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EAN : 9782841115396
80 pages
Editions Nil (03/03/2011)
  Existe en édition audio
3.73/5   390 notes
Résumé :
Yvetot, un dimanche d'août 1950. Annie a dix ans, elle joue dehors, au soleil, sur le chemin caillouteux de la rue de l’École. Sa mère sort de l'épicerie pour discuter avec une cliente, à quelques mètres d'elle. La conversation des deux femmes est parfaitement audible et les bribes d'une confidence inouïe se gravent à jamais dans la mémoire d'Annie. Avant sa naissance, ses parents avaient eu une autre fille. Elle est morte à l'âge de six ans de la diphtérie. Plus ja... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (99) Voir plus Ajouter une critique
3,73

sur 390 notes

djdri25
  26 septembre 2020
L'autre fille, est un récit autobiographique sur la soeur d. A Ernaux décédée prématurément à l'âge de 6 ans, avant que cette dernière n'advienne au monde.
C'est par un "bel après-midi d'été", qu' A. Ernaux l' apprend indirectement, au cours d'une discussion entre sa mère et une voisine.
Elle découvre alors le chagrin de ses parents et entend sa mère dire à son interlocutrice que la fillette décédée" était plus gentille que celle-là." ! La vivante !
Ce secret de famille ainsi que les paroles proférées par sa mère, ne cessent alors d'interroger la narratrice sur la signification de ce mot « Gentille » évoqué ce jour-là, mettant ainsi les deux fillettes côte à côte, perturbant un certain équilibre chez la narratrice.
A partir de l'âge de 10 ans, celle-ci prend conscience qu'elle n'est pas fille unique, la morte de dresse entre ses parents et elle.
Cette éternelle petite fille est désormais érigée en sainte tandis qu'elle est le démon.
Pour la narratrice, il fallait que cette soeur meure pour qu'elle vive.
De cette morte, il n'en sera pas parlé en famille, le sujet reste douloureusement tabou et instaure chez la narratrice une sensation d'irréalité, un fantôme errant dans la famille, un cadavre dans un placard qu'on ne peut rouvrir. A Ernaux dira d'elle qu'elle est « l'anti-langage ». Cette absence de parole enfermée dans le chagrin marque le récit.
Le livre en forme de lettre dans lequel elle s'adresse à la morte se centre sur l'impossibilité pour la narratrice de se représenter cette soeur et du coup de la reconnaître en tant que telle, on est dans l'indicible. Si elle vit un tant soit, peu c'est uniquement de manière fantasmée chez la narratrice qui reste finalement unique. elle la fait finalement revivre dans l'écriture mais le questionnement demeure ainsi qu'une sorte de culpabilité de vivre à la place d'une autre sans jamais pouvoir la rejoindre.
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fanfanouche24
  19 juin 2014
Lecture ancienne faite en juillet 2011...
Un bref récit poignant de l'auteure qui se remémore la violence d'une nouvelle entendue par inadvertance, l'été de ses 10 ans. se croyant fille unique... elle découvre qu'une petite soeur a existé avant elle, décédée toute petite...
Annie Ernaux relate avec finesse le poids des secrets, des non-dits sur l'avenir des individus...l'influence ultérieure sur la construction de son existence, en précisant qu'en plus, dans les années 50, il était interdit implicitement d'interroger ses parents...
Une phrase m'a profondément frappée: "Je n'écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j'écrive, ça fait une grande différence." (p.35)

"D'après l'état civil tu es ma soeur. Tu portes le même patronyme que le mien, mon nom de "jeune fille", Duchesne. Dans le livret de famille des parents presque en lambeaux, à la rubrique Naissance et Décès des Enfants issus du Mariage, nous figurons l'une au-dessous de l'autre.
Toi en haut avec deux tampons de la mairie de lillebonne (Seine-Inférieure), moi avec un seul- c'est dans un autre livret officiel que sera remplie pour moi la case décès, celui qui atteste de ma reproduction d'une famille, avec un autre nom.
Mais tu n'es pas ma soeur, tu ne l'as jamais été. Nous n'avons pas joué, mangé, dormi ensemble. Je ne t'ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t'ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. Je n'ai pas de mémoire de toi. Tu étais déjà morte depuis deux ans et demi quand je suis née. Tu es l'enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlait jamais, l'absente de toutes les conversations. le secret. " (p.13)
Un récit qui prend "aux tripes", car il parle du deuil, du manque indéfinissable provoqué par des non-dits familiaux, de la séparation... d'une des multiples nécessités de l'écriture... là en l'occurence, une sorte de "réparation", rendre "la vie" à un être de sa fratrie...
"Evidemment ,cette lettre ne t'est pas destinée et tu ne la liras pas. Ce sont les autres, des lecteurs, aussi invisibles que toi quand j'écris, qui la recevront. Pourtant, un fond de pensée magique en moi voudrait que , de façon inconcevable, analogique, elle te parvienne comme m'est parvenue jadis, un dimanche d'été, peut-être celui où Pavese se suicidait dans une chambre de Turin, la nouvelle de ton existence par un récit dont je n'étais pas non plus la destinataire. Octobre 2010" (p.78)
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YvesParis
  03 mars 2013
A la fin des années 90, j'avais découvert et m'étais pris de passion pour l'oeuvre d'Annie Ernaux.
Je l'avais dévorée en quelques mois.
La tâche n'était pas si herculéenne : Annie Ernaux est l'auteur d'une douzaine seulement de courts romans autobiographiques. Elle y décrit ses origines modestes, dans la petite ville normande d'Yvetot, son avortement à la fin des années 60, l'échec de son premier mariage, l'accession à une forme d'indépendance financière et sexuelle ....
Dans son dernier livre, qui se présente sous la forme d'une lettre ouverte, elle s'adresse à sa soeur morte à l'âge de six ans, en 1938, deux ans avant sa naissance. Ses parents lui en avaient caché l'existence et elle la découvrit par hasard alors qu'elle était encore enfant. Cette soeur morte à un âge innocent fut longtemps sa concurrente : elle était "gentille" alors que la jeune Annie, déjà turbulente et indépendante, l'était si peu.
René Féret, qui avait vécu la même histoire, en a fait un très beau film méconnu "Baptême"
Plus bref encore que ses précédents livres qui l'étaient déjà beaucoup, "L'autre fille" semble marquer l'épuisement d'une oeuvre narcissique. Depuis quarante ans, Annie Ernaux ne réussit pas à parler d'autre chose que d'elle-même, de sa famille, de son parcours. Bien sûr l'angle de vue est chaque fois différent. Mais elle n'évite pas le ressasement ni la répétition (on retrouve le père violent évoqué dans "La place" ou la déchéance de la mère racontée dans "Je ne veux pas sortir de ma nuit"). A plus de 70 ans, elle a peut-être atteint les limites de sa démarche.
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milado
  20 octobre 2012
Découvert en audiolib dans le cadre du Prix Grandes Tartines 2013 organisé par les bibliothèques locales.
Un sujet très intime, comme souvent avec Annie Ernaux : une lettre à sa soeur ainée, morte de la diphtérie à 6 ans, avant même sa propre naissance, elle ne l'a donc pas connue, elle a appris sa naissance par hasard des années plus tard et n'a jamais osé en parler avec ses parents. Bien sûr, c'est très touchant, très fort émotionnellement mais tellement intime, surtout lue par l'auteur elle même, c'est assez troublant, déstabilisant.
Du coup je ne juge pas de l'écriture mais ce sera plutôt une critique du livre audio, il y a longtemps que je voulais essayer, je suis content de l'avoir fait mais je crois que ce n'est pas pour moi. On se retrouve avec une oeuvre où le rythme est imposé, difficile de ralentir, d'accélérer , de faire une pause sur une plage d'une dizaine de minutes en moyenne, difficile de prendre des notes pour qui ne connait pas la sténo. Difficile aussi pour moi de rester tranquille, concentré sur cette voix ( à moins peut être de s'allonger ? ), difficile de ne pas faire autre chose en même temps...
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Isacom
  09 novembre 2022
La collection "Les affranchis" demande aux auteurs d'écrire la lettre qu'ils n'ont jamais écrite. Annie Ernaux joue le jeu, en rédigeant une lettre à sa soeur inconnue.
Annie a dix ans lorsqu'en écoutant une conversation entre sa mère et une cliente, elle apprend l'existence d'une soeur aînée, morte avant sa naissance : l'autre fille.
"Elle était plus gentille que celle-là", dit sa mère. "Celle-là, c'est moi" comprend Annie. Jamais aucun autre mot ne sera dit dans cette famille sur l'enfant morte. La mère a-t-elle voulu par ce biais le lui faire savoir ?
Avec les années Annie comprend, alors, pourquoi on l'a tant couvée dans son enfance ; pourquoi, adulte, elle craint tant la maladie ; et pourquoi elle en veut autant à sa mère.
"Je ne leur reproche rien. Les parents d'un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant."
Ils ne savent pas. Mais la douleur, elle, est bien là.
Car peut-être est-ce Annie, l'autre fille du titre ? L'idée "fulgure" en elle trente ans plus tard : "Leur volonté de n'avoir qu'un seul enfant affichée dans leurs propos "on ne pourrait pas faire pour deux ce qu'on fait pour un" impliquait ta vie ou la mienne, pas les deux (…) Je suis venue au monde parce que tu es morte et je t'ai remplacée."
Glaçant.
Dans son écriture si particulière, si analytique et obstinée, et en si peu de pages, Annie Ernaux parvient à explorer à la fois l'abîme qu'est la perte d'un enfant, mais aussi tous les impacts laissés par les secrets de famille et les deuils dans la personnalité de l'enfant survivant.
Challenge Nobel
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Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   21 février 2012
[ Incipit ]

C'est une photo de couleur sépia, ovale, collée sur le carton jauni d'un livret, elle montre un bébé juché de trois quarts sur des coussins festonnés, superposés. Il est revêtu d'une chemise brodée, à une seule bride, large, sur laquelle s'attache un gros nœud un peu en arrière de l'épaule, comme une grosse fleur ou les ailes d'un papillon géant. Un bébé tout en longueur, peu charnu, dont les jambes écartées avancent, tendues jusqu'au rebord de la table. Sous ses cheveux bruns ramenés en rouleau sur son front bombé, il écarquille les yeux avec une intensité presque dévorante. Ses bras ouverts à la manière d'un poupard semblent s'agiter. On dirait qu'il va bondir. Au-dessous de la photo, la signature du photographe - M. Ridel, Lillebonne - dont les initiales entrelacées ornent aussi le coin supérieur gauche de la couverture, très salie, aux feuillets à moitié détachés l'un de l'autre.
Quand j'étais petite, je croyais - on avait dû me le dire - que c'était moi. Ce n'est pas moi, c'est toi.
Il y avait pourtant une autre photo de moi, prise chez le même photographe, sur la même table, les cheveux bruns pareillement en rouleau, mais j'apparaissais dodue, avec des yeux enfoncés dans une bouille ronde, une main entre les cuisses. Je ne me souviens pas avoir été intriguée alors par la différence, patente, entre les deux photos.

Aux alentours de la Toussaint je vais au cimetière d'Yvetot fleurir les deux tombes. Celle des parents et la tienne. D'une année sur l'autre j'oublie l'emplacement mais je me repère à la croix haute et très blanche, visible depuis l'allée centrale, qui surmonte ta tombe, juste à côté de la leur. Je dépose sur chacune un chrysanthème de couleur différente, quelquefois sur la tienne une bruyère, dont j'enfonce le pot dans le gravier de la jardinière creusée exprès, au pied de la dalle.
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YukoYuko   14 juin 2012
D'après l'état civil tu es ma soeur. Tu portes le même patronyme que le mien, mon nom de "jeune fille", Duchesne. Dans le livret de famille des parents presque en lambeaux, à la rubrique Naissance et Décès des Enfants issus du Mariage, nous figurons l'une au-dessous de l'autre. (...)
Mais tu n'es pas ma soeur, tu ne l'as jamais été. Nous n'avons pas joué, mangé, dormi ensemble. Je ne t'ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t'ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. Je n'ai pas de mémoire de toi. Tu étais déjà morte depuis deux ans et demi quand je suis née. Tu es l'enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlait jamais, l'absente de toutes les conversations. Le secret.
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araucariaaraucaria   26 décembre 2019
Ils ont dû te dire "quand tu seras grande", énumérer ce que tu pourras faire, apprendre à lire, monter à vélo, aller seule à l'école, ils t'ont dit "l'année prochaine", "cet été", "bientôt". Un soir, à la place de l'avenir il n'y a plus eu que le vide. Ils ont redit les mêmes mots pour moi. J'ai eu six ans, sept ans, dix ans, je t'avais dépassée. Pour eux il n'y avait plus de comparaison possible. Obscurément, j'ai cru qu'elle m'en voulait de cesser d'être une enfant, de "devenir une jeune fille", mots qu'elle à prononcés le jour de mes premières règles avec une gêne démesurée, presque du bouleversement, en me tendant une garniture périodique.
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LabyrinthiquesLabyrinthiques   15 octobre 2011
Naturellement, je l'adorais. On disait qu'elle était une belle femme et que j'étais
de son « côté ». Je m'enorgueillissais de lui ressembler. Je la détestais parfois et je levais le poing devant la glace de l'armoire en souhaitant qu'elle meure. T’écrire c'est te parler d'elle sans arrêt, elle la détentrice du récit, la profératrice du jugement, avec qui le combat n'a jamais cesse, sauf a la fin, quand elle était si misérable, si perdue dans sa déraison et que je ne voulais pas qu'elle meure.

Entre elle et moi c'est une question de mots.
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araucariaaraucaria   24 décembre 2019
C'est une photo de couleur sépia, ovale, collée sur le carton jauni d'un livret, elle montre un bébé juché de trois quarts sur des coussins festonnés, superposés. Il est revêtu d'une chemise brodée, à une seule bride, large, sur laquelle s'attache un gros noeud un peu en arrière de l'épaule, comme une grosse fleur ou les ailes d'un papillon géant.
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