, le regard perdu, il avait affreusement vieilli, et il me f
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Videos de Didier Eribon (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Didier Eribon
Quelle est la place des artistes et des intellectuels dans le débat public, politique et social ? Didier Eribon, philosophe et sociologue, auteur de l'essai autobiographique "Retour à Reims" est notre invité, rejoint en deuxième partie par la comédienne Irène Jacob.
Pour en savoir plus : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/didier-eribon-itineraire-dun-intellectuel-engage
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