AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782070407163
115 pages
Éditeur : Gallimard (02/02/1999)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 112 notes)
Résumé :
Ma mère a été atteinte de la maladie d'Alzheimer au début des années 80 et placée dans une maison de retraite. Quand je revenais de mes visites, il fallait que j'écrive sur elle, son corps, ses paroles, le lieu où elle se trouvait. Je ne savais pas que ce journal me conduirait vers sa mort, en 86.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
La_Bibliotheque_de_Juju
  11 juin 2019
« Je ne suis pas sortie de ma nuit » est la dernière phrase que ma mère a écrite. »
Annie Ernaux dévoile ici les mots qu'elle a écrit entre 1983 et 1986, année de la perte de sa mère. Journal d'une dissolution dans l'oubli d'Alzheimer. Journal de la perte à petit feu d'une mère. Journal d'une destruction terrible.
Je me remets à lire Annie Ernaux. Je l'ai lu, beaucoup, il y a des années de cela. Une petite éternité. Hier. Elle m'a manqué. Je la retrouve. Par bribes, et dans le désordre, je veux la relire, (re)découvrir ses écrits. Ses mots de femme. Libre et honnête, avec elle-même, avec les autres. Aves ses mots.
Annie Ernaux est une plume qui écrit juste. Et Dieu qu'elle me touche. Elle effleure ces choses insondables qui nous constituent. Elle a de la magie au bout de la plume et une infinie classe, une magnifique pudeur en racontant tout. Une délicatesse qui va droit au but, sans fard. Sans trompettes. Avec tambour.
Annie Ernaux écrit l'autobiographique avec la fulgurance d'une grande romancière. Avec la vérité toute crue parfois difficile à lire. Elle décrit le trivial, le difficile et le bouleversant. Une finesse brute. Brutale parfois.
Elle raconte les derniers jours de cette mère. le pathétique. le douloureux. L'irracontable. le réel. Elle raconte le chemin de la maladie, puis la perte. Elle écrit comme on dit vrai. Comme on confesse. Elle incendie l'intime, elle gêne le lecteur. Mais ne ment pas.
Elle raconte ses douleurs comme des batailles perdues au quotidien devant celle qui lui a donné la vie. La honte, les remords, la gêne et l'insoutenable.
Annie Ernaux écrit l'amour. Puissant et dévastateur pour cette mère qui s'enfuit déjà.
Annie Ernaux écrit. La vie.
Je relis Annie Ernaux. Et...
« Les larmes me viennent. C'est à cause du temps. »
Lien : https://labibliothequedejuju..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          559
fanfanouche24
  28 septembre 2013
Finissant un déménagement... en réinstallant ma bibliothèque... je revisite mes auteurs de prédilection dont fait partie Annie Ernaux. Je relis, les passages soulignés, retenus à ma première lecture. Cela fait une drôle d'impression. Des passages interpellent toujours aussi intensément, d'autres non retenus nous sautent au visage, en ne comprenant pas pourquoi, on ne les avait pas retenus à l'époque...
Ce journal des visites à sa maman, vieillissante, atteinte de la maladie d'Alzheimer est un écrit poignant, bouleversant, tellement l'interrogation est universelle: la panique de voir nos proches "fondateurs" s'affaiblir, vieillir et surtout disparaître à jamais. Annie Ernaux utilise ce qu'elle connaît de mieux: l'écriture, pour conjurer la future absence, la maladie, la peur de devoir concevoir et assumer la mort imminente de la Mère....les souvenirs, leurs complicité, leurs différents, l'énergie de cette mère d'origine modeste, bagarreuse, et fière, fascinée par les études et par l'obsession de ne plus être pauvre et s'élever dans l'échelle sociale, à travers la réussite de sa fille unique.
Ayant monté avec son époux une épicerie-bar... elle n'oubliait pas qu'il existerait un autre monde pour sa fille, lorsqu'elle aurait réussi ses études...
..."-"Acolyte" un mot qu'elle aimait employer en parlant des compagnons de beuverie de certains clients. Montrer qu'elle connaissait des mots difficiles. C'est une femme qui n'a jamais supporté d'être humiliée" (p.46)
L'auteure dit son malaise d'écrire sur sa mère... dans de telles circonstances.
"Fin 85, j'ai entrepris un récit de sa vie, avec culpabilité. J'ai l'impression de me placer dans le temps où elle ne serait plus. Je vivais aussi dans le déchirement d'une écriture où je l'imaginais, jeune, allant vers le monde, et le présent des visites qui me ramenait à l'inexorable dégradation de son état" (p.11)
En dépit des déchirements que peut provoquer l'acte d'écrire en de telles circonstances... cet acte de mémoire reste le meilleur antidote au désespoir, et le plus fabuleux hommage à ceux qu'on aime le plus et que l'on refuse de voir disparaître.
Je finirai sur ce passage du livre, positif et émouvant, où la maman était toute enthousiaste d'annoncer à sa fille, dans son enfance, qu'elle avait de la visite.
Et bien ce livre est une magnifique VISITE à l'image d'une mère dure à la peine, mais combien vaillante , aimante, même si avec beaucoup de maladresse. "Elle disait, heureuse: "Annie! Tu as de la visite!", quand une camarade venait me voir. L'importance de la "visite" pour elle. Preuve d'amour, signe qu'on existe pour les autres" (p.67)

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          330
marina53
  29 mai 2012
En tombant par hasard sur ce roman, je me suis souvenu que je l'avais lu, il y a quelques années. Ce livre m'avait profondément marquée. Aujourd'hui, j'y serai encore plus sensible.
Ici, Annie Ernaux raconte tout simplement sa mère: sa vie, ses relations avec elle, sa maladie, sa déchéance et sa mort.
Affronter la maladie d'un parent et l'aider, le soutenir autant que l'on peut, accepter ses souffrances, ses changements, ses peurs; sentir qu'il nous échappe peu à peu et essayer de le retenir; pour finalement se rendre compte qu'il ne sera plus celui qu'on a connu et qu'inévitablement, on va le perdre (et une partie de nous-mêmes avec).
Un témoignage poignant.
Commenter  J’apprécie          260
Herve-Lionel
  11 octobre 2016
La Feuille Volante n°1074 – Octobre 2016
« Je ne suis pas sortie de ma nuit » – Annie Ernaux – Gallimard.
« Je ne suis pas sortie de ma nuit » est la dernière phrase que ma mère a écrite ». Ce sont les premiers mots de ce court texte qui est avant tout un témoignage émouvant de l'auteure sur les dernières années de sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer.
L'auteure indique d'emblée qu'elle culpabilise d'écrire sur sa mère comme si elle était morte et aussi de la faire revivre jeune, par l'entremise de l'écriture. Cette culpabilité se renforce encore quand elle commence à se débarrasser de ses affaires alors qu'elle est encore vivante parce que c'est un geste que l'on fait seulement quand la personne est décédée. C'est un peu anticiper sa disparition, même si celle-ci est inévitable. Ne pas avoir pu la garder chez elle est aussi pour elle une source de malaise intime. Au départ elle l'a effectivement accueillie mais sa démarche n'a pu perdurer, puis ce fut l'hôpital et la maison de retraite, autant d'étapes dans cette lente descente vers le néant que certes elle accompagne comme elle le peut, avec dévouement, patience, détermination, lui change ses couches, lui rase le visage, accompagne ses propos désordonnés qui prennent de plus en plus leur source dans une mémoire perturbée par le temps et les rêves qu'elle fait. Elle finit même par s'habituer à sa déchéance, à ce parcours sans retour dans la « déshumanité ». En plaçant, par force, sa mère dans ces établissements, elle l'a mise dans un microcosme social reconstitué où là aussi les forts dominent les faibles, le tout dans des odeurs de pisse et de merde, comme elle le dit elle-même. Dans cette ambiance dégradante, c'est peut-être une consolation pour elle de voir sa mère adopter une position de solitaire. le plus difficile pour l'auteure est sûrement que sa mère a sur elle un effet miroir : non seulement elle se voit en elle comme elle sera elle-même dans sa vieillesse mais cette promiscuité avec sa mère fait remonter à la surface de sa propre mémoire des souvenirs personnels désagréables de sa vie liée à cette femme. A travers ses propos et ses gestes parfois violents, elle la revoit comme elle l'a toujours connue, une « mauvaise mère », brutale et inflexible dont elle s'occupe néanmoins maintenant avec soin. Les images délétères dont elle est le témoin dans cet établissement lui en rappellent d'autres de son enfance. C'est un peu comme si la perte de mémoire dont est victime sa mère ravivait la sienne. Dès lors, le temps qu'elle croyait perdu ou qu'elle avait oublié revient, lui faisant prendre conscience qu'elle s'inscrit dans la chaîne de la vie, dans la fuite inexorable des années et qu'elle est tout simplement mortelle, elle-même usufruitière de sa propre existence. Elle enrage de la voir de jour en jour devenir une femme sans mémoire, alors que la sienne se peuple de plus en plus de souvenirs de sa vie antérieure sans qu'elle soit capable de maîtriser ce phénomène. Assister impuissante à cette lente descente vers l'inconscience et la puérilité est désarmant. Sa culpabilité augmente encore quand elle fait à ses fils la relation de ses visites à sa mère dont les réactions, les remarques portent à rire. C'est, une façon inconsciente peut-être d'exorciser la douleur de ces situations mais elle s'accuse intérieurement de ne pas l'avoir assez aidé « à traverser sa nuit ». Que dire dès lors de sa volonté de voir finir cette épreuve devant l'incapacité qui est la sienne de ne pouvoir la vaincre que par la mort de cette femme pour qui elle ne peut plus rien que de la regarder se dégrader de jour en jour. Pourtant quand elle meurt, l'auteur confie « Je la préférais folle que morte », comme si cette habitude de la voir ainsi avancer vers le trépas était finalement plus supportable que l'absence et ce même si on tente de se rassurer en voyant dans cette issue fatale une délivrance, comme si ces visites étaient devenues avec le temps un rituel que rien ne pouvait bousculer. le plus étonnant sans doute c'est que cette mère qui jadis avait été violente et qui n'admettait comme seule explication du monde que celle de la religion n'en parle pas, oublie ce qui pour elle aurait pu être une consolation.
A travers un éphéméride haché, elle confie au lecteur « Écrire sur sa mère pose forcément le problème de l'écriture », ou bien encore « Vieillir c'est se décolorer, être transparent », «La mort c'est l'absence de voix par dessus tout », « Exister, c'est être caressé, touché », autant d'aphorismes qui sont rédigés avec une brièveté sèche où je choisis de lire un réel désarroi face à l'inéluctable.
Ces pages sont l'invite à la fois à la réflexion, la constatation abrupte dans le simple domaine de la vie, de son déroulement et surtout de sa fin. Elle pose à nouveau le problème de l'écriture de ce qu'elle voit dans cet établissement, doit-elle faire acte de témoignage ou au contraire s'abstenir, mais l'écriture c'est aussi la vie ! Annie Ernaux a fait de sa propre vie la source de son écriture, délaissant du même coup la fiction qui est le domaine de l'imaginaire. Même si ici, elle choisit de parler de sa mère et de son histoire, de son vécu, cette démarche me paraît en effet authentique même si, à bien des occasions et pour autant que je puisse en juger, sa façon de s'exprimer repousse les limites de l'intime voire de la pruderie. Cela donne parfois les confidences qui chez d'autres écrivains restent du domaine du secret. Pour autant, elle avoue à son lecteur que ces mots même s'ils conservent le souvenir n'en sont pas moins impossibles à formuler parfois et souvent même à relire. Son style, fluide et agréable à lire, poétique parfois, est ainsi agrémenté de mots crus et tout à fait évocateurs dans leur simplicité et dans leur réalité. Cela ne me gêne pas et explorer ses livres est souvent pour moi un bon moment de lecture.
© Hervé GAUTIER – Octobre 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
gill
  09 mars 2012
Ma mère a été atteinte de la maladie d'Alzheimer au début des années 80...
Un livre brutal, où l'humanité des personnes est mise à mal par la maladie mais aussi par les situations et les sentiments contradictoires qui s'entrechoquent dans l'esprit de l'auteur.
Un livre dur, qui heurte l'intimité des personnes, et qui ne correspond qu'à la vérité de l'auteur.
Commenter  J’apprécie          141

Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   28 septembre 2013
Le plus souvent, je ne pense à rien, je suis auprès d'elle, c'est tout. Il y a pour moi, toujours sa voix. Tout est dans la voix. La mort, c'est l'absence de voix par dessus-tout. (p.80 / Gallimard, collection blanche, 109)
Commenter  J’apprécie          150
tessgeffroytessgeffroy   10 avril 2012
Nous avons attendu deux heures aux urgences, ma mère couchée sur un brancard. Elle a fait pipi. Un garçon avait voulu se suicider aux barbituriques. Nous sommes entrées dans la pièce des consultations, ma mère a été allongée sur la table. L'interne a relevé sa chemise jusqu'au ventre. Ses cuisses, son sexe blanc, quelques vergetures. D'un seul coup, ce fut comme si c'était moi, exibée ainsi.
Commenter  J’apprécie          80
babounettebabounette   16 juin 2009
"c'est ma mère, ce n'était plus la femme que j'avais toujours connue au-dessus de ma vie, et pourtant, sous sa figure inhumaine, par sa voix, ses gestes, son rire, c'était ma mère, plus que jamais"
Commenter  J’apprécie          140
mgeffroymgeffroy   28 février 2008
En aucun cas, on ne lira ces pages comme un témoignage objectif sur le "long séjour" en maison de retraite, encore moins comme une dénonciation (les soignantes étaient, dans leur majorité, d'un dévouement attentif), seulement comme le résidu d'une douleur.
"Je ne suis pas sortie de ma nuit" est la dernière phrase que ma mère a écrite.
Commenter  J’apprécie          50
DAFNEYDAFNEY   08 juin 2019
Dans le couloir de l'hôpital - non, dire la maison de retraite de l'hôpital, premier étage - j'entends : " Annie ! " C'est elle qui m'appelle, on l'a changée de chambre. Comment a-t-elle reconnu ma silhouette, elle ne voit plus, ou si mal (sa cataracte ). Quand j'entre dans la chambre, , elle dit "je suis sauvée".
Sans doute cela veut dire " parce que tu es là" . Elle me raconte toutes sortes de faits avec des détails précis : les travaux qu'on l'oblige à faire , sans la payer, sans lui donner à boire. Une affabulation débordante. Mais elle me reconnait toujours maintenant, à l'inverse du temps où elle était chez moi .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Annie Ernaux (43) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annie Ernaux
Bienvenue dans le troisième épisode de #Confitdeculture, le meilleur de la création culturelle malgré le confinement. Au menu cette semaine, des films garantis sans plateforme de streaming, de la lecture fraîche, gratuite et intégrale, des podcasts sur les soignants, de bons conseils pour bien travailler de chez soi et de quoi faire du bruit en soutien aux personnels soignants.
NOS LIENS :
Kusturica, Vadim, Kurosawa : la Cinémathèque de Nice offre 10 chefs-d'oeuvre chaque semaine https://www.telerama.fr/cinema/kusturica,-vadim,-kurosawa-la-cinematheque-de-nice-offre-10-chefs-doeuvre-chaque-semaine,n6623184.php
Henri, la plateforme vidéo éphémère de la Cinémathèque française : https://www.vodkaster.com/actu-cine/le-festival-du-confinement-la-foire-aux-films-et-series-gratuits/1276329
La Cinémathèque de Bretagne : https://www.cinematheque-bretagne.bzh/ La Cinémathèque de Milan : https://cinetecamilano.it/biblioteca/catalogo/1
Livres gratuits en ligne : c'est le moment de lire Annie Ernaux, Mona Chollet, Patrick Deville… https://www.telerama.fr/livre/annie-ernaux,-mona-chollet,-patrick-deville...-les-editeurs-offrent-des-livres-en-acces-libre,n6623045.php
Sur YouTube, les conseils de Cyrus North pour bien travailler depuis chez soi https://www.telerama.fr/television/sur-youtube,-les-conseils-de-cyrus-north-pour-bien-travailler-depuis-chez-soi,n6620324.php
Sept podcasts poignants pour prendre le pouls des soignants https://www.telerama.fr/radio/sept-podcasts-poignants-pour-prendre-le-pouls-des-soignants,n6621120.php
"Merci à toi, ô soignant !" https://www.youtube.com/watch?v=hEVSwHkfDkE&feature=emb_title
+ Lire la suite
autres livres classés : maladie d'alzheimerVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Connaissez-vous vraiment Annie Ernaux ?

Où Annie Ernaux passe-t-elle son enfance ?

Lillebonne
Yvetot
Bolbec
Fécamp

10 questions
176 lecteurs ont répondu
Thème : Annie ErnauxCréer un quiz sur ce livre

.. ..