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EAN : 9791036000034
509 pages
L'Atalante (23/05/2019)
3.12/5   20 notes
Résumé :
John Allaire eut le privilège de voir le premier les nuages se disperser dans le ciel pour dévoiler la forme légèrement incurvée d’un gigantesque objet solide.
« Comme le dessous d’une assiette en porcelaine. Puis une lueur s’est mise à briller au milieu. À briller comme pas possible. J’ai dû me protéger les yeux, mais ça m’a pas empêché de voir descendre le faisceau de lumière. Droit sur une femme – qu’était à guère plus de cinq mètres de moi. Elle a pas e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Alcyonn
  07 janvier 2022
Réouissez -vous, car les extraterrestres viennent sauver la Terre de l'humanité, et l'humanité d'elle-même. Un Premier contact qui est surtout une excuse pour que Steven Erikson laisse libre cours à sa misanthropie, par l'intermédiaire de son héroïne et de son interlocuteur IA alien.
Outre le ton condescendant, deux éléments du roman en particulier le rende très déplaisant à lire:
Le premier, la glorification ridicule des auteurs de science-fiction, élevés à un rôle quasi messianique, comme les seules personnes aptes à guider l'humanité dans ce bouleversement, loin devant les scientifiques, politiciens ou militaires complétement dépassés. Leur supériorité est rappelée sans arrêt, avec des scènes ahurissantes comme la première ministre canadienne ordonnant à ses conseillers scientifiques d'embaucher des auteurs de science fiction dans leur équipe en leur disant "vous les scientifiques n'avez aucune imagination".
La justification brandie par tout les personnages est que "leur métier est d'imaginer l'avenir". C'est comme si on demandait à des scénaristes hollywoodiens de diriger l'armée sous prétexte qu'ils ont fait des films de guerre.
Le second est le personnage de Samantha August, protagoniste principale et parfait exemple de Marie Sue, c'est-à-dire d'héroïne idéalisée auquel tout réussit. Elle est choisit comme premier contact par l'IA alien conduisant l'intervention au motif de l'engagement politique ses écrits. A la rigueur, pourquoi pas ? Sauf que le personnage est profondément antipathique. Elle est présentée comme brillante, engagée et franche. En réalité, elle est arrogante, condescendante et insultante.
Un exemple : elle croit en dieu, elle le sous-entend à plusieurs reprise et le confirme lors de son discours à l'ONU (dans un passage totalement hors-sujet d'ailleurs puisqu'il n'était pas question de métaphysique). Elle en a le droit. Sauf qu'elle passe son temps à insulter les athées. Il y a même un passage ou sont mis sur le même plan "le dogme intégriste et la reddition athéiste des rationalistes" ; au dernières nouvelles, les athées ne commettent pas d'attentats.
Dans une de ses citations en début de chapitre, Samantha August dit que puisque la perception humaine est limitée nier l'existence de dieu est "présomptueux et arrogant" et que ceux qui défendent l'idée d'un univers purement mécaniste ne savent "que dalle". Pour reprendre l'analogie de la théière de Russell, si quelqu'un prétend qu'une théière orbite entre Mars et la Terre, et précise qu'elle est trop petite pour être vue par les télescopes, alors on ne peut pas prouver qu'il a tort. Mais rejeter en bloc cette affirmation insensée, ce n'est pas être "présomptueux et arrogant".
Et le livre est remplis d'affirmation comme cela. Samantha August et son interlocuteur extraterrestre détiennent la science infuse, et quiconque n'est pas de leur avis est un imbécile dont l'opinion doit être ignorée et trainée dans la boue. Ce qui n'est pas bien dur vu que tout les opposants aux changements imposés par les extraterrestres sont des clones de Trump, des bigots exaltés, ou des requins de la finance sociopathes. Les partisans de Samantha August sont encore plus ridicule dans leur admiration exagérée (exemple: lorsqu'elle s'arrête pour allumer une cigarette avant son discours à l'ONU, l'un des téléspectateurs trouve cela "incroyablement courageux").
Quand à cette vision du futur que Samantha et l'IA ont pour l'humanité (ils ont beau avoir des débats houleux sur des détails, ils sont d'accord sur tout dans les grandes lignes), c'est tous simplement l'utopie fantasmée du forum de Davos, à base de village mondial, de "no border", de disparition des états-nation, de solution scientifique miracle à la crise écologique, de haute technologie pour tout le monde et de culpabilisation décoloniale.
En résumé, un livre faisant une critique manichéenne et simpliste du monde actuel et proposant des solutions irréalistes grâce à une technologie alien proche de la magie. A moins que vous ne soyez fan de la morale de bisounours, passez votre chemin.
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Blok
  02 novembre 2021
Steven Erikson est surtout connu (et encore pas assez hélas en France) pour être l'auteur du Livre des martyrs de l'Empire Mazaléen, peut-être la meilleure saga de fantasy jamais écrite (on est bien d'accord, le Seigneur de Anneaux ce n'est PAS de la Fantasy)
Avec « Réjouissez-vous » il fait une incursion sur les terres de la SF qui mérite aussi d'être lu.
En France, l'ouvrage a été accueilli fraîchement par la critique spécialisée, qui lui reproche son manque de rythme et ses nombreuses digressions.
Mais ce ne sont pas nécessairement des défauts, et peut-être même le contraire
Le « pitch » est assez classique : l'arrivée des extra-terrestres ; ceux-là sont du genre bienveillant, et apportent avec eux la solution des maux de l'humanité. Happy end.
Et nous avons aux modalités du contact, à ses conséquences, aux réactions, aux transformations de la société.
Si l'on accepte les postulats de départ, le récit est aussi réaliste et vraisemblable qu'il peut l'être dans les limites du genre.
Cependant il est sans cesse interrompu par des digressions, des réflexions sur notre société, la psychologie humaine, l'économie,les problèmes environnementaux, la nature de la conscience et du réel, la politique nord-américaine, l'existence de Dieu, que sais-je encore, au travers de conversations entre les personnages, ou de leurs réflexions personnelles, tout cela reflétant en grande partie les convictions de l'auteur. Plus qu'un roman, c'est un conte philosophique, imprégné d'une vision très humaniste, et pas si éloigné non plus, au moins pour l'importance de la réflexion dans le texte, d'un roman tel que La Montagne Magique.
Ce n'est donc pas un livre pour lecteur pressé, et certains pourront le trouver un peu long ;
Mais je ne voudrais pas donner non plus l'impression qu'il ne s'agit pas de SF. le pitch de départ est traité, et de manière originale.Certains passages sont assez drôles, notamment ceux où intervient un président des États-Unis qui rappelle curieusement quelqu'un (ce personnage traité de manière moins manichéenne qu'il est usage de le faire- d'ailleurs il n'y a pas de vrais méchants, à une exception près, assez réjouissante – mais chut!)
C'est évidemment un ouvrage hybride, qui aura peut-être un peu de mal à trouver son public, mais c'est dommage
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ChaK_
  20 juillet 2019
Réjouissez vous ! Ou pas d'ailleurs, mais le troisième type est là. Enfin pas vraiment, mais ils sont là quand même… et ils viennent pour remettre la terre dans un état potable, quel que soit votre avis. Avec ou sans nous dessus sera donc la grande question.
A titre personnel, en dehors des star wars de ma jeunesse, je n'ai pas souvenir d'avoir lu de la SF, domaine qui m'intimide un peu, et c'est donc vierge de tout référent que j'ai abordé ce livre, qui, je l'avoue, m'a immédiatement captivé.
Réduire ce livre à un simple bouquin de SF serait cependant un vulgaire raccourci; on est plus dans une sorte d'étude sociologique, utopique et science fictionnesque de notre race. L'humanité est au pied du mur, obligé d'évoluer à marche forcée, et l'auteur utilise une multitudes de points de vue pour écrire son livre, s'immisçant dans toutes les couches de la société, d'un gamin de la guerre africain à la responsable de l'ONU.
C'est un livre dense, intelligent, très riche, bien que pas toujours simple à suivre, mais dans l'ensemble le livre respire les grandes connaissances anthropologiques de l'auteur (son métier à la base), même si je le trouve donc un peu trop utopiste parfois. Il cerne très bien les gens, écrit de magnifiques dialogues pour aller au coeur des pensées et arrive de manière convaincante à nous plonger dans un autre monde : le nôtre, mais en pleine mutation. Son texte bouscule, nous titille là où ça gratte, pousse à la réflexion. J'avoue m'être régulièrement arrêté pour méditer ses propos et réfléchir à mes (nos, faites pas les innocents !) propres travers. le top quoi.
Mais le top top serait le 10/10, alors que non. J'ai été un peu déçu du dernier quart, l'auteur ayant à mon sens un peu de mal à renouveler ou rafraîchir son message, qui sent un peu la redite, et j'ai eu comme la sensation qu'il ne savait plus trop où nous amener, ou comment, malgré un final plutôt convainquant. Ses positions politiques un peu forcées m'ont semblé aussi parfois lourdes (ce portrait de “Trump” héhé), et certains passages sont légèrement en deçà niveau qualité, mais dans l'ensemble j'ai apprécié l'ouvrage.
Je mettrais bien 3.75 étoiles mais bon...
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Radwan74
  06 juin 2021
Une auteure de science-fiction est enlevée en pleine ville par un faisceau lumineux et quelques temps plus tard, des dômes d'énergie protègent certaines zones de la planète. Et par dessus tout, les humains ne peuvent plus faire de mal à la planète et entre eux ! Tout ces événements sont dus à l'intervention d'une entité extraterrestre qui intervient lorsque une civilisation risque de s'autodétruire…
Je n'ai malheureusement pas accroché à ce roman canadien qui nous conte l'intervention d'une entité extraterrestre pour sauver la planète et l'humanité.
J'ai trouvé les dialogues entre l'auteure de science-fiction et l'IA du vaisseau extraterrestre plutôt plats et sans intérêts. La description des événements sur Terre manquent aussi d'énergie, de péripéties, d'action… bref ça manque de caractère. En fait je me suis ennuyé ferme d'une situation que j'ai trouvé assez terne et sans saveur.
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neoprog
  03 octobre 2019
La planète se réchauffe, le niveau des océans s'élève, la biodiversité est en péril et les hommes continuent de saigner la Terre à mort. Comment cesser ce massacre ?
Et si la solution venait d'ailleurs ? Tel est le thème de Réjouissez-vous, le roman Steven Erikson.
Tout commence par l'enlèvement de Samantha, une autrice de science-fiction. Elle disparaît en plein jour, emportée par un O.V.N.I. Peu de temps après, d'étranges champs de force empêchent les humains de s'entre-tuer, de sur-exploiter les ressources naturelles, d'accéder à certains endroits de la planète.
L'homme ne peut plus être violent, pollueur, dangereux. Il est contraint soudain à la sagesse.
Tel est le thème de Réjouissez-vous, une intervention extra-terrestre qui met brutalement fin à tous les maux créés par l'homme. L'espèce humaine perd son libre arbitre.
Commencent alors, à travers le quotidien de (trop) nombreux personnages, une série de réflexions de nature religieuse, politique, économique, scientifique, philosophique au sujet de cet Intervention.
Le livre n'est pas toujours facile à lire, sans doute trop intelligent pour un roman dit de SF mais il pose des questions intéressantes sur l'humanité. Dommage que l'auteur ajoute des thèmes ridicules comme les Petits Gris ou bien la théorie du complot dans son récit, c'était inutile.
Hélas, mille fois hélas, aucun extra-terrestre ne viendra sauver la Terre de la bêtise humaine, c'est à nous de nous débrouiller tous seuls et tout de suite !
Lien : http://www.blog.neoprog.eu/i..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   26 août 2019
– Le phénomène d’extinction actuel de votre monde – que votre espèce a précipité – approche du seuil critique. Si vous ne réagissez pas, vous allez détruire le plus gros de la vie sur Terre, votre espèce comprise, bien entendu. Ce n’est pas en soi une cause suffisante pour une Intervention. Mais votre planète est d’âge moyen. Ses ressources épuisées, les nouvelles formes de vie à émerger de l’effondrement de votre biome seront limitées et réduites à leur plus simple expression. La complexité ne réapparaîtra pas avec la vigueur qui caractérisait les contrecoups des extinctions passées. Heureusement, il reste encore du temps pour opérer une guérison. »
Samantha hocha la tête. Une planète épuisée, vidée de la plupart de ses ressources facilement accessibles. James P. Lovelock l’avait bien dit dans son livre phare, L’Hypothèse Gaïa. Mais ces dérivations l’empêchaient en réalité de se concentrer. Elle inspira profondément, puis expira lentement. « Revenons en arrière, Adam. Vous m’avez enlevée devant témoins. Vous avez entamé une « intervention » qui va sauver la Terre et nous embarquer dans un nouvel ordre mondial. Et, par « nous embarquer », j’entends de force, le couteau sous la gorge.
– Nous aussi avons conclu que nous rencontrerions une certaine résistance. »
Elle grogna, puis elle se pencha et se frotta la figure. « Et je viens faire quoi dans tout ça ? Qu’est-ce que vous attendez de moi que personne d’autre ne peut vous apporter ? Pourquoi vous ne vous adressez pas à… oh, je ne sais pas, moi, au président des États-Unis ?
– La plupart des humains risquent d’être surpris, dit Adam, dont la voix désincarnée avait pris un ton nouveau, mais l’hypothèse qu’une civilisation extraterrestre ait envie de réaffirmer la hiérarchie artificielle que vous vous êtes imposée est invariablement la première à nécessiter un recadrage.
– Hmm, quelque chose me dit que vous allez mettre des tas de gens de mauvais poil.
– C’est pour cette raison que nous vous avons choisie comme facilitatrice.
– Pardon ? Quoi ?
– Il n’y aura pas de contact direct entre votre espèce et nous. Nous désirons que vous parliez en notre nom, dans un lieu permettant la plus large diffusion de l’information, afin de rendre compte à l’humanité de la progression de l’Intervention.
– Vous ne préféreriez pas un diplomate ?
– Pas tout de suite. »
Sam se releva dut lit et se remit à marcher de long en large. « D’accord, passons en revue les suspects habituels. Ça ne vous intéresse pas de téléphoner à un président, un premier ministre, une commission ou un politburo. Pourquoi ? Parce que vous n’avez rien à faire de nos représentations mesquines de l’autorité. Et l’heure de l’ONU n’est pas encore venue, comme vous avez dit. D’accord. Pourquoi pas un astronaute ?
– Les compétences techniques ne se justifient pas.
– Un exobiologiste ?
– Nous ne sommes pas ici pour discuter de la myriade de formes de vie de la Galaxie. »
Une réplique sèche, bizarre, vaguement méprisante. Sam la trouva curieuse mais préféra l’ignorer pour l’instant.
« D’accord. Mais tous les gouvernements doivent avoir un service secret, une équipe spéciale constituée pour les cas de cette nature.
– Ah oui ?
– Ben, ils seraient bêtes de s’en priver. Vous savez, les hommes en noir…
– Et leur programme serait… ? »
Elle réfléchit. « Ben, sans doute de protéger les intérêts de l’humanité.
– Pourquoi une branche spéciale d’un seul gouvernement voudrait-elle protéger les intérêts de toute l’humanité ? Ne se consacrerait-elle pas plutôt entièrement à protéger les intérêts nationaux, surtout en ce qui concerne le maintien de l’ordre social et la sécurité ?
– Il n’existe pas de groupe international quelque part ?
– Et si un tel groupe avait déjà été compromis ?
Elle s’arrêta, jeta un regard en arrière à la Terre. « Comment ça ?
– La protection de l’humanité désigne quoi, exactement ?
– Bon, d’accord. L’ordre social, c’est la base. La prévention de la panique dans la rue. Le chaos économique. Mais aussi les droits fondamentaux de l’humanité face à des extraterrestres galactiques inconnus. Les protocoles pour la transition vers une technologie avancée et de nouveaux modes de fonctionnement.
– Et si vos structures sociales et économiques actuelles sont incompatibles avec cette présence galactique et, plus particulièrement, avec toute participation future à cette communauté ?
– Ah.
Autrement dit : et si l’objectif déclaré de cette équipe de contact internationale est fondamentalement imparfait dans ses préceptes moraux ? »
Sam resta un moment silencieuse. Puis elle soupira. « Je comprends. Elle dirait sans doute « merci, mais non merci. »
– Cette option n’est pas admissible. Nous avons donc choisi une autre procédure de contact dans le but d’éviter l’impasse éventuelle.
– Bref, la négociation, ce n’est pas pour aujourd’hui.
– En fin de compte, c’est une question de système de valeurs, Samantha August.
– Continuez.
– La technologie, les structures politiques, les caractéristiques culturelles et sociétales sont constantes dans la Galaxie, dit Adam. On y rencontre peu de variation et quelques exemples de véritable innovation. Par conséquent, la seule échelle de valeurs significative entre espèces douées de raison est à chercher dans l’art que produit chaque civilisation. L’appréciation de cet art reste à la fois fluctuante et éphémère, et les valeurs sont extrêmement variables. Au sein de notre triumvirat, Samantha August, les contributions artistiques de l’humanité sont très estimées. Votre œuvre y comprise, bien entendu.
– Oh, attendez que mon agent entende ça. Sans parler des services juridiques de mes éditeurs.
– Par ailleurs, poursuivit Adam, vous bénéficiez personnellement d’une forte présence sur la scène publique, ce qui est selon nous un atout.
– Pardon, je pensais encore aux aspects légaux d’une contrebande galactique.
– Très bientôt, Samantha August, la richesse – telle que, vous les humains, vous l’entendez – ne sera plus de mise. »
Elle grogna. « Ben, d’accord, c’est une clause qui va sûrement mettre sur le cul tous les avocats de la planète. » Samantha soupira et s’approcha du spectacle de la Terre en orbite. « Je vois la station spatiale, murmura-t-elle avant de demander au bout d’un moment : Adam, votre fameuse Intervention, là, elle démarre quand ?
– Samantha August, elle a déjà commencé. »
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Charybde2Charybde2   26 août 2019
Hamish haussa les épaules. « Si c’est le tour du bâton, à quoi s’attendre ? Qu’est-ce qu’on peut nous infliger de plus ?
– Occupation. Débarquements. Troupes – non, qu’est-ce que je raconte ? Ils n’ont pas besoin de troupes. Sauf s’ils prévoient de nous forcer à faire je ne sais quoi, ou alors, s’ils atterrissent à bord de leurs vaisseaux… Ah merde, Hamish, vous voyez où ça nous entraîne, la mauvaise SF ? Ça ne tient pas debout non plus. » Il leva les mains en l’air. « Je n’ai aucune idée.
– Et si c’est une carotte ?
– Bon Dieu, par où commencer ?
– Justement, Ronald, vous commenceriez par quoi, vous ?
– Donner à manger aux crève-la-faim, procurer de l’eau potable, des sanitaires, des médicaments. Des abris.
– Tout ce que nous pourrions faire si nous en avions le cran. »
Ronald resta un long moment les yeux dans le vide, puis il hocha la tête. « Oui, je vois ça. Je le vois. Carotte ou bâton. On ne sait pas, on ne peut pas savoir. Pas encore. Parce que c’est en principe à nous de jouer le prochain coup.
– Et les instances actuelles du pouvoir ont-elles mené de telles opérations de sauvetage ? Ceux du 1 % ont-ils eu la générosité de redistribuer leurs richesses ? Sam nous signale un mouvement d’opposition, une propagande contre ce qui se passe. Quelle est la probabilité que les éminences grises sacrifient délibérément les vies d’un ou deux millions de paysans affamés dans le but d’exciter le reste de la population contre cette invasion extraterrestre ?
Ron tressaillit et se renfonça dans le fauteuil. « Hamish, vous êtes un cynique.
– Ronald, j’ai été trente-six ans médecin, une profession que les grandes sociétés pharmaceutiques retiennent serrée dans leur poche arrière. Je n’ai aucun mal à imaginer le pire scénario possible. On consomme des gens, mon ami. On dépenses des vies. La fonction première de la machine, c’est de s’alimenter elle-même. Quelles sont les statistiques actuelles ? Que soixante-quatre personnes détiennent aujourd’hui la moitié du monde ?
– Si les extraterrestres attendent qu’on fasse ce qu’il faut vis-à-vis des populations déplacées, ils vont être déçus. Du coup, ce sera ensuite un autre bâton.
– Ou pas, dit Hamish. Comme ils doivent nous avoir à l’œil, ils savent sûrement comment ça va tourner. La question est : est-ce qu’ils se soucient des vies qui seront perdues, surtout quand ces vies servent de justification au rejet unanime de leur présence ?
– Ils vont donc s’installer et nous regarder nous enfoncer encore plus profond dans notre sentiment de culpabilité ? Ça fait… froid dans le dos.
– Beaucoup moins que notre exploitation délibérée de la souffrance humaine.
– Ne me mettez pas dans le lot ! Combien d’écrivains sont au nombre de ces soixante-quatre archi-milliardaires ? »
Hamish haussa encore les épaules mais ne répondit pas.
Au bout d’un long moment, Ronald demanda : « Vous avez du café ? Faudrait pas que je prenne le volant dans l’immédiat.
– Bien sûr. Je peux aussi vous appeler un taxi.
– Super. D’accord, Hamish, vous avez gagné. Je vais contacter autant de collègues auteurs que je peux. Je vais passer le mot. Sans garanties, mais on a un atout – beaucoup de ces auteurs sont vachement forts. Ils ont sans doute envisagé la suite beaucoup plus loin et beaucoup mieux que nous aujourd’hui.
– Très bien, le monde a besoin d’eux et tout de suite. »
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Charybde2Charybde2   26 août 2019
Elle aurait déjà appelé, maintenant. Garder le contact entre eux était important, mais sans idée de possession excessive de l’autre pour autant ; il s’agissait davantage d’un lien entre deux êtres qui se connaissaient bien, d’échanges de commentaires sarcastiques, de formules qui leur étaient propres. Leur langue à eux.
Une langue qu’il ne pouvait partager avec personne, plus maintenant, peut-être plus jamais.
Hamish Drake, assis dans le salon de plus en plus sombre, n’avait aucune conscience du chaos qui régnait sur les sites de fan, de l’incrédulité et de l’horreur de nombreux amis auteurs dans tous leurs états, sans parler des intégristes religieux triomphants qui discouraient sur la colère de Dieu et la place convenable de la gent féminine dans le monde. L’éther était le théâtre d’une guerre centrée sur une femme qui n’était plus là.
Et, bien entendu, beaucoup affirmaient avec insistance que toute cette histoire était un canular, une combine publicitaire – écrivait-elle un roman sur les OVNI ?
La demi-douzaine de ses lecteurs avant publication n’étaient pas au courant – elle avait rédigé un tiers d’un thriller, un cauchemar dystopique dans un lointain avenir. Elle avait ralenti la cadence ces derniers temps, mais continuait de livrer des pages au compte-gouttes. Tous s’accordaient à dire (entre eux) qu’elle était fatiguée, voire qu’elle en avait marre. Trente romans publiés, trois adaptations au cinéma, deux séries télé, une en cours. Un vlog à la réputation sulfureuse de fauteur de troubles. Ses histoires étaient toujours cruelles, son écriture avait le tranchant d’un scalpel, à savoir qu’on ne se sentait pas perdre du sang jusqu’au moment où on voyait son ventre s’ouvrir et ses intestins s’en échapper en vrac. Ses vlogs étaient du même tonneau, assenés avec un sourire avenant.
Les conneries habituelles, brillantes et vindicatives, quoi. Sam August, féministe, humaniste, à l’occasion essayiste et satiriste, pas quelqu’un à traiter à la légère – non, elle n’écrivait pas un putain de roman d’OVNI.
Partie. Évaporée, enlevée, réduite en cendres, disparue, morte, en vie, morte, en vie, morte…
Les lumières restèrent éteintes dans la maison cette nuit-là. L’aube se leva sur un homme prostré au fond de son fauteuil en cuir, la figure dans les mains, rongé d’une douleur muette.
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Charybde2Charybde2   26 août 2019
« L’imagination est comme un muscle. Il lui faut de l’exercice. Dès lors qu’on reste piégé dans ce monde aux exigences bassement matérielles, l’imagination – le cadeau qu’on a reçu dans l’enfance – s’atrophie, et, quand ça arrive, on perd un bien précieux que même la nostalgie ne restituera pas, brûlerait-on d’envie de le retrouver. Avec la mort de son imagination, on perd le sens de l’émerveillement. Or on a besoin de s’émerveiller. On a besoin de rester sain d’esprit, et on en a besoin pour empêcher son coeur de se changer en pierre. » (Samantha August)
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BlokBlok   02 novembre 2021
La conviction que tout ce dont on a besoin pour créer une intelligence artificielle consciente c’est d’empiler les processeurs est dépendante de la conviction d’un univers mécaniste, un univers sans Dieu. Mais, si les physiciens quantiques ont raison, la conscience se trouve au cœur des définitions discriminatoires qui font marcher l’univers comme il marche actuellement. Et, une fois la conscience reconnue en tant que composant nécessaire à la création de la réalité, nous nous trouvons face à une des deux options : soit l’univers n’existait pas avant l’arrivée d’humains en mesure de le percevoir, soit notre conscience n’est pas la seule dans l’univers. Auquel cas… salut, Dieu.
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Videos de Steven Erikson (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Steven Erikson
Le livre des martyrs de Steven Erikson, trad. Emmanuel Chastellière, chez Editions Leha https://editions-leha.com/catalogue-details/martyrs-t1-les-jardins-de-la-lune/ plus d'informations : https://www.actualitte.com/article/livres/epique-ambitieux-eclatant-ainsi-s-ouvre-le-livre-des-martyrs/88929
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