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EAN : 9782073016843
112 pages
Gallimard (17/08/2023)
  Existe en édition audio
3.74/5   663 notes
Résumé :
" Car il a bien fallu que je me débrouille avec cette mystérieuses incohérence : toi la bonne fille, la petite sainte, tu n'as pas été sauvée, moi le démon j'étais vivante. Plus que vivante, miraculée. Il fallait donc que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée. "
9 782841 115396
Annie Ernaux
L'autre fille
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Critiques, Analyses et Avis (138) Voir plus Ajouter une critique
3,74

sur 663 notes
L'autre fille, est un récit autobiographique sur la soeur d. A Ernaux décédée prématurément à l'âge de 6 ans, avant que cette dernière n'advienne au monde.
C'est par un "bel après-midi d'été", qu' A. Ernaux l' apprend indirectement, au cours d'une discussion entre sa mère et une voisine.
Elle découvre alors le chagrin de ses parents et entend sa mère dire à son interlocutrice que la fillette décédée" était plus gentille que celle-là." ! La vivante !
Ce secret de famille ainsi que les paroles proférées par sa mère, ne cessent alors d'interroger la narratrice sur la signification de ce mot « Gentille » évoqué ce jour-là, mettant ainsi les deux fillettes côte à côte, perturbant un certain équilibre chez la narratrice.
A partir de l'âge de 10 ans, celle-ci prend conscience qu'elle n'est pas fille unique, la morte de dresse entre ses parents et elle.
Cette éternelle petite fille est désormais érigée en sainte tandis qu'elle est le démon.
Pour la narratrice, il fallait que cette soeur meure pour qu'elle vive.
De cette morte, il n'en sera pas parlé en famille, le sujet reste douloureusement tabou et instaure chez la narratrice une sensation d'irréalité, un fantôme errant dans la famille, un cadavre dans un placard qu'on ne peut rouvrir. A Ernaux dira d'elle qu'elle est « l'anti-langage ». Cette absence de parole enfermée dans le chagrin marque le récit.
Le livre en forme de lettre dans lequel elle s'adresse à la morte se centre sur l'impossibilité pour la narratrice de se représenter cette soeur et du coup de la reconnaître en tant que telle, on est dans l'indicible. Si elle vit un tant soit, peu c'est uniquement de manière fantasmée chez la narratrice qui reste finalement unique. elle la fait finalement revivre dans l'écriture mais le questionnement demeure ainsi qu'une sorte de culpabilité de vivre à la place d'une autre sans jamais pouvoir la rejoindre.
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Pour ma dernière lecture de l'année, j'ai voulu revenir à un livre d'Annie Ernaux.
Découverte l'an dernier, ignorée pendant des années, j'ai senti à quel point ses écrits peuvent toucher et nous concerner.
Peu m'importe les polémiques vraies ou fausses d'ailleurs sur sa personne , son style d'écriture ou son absence. Une chose est certaine, ses livres percutent, troublent , alimentent ce qui ne se dit pas, ce qui ne s'avoue pas.
Là encore avec L'autre fille, elle nous plonge dans les non-dits, les secrets qui peuvent étouffer une personnalité.
Annie Ernaux nous raconte une chose incroyable, elle découvre incidemment alors qu'elle a dix ans l'existence d'une soeur morte à l'âge de six ans.
Jamais ses parents ne lui parleront de cette autre fille qu'ils ont eue avant elle. La seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle était plus gentille.
Quel choc, quelles répercussions peuvent avoir ces révélations sur une enfant. C'est ce que Annie Ernaux tente de nous expliquer, de nous relater.
Comment elle a pu vivre avec ce double jamais connu,ni identifié hormis sur quelques photos et des bribes de confidences égrenées par ses cousines, ses tantes.
Ce récit prend la forme d'une lettre qu'elle
adresserai à sa soeur même si bien sûr c'est impossible.
" Pourtant , un fond de pensée magique en moi voudrait que, de façon inconcevable, analogique, elle te parvienne comme m'est parvenue jadis, un dimanche d'été la nouvelle de ton existence.."

Une fois de plus, Annie Ernaux bouleverse, non par son histoire personnelle mais par les messages qu'elle nous transmet à tous et nous laisse sans voix.
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Lecture ancienne faite en juillet 2011...

Un bref récit poignant de l'auteure qui se remémore la violence d'une nouvelle entendue par inadvertance, l'été de ses 10 ans. se croyant fille unique... elle découvre qu'une petite soeur a existé avant elle, décédée toute petite...
Annie Ernaux relate avec finesse le poids des secrets, des non-dits sur l'avenir des individus...l'influence ultérieure sur la construction de son existence, en précisant qu'en plus, dans les années 50, il était interdit implicitement d'interroger ses parents...

Une phrase m'a profondément frappée: "Je n'écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j'écrive, ça fait une grande différence." (p.35)


"D'après l'état civil tu es ma soeur. Tu portes le même patronyme que le mien, mon nom de "jeune fille", Duchesne. Dans le livret de famille des parents presque en lambeaux, à la rubrique Naissance et Décès des Enfants issus du Mariage, nous figurons l'une au-dessous de l'autre.
Toi en haut avec deux tampons de la mairie de lillebonne (Seine-Inférieure), moi avec un seul- c'est dans un autre livret officiel que sera remplie pour moi la case décès, celui qui atteste de ma reproduction d'une famille, avec un autre nom.
Mais tu n'es pas ma soeur, tu ne l'as jamais été. Nous n'avons pas joué, mangé, dormi ensemble. Je ne t'ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t'ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. Je n'ai pas de mémoire de toi. Tu étais déjà morte depuis deux ans et demi quand je suis née. Tu es l'enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlait jamais, l'absente de toutes les conversations. le secret. " (p.13)

Un récit qui prend "aux tripes", car il parle du deuil, du manque indéfinissable provoqué par des non-dits familiaux, de la séparation... d'une des multiples nécessités de l'écriture... là en l'occurence, une sorte de "réparation", rendre "la vie" à un être de sa fratrie...

"Evidemment ,cette lettre ne t'est pas destinée et tu ne la liras pas. Ce sont les autres, des lecteurs, aussi invisibles que toi quand j'écris, qui la recevront. Pourtant, un fond de pensée magique en moi voudrait que , de façon inconcevable, analogique, elle te parvienne comme m'est parvenue jadis, un dimanche d'été, peut-être celui où Pavese se suicidait dans une chambre de Turin, la nouvelle de ton existence par un récit dont je n'étais pas non plus la destinataire. Octobre 2010" (p.78)
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‘'Elle raconte qu'ils ont eu une autre fille que moi et qu'elle est morte de la diphtérie à six ans, avant la guerre, à Lillebonne.''
‘'A la fin, elle dit de toi elle était plus gentille que celle-là
Celle-là, c'est moi.''
C'est par des mots échangés avec une cliente devant l'épicerie familiale, un jour de l'été 1950, que la petite Annie apprend, de la bouche de sa mère, qu'elle a eu une soeur. Une soeur morte avant sa naissance. Une sainte. Une fille parfaite et gentille.
D'elle, il ne sera plus jamais question. Ses parents n'en parlèrent jamais, croyant la préserver, l'enfermant dans un secret de famille et une concurrence déloyale. L'autre est la gentille, elle est la turbulente. L'autre est une sainte, elle est un démon. L'autre est morte pour qu'elle puisse vivre.

Présenté sous forme de lettre pour la collection ‘'Les Affranchis'', L'autre fille est un récit autobiographique où Annie Ernaux évoque ses dix ans, la révélation fortuite de l'existence d'une soeur, sa mise à distance et les réflexions que cela a engendré.
‘'Mais tu n'es pas ma soeur, tu ne l'as jamais été. Nous n'avons pas joué, mangé, dormi ensemble. Je ne t'ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t'ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. Je n'ai pas de mémoire de toi. Tu étais déjà morte depuis deux ans et demi quand je suis née. Tu es l'enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlait jamais, l'absente de toutes les conversations. le secret.''
Annie comprend qu'elle vit parce que sa soeur est morte, qu'elle n'est qu'une remplaçante, un second choix.
A travers sa lettre à l'absente, elle analyse le deuil impossible de ses parents et dissèque l'impact du secret sur son enfance, sa place dans le monde, sa légitimité.
Si l'écriture d'Annie Ernaux peut paraître froide et distanciée, on sent la douleur insidieuse, l'impossibilité de questionner ses parents qui partiront sans jamais avoir ouvert leur coeur à leur fille. Autres temps, autres moeurs…L'autrice évoque une époque où les parents ne s'épanchaient pas, où les enfants devaient rester ‘'à leur place''…
Un texte troublant et fort, une belle entrée en matière dans l'oeuvre de la française nobélisée.
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A la fin des années 90, j'avais découvert et m'étais pris de passion pour l'oeuvre d'Annie Ernaux.

Je l'avais dévorée en quelques mois.

La tâche n'était pas si herculéenne : Annie Ernaux est l'auteur d'une douzaine seulement de courts romans autobiographiques. Elle y décrit ses origines modestes, dans la petite ville normande d'Yvetot, son avortement à la fin des années 60, l'échec de son premier mariage, l'accession à une forme d'indépendance financière et sexuelle ....

Dans son dernier livre, qui se présente sous la forme d'une lettre ouverte, elle s'adresse à sa soeur morte à l'âge de six ans, en 1938, deux ans avant sa naissance. Ses parents lui en avaient caché l'existence et elle la découvrit par hasard alors qu'elle était encore enfant. Cette soeur morte à un âge innocent fut longtemps sa concurrente : elle était "gentille" alors que la jeune Annie, déjà turbulente et indépendante, l'était si peu.

René Féret, qui avait vécu la même histoire, en a fait un très beau film méconnu "Baptême"

Plus bref encore que ses précédents livres qui l'étaient déjà beaucoup, "L'autre fille" semble marquer l'épuisement d'une oeuvre narcissique. Depuis quarante ans, Annie Ernaux ne réussit pas à parler d'autre chose que d'elle-même, de sa famille, de son parcours. Bien sûr l'angle de vue est chaque fois différent. Mais elle n'évite pas le ressasement ni la répétition (on retrouve le père violent évoqué dans "La place" ou la déchéance de la mère racontée dans "Je ne veux pas sortir de ma nuit"). A plus de 70 ans, elle a peut-être atteint les limites de sa démarche.
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Citations et extraits (141) Voir plus Ajouter une citation
Je ne peux pas te mettre là où j'ai été. Remplacer mon existence par la tienne. Il y a la mort et il y a la vie. Toi ou moi. Pour être, il a fallu que je te nie.
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C’est sans doute là qu’il faut te chercher, dans ce répertoire personnel de l’imaginaire, illisible à tous les autres, pour te découvrir, par un travail que personne ne peut se targuer d’effecteurs à notre place
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Ce calcul que je pratique sous toutes ses formes […] depuis l’adolescence : souffrir en vue d’obtenir un bonheur ou une réussite.
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Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence.
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[ Incipit ]

C'est une photo de couleur sépia, ovale, collée sur le carton jauni d'un livret, elle montre un bébé juché de trois quarts sur des coussins festonnés, superposés. Il est revêtu d'une chemise brodée, à une seule bride, large, sur laquelle s'attache un gros nœud un peu en arrière de l'épaule, comme une grosse fleur ou les ailes d'un papillon géant. Un bébé tout en longueur, peu charnu, dont les jambes écartées avancent, tendues jusqu'au rebord de la table. Sous ses cheveux bruns ramenés en rouleau sur son front bombé, il écarquille les yeux avec une intensité presque dévorante. Ses bras ouverts à la manière d'un poupard semblent s'agiter. On dirait qu'il va bondir. Au-dessous de la photo, la signature du photographe - M. Ridel, Lillebonne - dont les initiales entrelacées ornent aussi le coin supérieur gauche de la couverture, très salie, aux feuillets à moitié détachés l'un de l'autre.
Quand j'étais petite, je croyais - on avait dû me le dire - que c'était moi. Ce n'est pas moi, c'est toi.
Il y avait pourtant une autre photo de moi, prise chez le même photographe, sur la même table, les cheveux bruns pareillement en rouleau, mais j'apparaissais dodue, avec des yeux enfoncés dans une bouille ronde, une main entre les cuisses. Je ne me souviens pas avoir été intriguée alors par la différence, patente, entre les deux photos.

Aux alentours de la Toussaint je vais au cimetière d'Yvetot fleurir les deux tombes. Celle des parents et la tienne. D'une année sur l'autre j'oublie l'emplacement mais je me repère à la croix haute et très blanche, visible depuis l'allée centrale, qui surmonte ta tombe, juste à côté de la leur. Je dépose sur chacune un chrysanthème de couleur différente, quelquefois sur la tienne une bruyère, dont j'enfonce le pot dans le gravier de la jardinière creusée exprès, au pied de la dalle.
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Vidéo de Annie Ernaux
En 2011, Annie Ernaux a fait don au département des Manuscrits de la BnF de tous les brouillons, notes préparatoires et copies corrigées de ses livres publiés depuis "Une femme" (1988). Une décennie et un prix Nobel de littérature plus tard, elle évoque pour "Chroniques", le magazine de la BnF, la relation qu'elle entretient avec les traces de son travail.
Retrouvez le dernier numéro de "Chroniques" en ligne : https://www.bnf.fr/fr/chroniques-le-magazine-de-la-bnf
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