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EAN : 9782072980084
Gallimard (05/05/2022)
3.68/5   140 notes
Résumé :
En quelques pages, à la première personne, Annie Ernaux raconte une relation vécue avec un homme de trente ans de moins qu'elle. Une expérience qui la fit redevenir, l'espace de plusieurs mois, la "fille scandaleuse" de sa jeunesse. Un voyage dans le temps qui lui permit de franchir une étape décisive dans son écriture. Ce texte est une clé pour lire l'oeuvre d'Annie Ernaux - son rapport au temps et à l'écriture.
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
3,68

sur 140 notes

Yvan_T
  18 mai 2022
Jusqu'à ce que « La Grande Librairie » sur France 5 lui consacre une émission entière, je n'avais encore jamais rien lu d'Annie Ernaux. Si François Busnel a l'art de savoir titiller l'envie des lecteurs, c'est cependant la petite phrase notée en exergue de son quatorzième roman qui m'aura définitivement donné envie de le lire :
« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu'à leur terme, elles ont été seulement vécues »
À elle seule, cette petite phrase résume également la raison d'être de chacun de mes avis car tant que n'ai pas écrit de chronique, je ne considère pas la lecture comme terminée.
Ce court récit autobiographique d'à peine quarante pages raconte la liaison d'Annie Ernaux avec un jeune étudiant de Rouen dans les années 1994-1997. Alors âgée de cinquante-quatre ans, elle entame une relation amoureuse controversée avec un jeune homme de vingt-cinq ans, qui lui permet de « revivre » son passé. Ce jeune amant lui donne non seulement l'occasion de rejouer des scènes de sa jeunesse, mais lui ouvre également la porte vers ce milieu populaire dont elle est issue. Un retour en arrière qui ravivera également le souvenir particulièrement marquant de cet avortement clandestin qu'elle a subi en 1963. C'est d'ailleurs au moment où elle commencera l'écriture de cet événement clé de sa vie (« L'événement »), qu'elle mettra un terme à la relation avec ce jeune homme qui aurait finalement pu être son enfant…
« Il m'arrachait à ma génération mais je n'étais pas dans la sienne. »
Si ce récit d'Annie Ernaux touche à l'intime, il raconte également l'universel. En relatant sa vie, Annie Ernaux écrit également la vie. Alliant simplicité et densité, elle va à l'essentiel du vécu, tout en offrant sa vision de la société et en défendant la condition féminine. Comme quoi, il ne faut pas forcément plus de quarante pages pour parvenir à partager un histoire forte.
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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sebastolivre
  20 mai 2022
Le reflet du temps qui passe.
30 ans de moins et sans argent, l'homme qui consume de passion la narratrice se fait révélateur de son propre désir et de ses manières bourgeoises. Devant l'inconvenance sociale de cette union, elle redevient la fille scandaleuse fière de son genre et de sa classe. Une ode à la puissance de la conscience sociale. 
40 pages à peine, avec une police d'écriture large, mais non moins essentiel. Ce n'est pas la longueur d'un texte qui importe selon moi, mais ce qu'il peut dire ou fait surgir à sa lecture. Un texte court qui parle de sujets que de nombreux longs romans n'abordent jamais : la conscience de classe et la
condition d'être une transfuge qui refuse d'oublier ses origines sociales ; le scandale encore et toujours d'être une femme libre aux yeux de certains hommes et d'autres femmes.
Dans ses yeux se reflète sa jeunesse qui n'est plus, physiquement bien sûr, aussi socialement. Il est
étudiant quand elle est devenue professeure et écrivaine reconnue. Avec lui, elle est de nouveau cette jeune femme que d'aucuns trouvaient effrontée portant des robes courtes sur les plages normandes, mais elle n'a plus honte désormais d'être libre en tenant la main d'un garçon de trente ans de moins qu'elle.
Encore une fois, avec le Jeune homme, Annie Ernaux parle d'elle pour mieux parler de nous tous. Un texte bref et irradiant comme peut l'être une passion, celle d'être une femme ou un homme tout simplement.
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Christophe_bj
  17 mai 2022
Annie Ernaux nous raconte l'histoire d'amour qu'elle a vécue avec un homme de trente ans de moins qu'elle. ● Je n'ai pas aimé tous les livres d'Annie Ernaux que j'ai lus : si La Place, par exemple, m'a plu, je n'ai pas aimé La Femme gelée. ● On a pu qualifier son écriture de « blanche », je pense au contraire, en tout cas dans cet opuscule, qu'elle est très travaillée, pour arriver au dénuement le plus pur, « à l'os ». ● Je comprends qu'on puisse ne pas aimer ces phrases qui semblent dépourvues d'affect, même si à mon avis il faut les chercher dans la profondeur du texte, car son écriture est tout sauf superficielle. ● Il y a vraiment dans ce très court récit de très beaux moments d'écriture, comme « ce jeune homme, qui était dans la première fois des choses ». ● le mélange des époques provenant de son union avec un homme beaucoup plus jeune qu'elle, qui lui rappelle sa propre jeunesse, mais aussi évoque sa future mort, est très bien mis en lumière : par exemple « Il rendait le moment présent d'autant plus intense et poignant que nous le vivions comme du passé. » Elle revit avec lui sa jeunesse pauvre et « plouque », maintenant qu'elle est « bourge ». S'inverse ainsi le phénomène qu'elle a analysé dans tous ses livres antérieurs : c'est elle, la transfuge de classe, maintenant « bourge », qui est face au jeune pauvre qu'elle était avant sa mue. ● La thématique de l'inceste court également dans le livre, et il y a cette très belle phrase : « Je voudrais être à l'intérieur de toi et sortir de toi pour te ressembler ». ● L'autobiographie transforme l'auteur en être de fiction, ce qui, par un curieux mécanisme de va-et-vient entre réel et fiction, interfère dans sa vie : « La principale raison que j'avais de vouloir continuer cette histoire, c'est que celle-ci, d'une certaine manière, avait déjà eu lieu, que j'en étais le personnage de fiction. » Comme si la vie n'était vécue que pour être écrite, pour faire littérature. ● Une certaine jeunesse se trouve bien décrite et montre le fossé qui s'établit entre son jeune amant et l'auteur, qui, elle, s'est libérée et a échappé à sa classe sociale par le travail : « Il n'avait jamais voté, n'était pas inscrit sur les listes électorales. Il ne pensait pas qu'on puisse changer quoi que ce soit à la société, il lui suffisait de se glisser dans ses rouages et d'esquiver le travail en profitant des droits qu'elle accordait. C'était un jeune d'aujourd'hui, convaincu de « chacun sa merde ». le travail n'avait pour lui pas d'autre signification que celle d'une contrainte à laquelle il ne voulait pas se soumettre si d'autres façons de vivre étaient possibles. » ● L'utilisation des initiales pour le nom de son amant, « A. » et surtout pour la ville où elle a passé son enfance, « Y. » est assez agaçante, tout le monde sait que c'est Yvetot. Ces demi-cachotteries sont malvenues dans un récit où elle se veut sincère. ● En conclusion, j'ai aimé ce petit livre et je le conseille.
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fbalestas
  18 mai 2022
C'est toujours un immense plaisir de découvrir un nouveau récit d'Annie Ernaux.
« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu'à leur terme, elles ont été seulement vécues », nous dit l'autrice dès la page de garde.
Nous sommes à Rouen, à la fin du 20ème siècle – Rouen, la ville qui a été celle de l'écrivain, qui a connu un avortement clandestin il y a bien longtemps. La narratrice accepte de rencontrer un jeune étudiant qui lui écrivait depuis un an et qui avait trente ans de moins qu'elle.
Ils nouent ce qu'on pourrait qualifier une relation sexuelle, une relation que la narratrice qualifie d'équitable : il lui donne du plaisir, il lui fait revivre ce qu'elle n'aurait jamais imaginé revivre, et elle lui évite un travail qui le rendrait moins disponible : « J'étais en position dominante et j'utilisais les armes d'une domination don, toutefois, je connaissais la fragilité dans une relation amoureuse » : le décor est planté.
Ils dorment dans l'appartement de l'étudiant, concoctent des repas sur une plaque électrique, vont parfois dans des café fréquentés par des jeunes. le couple présidentiel de 2017 n'est pas encore arrivé, et ce type de relation n'est pas du tout dans l'air du temps : « comment peux-tu sortir avec une femme ménopausée » ? pensent probablement les jeunes qu'ils croisent.
L'étudiant est pauvre. Il n'a pas encore accédé au niveau de vie qui est celui de la narratrice à ce moment-là, il est même un peu « plouc » selon elle : cela la replonge doublement dans sa propre jeunesse, pauvre et sans culture non plus, à ceci près qu'elle pensait s'en sortir en travaillant – « avoir un métier avait été la condition de ma liberté » - tandis que lui essaye d'esquiver le travail en profitant tout de même des droits que la société peut lui accorder.
Une sensation étrange nait dans l'esprit de la narratrice, qui se retrouve face à lui dans des gestes qu'elle avait autrefois : « Avec lui je parcourais tous les âges de la vie, ma vie. ». Sensation qui se poursuit lorsqu'elle parcourt des lieux qu'elle a fréquenté à Rouen, comme la cité universitaire encore visible et restée quasiment en l'état.
N'est-elle pas en quelque sorte le personnage de sa propre fiction ? On peut se le demander.
Lorsqu'il évoque le futur, elle fait preuve d'une forme de cruauté. Elle lui répond « le présent suffit », mais ils peuvent parler tout de même du temps où il sera marié, père d'un enfant et … loin d'elle.
Le regard que les autres portent sur eux est bien sûr jugeant, mais ils n'en ont cure, et cherchent même les couples semblables au leur : une forme de connivence s'enclenche aussitôt.
Il y a même de la revanche chez la narratrice à s'afficher ainsi avec lui, comme sur la jetée près de la mer à Fécamp, en écho à une scène sur le même lieu lorsqu'à 18 ans elle se promenait sous le regard furieux de sa mère parce que portant une robe trop moulante : la différence c'est qu'avec l'étudiant elle ne ressent plus la moindre honte, voire même un sentiment de victoire.
D'autres coïncidences troublantes émergent encore, notamment lorsque la narratrice regarde son amant manger, et pense à cet autre étudiant de qui elle est tombée enceinte : et on comprend que tout le récit de cette relation n'avait qu'une finalité : pouvoir entreprendre le récit de l'avortement clandestin qui s'en est suivi à Rouen – et de fait mettre un terme à la relation avec l'étudiant.
Trois ans après la fin de leur histoire, Annie Ernaux publiait « L'Evénement » en 2000 (qui a fait l'objet d'une adaptation au cinéma).
Il faut donc relier ce « Jeune homme » à l'ensemble de son oeuvre pour bien le comprendre. Je l'ai lu trois fois successivement pour en digérer le suc, et je me suis rappelée l'immense plaisir à lire « Les Années » que j'avais chroniqué il y a longtemps, mais aussi « Passion simple », « La place » ou « L'autre fille ».
Annie Ernaux est une très grande écrivaine, qui tient une place à part mais très importante dans la littérature française. On se ne lasse pas de la lire – je ne m'en lasse pas pour ma part. J'ai lu trois fois les 37 pages de ce « Jeune homme » et je pourrais recommencer encore sans problèmes.
Elle a une façon bien à elle de traiter du récit : il ne s'agit ni d'une confession, ni d'un aveu, mais de « sauver quelque chose du temps où on ne sera plus jamais » comme elle le dira dans « les Années ».
Elle a confié pourtant à François Busnel de la Grande Librairie se sentir un peu illégitime – pour moi sa légitimité dans la littérature française ne fait pas du tout débat.
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lucia-lilas
  08 mai 2022
Quand « Lire au lit » lit debout… Ah, ah, approchez que je vous raconte ma petite mésaventure. le ridicule ne tue pas paraît-il… Samedi matin, je vais faire mes courses (j'ai une vie passionnante...) Quatre (grands) gosses = caddie, panier, sacs… Bref. Avant d'entrer dans le supermarché (avais-je déjà une petite idée en tête ?), j'oblique vers l'Espace Culturel. le bouquin d'Annie Ernaux est là. Je l'ouvre et commence à le lire. Debout. le problème avec un bouquin aussi court, c'est que quand t'as commencé à le lire, tu l'as déjà fini. 27 pages de texte, c'est vite lu...
Je le repose, l'air détaché, reprends mon caddie et commence à arpenter les rayons. Alors, elle rencontre un gars de 30 ans de moins qu'elle. Bon, on en a vu d'autres. (Cela dit, l'essentiel du texte ayant été écrit il y a plus de vingt ans, le sujet était peut-être à l'époque un peu tabou...) La suite est classique : l'impression de revivre sa jeunesse, de se voir donc comme elle était avant, la différence de statut social… Et puis, le regard des autres, le temps qui passe, le corps qui vieillit, la mort etc etc... Bien analysé, écriture au couteau… du Ernaux pur jus.
J'avais préféré « Passion simple » mais pourquoi pas... Tiens un poulet pour demain, c'est pas mal. Un poulet ou une pintade ? Un truc me turlupine quand même. Je ne sais pas quoi. J'ai l'impression que je suis passée à côté d'une chose importante… Merde, j'aurais dû acheter le bouquin… Céréales, baguette… Je retournerais bien dans l'Espace Culturel relire deux trois phrases mais bon, pas le temps… Des bananes. Qu'est-ce qu'il m'a demandé Antoine déjà ? Des cordons bleus ? Est-ce qu'elle ne dit pas, à un moment, que dans cette relation, elle est un personnage de fiction ? J'ai bien lu ça ou j'invente ? Je regarde les compotes et là, je comprends, je me dis, attends, en fait, c'est énorme ce qui se passe dans ce bouquin, énorme. L'essentiel, ce n'est pas du tout le jeune homme, évidemment, mais l'écriture. Oui, elle parle de la littérature là. Je ne me souviens plus… qu'est-ce qu'elle emploie comme termes exactement ?
Je rentre. Je raconte. Les gamins ricanent : tu pouvais pas te l'acheter ton bouquin, hein, pas plus cher qu'un paquet de clopes. Allez les mioches, il n'y a pas de petites économies et puis, je l'avais déjà lu… Je repense à ce truc qui me turlupine. Je rumine, tourne en rond. Je n'ai pas de librairie en bas de chez moi, faut que je reprenne la voiture, fasse vingt bornes... Je raconte à une amie, une vraie, qui me dit : bouge pas, j'y vais, non je l'ai lu, j'y vais je te dis, bah si tu veux...
Elle revient, je le lis, il est à moi, je le relis, crayonne, retourne en arrière, vérifie. C'est ça et c'est effectivement ÉNORME. Parce que ce qu'elle nous dit, c'est non seulement que sa vie est littérature mais là, on se demande si ça ne va pas plus loin et si cette relation n'a pas été entamée précisément POUR ÊTRE ÉCRITE. Ce qui signifie qu'au moment même où elle était vécue, elle devenait matière littéraire. En fait, chez Ernaux, la vie EST littérature et n'a de sens que si et seulement si elle devient littérature, se transforme en objet littéraire. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la vie mérite d'être vécue : pour être écrite. Sinon, autant mourir. La vie ne doit servir qu'à être écrite. « C'est peut-être ce désir de déclencher l'écriture du livre… qui m'avait poussée à emmener A. chez moi. » Ici , tout se passe comme si Annie Ernaux « PROVOQUAIT » dans le réel un événement afin qu'il DONNE LIEU à une matière susceptible d'être à l'origine d'un texte.
Si j'osais, j'irais jusqu'à dire qu'elle vit cette relation PARCE QU'ELLE SAIT qu'elle va générer une matière littéraire.
Jusqu'à présent, elle se servait de son vécu pour écrire. Là, elle « amorce » (et prolongera aussi longtemps que nécessaire) ce qu'on appellera par commodité « l'action » dans le réel, d'où la présence simultanée des deux verbes dans cette citation : « … écrire/vivre un roman dont je construisais avec soin les épisodes.»
Et cette « construction » n'a pas lieu sur le papier, après les événements, mais AU MOMENT MÊME où l'autrice les vit. Annie Ernaux n'attend pas d'écrire pour lancer son récit, elle le fait naître avant, in real life, le déroule, s'observe, observe les autres EN TANT QUE PERSONNAGES LITTÉRAIRES (de fiction?) prêts à être embarqués pour un récit imminent. C'est pourquoi elle dit : «La principale raison que j'avais à vouloir continuer cette histoire, c'est… que j'en étais le personnage de fiction.» Ainsi, au moment même où elle vit les événements, elle agit en sachant qu'ils vont devenir objets d'écriture. D'ailleurs, la fin de l'écriture du livre coïncidera logiquement avec la fin de la relation.
(Je ne vous raconte même pas ce que ça doit impliquer comme regard distancié sur ce qu'on vit...)
Je suis stupéfaite. Je crois que chez aucun écrivain je n'ai senti une telle nécessité absolue d'écrire au point même de provoquer des événements parce qu'ils sont susceptibles de donner lieu à un texte.
C'est l'impression que j'avais eue en parcourant rapidement le livre, à savoir que, dans le fond, l'essentiel, ce n'était pas le jeune homme (ce qui explique d'ailleurs pourquoi le livre est court : c'est une histoire banale à notre époque… et finalement, il n'y a pas grand-chose à en dire.) Non, l'essentiel apparaît à mon avis dans cinq, six phrases et dans le sublime exergue : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu'à leur terme, elles ont été seulement vécues. » Et ce qu'elle dit là est vertigineux. Et terrible : elle exprime l'espèce de fusion, de tissage, d'imbrication que sa vie entretient avec la littérature non seulement parce que ses textes se nourrissent de son existence mais aussi parce qu'ils influencent la trajectoire même de cette existence.
Et c'est précisément le cas ici parce qu'elle vit quelque chose qu'elle a déjà vécu lorsqu'elle était étudiante (fréquenter un jeune homme, aller au resto U, dormir sur un matelas par terre…) Interviewée pour le Magazine Littéraire, elle dit « Écrire ne se confond pas avec imaginer… Pour moi, écrire, c'est retrouver. » Or, finalement, ici, dans cette expérience précise, il ne lui est pas nécessaire de passer par l'écriture pour « retrouver », elle le fait déjà en le vivant. On comprend mieux alors son impression d'être une actrice et de « rejouer des scènes et des gestes qui avaient déjà eu lieu. » Ce que je veux dire, c'est qu'il me semble ici que « l'acte littéraire », le passage à « la création », « la fiction » a lieu avant même l'écriture. Je ne sais pas si l'on retrouvera cette posture particulière ailleurs, dans d'autres textes d'Annie Ernaux. (sauf peut-être dans l'épisode de la rencontre avec l'officier à Venise qui sera à l'origine du livre « Les Années » : « Parce que j'attends toujours de la vie qu'elle apporte une solution à mes problèmes d'écriture, il me semblait que cette rencontre sur le vaporetto m'avait d'un seul coup rapprochée du livre que je voulais entreprendre. »)
À la page p 23, l'autrice écrit : « Notre relation pouvait s'envisager sous l'angle du profit. » Il me semble que le principal profit que la romancière ait tiré de cette relation, ce n'est pas forcément le fait de revivre une seconde jeunesse mais celui de donner naissance à une matière fictionnelle. Elle dit d'ailleurs qu'elle a « conscience qu'envers ce jeune homme, cela impliquait une forme de cruauté. » Je veux bien la croire… Elle domine sur le plan matériel et culturel, tient les cordes, joue un rôle (celui de la fille qu'elle était autrefois), sait que tout ça ne débouchera sur rien sinon une séparation… et surtout… un texte.
Évidemment, on s'en remet d'être transformé à son insu en être de fiction mais j'aimerais mieux, moi, que ça ne m'arrive pas…
Allez, j'espère que leur histoire fut tout de même une belle histoire…
En tout cas, « Le jeune homme » me semble être un texte complètement essentiel sur le rapport d'Annie Ernaux à l'écriture.
Et je suis contente de l'avoir dans ma bib !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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critiques presse (6)
Elle   12 mai 2022
À 81 ans, Annie Ernaux n’en a pas fini avec le journal de sa vie et revient dans un intense récit sur une de ses aventures avec un homme beaucoup plus jeune.
Lire la critique sur le site : Elle
LaPresse   10 mai 2022
C’est une très brève plongée dans ces dernières années du monde sans interne [...]. L’essentiel se trouve ailleurs, dans l’épilogue, qui arrive au bout d’une petite trentaine de pages. Il explique que ce récit s’arrête là, abruptement : la liaison a réveillé des souvenirs qui déboucheront sur l’un des romans essentiels d’Annie Ernaux.

Lire la critique sur le site : LaPresse
Telerama   10 mai 2022
Comme toujours, l’écrivaine se livre. Dans “Le Jeune Homme”, un court récit, émerge la figure d’un amour qui l’a relancée sur le chemin de l’écriture…
Lire la critique sur le site : Telerama
LeMonde   10 mai 2022
L’ensemble est passionnant, parce qu’il évite les simplifications de l’hagiographie unanime. Bien sûr, ce volume est aussi un hommage, et on y lit presque à chaque page les signes d’une admiration fervente.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LesInrocks   04 mai 2022
Un texte si court qu’il ressemble à un fragment, comme s’il s’agissait du chapitre échappé d’un livre plus vaste qui serait en fait son œuvre entière. En seulement quarante pages, Ernaux y concentre tout son geste littéraire, tous les thèmes fondateurs de son écriture, certaines de ses clés, et donne à voir le va-et-vient qu’elle opère sans cesse entre vie et écriture, comment elle écrit la vie.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Bibliobs   20 avril 2022
Un mince volume de 48 pages qui condense tout l’art minimaliste, sociologique et intime de l’autrice de « Mémoire de fille » et qui cristallise ses thèmes majeurs.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
fbalestasfbalestas   21 mai 2022
J’avais conscience qu’envers ce jeune homme, qui était dans la première fois des choses cela impliquait une forme de cruauté. Invariablement, à ses projets d’avenir, je répondais : »Le présent suffit », ne disant jamais que le présent n’était pour moi qu’un passé dupliqué.
Mais la duplicité, dont il avait l’habitude de m’accuser dans ses accès de jalousie, ne se situait pas, contrairement à ce qu’il imaginait, dans les désirs que j’aurais pu avoir pour d’autres que lui, ni même, comme il en était persuadé, dans le souvenir de mes amants.
Elle était inhérente à sa présence à lui dans ma vie, qu’il avait transformé en un étrange et continuel palimpseste.
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sebastolivresebastolivre   19 mai 2022
Mon corps n'avait plus d'âge. Il fallait le regard lourdement réprobateur de clients à côté de nous dans un restaurant pour me le signifier. Regard qui, bien loin de me donner de la honte, renforçait ma détermination à ne pas cacher ma liaison avec un homme « qui aurait pu être mon fils » quand n'importe quel type de cinquante ans pouvait s'afficher avec celle qui n'était visiblement pas sa fille sans susciter aucune réprobation. Mais je savais, en regardant ce couple de gens mûrs, que si j'étais avec un jeune homme de vingt-cinq ans, c'était pour ne pas avoir devant moi, continuellement, le visage marqué d'un homme de mon âge, celui de mon propre vieillissement. Devant celui d'A., le mien était également jeune. Les hommes savaient cela depuis toujours, je ne voyais pas au nom de quoi je me le serais interdit.

Page 27, Gallimard.
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fbalestasfbalestas   20 mai 2022
De plus en plus, il me semblait que je pourrais entasser des images, des expériences, des années, sans plus rien ressentir d’autre que la répétition elle-même.
J’avais l’impression d’être éternelle et morte à la fois, comme l’est ma mère dans ce rêve que je fais souvent et au réveil je suis sûre pendant quelques instants qu’elle vit réellement sous cette double forme.
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Virginie89Virginie89   14 mai 2022
Il y a une coïncidence surprenante, quasi inouïe, le signe d'une rencontre mystérieuse et d'une histoire qu'il fallait vivre.
Commenter  J’apprécie          60
sebastolivresebastolivre   08 mai 2022
Soumis à la précarité et à l'indigence des étudiants pauvres — ses parents endettés vivaient en proche banlieue parisienne sur un salaire de secrétaire et un contrat emploi solidarité — il n'achetait que les produits les moins chers ou en promotion, de la Vache qui rit en portions et du camembert à cinq francs. Il allait jusqu'à Monoprix acheter sa baguette de pain parce qu'elle coûtait cinquante centimes moins cher qu'à la boulangerie voisine. Il avait spontanément les gestes et les réflexes dictés par un manque d'argent continuel et hérité. Une forme de débrouillardise permettant de s'en sortir au quotidien. Rafler, dans l'hypermarché, une poignée d'échantillons de fromage dans l'assiette tendue par la démonstratrice. A Paris, pour pisser sans payer, entrer avec détermination dans un café, repérer les toilettes et ressortir ensuite avec désinvolture. Regarder l'heure aux parcmètres (il n'avait pas de montre), etc. Il jouait au Loto sportif chaque semaine, attendant, comme il est naturel au cœur de la nécessité, tout du hasard : « Je gagnerai un jour, c'est forcé. » En fin de matinée, le dimanche, il regardait Téléfoot avec Thierry Roland. Le moment juste où le footballeur marque un but et où toute la foule du Parc des Princes se lève, l'acclame, était pour lui l'image du bonheur absolu. Cette pensée lui donnait même des frissons.

Pages 17-19, Gallimard.
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Videos de Annie Ernaux (68) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annie Ernaux
Dans l'Événement, elle aborde la réalité de l'avortement clandestin, à une époque où les femmes, prisonnières des carcans des années 60, subissaient le poid du danger, de la honte, de la solitude… En adaptant le récit autobiographique d'Annie Ernaux, Audrey Diwan réussit une oeuvre frontale, intimiste, mais aussi très politique, qui lui a valu de décrocher le lion d'Or à la dernière Mostra de Venise. Un film aux allures de coup d'éclat, qui résonne avec le premier: Dans Mais vous êtes fous, sur un père cocaïnomane qui contaminait involontairement sa famille, la cinéaste interrogeait déjà un tabou - celui de la drogue, et questionnait le corps comme « lieu du secret »… Egalement scénariste, notamment pour les films de Cédric Jimenez (La French, Bac Nord), cette ex-éditrice et journaliste, qui a confondé le magazine Stylist, a eu déjà plusieurs carrières, avec, pour fil rouge, un rapport viscéral à l'écriture, au choix, à la liberté d'expérimenter. Au milieu d'un marathon d'interviews, elle est venue nous parler de l'Événement, de sa relation à Annie Ernaux, et du parcours, éclectique mais cohérent, qui l'a menée à la réalisation.
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