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EAN : 9782070419227
147 pages
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Après Journal du dehors, des petits riens de l'existence (de 1985 à 1992) couchés sans maniérisme, La Vie extérieure (1993-1999) peut être considérée comme une suite, avec les mêmes fragments de réalité sèche.

Il s'agit à nouveau de notes, plus qu'un journal intime, qui présentent des scènes de la vie de tous les jours "comme des traces de temps et d'histoire, des fragments du texte que nous écrivons tous rien qu'en vivant". Sculpté dans le réel, le t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  28 octobre 2016
La Feuille Volante n° 1080
JOURNAL DU DEHORS et LA VIE EXTÉRIEURE - Annie Ernaux – Gallimard.
De 1985 à 1992, puis de 1993 à 1999, Annie Ernaux a choisi de livrer à son lecteur tout ce qu'elle a vu dans son quotidien à Cercy où elle habite. Ce sont des instantanés , des scènes, des paroles, saisies dans le RER, dans les gares, dans les supermarchés, dans la ville. Bref de courts textes qui peignent une ambiance, des impressions fugaces que le quotidien citadin nous assène sans même que nous nous en rendions compte. Je ne suis pas vraiment familier des romans de cette auteure mais il me semble qu'elle a fait de sa vie personnelle et même intime la nourriture de sa création littéraire. Ici, c'est certes sa vie avec parfois ses vieux démons obsessionnels qui ressortent qu'elle évoque mais surtout ce qu'elle voit, l'extérieur qui contraste quelque peu avec les récits qu'elle nous donne à lire ordinairement. Elle laisse traîner un oeil attentif, parfois voyeur, parfois inquisiteur, avec alternativement indifférence, compassion, méchanceté ou détachement, comme un témoin muet et parfois lointain qui ne voudrait pas prendre parti mais qui se contente de percevoir ce qui se passe autour d'elle et d'en rendre compte avec des mots. C'est soit le quotidien banal des petites gens, des quidams, les relations avec leur famille ou ce qu'il reste de ceux qu'on appelle, souvent à tort, les grands de ce monde, parce que, leur pouvoir évanoui, il ne reste plus rien que des souvenirs qui contrastent avec tout ce qu'ils disaient vouloir faire ; ils se sont constamment cachés derrière des apparences et elle dénonce leur mépris et leur imposture.Elle évoque le monde du travail, ces petits boulots qui permettent de survivre et surtout ceux qui tendent la main parce que la richesse ou la sacro-sainte croissance les ont oubliés ou encore ceux qui aussi ont choisi de leur faire un pied de nez, ceux qui n'ont pas la bonne couleur de peau ou la bonne manière de s'habiller et qui ne répondent pas aux codes de la société. Elle concentre son regard sur leurs yeux, parfois vides, parfois artificiellement enjoués parce l'humour est aussi une arme et qu'on peut rire de tout, même de la misère. Elle lit les graffiti qui fleurissent sur les murs ou sur les trottoirs qui sont le témoin de la peur ou du désir, ils sont autant d'aphorismes philosophiques qui invitent à la réflexion sur une vérité qui dérange, l'égoïsme ordinaire, le mépris ou à la passivité des passants pressés. Ce sont des visions fuyantes d'un monde ordinaire, bien banal où il ne passe rien que de très dérisoire, avec ses erreurs, ses fantasmes, ses apparences trompeuses, des scènes d'un théâtre où la comédie le dispute à la tragédie surtout quand le métro est ensanglanté par des attentats. C'est vrai que, contrairement à tout ce qu'on va racontant, le destin est injuste, la vie n'est pas belle quand elle s'habille de sang et de crasse, que cela se passe à Paris ou à Sarajevo, elle est bien plus souvent déprimante, dure et sans merci . Parfois l'auteure conclut par un apophtegme bien senti, genre philosophe désabusée, cherchant un sens partout et n'en trouvant pas toujours. Elle note, écoute, laisse aller son regard vers l'extérieur, dit que l'émotion que lui prêtent les gens du quotidien. J'ai lu ces deux ouvrages avec une impression de solitude et de peur qui caractérisent nos sociétés occidentales et ce malgré le « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles, malgré toutes ces manifestions publiques de solidarité...
Le «  Journal du dehors » (publié en 1993) rend compte des impressions de l'auteure de 1985 à 1992 et « La vie extérieure » (publié en 2000) reprend le même thème, mais pour les années 1993 à 1999, gommant, selon elle, certaines omissions, avec cette remarque qu'elle a l'impression que ce n'est pas elle qui les a écrits alors que, plus que tous les journaux intimes, ces scènes lui ressemblent et paraissent dessiner sa propre histoire. Ce dernier recueil est présenté sous forme d'éphéméride et insiste davantage sur la vie qui change les choses et les gens, le temps qui passe, le tout au quotidien où elle vit à Cergy, en banlieue. le style, toujours fluide et agréable procure un bon moment de lecture.
Ces textes, courts et en prose sont comme des clichés photographiques pris au hasard de la vie. Ils me rappellent les poèmes de Georges-Léon Godeau qui savait si bien rendre ce qu'il voyait en y mettait un zeste ce sensibilité personnelle. En lisant les textes d'Annie Ernaux, il me vient aussi à l'esprit une citation de Victor Ségalen « Voir le monde et, l'ayant vu, dire sa vision ».
© Hervé GAUTIER – Octobre 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com
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paulotlet
  17 juin 2018
Comme elle l'avait fait dans le Journal du dehors, Annie Ernaux nous livre des bribes d'existence, des moments pris sur le vif, réflexions sur l'actualité ou simples instantanés de la vie quotidienne. Consignées entre 1993 et 2000, ces observations portent tantôt sur des faits parfaitement anecdotiques, tantôt sur les drames qui marquent l'époque, guerre de Bosnie, bombardement de la Serbie. Il y a là comme une tentative désespérée de sauver les instants vécus. "Relisant ces pages, je m'aperçois que j'ai déjà oublié beaucoup de scènes et de faits. Il me semble même que ce n'est pas moi qui les ai transcrits", écrit l'auteure. Elle consigne le réel comme preuve, elle matérialise les choses vues, donne une existence tangible aux gens croisés en chemin, témoignage dérisoire et à l'utilité fugace et incertaine. C'est touchant parce que l'exercice nous renvoie à notre propre existence, traversée avec si peu de conscience de ce qui nous entoure.
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Steph_K
  31 mars 2019
Journal du dehors” et ”La vie extérieure” d'Annie Ernaux. 15 ans de notations régulières, d'instants de vie, d'observations fines, humoristiques ou graves du quotidien parisien entre 1985 et 1999. Guerres du Golfe et de Bosnie, passants et médecins, sans-abris et étudiants, scènes de centres commerciaux et de métro, manifestations et faits divers, émissions culturelles et politiques, se côtoient et se télescopent avec justesse, cynisme et désillusion.
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Pantra
  25 mars 2021
Il y a de très beaux passages, très touchants. Annie Ernaux a le don de parler des choses les plus graves avec une vérité simple. C'est un véritable bonheur que de voir le monde à travers ses yeux. J'ai beaucoup aimé lire ces moments d'histoire et de vie.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   16 juin 2013
19 janvier 1996
Histoire à jouer, datant déjà de l’année dernière.
On dispose une paire de chaussures sur le sol, devant l’auditoire, des chaussures montantes, si possible. On glisse une cigarette allumée à l’intérieur d’un soulier en ayant pris soin de tirer une bonne bouffée afin de provoquer une fumée abondante. S’offre donc à la vue de l’auditoire une paire de chaussures d’où s’échappe de la fumée et l’on demande : « Qu’est-ce que c’est ? ». Flottement dans l’assistance, ricanements interrogateurs. On dit alors, « c’est un mec qui attendait le bus à Sarajevo ». Cette histoire provoque une vive hilarité, mais à la condition qu’elle soit mise en scène : il faut absolument voir la chaussure d’où sortent de légères volutes. En une seconde – le temps qu’il faut à une grenade – on voit l’homme volatilisé, des ruines, la paire de grolles se change en symbole atroce. On ne peut supporter une telle métamorphose sans hurler de rire.
Ecrire cette histoire n’est peut-être pas la pire façon de ne pas oublier la guerre en Bosnie.
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Alice_Alice_   16 juin 2013
7 mars 1997
La fermeture des usines Renault à Vilvorde, en Belgique, entraîne la première grève européenne. Au même moment, la Bourse continue de « s’envoler » (l’image même est charmante, légère, alors que les mots pour les chômeurs sont pesants, « frappés », « menacés »). En clair, cela veut dire que des hommes sont rayés d’un trait pour que d’autres, les actionnaires, s’enrichissent. A la limite, la mort des uns pourrait être acceptée pour que d’autres y trouvent leur compte. On nous montre les ouvriers licenciés, jamais les actionnaires, invisibles, comme l’argent.

A Cuba, des enfants louent leurs jouets à d’autres enfants.
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Alice_Alice_   16 juin 2013
16 novembre 1993
Dans Le Monde, ce titre : « Le tribunal international sur les crimes de guerre n’est pas soutenu par une réelle volonté politique ».
Il existe quarante mille documents sur les exactions commises en Bosnie. Quatre cents camps de concentrations et de détention, quatre-vingt-dix-huit fosses communes contenant près de trois mille corps, et trois mille victimes de viols ont déjà été recensés. Mais, selon M. Bassioni, le risque de perte des preuves augmente avec le temps. La perte des preuves est l’un de nos principaux soucis. »
Écrire cela, et tout ce que j’écris ici, comme preuve.
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Caro29Caro29   17 mai 2016
Les chansons transforment la vie en roman. Elles rendent belles et lointaines les choses qu'on a vécues. C'est de cette beauté que vient plus tard la douleur de les entendre.
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paulotletpaulotlet   15 juin 2018
Sensation étrange que cette "réalité", à cause de sa mise en scène, n'était pas vraie, c'est-à-dire que la vérité des gens, de l'histoire, n'est pas atteinte. Ce qu'il y avait de certain et de saisissant, c'était la fascination exercée par l'inceste sur tous les participants et le désir de mettre à mort la victime, la belle jeune fille.
Plus tard, j'ai pensé qu'il y aurait de plus en plus de reality-show, la fiction disparaîtrait, puis on ne supporterait plus cette réalité mise en spectacle et la fiction reviendrait.
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Videos de Annie Ernaux (45) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annie Ernaux
Présenté par Robert Maggiori, philosophe co-fondateur des Rencontres Philosophiques de Monaco et critique littéraire.
« Pourquoi lire (13 bonne raisons au moins) », co-écrit par Annie Ernaux, Philippe Garnier, Jürgen Habermas, Eva Illouz, Frédéric Joly, Esther Kinsky, Sibylle Lewitscharoff, Nicolas Mahler, Oliver Nachtwey, Katja Petrowskaya, Hartmut Rosa, Clemens J. Setz et Joëlle Zask. Publié chez Premier Parallèle, 20€, 240 pp.
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