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ISBN : 9791097270193
Éditeur : Leha (18/05/2018)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 122 notes)
Résumé :
Saigné à blanc par des luttes intestines, d’interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le Seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire Malazéen frémit de mécontentement.

Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit. Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule sorcière survivante de la 2e Légion, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représent... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Apophis
  18 janvier 2016
Hors-norme
Les jardins de la lune est le premier tome d'une… décalogie signée Steven Erikson, auteur canadien de Fantasy et de SF. le monde imaginaire dans lequel le cycle prend place a été co-créé avec Ian Cameron Esslemont, qui a publié sa propre série de livres s'y déroulant également (les deux auteurs ont collaboré au scénario de la totalité des livres, ce qui fait que tous sont considérés sur le même plan en terme de canonicité). La publication de la saga principale s'est étendue (en VO) de 1999 à 2011, et le cycle a fait l'objet de trois tentatives de traduction en français, la première en 2007 chez Buchet / Chastel (tome 1), la seconde en 2007-2008 chez Calmann-Lévy (tome 1 + tome 2 -coupé en deux livres-), et enfin la troisième en 2018 chez Leha, qui a l'ambition de faire paraître l'intégralité des dix tomes dans la langue de Molière. Dans cette critique, c'est la traduction Calmann-Lévy que j'examine : tout problème de traduction, de relecture ou autre particularité de l'édition que je signale ne doit donc pas être imputé à celle signée Leha.
Cette saga est totalement hors-normes sur bien des plans, que je vais essayer de dégager dans ce qui suit. Elle est largement reconnue comme une des oeuvres majeures de la Fantasy des vingt dernières années, voire de la Fantasy tout court. Ce premier roman va être exigeant pour la majorité des lecteurs en raison de la densité de son intrigue, de son univers et du nombre de personnages, mais vous trouverez difficilement plus ambitieux à lire dans le genre, ou un cycle qui propose un tel impact émotionnel (à ce titre, la fin du tome 2, par exemple, est proprement extraordinaire). Ainsi, je ne saurais trop vous conseiller de lui donner sa chance car sinon, vous allez vraiment rater quelque chose d'unique.
Le cycle dans son ensemble, conception et particularités
Les jardins de la lune n'est que le premier tome (et aussi incroyable que cela puisse paraître, le plus petit) du cycle dit du Livre Malazéen des glorieux défunts / Livre des martyrs (selon la traduction à laquelle vous avez affaire), qui en compte dix (plus une série dérivée de six tomes écrite par le co-créateur de cet univers).
Cet univers a été créé en tant que monde de jeu de rôle (Advanced Dungeons & Dragons puis GURPS) dix ans avant l'écriture de ce tome 1 (et celui-ci ayant été publié sept ans après son écriture, l'univers a eu encore plus de temps pour se développer entre le tome 1 et les suivants). Sa profondeur, sa cohérence, la taille de son historique (300 000 ans !) mais aussi sa complexité sont exceptionnelles.
Une particularité est que sur l'ensemble du cycle, il y a trois trames narratives qui s'entremêlent, ce qui fait que chaque tome n'est pas forcément la suite directe du précédent et ne règle donc pas les points d'intrigue qui restent non-résolus. La trame de ce tome 1, par exemple, ne sera pas continuée avant les tomes 3 et… 8. le tome 2, donc, traite d'événements différents (mais connexes, évidemment).
L'univers
L'univers est assez particulier, et se rapproche par certains points de celui de la Compagnie noire de Glen Cook, tout en s'en éloignant sur certains autres aspects. La première particularité est l'absence des races les plus emblématiques de la Fantasy : certes, il y a des dragons, une Liche (ou quelque chose qui y ressemble beaucoup) et des morts-vivants (bien que dans les trois cas, leur traitement soit relativement inhabituel), mais il n'y a ni elfes, ni orcs, ni nains. Attention cependant, cela ne veut pas dire que les humains soient la seule race, bien au contraire : de très nombreuses races (humanoïdes, quoiqu'un gros doute subsiste pour les Moranth, peut-être des hommes-insectes cachés sous leurs armures) existent. Comme chez Lovecraft ou Karl Edward Wagner, l'humain n'est ni le premier, ni le dernier des maîtres du monde, et des races anciennes, disparues ou mourantes, sont décrites. Il existe aussi de nombreuses races en phase ascendante ou au pic de leur puissance à l'époque du récit, qui partagent le monde avec les humains. Alliées, neutres ou ennemies, leurs relations complexes avec diverses nations humaines sont un point important de l'intrigue.
Comme chez G.R.R Martin, les humains se battent aussi entre eux : la plupart des protagonistes du roman sont des militaires ou des officiels de l'Empire Malazéen, une force énorme qui balaye et annexe méthodiquement nations, ligues de cités-Etats et continents. Cependant, un aspect à retenir est qu'un changement brutal à la tête de l'empire, les purges qui en ont résulté et la lassitude de campagnes militaires incessantes (sans parler de la grogne des peuples conquis) font que la rébellion gronde au sein des troupes d'élite Malazéennes, notamment chez les Brûleurs de ponts. Cette unité prestigieuse de la Deuxième Armée a le double tort d'avoir la réputation d'être celle ayant eu la confiance la plus absolue de l'ancien empereur et aussi de comprendre Whiskeyjack, l'ancien général devenu simple sergent car en disgrâce auprès de la nouvelle Impératrice.
Les intrigues, politiques ou autres, ne s'arrêtent pas aux Malazéens, mais s'étendent aussi à leurs prochaines victimes : nous suivons ainsi celles qui agitent la ville de Darujhistan, la prochaine à subir l'ouragan Malazéen. Ses hommes de pouvoir, politique / officiel ou occulte (dans tous les sens du terme), vont ainsi comploter pour obtenir une place de choix dans le Nouvel ordre Malazéen à venir, ou au contraire pour assurer les alliances visant à éviter la conquête.
La magie
La magie est omniprésente dans ce tome 1 : comme dans La compagnie noire, des magiciens sont intégrés dans chaque unité militaire Malazéenne, et nombre de leurs adversaires ou plus généralement des protagonistes ou des personnages secondaires sont des mages, des Grands mages, alchimistes ou enchanteurs.
Sa conception est très particulière, et basée sur la notion de Labyrinthes : il s'agit d'un concept assez complexe (mais aussi un peu flou), quelque chose qui se trouve à la fois à l'intérieur du sorcier (comme un schéma d'énergie) mais qui a aussi une existence propre, une sorte d'espace extra-dimensionnel flottant quelque part à proximité du Chaos. Entrer dans son labyrinthe permet soit de se cacher, soit de parcourir en peu de temps d'énormes distances dans le monde réel (un peu comme le concept bien connu d'Hyper-espace en SF). C'est dangereux, cependant, car on peut y faire de mauvaises rencontres (créatures surnaturelles, mages ennemis, dieux ou leurs serviteurs) ou s'approcher un peu trop du Chaos et s'y brûler les ailes.
Globalement, ce concept de Labyrinthe m'a semblé relativement proche par certains côtés de la Marelle et du Logrus chez Roger Zelazny, dans son cycle des Princes d'ambre (si vous ne connaissez pas cette série de dix romans, jetez-vous dessus, au moins sur les 5 premiers). Cette impression est renforcée par l'importance donnée au Jeu de Dragon, sorte de Tarot divinatoire rappelant également par certains côtés les Atouts d'Ambre.
Il existe de nombreux labyrinthes, chacun portant un nom et donnant accès à une forme particulière de magie : de guérison, de la lumière, de l'ombre, etc. Certains Labyrinthes sont spécifiques à une race donnée, d'autres sont « perdus », et au moins un à un statut semi-légendaire et une existence réelle qui reste à prouver. le nombre de Labyrinthes maîtrisés (ainsi que le degré de maîtrise) est ce qui définit la puissance d'un sorcier : un mage en maîtrise un, un Grand Mage deux ou trois, un Mage hors-normes encore plus. Parfois, au contraire, la maîtrise d'un seul Labyrinthe, ancien ou exotique, peut donner un énorme avantage sur un mage adverse : la magie Tellann des T'lan Imass, par exemple, étouffe celle des autres Labyrinthes, la rendant inutilisable.
Il existe d'autres pratiques occultes, comme l'invocation de démons, l'alchimie (poudre anti-magie, etc) ou ces sorts de transfert d'âme qui auront une telle importance dans l'histoire.
En plus de sa conception assez inhabituelle, la magie a, dans cet univers, une ampleur quasiment inégalée, à part à la rigueur dans la Fantasy épique la plus débridée : certains des antagonistes sont si puissants qu'ils rasent une colline ou font jaillir un volcan d'un vague geste de la main, au prix d'une dépense infinitésimale de leur monstrueux pouvoir. Ça, cher(e) lecteur / lectrice, c'est de la magie à grand spectacle, à gros budget pourrait-on dire. Les affrontements ou déchaînements magiques d'envergure sont légion dans le récit, et les mages utilisent en permanence un tel arsenal de sorts que cela donne presque un côté super-héroïque à la chose parfois. Songez par exemple aux scènes dans Darujhistan dans lesquelles des sorciers se traquent, protégés par des sorts de chute libre, d'invisibilité et des champs d'énergie, en volant dans les airs et en lançant des éclairs d'énergie magique avec leurs mains !
Dieux & Déesses
Une autre particularité à grand spectacle est l'omniprésence des divinités dans l'intrigue. Que ce soit personnellement, par le biais de serviteurs, de don d'artefacts de pouvoir (épée, pièce de monnaie modifiant les probabilités, etc) ou même en possédant un corps mortel, les interventions divines sont omniprésentes dans le récit. Chaque Ascendant cherche à augmenter, restaurer ou consolider son influence dans le complexe jeu d'intrigues qui l'oppose aux autres êtres de son niveau de puissance.
Il faut l'avouer, une telle débauche d'interventions divines et de magie de très haute puissance n'est pas franchement commune en Fantasy, même celle réputée à grand spectacle comme la High / Epic Fantasy.
Les personnages
Ils sont très, très, très nombreux. le Dramatis Personæ fait quatre pages, auxquelles vous pouvez encore en ajouter une, celle des dieux et de leurs serviteurs, puisqu'ils interviennent personnellement dans le récit (du moins certains). Alors soyons clairs, tous n'ont pas la même importance dans l'intrigue : certes, Toc l'Ancien est cité dans les 4 pages, mais à part 2 ou 3 évocations au cours du récit, il n'apparaît pas significativement, en tout cas pas autant que son fils, Toc le Jeune.
Ce roman a d'ailleurs la réputation d'être difficile à lire justement du fait du très grand nombre de personnages, et de la caractérisation faible de certains d'entre eux (j'y reviendrai). Ce n'est que partiellement vrai. D'abord, les personnages sont présentés par « groupes », et font l'objet d'un ou plusieurs chapitres d'affilée ou avec une forte récurrence (=des chapitres qui reviennent après peu de pages / chapitres consacrés à d'autres personnages). Donc, on a le temps d'intégrer la place dans l'intrigue et les particularités d'untel ou d'unetelle.
Mais pour être honnête, ça concerne un très gros tiers du roman. A partir d'un certain point, lorsque l'intrigue commence à se déplacer vers Darujhistan, les nouveaux personnages apparaissent plus rapidement, on a moins de temps pour les intégrer, et surtout les destinées des différents « groupes » de personnages que nous connaissions jusque là commencent à s'entremêler, non plus au niveau du chapitre mais du paragraphe, de plus en plus rapidement jusqu'à la fin.
Au final, il faut rester très concentré, et surtout, c'est mon conseil, lire ce livre aussi vite que possible. En clair, si vous lisez 10 pages tous les soirs, c'est foutu, vous allez avoir du mal à suivre. Il faut vraiment s'y attaquer à un moment où vous disposez de temps pour lire et tenter d'en lire autant que possible à chaque séance de lecture (ce qui n'est pas toujours facile vu la densité et la complexité de l'intrigue). L'idéal est de le lire en 3-4 jours, de façon à avoir tous les éléments d'intrigue / les personnages bien en tête à chaque fois.
Mais bon, pour tout dire, j'ai un peu de mal avec les critiques qui considèrent que c'est très difficile à lire du fait du grand nombre de personnages : dans ce cas là, d'autres cycles de Fantasy réputés, au premier rang desquels se trouve sans le moindre doute le Trône de Fer, sont au moins aussi difficiles à lire (sinon plus), et pourtant ça n'empêche pas des légions de lecteurs de les lire et de les apprécier. Bref, il me semble que le cycle Malazéen n'est pas jugé selon les mêmes critères que d'autres, et ça, ça m'ennuie.
Selon certains, les personnages sont mal caractérisés : j'ai envie de dire que vu leur nombre et étant donné la taille du livre (580 pages), c'était assez inévitable. Pourtant, ce genre d'affirmation me paraît peu nuancé : oui, certains personnages sont transparents ou difficilement discernables d'autres du même genre, mais en même temps, comment rendre marquants les x soldats de base d'une unité militaire ? D'autre part, vu l'ampleur du dramatis personæ, je trouve que l'auteur s'en est plutôt bien tiré, réussissant à donner avec peu de caractéristiques ou de temps d'exposition une identité puissante à certains protagonistes. D'ailleurs, il faut avouer qu'il y a vraiment de l'originalité dans la galerie de personnages, jugez plutôt : Hairlock, le mage-Pinocchio (vous comprendrez en lisant le livre…), Whiskeyjack, le général devenu sergent, Mes Regrets, l'adolescente possédée par un dieu, Kruppe, le pontifiant mage-voleur qui parle de lui à la troisième personne, Tool, le mort-vivant qui a 300 000 ans, Crone, la femelle corbeau géante, génitrice et grande ancienne de sa race, et ainsi de suite.
Intrigue(s), Style, structure, clefs de l'univers
Le style est globalement agréable et évocateur (dans le genre noir / Dark Fantasy), avec quelques passages vraiment très réussis (les dialogues mettant en jeu Kruppe sont les plus intéressants). de même, l'auteur est plutôt à l'aise pour évoquer anciens peuples, civilisations perdues et arcanes mystérieuses de la magie. Les combats sont bien décrits, quoique trop courts à mon goût.
Je l'ai déjà évoqué, mais l'univers / le background a été méticuleusement construit sur une période assez inhabituelle (à part Tolkien ou Kim Stanley Robinson, j'ai un peu de mal à penser à un autre auteur avec une telle « phase préparatoire » à l'écriture), bien avant la mise en chantier du cycle, et particulièrement du tome 2 (lorsqu'il est sorti, l'univers existait déjà depuis… 18 ans !). Si on ajoute à cela le fait qu'en 580 pages, l'auteur doit vous présenter ses innombrables personnages et l'intrigue en plus de l'univers, vous vous doutez bien que l'immersion va être… brutale. Si vous êtes de ceux qui veulent qu'on leur donne dès le début les clefs de compréhension de l'univers, vous allez être déçu. Il y a des tas de références à des peuples, des nations, des civilisations ou des événements qui resteront inconnus ou quasiment du lecteur. Il y a des tas d'éléments de vocabulaire propres à cet univers à assimiler (jetez un coup d'oeil à la fin du livre, au fait, ça peut aider, surtout pour les Labyrinthes et les Dieux…). Bref, si vous détestez « ne rien comprendre » (j'exagère volontairement) pendant une bonne partie d'un roman, fuyez, pauvres fous, ce livre n'est pas fait pour vous. En revanche, si vous êtes un vétéran de Dune et d'Hypérion, ça ne vous posera pas de problèmes insurmontables.
La structure est linéaire sur un certain plan, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'alternance flash-back / présent comme on peut en voir parfois. Par contre, comme je l'ai déjà évoqué, plus le roman avance, plus les intrigues à priori séparées jusque là s'entremêlent (comme chez Peter Hamilton par exemple). Est-ce que c'est difficile à lire ? Oui et non. C'est le nombre de personnages et le mal qu'on a à en différencier certains qui posent un certain problème, pas l'entremêlement des intrigues qui est, au contraire, clair et intéressant. Beau sens du rythme d'ailleurs à ce niveau de la part de l'auteur, les révélations et les pièces du puzzle se mettent en place avec un très bon timing.
Sur un plan plus général, le rythme est relativement tranquille au début du roman, puis subit une accélération brutale pour ne plus jamais ralentir.
La fin ne règle pas tout, loin de là, mais rappelez-vous que cette trame narrative se poursuivra dans les tomes 3 et 8, donc ne sortez pas les torches et les fourches tout de suite.
Au final
Au final, on se retrouve avec une sorte de Dark Fantasy épique politico-militaire. Épique non pas par la nette dichotomie bien / mal (complètement brouillée ici), mais par les enjeux, les protagonistes divins et le niveau de magie mis en jeu. Dark pour des raisons évidentes liées à sa parenté avec La compagnie noire. Politique pour sa parenté avec le Trône de fer en matière de luttes externes et internes entre royaumes ou factions, et militaire parce qu'on se retrouve avec un équivalent Fantasy de la SF militaire, encore une fois dans la lignée de l'oeuvre de Glen Cook.
C'est un livre à grand spectacle, très noir, rempli à ras bord de sorcellerie (attention, sorcellerie, pas magie merveilleuse, hein…), mettant en scène les dieux, mais où on suit aussi dans la boue, la crasse et le sang des troufions de base (ou presque).
C'est réputé très difficile (voire pénible, selon certains) à lire, notamment à cause de la multitude des personnages et de l'extrême richesse de l'univers, et honnêtement, on ne peut pas dire que ce soit entièrement faux. D'un autre côté, c'est plus intéressant qu'un nombre faramineux d'autres romans ou cycles de Fantasy, mais du coup, ça va se mériter. Personnellement, je préfère en baver mais avoir un monde et une intrigue riches que lire pépère et avoir oublié un roman au bout d'une semaine.
Bref, selon votre profil de lecteur, ce sera soit un chef-d'oeuvre, soit à fuir impérativement. C'est le genre de roman et de cycle polarisant, qui génère rarement des relations contrastées mais plutôt très dichotomiques : on vénère ou on déteste.
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boudicca
  25 novembre 2018
S'il y a bien un auteur dont j'attendais avec impatience de découvrir les textes, c'est bien Steven Erikson. Considéré comme un véritable monument de la fantasy, la série des « livres malazéens » a pourtant eu bien du mal à nous parvenir en France : Calman Levy s'était par exemple essayé à une traduction il y a quelques années, avant de finalement abandonner le projet au bout du deuxième tome (sur les dix que comporte la série en version originale). Ce sont les éditions Léha qui reprennent aujourd'hui le flambeau avec une nouvelle traduction signée Emmanuel Chastellière, une très belle couverture de Marc Simonetti, et la promesse de la parution d'un tome environ tous les six mois. Sacré pari donc, mais le jeu en vaut-il la chandelle ? En ce qui me concerne, je ressors de cette lecture avec une grande admiration pour l'ambition de l'auteur et la richesse de son oeuvre, même si je dois avouer que ce n'est pas pour autant l'immense coup de coeur auquel je m'attendais. L'auteur explique dans la préface du roman que « en commençant par les Jardins de la Lune, les lecteurs vont soit adorer, soit détester. Il n'y a pas d'entre-deux ». Or, si je suis pour ma part très loin d'avoir détestée l'oeuvre (bien au contraire), je ne peux pas non plus dire qu'elle m'ait totalement subjuguée. Certains éditeurs adorent faire des parallèles entre le roman qu'ils veulent promouvoir et des mastodontes du genre (à tort, bien souvent), mais dans le cas d'Erikson on ne peut s'empêcher de penser à quantité d'autres oeuvres majeures de la fantasy, qu'il s'agisse de « Game of thrones » de G. R. R. Martin (pour les personnages), du « Cycle des Princes d'Ambre » de Zelazny (pour la magie), et surtout des « Annales de la Compagnie noire » de Glen Cook (pour le mode de narration et le ton). Autant dire qu'avec de telles influences, ce premier tome du « Livre des martyrs » place la barre très haut. C'est d'ailleurs à la fois sa plus grande qualité, mais aussi son plus grand défaut. le roman mérite en effet incontestablement sa réputation et se révèle assez difficile d'accès : voilà typiquement le genre de roman qu'il faut lire concentré et d'une traite, pour ne pas perdre le fil (chose que je n'ai malheureusement pas pu faire et qui explique peut-être mon ressenti mitigé).
La préface réalisée par l'auteur est ici très utile puisqu'elle nous permet de retracer la genèse de l'univers malazéen. On apprend ainsi qu'il s'agit du fruit d'un travail réalisé avec un autre auteur, Ian C. Esslemont (qui a lui aussi écrit des textes sur le sujet comme la série « A novel of the Malazan Empire »), et que les bases de l'univers sont nées d'un jeu de rôle, avant d'évoluer vers un script de long métrage. L'auteur parle également des nombreux refus qu'il a du essuyer avant de pouvoir publier son travail (sous prétexte que l'oeuvre était « trop ambitieuse »), jusqu'à sa décision de proposer le texte tel qu'il souhaitait l'écrire. Pas de compromis, donc : Steven Erikson nous plonge dans son univers sans aucune explication, très peu de contextualisation, et c'est au lecteur de faire de son mieux pour surnager et comprendre ce qui est en train de se jouer. le début est ainsi particulièrement déroutant, l'auteur parvenant à titiller immédiatement notre curiosité sans pour autant nous fournir de véritables repères auxquels nous raccrocher. Et puis, petit à petit, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place : on comprend qu'on a affaire à un empire qui s'est lancé il y a des années à la conquête d'un autre continent que le sien (Genabackis) et qui grignote inexorablement du terrain sur les cités libres dont le nombre ne cesse de diminuer. Parmi elles, une ville attise particulièrement la convoitise de l'impératrice malazéenne : Darujhistan, la plus grande et la plus influente de toutes. On alterne tout au long du roman entre chacun de ces deux camps, même s'il apparaît évident que la plupart des personnages ont d'autres objectifs et obéissent à d'autres forces. L'objectif de l'impératrice malazéenne et de ses représentants n'est ainsi clairement pas le même que celui des Brûleurs de Ponts, unité d'élite de l'empire envoyée en mission suicide à Darujhistan (il se trouve que leur meneur était un ancien fidèle du précédent empereur…). de même, les dirigeants de Darujhistan ne sont pas forcément ceux que l'on croit, et il apparaît évident que la guilde des assassins, les membres du Conseil, les mages ou encore la mystérieuse Anguille ne défendent pas du tout les mêmes intérêts.
On est ainsi très loin du classique face à face manichéen opposant « méchants envahisseurs » et « gentils rebelles » ! Chez Steven Erikson les choses sont bien plus compliquées que cela, et les enjeux ne cessent d'évoluer à mesure que l'intrigue avance et que de nouveaux joueurs rejoignent la partie. L'auteur parvient à maintenir le suspens tout au long des six cents pages, puisqu'on ne sait jamais si un nouvel élément ne va pas venir totalement bouleverser l'intrigue et rebattre toutes les cartes. le procédé a le mérite de maintenir constamment le lecteur en halène, mais aussi de le faire cogiter ! On ne cesse en effet de se creuser les méninges à essayer de cerner tous les enjeux, comprendre les motivations des personnages, et surtout à tenter de prévoir le coup suivant (sans succès, bien souvent). L'exercice est très agréable mais a malheureusement aussi ses limites, chose qu'on remarque essentiellement dans le dernier quart du roman dans lequel on assiste à un véritable défilé de « gros méchants ». Les cinquante dernières pages ne se résument ainsi (presque) qu'à une succession de duels / combats opposant un ou des personnages à une puissante entité possédant des pouvoirs hors du commun. Si je n'ai d'ordinaire rien contre ce type de scènes, c'est ici leur caractère répétitif qui finit par poser problème, d'autant plus que l'affrontement a tendance à toujours finir de la même manière (retour sous une autre forme ou fuite de l'adversaire). Mis à part ce bémol, il faut avouer que le reste de l'intrigue tient extrêmement bien la route, l'auteur se plaisant à imbriquer des intrigues dans des intrigues, le tout formant finalement un seul et même motif qui n'a pas fini de se complexifier au fil des tomes.
D'ailleurs, en matière de complexité, il n'y a pas que l'intrigue qui se révèle difficile à cerner. Steven Erikson ne prend en effet que rarement la peine d'introduire les différentes espèces ou factions amenées à jouer un rôle dans son histoire. Or il y en a beaucoup ! Il ne vous suffira pas ainsi d'identifier les différents groupes appartenant à l'Empire ou à la cité libre (Brûleurs de ponts, commandement impérial, cabale, conseil, guilde…), mais aussi toutes les races et créatures évoluant dans leur sillage : Tistes Andii, T'lan Imass, Eleint, Molosse et bien d'autres. Autant dire qu'il vous faudra un petit temps d'adaptation avant d'intégrer tous ces éléments. Outre les différents protagonistes, il vous faudra aussi vous familiariser avec le système de magie mis en scène ici. Or, là encore, l'auteur s'est montré particulièrement ambitieux. La magie constitue ici un élément essentiel de l'univers malazéen, chaque camp possédant plusieurs mages capables de manipuler une ou plusieurs « garennes » (des espèces de passages qui libèrent une grosse quantité d'énergie et que les mages peuvent utiliser pour combattre, guérir, se déplacer… mais qui sont aussi dangereuses à arpenter). Les duels de magie sont ainsi assez fréquents dans ce premier tome, donnant lieu à quantité de scènes spectaculaires au cours desquels on assiste souvent à une débauche d'effets spéciaux (ce qui est bien avec les livres, c'est que le budget est illimité !). Personnellement, c'est loin d'être l'aspect de l'univers de l'auteur que je préfère, d'autant que certaines notions demeurent pour le moment bien trop floues. En revanche, j'ai énormément apprécié le panthéon élaboré par Steven Erikson qui se plaît à faire intervenir dans les affaires des mortels des divinités appartenant à différentes « hautes maisons » (sujet que, si on en croit le glossaire présent à la fin du roman, l'auteur a pour le moment à peine esquissé). Ces interférences peuvent se manifester de bien des façons selon l'humeur ou le but recherché par le dieu concerné : cela peut se faire via un objet aussi dérisoire qu'une pièce de monnaie ou une épée, ou bien de manière plus radicale par une possession. Voilà qui n'est pas sans rajouter un peu de sel aux histoires déjà bien alambiquées des mortels !
Il reste évidemment à aborder la question des personnages dont le seul nombre témoigne (une fois encore) de l'incroyable ambition de l'auteur. Si vous n'aimez pas changer régulièrement de points de vue, et si une dizaine de protagonistes suffisent à vous donner la migraine, inutile de vous dire que « Les Jardins de la Lune » n'est pas pour vous. le dramatis personae présent en fin d'ouvrage suffit d'ailleurs à le prouver puisqu'il comprend pas moins de quatre pages pleines de personnages (et encore, c'est sans compter les dieux et les membres de leurs maisons…). Les acteurs de cette pièce sont donc très nombreux (d'où le parallèle à G. R. R. Martin) et on a dans un premier temps bien du mal à tous les identifier. Et puis on finit par cerner un peu mieux leur personnalité, on raccroche les wagons avec des informations divulguées plus tôt et on parvient finalement assez rapidement à se repérer dans toute cette foule. Certains sont évidemment bien plus développés que d'autres, et, étant donné que la plupart d'entre eux évoluent au sein d'un même groupe tout au long du récit, le lecteur a de moins en moins de mal à se repérer. Ainsi, le fait que la plupart des Brûleurs de Ponts soient par exemple relativement peu caractérisés n'empêche pas le lecteur de rapidement développer un fort sentiment d'appartenance pour l'ensemble des membres du groupe entre lesquels on sent la présence d'un véritable esprit de corps (un peu à la façon « Compagnie noire »). Même chose pour le quatuor de voleur/assassins/espion de Darujhistan qu'on prend énormément de plaisir à suivre, à commencer par le désopilant Kruppe qui possède très certainement les meilleures lignes de dialogue de ce premier tome (et le caractère le plus excentrique !). Certains protagonistes demeurent toutefois trop en retrait ou présentés de manière trop superficielle pour véritablement parvenir à s'attirer la sympathie ou l'intérêt du lecteur. C'est le cas par exemple du Seigneur de Sangdelune ou encore de l'Adjointe de l'impératrice que l'on suit pourtant de manière régulière mais qui sont loin d'avoir les scènes les plus intéressantes.
« L'ambition n'est pas un gros mot. Pissez sur les compromis. Visez le coeur. Écrivez avec vos tripes. » C'est par cette phrase que Steven Erikson conclut la préface de ce premier tome, et elle est particulièrement révélatrice du travail de l'auteur dans « Les Jardins de la Lune ». Une lecture exigeante, certes, mais qui entre-ouvre la porte d'un univers et d'une histoire comme on en a rarement vu. Inutile de vous dire que, malgré les petits détails qui ont pu me déranger ici, j'entends bien poursuivre ma lecture avec la suite de la série.
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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Alfaric
  25 octobre 2013
Cela me navre de mettre le mégacycle de Steven Erikson dans la catégorie déception, mais j'assume.
Doté de couvertures très évocatrices, de résumés qui font clairement envie, de critiques élogieuses voire dithyrambiques, et auréolé de son titre de meilleur cycle de dark fantasy de tous les temps, c'est conquis d'avance que me suis lancé dans le tome 1.
Pas convaincu du tout car malgré un potentiel de ouf l'auteur ne fait absolument aucun effort pour se rendre accessible et sans l'aide du wiki anglophone ne je serais même pas allé au bout du livre VF, c'est vous dire !
Il y a une foultitude de personnages intéressants, mais on n'a même pas de structure en POV pour suivre leur histoire. Et en plus ils n'y ont aucune tonalité : il faut toujours aller dans le who's who car on peine à les distinguer et se les représenter. du coup on se moque de leur destin et ils meurent dans notre indifférence. Et je ne parle même pas d'un grosbillisme digne d'un mauvais shonen : chaque personnage, adversaire, groupe est toujours plus puissant que celui d'avant car doté de pouvoirs de la mort qui tuent (et comme le roman fait 700 pages, on en finit plus !).
Le worldbuilding est vertigineux : en bon ethnologue l'auteur est hyperprolixe sur les moeurs et les coutumes de nombreux peuples humains, inhumains, semi-divins, divins. Mais on balance des tonnes et des tonnes d'informations qu'on peine carrément à assimiler, d'autant plus qu'on s'acharne à passer sous silence le plus important.
On nous raconte un guerre mondiale et totale fantasy qui se déroule sur plusieurs continents à plusieurs niveaux, sauf qu'à la fin du bouquin on ne sait toujours pas qui combat qui et pourquoi. On devine un empire impérialiste (oxymore) en voie de totalitarisation, mais l'auteur ne se donne même la peine d'expliquer que la chef des services secrets s'est couronnée impératrice après avoir fomenté un coup d'Etat et assassiné son prédécesseur. du coup on se retrouve on pleine purges staliniennes entre anciens loyalistes et nouveaux apparatchiks, mais ce n'est pas explicité… Comment voulez comprendre les tenants et les aboutissants des agissements des persos sans cela !
Et la montagne peut accoucher d'une souris : on tease tout le roman sur un tyran-sorcier invincible, véritable ADM magique, et on s'en débarrasse avec un telle facilité qu'on a envie de laisser tomber le livre par terre…
Et il y aussi des trucs zarbi qui sortent de nulle part (genre la maison vampire ambulante, où la magicienne qui décide de suicider en poupée vaudou…).
Le potentiel est énorme, et sans doute qu'ensuite la mayonnaise prend et que cela monte grave en puissance, mais cela n'excuse ce 1er tome qui ne ménage pas ses efforts pour rebuter les easy readers. Et vu comme c'est très compliqué à comprendre en français, ne comptez pas sur moi pour continuer en VO.
Un Glen Cook aussi ne se donne aucunement la peine de rendre ses romans accessible aux lecteurs, mais on peut s'attacher aux personnages facilement identifiables et on peut s'accrocher à l'humour noir qui fait passer la pilule (et une fois qu'on a les clés, c'est tout de suite limpide, comme "Qushmarrah" qui est une relecture des guerres puniques)
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Lutin82
  18 mars 2017
Nous baignons avec ce récit dans de la fantasy de haut vol. L'univers mis en place est non seulement exigeant – il est vrai – en terme d'attention et de concentration mais aussi particulièrement recherché et ambitieux. Nous ne sommes pas dans un roman de fantasy gnan-gnan, où la jeune et jolie fermière du coin s'envole à dos de chèvre ailée sauver le prince d'un sort atroce, ou de son beau père pré-régicide. Non, Genabackis accumule les batailles sanglantes, les luttes d'égo, les doubles allégeances, les trahisons de première main, les manifestations divines, et enfin les spectaculaires chocs magiques.
Le livre malazéen des glorieux défunts est un cycle de 10 romans, Les Jardins de la Lune en est le tome introductif. Il est clair qu'Erikson s'est fortement inspiré de la Compagnie Noire de Glen Cook. En effet, nous avons le récit d'une unité de soldats de l'Empire, des vieux briscards abîmés par les ans, les combats, les déceptions, le danger et la guerre. En prime, ils ne font pas partie du « bon camp ».
En effet, l'Empire Malazéen avec à sa tête l'Impératrice Laseen, emploie une politique d'expansion agressive, et vise une hégémonie globale sur toutes les terres habitées. Il s'est doté de moyens adéquats avec une armée chamarrée, nombreuse et expérimentée. Les pertes subies sont remplacées par un recrutement incessant dans les territoires « nouvellement » dominés. Ainsi, sa marche paraît-elle inexorable tel un tsunami dévastateur. L'auteur axe son récit autour des bridgeburners (les brûleurs de ponts), une unité du génie à qui sont confiés les missions de sape et de destruction d'ouvrages (avec force, poudre et explosions).
Présentés de cette manière, Les Jardins de la Lune paraissent plutôt classiques dans le registre de la Dark fantasy. Mais voilà, c'est un peu plus dense que ce bref résumé le laisse imaginer.
Nous avons donc un agresseur avec les malazéens et un défenseur, la ville de Pale. Très vite, cette cité libre, objet des désirs de Sa Majesté l'Impératrice, tombe dans le giron de l'Empire. Nous passons donc au prochain objectif en date de Laseen, la dernière cité libre de Genabackis : Darujhistan
Les combats les plus impressionnants ont dévoilé la présence de mages de catégories, de forces et de rangs différents (avec des Hauts Mages). Les batailles y sont spectaculaires! Les premiers protagonistes s'y illustrent de diverses manières (Tattersail, Tayschrenn, Hairlock), et les tensions déjà nombreuses indiquent une sérieuse menace de dissension au sein de cette armée. le lecteur apprendra alors que le début du règne de l'Impératrice fut quelque peu chaotique et qu'elle n'a pas que des partisans. Des jeux de dupes se mettent en place, et des éliminations s'opèrent sous le couvert du combat. Forcément, les événements sont promis à l'embrasement à plus ou moins long terme…
Les cités libres ne sont pas en reste pour les rebondissement et les jeux partisans, elles ont un allié de poids : Anomander Rake, Fils des ténèbres, Lord of the Moon's Spawn, Seigneur des Jardins de la Lune et principal adversaire de l'Empire. Accessoirement, c'est un Tiste Andi à la peau noire et chevelure blanche.
EPIQUE, vous dis-je!

Critique plus complète et illustrée sur mon blog
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Arutha
  19 mai 2019
Pour sacrifier à la tradition, je commencerai cette chronique par une mise en garde, qui se fait l'écho de toutes celles que vous pourrez trouver sur le net. Ce Livre des Martyrs (publié naguère sous le titre Livre Malazéen des Glorieux Défunts), n'est pas d'un abord facile. de l'aveu même de son auteur, ce qui a présidé en priorité à la conception de cette oeuvre c'est l'ambition. Et qui dit auteur ambitieux dit lecteur ambitieux. Disons le tout net, pour lire cette saga, il faut s'accrocher. Et s'accrocher ferme. On est loin ici d'un David Gemmell ou d'un David Eddings. Je respecte profondément l'excellent travail de ces deux grands auteurs, mais il faut reconnaître qu'ils ne sont pas réputés pour leur difficulté à les lire.
Ce qui rend si difficile l'approche du Livre des Martyrs c'est, paradoxalement, ce qui fait sa qualité première : la richesse. Cette série est tout simplement d'une richesse exceptionnelle. Il y a énormément de personnages de premier plan, énormément de peuples à découvrir, ainsi que de cultures, de traditions. Énormément de lieux (il s'agit d'un Empire après tout), de magie, de dieux, d'Histoire (oui, avec un grand H). Comme l'auteur nous plonge là dedans comme un maître-nageur sadique plongerait un enfant ne sachant pas nager dans le grand bain, imaginez les sensations. C'est exaltant autant que terrifiant.
Pour en revenir, par exemple, aux personnages, ceux-ci sont, dans ce premier tome, une bonne vingtaine. Et attention, je parle d'une bonne vingtaine dont l'importance varie entre primordiale et majeure. J'exagère à peine, voire pas du tout. Notez que ceux qui ont survécu à la lecture du génialissime Trône de Fer devraient avoir un gros avantage sur les autres. Parce que, là aussi, en terme de personnages centraux... Mais en fait même pas, ce serait trop simple. Chez Erikson, on n'a pas le temps de s'approprier un personnage que déjà, on passe à un autre. Alors du coup, forcément, irrévocablement, on finit par s'emmêler les pinceaux.
Heureusement toutefois, la plupart de ces personnages appartiennent à des groupes distincts dont on va suivre les aventures ce qui rend l'identification un poil plus facile. de plus, certains d'entre eux vont davantage marquer nos mémoires de par leur nom, leur fonction, leur grade, leur apparence physique, etc., voire un peu de tout ça. le sergent Mésengeai, le capitaine Paran, le haut-poing Dujek Unbras, l'Adjointe Lorn, Loquevoile, Mes Regrets, Crokus, Toc le Jeune, qui est borgne, Kruppe, qui a de l'embonpoint, et j'en passe. Et pour finir, pour ceux qui décrocherait quand même, il y a un glossaire en fin de volume avec tous les personnages, les lieux, les titres, les groupes, les peuples, les garennes (éléments de première importance du système de magie). Ne surtout pas hésiter à s'y référer, et souvent.
À côté de ça, le talent de conteur de Steven Erikson est tellement grand, qu'on peut suivre avec un réel plaisir les aventures des uns et des autres sans y comprendre tout. Voire sans y comprendre grand chose. D'ailleurs les personnages eux-mêmes ne comprennent pas tout ce qui se passe. Mais avec un peu de patience, on découvre que tout ce qui pouvait paraître obscur devient soudain lumineux. Enfin pas loin.
D'aucuns disent que beaucoup de personnages sont froids et par conséquent, peu attachants. Je ne suis pas si sûr de partager cette opinion. Certes, Erikson ne fait rien pour créer une véritable proximité entre nous et les protagonistes du roman. Malgré tout, je suis parvenu à m'attacher à bon nombre d'entre eux. Une chose importante à noter c'est que la quasi totalité des personnages n'a rien de détestable. Ici, pas de réels vilains dont on se surprend à souhaiter la mort dans d'atroces souffrances. Je ne dis pas qu'ils sont tous gentils et qu'on est dans un monde de bisounours, pas du tout. Nous ne sommes tout simplement pas dans un monde manichéen ou tout est soit blanc soit noir. Tout est plutôt en nuances de gris. Bon, gris clair si vous voulez, mais gris quand même. Après tout, connaissons-nous vraiment des individus à l'âme d'une noirceur absolue ? J'en doute.
Même si l'exercice ne présente qu'un intérêt limité, il peut être tentant de faire un parallèle entre le Livre des Martyrs et le Trône de Fer. Ne serait-ce que parce qu'il s'agit de deux monuments de la fantasy, voire de la dark fantasy. Ajoutons-y le Seigneur des Anneaux, et nous avons, me semble-t-il, le tiercé gagnant. Alors bon, nous sommes dans chaque cas soit dans un immense royaume soit dans un empire. Il y a des batailles, des complots. Même des dragons. Mais en dehors de ça, les deux oeuvres sont fondamentalement différentes. Parlons de ce qui distingue le Livre des Martyrs du Trône de Fer. Ici, il est assez peu fait mention des grandes familles nobles, voire quasiment pas. Les personnages centraux sont plutôt d'extraction assez modeste. Ce sont des soldats, des mages, des voleurs, des assassins (professionnels)... On est baignés à certains moments dans des intrigues politiques, mais sans excès. La magie est ici très, mais alors très, très importante. Primordiale. Originale aussi, à tel point qu'on ne comprend pas toujours bien comment ça marche en dehors du fait que les mages utilisent des "garennes", espèces de labyrinthes situés dans une autre dimension et qui servent aussi à se déplacer plus rapidement et plus discrètement. Même si c'est parfois plus dangereusement. Il y a d'autres différences mais je n'entrerai pas plus dans les détails. Une chose est sûre cependant, une adaptation en série TV aussi réussie que celle du Trône de Fer donnerait probablement lieu à une oeuvre audiovisuelle exceptionnelle. On peut rêver.
Du côté des parallèles qu'on peut être amenés à faire, j'ajouterais juste, outre le Trône de Fer des oeuvres comme : La Compagnie Noire de Glenn Cook, Les Princes d'Ambre de Roger Zelazny, voire le Cycle d'Elric de Michael Moorcock, excusez du peu.
Seul petit bémol dans ce discours dithyrambique, l'origine ludique du roman est parfois assez (trop ?) évidente. L'empire Malazéen est en effet au départ un univers de jeu de rôles. Et ça se sent. du moins est-ce l'impression que cela m'a fait. le nombre impressionnant de protagonistes, qui sont autant de personnages joueurs ou non joueurs et qui surgissent au milieu des scènes comme invoqués par un Maître de Jeu, fait parfois un peu artificiel. Mais on pardonne à l'auteur tellement tout ça participe à renforcer l'aspect dramatique de l'histoire.
Bon, vous l'avez compris, ce premier tome m'a juste emballé, scotché, embarqué, enflammé, enthousiasmé... Je vous fais grâce de tous les synonymes. Moi qui suis ce qu'on appelle, en bon français, plutôt un easy reader, je n'ai pas éprouvé les difficultés que je craignais en abordant cet ouvrage. Bien sûr, tout n'est pas limpide au premier abord, loin de là, mais le plaisir de lecture est total. Petits conseils : lire avec un maximum de concentration, ne jamais hésiter à consulter le glossaire, c'est important, ne pas se braquer dès que quelque chose nous échappe, car soit nous comprendrons plus tard, soit la compréhension n'est pas indispensable. Enfin, laissez vous porter par l'histoire.
À l'heure où j'écris ces lignes, trois tomes sont sortis. Les Jardins de la Lune, Les Portes de la Maison des Morts et Les Souvenirs de la Glace. Au rythme d'une parution tous les six mois, il reste encore quelque chose comme trois ans et demi pour avoir la totalité de la décalogie en français. Si tout se passe bien. Sachant comme il n'est (quand même) déjà pas simple de lire l'oeuvre dans sa traduction française, loin de moi l'idée de tenter l'expérience dans la langue originale. Tant pis, il va falloir s'armer de patience. Et prier pour ne pas avoir oublié tout ce qu'on a lu d'un semestre à l'autre.
Lien : http://aruthablog.blogspot.c..
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critiques presse (4)
SciFiUniverse   25 mai 2018
C'est une oeuvre ambitieuse autant du côté de l'auteur que pour le lecteur.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Actualitte   22 mai 2018
Nouveau nom, nouvelle traduction, splendide couverture… Et enfin, la chance de pouvoir dévorer ce monument sacré de l’imaginaire d’une incroyable richesse, représentation ultime de l’épique et du merveilleux.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Elbakin.net   22 mai 2018
Une entrée en fanfare dans le domaine de la fantasy, récompensé d’ailleurs par une nomination aux World Fantasy Awards en 2000, après sa sortie en langue anglaise ! Une chose est sûre : le lecteur, aguerri ou pas, est parti pour une sacrée chevauchée.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Elbakin.net   11 décembre 2013
Avec la Trilogie Kharkanas, Steven Erikson veut tenter quelque chose de nouveau et audacieux, nous faire découvrir l’univers malazéen avec un autre regard et, à l’évidence, c’est réussi. Fall of Light et Walk in Shadow viendront compléter cette pièce dramatique avec on l’espère autant, sinon plus, de talent.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
ArthasArthas   17 février 2017
- Quel est votre nom Sorcier ?
Ben le Vif hésita avant de répondre. "Ben Adaephon Delat.
- Vous êtes censé être mort, fit observer Perle. Votre nom figure à ce titre sur les rouleaux contenant la liste des Grands Mages tombés faces à l'Empire dans les Sept-Cités."
Ben le Vif regarda en l'air.
"D'autres arrivent, Perle. Tu vas devoir combattre".
Le démon leva les yeux. Au-dessus de leur tètes, de brillantes silhouettes descendaient du ciel. Cinq étaient regroupées, un sixième venait derrière. Il émanait de cette dernière une puissance telle que le sang de Ben le Vif se glaça. Elle portait dans son dos un objet long et étroit.
"Ben Adaephon Delat, dit plaintivement Perle, voyez le dernier qui arrive. Vous m'envoyez à ma mort.
-Je sais, murmura Ben le Vif.
- Alors fuyez. Je les retiendrai assez pour vous permettre de vous échapper, mais pas davantage."
Ben le Vif se laissa glisser vers le sol.
Avant qu'il disparaisse entièrement de sa vue, le Korvalah le rappela. "Ben Adaephon Delat, avez-vous pitié de moi ?
-Oui", répondit le sorcier avec douceur. Puis il se retourna et plongea dans les ténèbres.
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MineyMiney   02 mars 2019
Tayschrenn reprit doucement la parole.
- La femme nommée Lorn, cette femme qui fut une enfant, qui eut une famille...
Il posa sur l'Adjointe un regard douloureux.
- Cette femme n'existe plus. Elle a cessé d'exister le jour où elle est devenue Adjointe.
Les yeux écarquillés, Lorn dévisagea les deux hommes.
Toc vit alors leurs paroles ébranler sa volonté, briser sa colère, réduire en poussière les ultimes vestiges de son identité. Le calme glacial de l'Adjointe de l'Impératrice réapparut dans son regard. Le cœur battant, Toc comprit qu'il venait d'assister à une exécution. La dénommée Lorn avait surgi des brumes du passé pour obtenir justice et recouvrer une existence propre. Mais elle s'était vu opposer une fin de non-recevoir. Non pas par Dujek ou Tayschrenn, mais par cette chose connue sous le nom d'Adjointe.
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IJKLM__PIJKLM__P   24 juin 2018
Chaque fois que ses yeux se posaient sur elle, une part de lui pensait : « Jeune, pas désagréable à regarder, une confiance en elle qui lui confère un certain magnétisme », tandis qu’une autre partie se refermait comme une huitre. Jeune ? Il lui semblait entendre son propre ricanement afflige. Oh ! Certainement pas ! Cette souris-là devait déjà arpenter la terre dans la nuit des temps, sous une lune rouge sang.
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ArthasArthas   29 décembre 2016
Kallor dit: " J'ai parcouru cette terre alors que les T'lan Imass étaient encore des enfants. J'ai commandé des armées fortes de cent mille âmes. J'ai répandu le feu de ma colère sur des continents entiers et j'ai siégé seul sur de grands trônes. Comprends-tu ce que cela signifie ?
-Oui, dit Caladan Brood. Tu n'apprends jamais. "
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levrilevri   11 novembre 2018
Crokus hocha la tête avec conviction. Puis, levant la pièce, il en examina l'une des faces. Tu crois à la chance, Kalam?
-Non, grommela l'assassin.
Crokus eut un sourire ravi. "moi non plus." Puis il lança la pièce en l'air.
Ils la regardèrent tous deux piquer dans l'eau et, jetant un dernier éclair, disparaître sous les vagues.
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Avec Steven Erikson, Pierre Bordage et Vincent Bontems
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