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ISBN : 9791097270193
Éditeur : Leha (18/05/2018)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Saigné à blanc par des luttes intestines, d’interminables guerres et plusieurs confrontations sanglantes avec le Seigneur Anomander Rake et ses Tistes Andii, le tentaculaire Empire Malazéen frémit de mécontentement.

Les légions impériales elles-mêmes aspirent à un peu de répit. Pour le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Loquevoile, seule sorcière survivante de la 2e Légion, les contrecoups du siège de Pale auraient dû représent... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Apophis
  18 janvier 2016
Hors-norme
Les jardins de la lune est le premier tome d'une… décalogie signée Steven Erikson, auteur canadien de Fantasy et de SF. le monde imaginaire dans lequel le cycle prend place a été co-créé avec Ian Cameron Esslemont, qui a publié sa propre série de livres s'y déroulant également (les deux auteurs ont collaboré au scénario de la totalité des livres, ce qui fait que tous sont considérés sur le même plan en terme de canonicité). La publication de la saga principale s'est étendue (en VO) de 1999 à 2011, et le cycle a fait l'objet de trois tentatives de traduction en français, la première en 2007 chez Buchet / Chastel (tome 1), la seconde en 2007-2008 chez Calmann-Lévy (tome 1 + tome 2 -coupé en deux livres-), et enfin la troisième en 2018 chez Leha, qui a l'ambition de faire paraître l'intégralité des dix tomes dans la langue de Molière. Dans cette critique, c'est la traduction Calmann-Lévy que j'examine : tout problème de traduction, de relecture ou autre particularité de l'édition que je signale ne doit donc pas être imputé à celle signée Leha.
Cette saga est totalement hors-normes sur bien des plans, que je vais essayer de dégager dans ce qui suit. Elle est largement reconnue comme une des oeuvres majeures de la Fantasy des vingt dernières années, voire de la Fantasy tout court. Ce premier roman va être exigeant pour la majorité des lecteurs en raison de la densité de son intrigue, de son univers et du nombre de personnages, mais vous trouverez difficilement plus ambitieux à lire dans le genre, ou un cycle qui propose un tel impact émotionnel (à ce titre, la fin du tome 2, par exemple, est proprement extraordinaire). Ainsi, je ne saurais trop vous conseiller de lui donner sa chance car sinon, vous allez vraiment rater quelque chose d'unique.
Le cycle dans son ensemble, conception et particularités
Les jardins de la lune n'est que le premier tome (et aussi incroyable que cela puisse paraître, le plus petit) du cycle dit du Livre Malazéen des glorieux défunts / Livre des martyrs (selon la traduction à laquelle vous avez affaire), qui en compte dix (plus une série dérivée de six tomes écrite par le co-créateur de cet univers).
Cet univers a été créé en tant que monde de jeu de rôle (Advanced Dungeons & Dragons puis GURPS) dix ans avant l'écriture de ce tome 1 (et celui-ci ayant été publié sept ans après son écriture, l'univers a eu encore plus de temps pour se développer entre le tome 1 et les suivants). Sa profondeur, sa cohérence, la taille de son historique (300 000 ans !) mais aussi sa complexité sont exceptionnelles.
Une particularité est que sur l'ensemble du cycle, il y a trois trames narratives qui s'entremêlent, ce qui fait que chaque tome n'est pas forcément la suite directe du précédent et ne règle donc pas les points d'intrigue qui restent non-résolus. La trame de ce tome 1, par exemple, ne sera pas continuée avant les tomes 3 et… 8. le tome 2, donc, traite d'événements différents (mais connexes, évidemment).
L'univers
L'univers est assez particulier, et se rapproche par certains points de celui de la Compagnie noire de Glen Cook, tout en s'en éloignant sur certains autres aspects. La première particularité est l'absence des races les plus emblématiques de la Fantasy : certes, il y a des dragons, une Liche (ou quelque chose qui y ressemble beaucoup) et des morts-vivants (bien que dans les trois cas, leur traitement soit relativement inhabituel), mais il n'y a ni elfes, ni orcs, ni nains. Attention cependant, cela ne veut pas dire que les humains soient la seule race, bien au contraire : de très nombreuses races (humanoïdes, quoiqu'un gros doute subsiste pour les Moranth, peut-être des hommes-insectes cachés sous leurs armures) existent. Comme chez Lovecraft ou Karl Edward Wagner, l'humain n'est ni le premier, ni le dernier des maîtres du monde, et des races anciennes, disparues ou mourantes, sont décrites. Il existe aussi de nombreuses races en phase ascendante ou au pic de leur puissance à l'époque du récit, qui partagent le monde avec les humains. Alliées, neutres ou ennemies, leurs relations complexes avec diverses nations humaines sont un point important de l'intrigue.
Comme chez G.R.R Martin, les humains se battent aussi entre eux : la plupart des protagonistes du roman sont des militaires ou des officiels de l'Empire Malazéen, une force énorme qui balaye et annexe méthodiquement nations, ligues de cités-Etats et continents. Cependant, un aspect à retenir est qu'un changement brutal à la tête de l'empire, les purges qui en ont résulté et la lassitude de campagnes militaires incessantes (sans parler de la grogne des peuples conquis) font que la rébellion gronde au sein des troupes d'élite Malazéennes, notamment chez les Brûleurs de ponts. Cette unité prestigieuse de la Deuxième Armée a le double tort d'avoir la réputation d'être celle ayant eu la confiance la plus absolue de l'ancien empereur et aussi de comprendre Whiskeyjack, l'ancien général devenu simple sergent car en disgrâce auprès de la nouvelle Impératrice.
Les intrigues, politiques ou autres, ne s'arrêtent pas aux Malazéens, mais s'étendent aussi à leurs prochaines victimes : nous suivons ainsi celles qui agitent la ville de Darujhistan, la prochaine à subir l'ouragan Malazéen. Ses hommes de pouvoir, politique / officiel ou occulte (dans tous les sens du terme), vont ainsi comploter pour obtenir une place de choix dans le Nouvel ordre Malazéen à venir, ou au contraire pour assurer les alliances visant à éviter la conquête.
La magie
La magie est omniprésente dans ce tome 1 : comme dans La compagnie noire, des magiciens sont intégrés dans chaque unité militaire Malazéenne, et nombre de leurs adversaires ou plus généralement des protagonistes ou des personnages secondaires sont des mages, des Grands mages, alchimistes ou enchanteurs.
Sa conception est très particulière, et basée sur la notion de Labyrinthes : il s'agit d'un concept assez complexe (mais aussi un peu flou), quelque chose qui se trouve à la fois à l'intérieur du sorcier (comme un schéma d'énergie) mais qui a aussi une existence propre, une sorte d'espace extra-dimensionnel flottant quelque part à proximité du Chaos. Entrer dans son labyrinthe permet soit de se cacher, soit de parcourir en peu de temps d'énormes distances dans le monde réel (un peu comme le concept bien connu d'Hyper-espace en SF). C'est dangereux, cependant, car on peut y faire de mauvaises rencontres (créatures surnaturelles, mages ennemis, dieux ou leurs serviteurs) ou s'approcher un peu trop du Chaos et s'y brûler les ailes.
Globalement, ce concept de Labyrinthe m'a semblé relativement proche par certains côtés de la Marelle et du Logrus chez Roger Zelazny, dans son cycle des Princes d'ambre (si vous ne connaissez pas cette série de dix romans, jetez-vous dessus, au moins sur les 5 premiers). Cette impression est renforcée par l'importance donnée au Jeu de Dragon, sorte de Tarot divinatoire rappelant également par certains côtés les Atouts d'Ambre.
Il existe de nombreux labyrinthes, chacun portant un nom et donnant accès à une forme particulière de magie : de guérison, de la lumière, de l'ombre, etc. Certains Labyrinthes sont spécifiques à une race donnée, d'autres sont « perdus », et au moins un à un statut semi-légendaire et une existence réelle qui reste à prouver. le nombre de Labyrinthes maîtrisés (ainsi que le degré de maîtrise) est ce qui définit la puissance d'un sorcier : un mage en maîtrise un, un Grand Mage deux ou trois, un Mage hors-normes encore plus. Parfois, au contraire, la maîtrise d'un seul Labyrinthe, ancien ou exotique, peut donner un énorme avantage sur un mage adverse : la magie Tellann des T'lan Imass, par exemple, étouffe celle des autres Labyrinthes, la rendant inutilisable.
Il existe d'autres pratiques occultes, comme l'invocation de démons, l'alchimie (poudre anti-magie, etc) ou ces sorts de transfert d'âme qui auront une telle importance dans l'histoire.
En plus de sa conception assez inhabituelle, la magie a, dans cet univers, une ampleur quasiment inégalée, à part à la rigueur dans la Fantasy épique la plus débridée : certains des antagonistes sont si puissants qu'ils rasent une colline ou font jaillir un volcan d'un vague geste de la main, au prix d'une dépense infinitésimale de leur monstrueux pouvoir. Ça, cher(e) lecteur / lectrice, c'est de la magie à grand spectacle, à gros budget pourrait-on dire. Les affrontements ou déchaînements magiques d'envergure sont légion dans le récit, et les mages utilisent en permanence un tel arsenal de sorts que cela donne presque un côté super-héroïque à la chose parfois. Songez par exemple aux scènes dans Darujhistan dans lesquelles des sorciers se traquent, protégés par des sorts de chute libre, d'invisibilité et des champs d'énergie, en volant dans les airs et en lançant des éclairs d'énergie magique avec leurs mains !
Dieux & Déesses
Une autre particularité à grand spectacle est l'omniprésence des divinités dans l'intrigue. Que ce soit personnellement, par le biais de serviteurs, de don d'artefacts de pouvoir (épée, pièce de monnaie modifiant les probabilités, etc) ou même en possédant un corps mortel, les interventions divines sont omniprésentes dans le récit. Chaque Ascendant cherche à augmenter, restaurer ou consolider son influence dans le complexe jeu d'intrigues qui l'oppose aux autres êtres de son niveau de puissance.
Il faut l'avouer, une telle débauche d'interventions divines et de magie de très haute puissance n'est pas franchement commune en Fantasy, même celle réputée à grand spectacle comme la High / Epic Fantasy.
Les personnages
Ils sont très, très, très nombreux. le Dramatis Personæ fait quatre pages, auxquelles vous pouvez encore en ajouter une, celle des dieux et de leurs serviteurs, puisqu'ils interviennent personnellement dans le récit (du moins certains). Alors soyons clairs, tous n'ont pas la même importance dans l'intrigue : certes, Toc l'Ancien est cité dans les 4 pages, mais à part 2 ou 3 évocations au cours du récit, il n'apparaît pas significativement, en tout cas pas autant que son fils, Toc le Jeune.
Ce roman a d'ailleurs la réputation d'être difficile à lire justement du fait du très grand nombre de personnages, et de la caractérisation faible de certains d'entre eux (j'y reviendrai). Ce n'est que partiellement vrai. D'abord, les personnages sont présentés par « groupes », et font l'objet d'un ou plusieurs chapitres d'affilée ou avec une forte récurrence (=des chapitres qui reviennent après peu de pages / chapitres consacrés à d'autres personnages). Donc, on a le temps d'intégrer la place dans l'intrigue et les particularités d'untel ou d'unetelle.
Mais pour être honnête, ça concerne un très gros tiers du roman. A partir d'un certain point, lorsque l'intrigue commence à se déplacer vers Darujhistan, les nouveaux personnages apparaissent plus rapidement, on a moins de temps pour les intégrer, et surtout les destinées des différents « groupes » de personnages que nous connaissions jusque là commencent à s'entremêler, non plus au niveau du chapitre mais du paragraphe, de plus en plus rapidement jusqu'à la fin.
Au final, il faut rester très concentré, et surtout, c'est mon conseil, lire ce livre aussi vite que possible. En clair, si vous lisez 10 pages tous les soirs, c'est foutu, vous allez avoir du mal à suivre. Il faut vraiment s'y attaquer à un moment où vous disposez de temps pour lire et tenter d'en lire autant que possible à chaque séance de lecture (ce qui n'est pas toujours facile vu la densité et la complexité de l'intrigue). L'idéal est de le lire en 3-4 jours, de façon à avoir tous les éléments d'intrigue / les personnages bien en tête à chaque fois.
Mais bon, pour tout dire, j'ai un peu de mal avec les critiques qui considèrent que c'est très difficile à lire du fait du grand nombre de personnages : dans ce cas là, d'autres cycles de Fantasy réputés, au premier rang desquels se trouve sans le moindre doute le Trône de Fer, sont au moins aussi difficiles à lire (sinon plus), et pourtant ça n'empêche pas des légions de lecteurs de les lire et de les apprécier. Bref, il me semble que le cycle Malazéen n'est pas jugé selon les mêmes critères que d'autres, et ça, ça m'ennuie.
Selon certains, les personnages sont mal caractérisés : j'ai envie de dire que vu leur nombre et étant donné la taille du livre (580 pages), c'était assez inévitable. Pourtant, ce genre d'affirmation me paraît peu nuancé : oui, certains personnages sont transparents ou difficilement discernables d'autres du même genre, mais en même temps, comment rendre marquants les x soldats de base d'une unité militaire ? D'autre part, vu l'ampleur du dramatis personæ, je trouve que l'auteur s'en est plutôt bien tiré, réussissant à donner avec peu de caractéristiques ou de temps d'exposition une identité puissante à certains protagonistes. D'ailleurs, il faut avouer qu'il y a vraiment de l'originalité dans la galerie de personnages, jugez plutôt : Hairlock, le mage-Pinocchio (vous comprendrez en lisant le livre…), Whiskeyjack, le général devenu sergent, Mes Regrets, l'adolescente possédée par un dieu, Kruppe, le pontifiant mage-voleur qui parle de lui à la troisième personne, Tool, le mort-vivant qui a 300 000 ans, Crone, la femelle corbeau géante, génitrice et grande ancienne de sa race, et ainsi de suite.
Intrigue(s), Style, structure, clefs de l'univers
Le style est globalement agréable et évocateur (dans le genre noir / Dark Fantasy), avec quelques passages vraiment très réussis (les dialogues mettant en jeu Kruppe sont les plus intéressants). de même, l'auteur est plutôt à l'aise pour évoquer anciens peuples, civilisations perdues et arcanes mystérieuses de la magie. Les combats sont bien décrits, quoique trop courts à mon goût.
Je l'ai déjà évoqué, mais l'univers / le background a été méticuleusement construit sur une période assez inhabituelle (à part Tolkien ou Kim Stanley Robinson, j'ai un peu de mal à penser à un autre auteur avec une telle « phase préparatoire » à l'écriture), bien avant la mise en chantier du cycle, et particulièrement du tome 2 (lorsqu'il est sorti, l'univers existait déjà depuis… 18 ans !). Si on ajoute à cela le fait qu'en 580 pages, l'auteur doit vous présenter ses innombrables personnages et l'intrigue en plus de l'univers, vous vous doutez bien que l'immersion va être… brutale. Si vous êtes de ceux qui veulent qu'on leur donne dès le début les clefs de compréhension de l'univers, vous allez être déçu. Il y a des tas de références à des peuples, des nations, des civilisations ou des événements qui resteront inconnus ou quasiment du lecteur. Il y a des tas d'éléments de vocabulaire propres à cet univers à assimiler (jetez un coup d'oeil à la fin du livre, au fait, ça peut aider, surtout pour les Labyrinthes et les Dieux…). Bref, si vous détestez « ne rien comprendre » (j'exagère volontairement) pendant une bonne partie d'un roman, fuyez, pauvres fous, ce livre n'est pas fait pour vous. En revanche, si vous êtes un vétéran de Dune et d'Hypérion, ça ne vous posera pas de problèmes insurmontables.
La structure est linéaire sur un certain plan, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'alternance flash-back / présent comme on peut en voir parfois. Par contre, comme je l'ai déjà évoqué, plus le roman avance, plus les intrigues à priori séparées jusque là s'entremêlent (comme chez Peter Hamilton par exemple). Est-ce que c'est difficile à lire ? Oui et non. C'est le nombre de personnages et le mal qu'on a à en différencier certains qui posent un certain problème, pas l'entremêlement des intrigues qui est, au contraire, clair et intéressant. Beau sens du rythme d'ailleurs à ce niveau de la part de l'auteur, les révélations et les pièces du puzzle se mettent en place avec un très bon timing.
Sur un plan plus général, le rythme est relativement tranquille au début du roman, puis subit une accélération brutale pour ne plus jamais ralentir.
La fin ne règle pas tout, loin de là, mais rappelez-vous que cette trame narrative se poursuivra dans les tomes 3 et 8, donc ne sortez pas les torches et les fourches tout de suite.
Au final
Au final, on se retrouve avec une sorte de Dark Fantasy épique politico-militaire. Épique non pas par la nette dichotomie bien / mal (complètement brouillée ici), mais par les enjeux, les protagonistes divins et le niveau de magie mis en jeu. Dark pour des raisons évidentes liées à sa parenté avec La compagnie noire. Politique pour sa parenté avec le Trône de fer en matière de luttes externes et internes entre royaumes ou factions, et militaire parce qu'on se retrouve avec un équivalent Fantasy de la SF militaire, encore une fois dans la lignée de l'oeuvre de Glen Cook.
C'est un livre à grand spectacle, très noir, rempli à ras bord de sorcellerie (attention, sorcellerie, pas magie merveilleuse, hein…), mettant en scène les dieux, mais où on suit aussi dans la boue, la crasse et le sang des troufions de base (ou presque).
C'est réputé très difficile (voire pénible, selon certains) à lire, notamment à cause de la multitude des personnages et de l'extrême richesse de l'univers, et honnêtement, on ne peut pas dire que ce soit entièrement faux. D'un autre côté, c'est plus intéressant qu'un nombre faramineux d'autres romans ou cycles de Fantasy, mais du coup, ça va se mériter. Personnellement, je préfère en baver mais avoir un monde et une intrigue riches que lire pépère et avoir oublié un roman au bout d'une semaine.
Bref, selon votre profil de lecteur, ce sera soit un chef-d'oeuvre, soit à fuir impérativement. C'est le genre de roman et de cycle polarisant, qui génère rarement des relations contrastées mais plutôt très dichotomiques : on vénère ou on déteste.
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Alfaric
  25 octobre 2013
Cela me navre de mettre le mégacycle de Steven Erikson dans la catégorie déception, mais j'assume.
Doté de couvertures très évocatrices, de résumés qui font clairement envie, de critiques élogieuses voire dithyrambiques, et auréolé de son titre de meilleur cycle de dark fantasy de tous les temps, c'est conquis d'avance que me suis lancé dans le tome 1.
Pas convaincu du tout car malgré un potentiel de ouf l'auteur ne fait absolument aucun effort pour se rendre accessible et sans l'aide du wiki anglophone ne je serais même pas allé au bout du livre VF, c'est vous dire !
Il y a une foultitude de personnages intéressants, mais on n'a même pas de structure en POV pour suivre leur histoire. Et en plus ils n'y ont aucune tonalité : il faut toujours aller dans le who's who car on peine à les distinguer et se les représenter. du coup on se moque de leur destin et ils meurent dans notre indifférence. Et je ne parle même pas d'un grosbillisme digne d'un mauvais shonen : chaque personnage, adversaire, groupe est toujours plus puissant que celui d'avant car doté de pouvoirs de la mort qui tuent (et comme le roman fait 700 pages, on en finit plus !).
Le worldbuilding est vertigineux : en bon ethnologue l'auteur est hyperprolixe sur les moeurs et les coutumes de nombreux peuples humains, inhumains, semi-divins, divins. Mais on balance des tonnes et des tonnes d'informations qu'on peine carrément à assimiler, d'autant plus qu'on s'acharne à passer sous silence le plus important.
On nous raconte un guerre mondiale et totale fantasy qui se déroule sur plusieurs continents à plusieurs niveaux, sauf qu'à la fin du bouquin on ne sait toujours pas qui combat qui et pourquoi. On devine un empire impérialiste (oxymore) en voie de totalitarisation, mais l'auteur ne se donne même la peine d'expliquer que la chef des services secrets s'est couronnée impératrice après avoir fomenté un coup d'Etat et assassiné son prédécesseur. du coup on se retrouve on pleine purges staliniennes entre anciens loyalistes et nouveaux apparatchiks, mais ce n'est pas explicité… Comment voulez comprendre les tenants et les aboutissants des agissements des persos sans cela !
Et la montagne peut accoucher d'une souris : on tease tout le roman sur un tyran-sorcier invincible, véritable ADM magique, et on s'en débarrasse avec un telle facilité qu'on a envie de laisser tomber le livre par terre…
Et il y aussi des trucs zarbi qui sortent de nulle part (genre la maison vampire ambulante, où la magicienne qui décide de suicider en poupée vaudou…).
Le potentiel est énorme, et sans doute qu'ensuite la mayonnaise prend et que cela monte grave en puissance, mais cela n'excuse ce 1er tome qui ne ménage pas ses efforts pour rebuter les easy readers. Et vu comme c'est très compliqué à comprendre en français, ne comptez pas sur moi pour continuer en VO.
Un Glen Cook aussi ne se donne aucunement la peine de rendre ses romans accessible aux lecteurs, mais on peut s'attacher aux personnages facilement identifiables et on peut s'accrocher à l'humour noir qui fait passer la pilule (et une fois qu'on a les clés, c'est tout de suite limpide, comme "Qushmarrah" qui est une relecture des guerres puniques)
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Lutin82
  18 mars 2017
Nous baignons avec ce récit dans de la fantasy de haut vol. L'univers mis en place est non seulement exigeant – il est vrai – en terme d'attention et de concentration mais aussi particulièrement recherché et ambitieux. Nous ne sommes pas dans un roman de fantasy gnan-gnan, où la jeune et jolie fermière du coin s'envole à dos de chèvre ailée sauver le prince d'un sort atroce, ou de son beau père pré-régicide. Non, Genabackis accumule les batailles sanglantes, les luttes d'égo, les doubles allégeances, les trahisons de première main, les manifestations divines, et enfin les spectaculaires chocs magiques.
Le livre malazéen des glorieux défunts est un cycle de 10 romans, Les Jardins de la Lune en est le tome introductif. Il est clair qu'Erikson s'est fortement inspiré de la Compagnie Noire de Glen Cook. En effet, nous avons le récit d'une unité de soldats de l'Empire, des vieux briscards abîmés par les ans, les combats, les déceptions, le danger et la guerre. En prime, ils ne font pas partie du « bon camp ».
En effet, l'Empire Malazéen avec à sa tête l'Impératrice Laseen, emploie une politique d'expansion agressive, et vise une hégémonie globale sur toutes les terres habitées. Il s'est doté de moyens adéquats avec une armée chamarrée, nombreuse et expérimentée. Les pertes subies sont remplacées par un recrutement incessant dans les territoires « nouvellement » dominés. Ainsi, sa marche paraît-elle inexorable tel un tsunami dévastateur. L'auteur axe son récit autour des bridgeburners (les brûleurs de ponts), une unité du génie à qui sont confiés les missions de sape et de destruction d'ouvrages (avec force, poudre et explosions).
Présentés de cette manière, Les Jardins de la Lune paraissent plutôt classiques dans le registre de la Dark fantasy. Mais voilà, c'est un peu plus dense que ce bref résumé le laisse imaginer.
Nous avons donc un agresseur avec les malazéens et un défenseur, la ville de Pale. Très vite, cette cité libre, objet des désirs de Sa Majesté l'Impératrice, tombe dans le giron de l'Empire. Nous passons donc au prochain objectif en date de Laseen, la dernière cité libre de Genabackis : Darujhistan
Les combats les plus impressionnants ont dévoilé la présence de mages de catégories, de forces et de rangs différents (avec des Hauts Mages). Les batailles y sont spectaculaires! Les premiers protagonistes s'y illustrent de diverses manières (Tattersail, Tayschrenn, Hairlock), et les tensions déjà nombreuses indiquent une sérieuse menace de dissension au sein de cette armée. le lecteur apprendra alors que le début du règne de l'Impératrice fut quelque peu chaotique et qu'elle n'a pas que des partisans. Des jeux de dupes se mettent en place, et des éliminations s'opèrent sous le couvert du combat. Forcément, les événements sont promis à l'embrasement à plus ou moins long terme…
Les cités libres ne sont pas en reste pour les rebondissement et les jeux partisans, elles ont un allié de poids : Anomander Rake, Fils des ténèbres, Lord of the Moon's Spawn, Seigneur des Jardins de la Lune et principal adversaire de l'Empire. Accessoirement, c'est un Tiste Andi à la peau noire et chevelure blanche.
EPIQUE, vous dis-je!

Critique plus complète et illustrée sur mon blog
Lien : https://albdoblog.wordpress...
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Arthas
  24 février 2017
C'est avec une lourde appréhension que j'ai entamé la lecture de ce livre. Précédé d'une réputation impressionnante le cycle de Steven Erikson est réputé difficile d'accès, et l'arrêt de son édition en français ne fait que renforcer ce sentiment que l'on a affaire à un livre pas comme les autres.
C'est en partie vrai car tout comme La Compagnie Noire, dont l'auteur revendique l'influence, le lecteur entre dans l'histoire de façon brutale. On ne nous explique que très peu de choses et il va devoir se débrouiller seul pour rassembler les diverses informations sur l'univers.
Et quel univers ! le Livre Malaéen se dote d'un monde vivant, incroyablement vaste dont l'on ne peut hélas que deviner les contours dans ce premier livre: continents, races, dieux, villes, organisations,tout a été planifié et préparé par l'auteur de sorte que l'on est noyé sous un flot d'informations continu qu'on ne peut souvent rattacher à quelque chose ou comprendre vraiment la signification avant plusieurs chapitres.
Il serait vain d'essayer de dresser un synopsis du livre, la tache est trop difficile tant les points de vues se multiplient au cours du récit et les intrigues divergent avant de se rassembler pour un final épique.
Néanmoins je peux dire que l'on suit en grande partie la 9ème escouade des Bruleurs de Pont, une unité d'élite chargée d'infiltrer la ville de Darujhistan pour préparer le terrain pour l'armée. Seulement il y a beaucoup plus en jeu que la cité, les dieux semblent vouloir interférer dans les affaires des mortels.
Bien que le roman appartienne à la High-Fantasy militaire je dois dire que je m'attendais à plus d'action. Mais la dimension épique des affrontements rend cela pardonnable.

Les personnages sont sans conteste l'un des points forts. Si ils ne sont pas tous aussi fouillés les uns que les autres, on en retiendra une poignée qui marquent ne serait-ce que par leur présence et l'aura qu'il dégage par leur simple présence. On citera donc: Whiskeyjack, Ben le Vif, Kalam et Anomander Rake, personnage charismatique à souhait dont la première apparition restera dans les mémoires.
Au final je suis sous le charme du Livre Malazéen. Si il n'est pas parfait Les Jardins de la Lune reste un très bon livre doté d'une intrigue complexe et d'une dimension épique, voire même homérique.
Un coup de coeur,bien entendu.
En conclusion oui le livre est difficile d'accès parcequ'il ne prend pas le lecteur par la main et que chaque partie, amène son lot de rebondissements et de révélations jusqu'à ce que l'intrigue atteigne le niveau voulu par l'auteur, et ça finira très haut. Si vous souhaitez lire ce livre (a supposer que vous le trouviez puisque la parution française est abandonnée. Mais en cherchant bien il est trouvable en numérique sur internet) il faut prendre son temps. Et aussi apprendre l'anglais si vous comptez lire plus de deux tomes.


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Garoupe
  11 juin 2018
Magicalement vôtre
Empire Malazéen. L'Empereur est renversé au profit d'une Impératrice. Les plaies ouvertes par la chasse aux sorcières qui s'en est suivi ne sont pas refermées que l'Empire repart en guerre pour asservir les sept cités libres. le livre s'ouvre sur le siège de Pale, la sixième et avant-dernière cité encore libre. Après Pale, il ne restera plus que Dajhuristan pour défier l'Empire.
Au milieu de cette guerre à coup de créatures légendaires et de rafales de magie, des humains, dont certains aux pouvoirs démesurés et d'autres qui n'ont pour arme que leur esprit et leur courage, surnagent, des Dieux se réincarnent pendant que d'autres s'immiscent dans des affaires qui ne sont plus les leurs.
Ce roman d'Epic Fantasy ou de Dark Fantasy selon les critères retenus est le premier d'une série de dix romans qui se déroulent dans l'univers de Genabakis, créé par l'auteur et un de ses amis, au départ pour le cinéma mais qui, faute de projet aboutissant, est devenu une série d'histoires mêlant animaux fantastiques, pouvoirs magiques, magouilles politiciennes et militaires, tractations, chantages, manipulations, batailles, coups bas et hauts faits de gloire. Il y a tout dans ce premier roman qui augure d'une série aboutie à tous points de vue.
Le monde créé par Steven Erikson tient admirablement la route et les personnages y trouvent de quoi évoluer, certes dans les pires difficultés, aucun écueil ne leur étant épargné, mais en totale cohérence avec leur environnement.
Il y a de la mythologie dans ce récit où les Dieux s'incarnent dans des humains ou interviennent physiquement pour influencer le cours de l'histoire sans jamais parvenir à la renverser. le combat que mène Paran contre le destin, personnifié par le dieu Oppon, est à ce titre symptomatique des luttes d'influences entre les Dieux par l'intermédiaire d'humains qui ne sont pas automatiquement dociles. Ces interactions hommes/dieux est un des nombreux éléments qui rend ce livre passionnant.
Les luttes internes à l'Empire et les guerres menées à l'extérieur contre les cités libres et l'étrange cité de Sangdelune qui flotte comme un étendard de liberté contre l'Empire sont l'autre aspect intéressant du livre : elles sont censées prendre le pas sur les destins individuels des personnages principaux du récit jusqu'à les broyer entre leurs griffes acérées. Et pourtant, si les aventures qui jalonnent ce premier tome de la saga ne sont pas sans semer pléthore de cadavres, les différents protagonistes parviennent à tirer leur épingle du jeu.
Alors oui, c'est violent, ça débite des membres, ça assassine, ça se venge… mais tout cela ne fait que montrer l'absurdité de la guerre contrebalancée par l'introspection dont savent faire preuve les personnages et qui permettent au lecteur de prendre un peu de recul et de souffler un peu.
S'il y a de nombreux personnages aux rôles essentiels dans le roman, on peut aisément les partager en « héros » et « NPC » (Non Player Characters pour les non aficionados des jeux de rôles). On sent bien ici la patte du joueur de RPG qui a passé son temps à imaginer des décors, des scènes, des personnages secondaires avec un vrai rôle et un vrai background, des personnages « joueurs » qui vont faire évoluer l'histoire en fonction de leurs choix. L'auteur le dit lui-même, jusqu'à reconnaître que la bataille finale de ce premier tome est belle et bien tirée d'une campagne jouée par lui-même et son ami. Ami qui a d'ailleurs lui aussi commis six livres dans l'univers de Genabakis. A ce titre, précisons que la traduction des 10 tomes de la saga de Steven Erikson sont prévues par les éditions Léha avec une parution d'un tome tous les six mois. Quid de la saga de son compère ? Nul ne le sait à ce jour.
Un premier niveau de lecture consisterait à considérer qu'il s'agit de fantasy tragique alors qu'une lecture plus attentive (et moins partisane !) montre qu'il s'agit en fait d'une tragédie fantastique. Et ce renversement de point de vue change pas mal de choses. Si on ne peut retirer toute la partie fantastique du récit ce qui peut rebuter certains lecteurs, le livre va bien au-delà de la simple histoire pour geek pré-pubère assoiffé de créatures improbables et de magie démentielle. le soin attaché aux personnages, à leurs relations, à leur histoire et à leur construction psychologique donne une profondeur au livre dont peu de récits de fantasy peuvent se targuer.

Lien : https://wp.me/p2X8E2-Yc
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critiques presse (3)
SciFiUniverse   25 mai 2018
C'est une oeuvre ambitieuse autant du côté de l'auteur que pour le lecteur.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Actualitte   22 mai 2018
Nouveau nom, nouvelle traduction, splendide couverture… Et enfin, la chance de pouvoir dévorer ce monument sacré de l’imaginaire d’une incroyable richesse, représentation ultime de l’épique et du merveilleux.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Elbakin.net   22 mai 2018
Une entrée en fanfare dans le domaine de la fantasy, récompensé d’ailleurs par une nomination aux World Fantasy Awards en 2000, après sa sortie en langue anglaise ! Une chose est sûre : le lecteur, aguerri ou pas, est parti pour une sacrée chevauchée.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
ArthasArthas   17 février 2017
- Quel est votre nom Sorcier ?
Ben le Vif hésita avant de répondre. "Ben Adaephon Delat.
- Vous êtes censé être mort, fit observer Perle. Votre nom figure à ce titre sur les rouleaux contenant la liste des Grands Mages tombés faces à l'Empire dans les Sept-Cités."
Ben le Vif regarda en l'air.
"D'autres arrivent, Perle. Tu vas devoir combattre".
Le démon leva les yeux. Au-dessus de leur tètes, de brillantes silhouettes descendaient du ciel. Cinq étaient regroupées, un sixième venait derrière. Il émanait de cette dernière une puissance telle que le sang de Ben le Vif se glaça. Elle portait dans son dos un objet long et étroit.
"Ben Adaephon Delat, dit plaintivement Perle, voyez le dernier qui arrive. Vous m'envoyez à ma mort.
-Je sais, murmura Ben le Vif.
- Alors fuyez. Je les retiendrai assez pour vous permettre de vous échapper, mais pas davantage."
Ben le Vif se laissa glisser vers le sol.
Avant qu'il disparaisse entièrement de sa vue, le Korvalah le rappela. "Ben Adaephon Delat, avez-vous pitié de moi ?
-Oui", répondit le sorcier avec douceur. Puis il se retourna et plongea dans les ténèbres.
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ArthasArthas   29 décembre 2016
Kallor dit: " J'ai parcouru cette terre alors que les T'lan Imass étaient encore des enfants. J'ai commandé des armées fortes de cent mille âmes. J'ai répandu le feu de ma colère sur des continents entiers et j'ai siégé seul sur de grands trônes. Comprends-tu ce que cela signifie ?
-Oui, dit Caladan Brood. Tu n'apprends jamais. "
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ValandilValandil   23 novembre 2012
Morality was not relative, they claimed, nor even existing solely in the realm of the human condition. No, they proclaimed morality as an imperative of all life, a natural law that was neither the brutal acts of beasts nor the lofty ambitions of humanity, but something other, something unassailable.
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ValandilValandil   23 novembre 2012
Ambition is not a dirty word. Piss on compromise. Go for the throat
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Video de Steven Erikson (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Steven Erikson
Entretien avec Steven Erikson à l'occasion de la rencontre entre l'auteur et les lecteurs de Babelio.com le 22 mai 2018. Découvrez les 5 mots choisis par l'auteur pour évoquer son roman "Le Livre des martyrs, tome 1 : Les Jardins de la lune".
Un grand merci à Fabienne Gondrand pour l'interprétation.
La page du livre : https://www.babelio.com/livres/Erikson-Le-livre-des-Martyrs-Tome-1--Les-jardins-de-la-/1045981
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