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EAN : 9782070392827
106 pages
Gallimard (03/03/1995)
3.44/5   301 notes
Résumé :
De 1985 à 1992, j'ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R. E. R. , les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis. Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l'époque et des gens qu'on croise juste une fois, dont l'existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur.
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sur 301 notes
Ouvrage qui m'a été donné pour être catalogué puis plus tard mis en rayon dans la médiathèque où je travaille, j'ai été piqué au vif et ai eu l'envie de le découvrir avant tout ce travail interne.

De 1985 à 1992, Annie Ernaux a décrit des petites tranches de vie, des saynètes saisies dans le R.E.R, le supermarché, chez le boucher ou ailleurs, bref, des petits moments a priori anodins qui sont pourtant non seulement révélateurs de toute une époque mais retranscrivent à merveille ce qu'est la vie, celle des autres dans un premier temps mais qui vient se confondre avec celle de l'auteure et la nôtre finalement.
C'es là où le lecteur se rend compte que depuis près de trente ans, certaines habitudes sont toujours les même, idem pour les faits divers et que la vie n'évolue que très lentement. Certes, il y a certaines enseignes qui ont disparu mais remplacées par d'autres et au final, ce n'est qu'un mot qui change car le contexte, lui, reste le même, certains préjugés aussi, certaines façons de penser malheureusement aussi !

Un livre bien écrit, très vite lu , ave=c une chute exceptionnelle je l'avoue (vous vous en rendrez compte si vous vous décidez à découvrir cet ouvrage par vous-même, à moins que ce ne soit déjà fait, alors je vous encouragerai certainement à le relire car vous serez fort surpris de ce que voue pourriez y découvrir, même après une seconde lecture ! Une lecture agréable mais dont je garderai certainement pas un souvenir intemporel et il est cependant déplorable d'y découvrir que certaines choses n'ont pas changé et ne changeront probablement jamais !

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Choses vues dans ce monde à priori déshumanisé d'une ville nouvelle Cergy, ville sans passé, sans racines, et dans les transports, train, RER, entre cette ville nouvelle et Paris.
Mais la relation de ces choses vues par Annie Ernaux n'est ni neutre, ni simple. Derrière l'observation, il y a, si l'on sait lire entre les lignes, l'engagement d'une « sacrée bonne femme », et de multiples réflexions sur notre société.

Entre 1985 et 1992, Annie Ernaux va écrire quelques fragments de cette vie des gens « du dehors », sous forme d'instantanés où se mêlent observation sans concession des moeurs et des gens, empathie pour les délaissés: sans domicile fixe, femmes perdues, chiens rabroués, et un regard à la fois féministe et attentif aux classes sociales, aux dominants et dominés.

Ce n'est pas à proprement parler, un journal. A part l'année qui est citée, l'auteure ne nous dit précisément, ni le jour, ni la saison, même si parfois, on s'y retrouve..
Ce n'est pas non plus un journal intime, Annie Ernaux n'évoque que rarement sa vie personnelle, ses états d'âme, et si elle le fait, c'est qu'en tant que représentation de traits communs à la condition féminine ou sociale.
Non, on pourrait qualifier ce texte d'hybride entre portraits des gens et des lieux, et essai sociologique.

Mais, une fois de plus, pour moi qui il y a quelques mois, ne connaissais que peu de choses de cette auteure nobelisée, c'est un texte d'une formidable originalité, marqué d'un regard acéré sur la vie des gens, d'une formidable compréhension de ce qui anime les humains, et d'une véritable compassion pour les faibles et les déclassés.

Car Annie Ernaux restitue la vie de ce monde que beaucoup de dénommés « intellectuels » méprisent, et dont les politiques sont déconnectés (cf.son commentaire sur les propos d'un François Mitterand, pourtant socialiste, sur les « petites gens »). C'est celui des caissières, des vendeuses et des client.e.s des hypermarchés ou celui des petits commerces (des observations parfois bien cruelles témoignant de l'inégalité sociale), des employées des salons de coiffure ou de « beauté », ou encore celui des gens de toutes sortes rencontrés dans les transports en commun, les couloirs de métro.

Et, comme en palimpseste, ce récit apparemment simple, nous raconte, sans grands discours, sans développements philosophiques, le statut dévalué des femmes, la violence inhérente aux inégalités sociales, aux couleurs de peau, etc….et c'est malheureusement toujours d'actualité.
Mais aussi, car ce n'est pas un tableau misérabiliste que l'auteure nous fait, le récit nous montre des instantanés quasi-photographiques montrant avec beaucoup de tendresse, l'affection ou l'amour entre les gens.

Un livre passionnant et instructif.

N.B. Annie Ernaux a poursuivi cette « chronique » pour les années 1993 à 1999, par La vie extérieure, que je n'ai pas lu, puis par une chronique de ses passages dans l'hypermarché de Cergy entre 2012 et 2014 dans Regarde les lumières mon amour, dont j'ai fait un commentaire sur ce site.




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« Je suis traversée par les gens, leur existence, comme une putain. »

Il y a le mythe de l'écrivain tenant son journal pour une hypothétique postérité ou prenant des notes à la volée dans son carnet (Moleskine ou Mulberry, selon la rive) pour alimenter le contenu de son prochain livre.

Annie Ernaux s'en moque un peu : « La semaine dernière, J.-C. L., critique littéraire : “C'est aux carnets (de notes) qu'on reconnaît le véritable écrivain. “ L'écriture ne suffit donc pas, il doit y avoir des signes extérieurs, des preuves matérielles, pour définir l'écrivain, le “vrai“, alors que ces signes sont accessibles à tout le monde. »

La démarche d'Annie Ernaux est donc différente, décrite dans ce Journal du dehors qui dit bien les limites de l'exercice mais expose comment l'autre la nourrit, elle, bien plus que son oeuvre :

« Les fragments, comme ceux que j'écris ici, me laissent insatisfaite, j'ai besoin d'être engagée dans un travail long et construit (non soumis au hasard des jours et des rencontres). Cependant, j'ai aussi besoin de transcrire les scènes du R.E.R., les gestes et les paroles des gens pour eux-mêmes, sans qu'ils servent à quoi que ce soit. »

Et plus loin :

« Des individus anonymes qui ne soupçonnent pas qu'ils détiennent une part de mon histoire, dans des visages, des corps, que je ne revois jamais. Sans doute suis-je moi-même, dans la foule des rues et des magasins, porteuse de la vie des autres. »

Alors se succèdent ces saynètes du quotidien, saisies à la volée parce qu'elles provoquent « une émotion, un trouble ou de la révolte ». Des fragments de vie qui, instantanément, peuvent sembler manquer de sens, mais après réflexion, en disent si long sur ce que nous sommes et la façon dont nous nous situons socialement.

On y retrouve les thèmes chers à l'auteure : l'importance du sens des mots, la misère sociale latente ou héritée, la violence d'autrui, les réminiscences du passé dans une fulgurance du quotidien, le supermarché comme microcosme social et violent d'une société à deux vitesses.

Un petit livre « entre-deux » dans l'oeuvre d'Annie Ernaux, tournant sociologique élargi même si sa propre histoire n'est jamais bien loin…
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Récemment j'ai eu l'occasion de visiter à Paris l'exposition consacrée à un choix de photos mises en relation avec des textes d'Annie Ernaux affichés comme s'il s'agissait de photos, à côté de celles-ci, dans des salles thématiques portant par exemple sur les magasins, les transports etc. La majorité ou la totalité des textes, que j'ai trouvé extraordinaires, sont extraits de cet ouvrage que je me suis empressé de lire de retour chez moi.
D'abord, c'est incroyablement écrit, chaque mot est à sa place c'est à la fois très fin et très puissant. Er puis, si Annie Ernaux peut agacer parfois, du moins c'est ce qu'il me semble parfois déceler, par sa posture de femme engagée et quelquefois excessive, en réalité on perçoit dans ce livre quelque chose d'unique, que je n'ai pas constaté souvent et en tout cas pas à ce point : une extraordinaire attention aux autres, à tous les autres, à la petite mamie qui fait ses courses, au jeune maghrébin qui traine en bas, à ce SDF qui a laissé un mot et qui est parti, à ces personnes anonymes qui ont écrit des graffitis. Mais ce qu'elle arrive à dire de ces scénettes est d'une puissance très singulière. Durant l'exposition les gens m'ont paru scotché par ces diamants bruts mis en relation avec de superbes photos, montrant la convergence des luttes entre certains streetphotographes et la grande romancière de Cergy-Pontoise.
Faisant cela elle fait preuve tout à la fois d'un engagement démocratique remarquable et incarné (car combien d'entre nous ont perçu ce qu'elle a perçu, combien prêtent une telle attention à tous y compris aux plus humbles ?), mais surtout c'est de la grande littérature.

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Ce livre est un recueil de chroniques écrites au fil de l'eau par Annie Ernaux entre 1985 et 1992. le "Journal du dehors" porte bien son nom, il contient peu de propos philosophiques mais des scènes de la vie quotidienne prises sur le vif.
Les seuls commentaires sont les réflexions d'Annie Ernaux qui s'interroge sur le sens de ces prises de notes, la réalité comme source de création littérature ou miroir de ce que l'on est.
Elle habite la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, prend les transports en commun, va chez le coiffeur, fait les courses et regarde les gens qu'elle croise. Ce quotidien est le grand mérite de cet ethnotexte.
J'ai connu ces années centrées ici sur 1986 (qui occupe un tiers du recueil) et je trouve que ces notes sonnent juste : les gens n'ont pas de smartphone, il y a déjà pas mal de personnes qui font la manche, dans les transports notamment (dure réalité !) etc.
J'ai noté un changement important, caractéristique de l'époque : la disparition des ramasseurs de caddies dans les grandes surfaces qui ont été remplacés par des chariots à pièces.
Ce journal a un intérêt sociologique et ethnologique. Et comme dit Annie Ernaux, regarder des personnes anonymes peut parfois nous apprendre des choses sur nous-même.


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Les imaginer facilement mangeant sans parler l'un en face de l'autre, des soirs et des soirs jusqu'à la mort.
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"Journaux d'annonces gratuits chaque semaine dans la boîte aux lettres. "PROFESSEUR SOLO-DRAME. LE GRAND MARABOUT est enfin parmi nous. Il se propose de résoudre tous vos problèmes : amour, affection retrouvée, fidélité entre époux, désenvoûtement, concours, succès aux sports, retour immédiat au foyer de la personne que vous aimez. Si vous voulez être heureux passez sans tarder me consulter. Travail sérieux, efficace. Résultat garanti. 131ter, av. de Clichy. 2e étage porte droite." (Photo d'un bel Africain dans l'encadré.) En quelques lignes, un tableau des désirs de la société, une narration à la troisième personne, puis à la première, un personnage à l'identité ambiguë, savant ou magicien, au nom poétique et théâtral, deux registres d'écriture, le psychologique et le technico-commercial. Un échantillon de fiction."
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Quand je suis au dehors, ma personne est néantisée. Je n’existe pas. Je suis traversée par les gens et leur existence, j’ai vraiment cette impression d’être moi-même un lieu de passage. Et ce Journal est une tentative de dire l’extériorité pour exprimer l’intériorité. C’est un journal intime extérieur. Je crois très fortement que c’est dans les autres que l’on découvre des vérités sur soi.
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Le Président de la République a parlé à la télévision dimanche. Plusieurs fois il a dit "beaucoup de petites gens" (pensent ceci, souffrent de cela, etc), comme si ces gens qu'il qualifie ainsi ne l'écoutaient ni le regardaient, puisqu'il est inouï de laisser entendre à une catégorie de citoyens qu'ils sont des inférieurs, encore plus inouï qu'ils acceptent d'être traités ainsi. Cela signifiait aussi qu'il appartenait, lui, "aux grandes gens".
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"Je demande à la jeune coiffeuse qui s'occupe de moi : "Est-ce que vous aimez lire ?" Elle réponde : "Oh, ça ne me dérange pas de lire, mais je n'ai pas le temps." ("Ca ne me dérange pas", de faire la vaisselle, la cuisine, travailler debout, l'expression pour dire qu'on est capable de faire tranquillement des choses pénibles. Lire peut donc en faire partie.)"
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