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EAN : 9782070419234
130 pages
Gallimard (30/11/-1)
4.24/5   1090 notes
Résumé :
L'occasion d'un banal examen dans un cabinet médical replonge la narratrice plus de trente ans en arrière, en janvier 1964, au moment de son avortement clandestin. Si le souvenir apparaît lointain, l'événement n'en est pas moins indélébile. A la fois égarée et démunie, pendant deux mois, la jeune femme d'alors a caché sa grossesse, à ses parents comme à ses amis proches, cherché désespérément une "faiseuse d'anges". C'est à Paris, rue Cardinet, que la narratrice tro... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (134) Voir plus Ajouter une critique
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Je déteste cette histoire !

Je déteste le regard méprisant du médecin (et des autres…)

Je déteste cet « ami » qui se croit tout permis, parce que si une fille est tombée enceinte, c'est qu'elle est trop libre…

Je déteste le sort de cette étudiante, sa solitude dans une impasse, sa vie entre les mains d'une faiseuse d'anges.

Je déteste tout ça, et je remercie celles et ceux qui ont fait en sorte que moi, ma soeur, ma fille, ne vivrons pas « L'événement ».

Un témoignage bouleversant, je déteste que ce soit si vrai et qu'on ne puisse l'oublier une fois le livre refermé.
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Annie Ernaux raconte ici l'avortement qu'elle a du subir, bien avant la loi du 19 janvier 1975. Parcours du combattant, émaillé des multiples vexations de son entourage, y compris du géniteur ou des personnes professionnelles ou non à qui elle demande de l'aide, et qui met en lumière encore une fois à quel point le milieu social auquel il semble que l'on appartienne modifie le regard de l'autre.

Même si tout n'est pas forcément simple et facile presque cinquante ans plus tard, l'auteur apporte aussi un éclairage historique et social autour de la condition féminine.

L'analyse est comme toujours fine, aiguisée et terriblement dérangeante

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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L'évènement, pour Annie Ernaux, son avortement en 1964, onze ans avant la loi Veil, c'est le sien, et surtout pas celui d'autres femmes dans la même situation

La situation qu'elle décrit, un peu Maupassant, de la jeune ouvrière (elle est étudiante, boursière, mais passons), de la pauvre, en tous cas, engrossée par … bon, c'est un étudiant, elle retourne le voir pour passer des vacances aux sports d'hiver, quand même, les mois passent mais elle ressasse le fait qu'elle est d'une classe sociale défavorisée.
A-t-elle, cette Annie Ernaux, conscience que des filles de milieu bourgeois sont un peu dans la même situation ? (Elle n'a pas complètement tort, les jeunes aisées prenaient le train pour la Belgique, elle, elle va au sport d'hiver.)
A-t-elle, cette Annie Ernaux, conscience qu'elle n'est d'ailleurs absolument pas la seule « pauvre » à devoir recourir à l'avortement ?
Vous me suivez, c'est elle qui a subi l'avortement, elle et elle seule qui a souffert, et la mort de Kennedy, au même moment, cela ne l'intéresse pas du tout.

. Or, nous dit Simone de Beauvoir :

« Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples.
On fait le silence sur ces millions de femmes.
Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté.
De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. »

Elle se justifie de n'avoir pas signé le manifeste des 343 femmes, en 1971, dont Gisèle HalimiSimone de BeauvoirCatherine Deneuve qui risquent, elles, de perdre leur carrière et leur statut, et qui se feront traiter de « salopes » : parce qu'elle « n'était rien ».
Il est vrai, en 1971 elle n'était rien dans le milieu littéraire et n'aura le prix Renaudot qu'en 1984 après La place.
Ceci dit, son livre est utile en ce qu'il rappelle ce temps où les drames, réels, liés à l'avortement : la recherche d'une solution à un interdit, et ses suites dramatiques, comme l'hospitalisation après hémorragie, au curetage parfois pratiqué par des médecins cathos, quand ils ne laissaient pas tout simplement l'hémorragie continuer, devaient être subis par les femmes après avoir avorté.
« Les armoires vides », en 1974 puis « l'Évènement », en 2000, sont donc deux livres tout à fait utiles.
« Que la forme sous laquelle j'ai vécu cette expérience de l'avortement -la clandestinité-relève d'une histoire révolue ne me semble pas un motif valable pour la laisser enfouie-même si le paradoxe d'une loi juste est presque toujours d'obliger les anciennes victimes à se taire, au nom de « c'est fini tout ça », si bien que le même silence qu'avant recouvre ce qui a eu lieu. »
Comme Isa@isacom l'a bien souligné, justement, ce n'est pas fini tout ça, et le calvaire de femmes obligées de recourir à des « faiseuses d'ange » n'est pas du tout inenvisageable dans certains pays et sous des régimes proches de nous.

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Aux six juges de la Cour suprême des États-Unis (six contre trois) qui ont statué que la Constitution américaine ne confère pas le droit à l'avortement,
Au gouvernement hongrois qui a fait inscrire dans la constitution que "la vie humaine est protégée depuis la conception",
Au parlement polonais qui n'autorise l'avortement qu'en cas de "danger pour la mère ou de viol",
Et aux milliers d'autres législateurs qui s'arrogent un droit absolu sur le corps, le choix et la vie des femmes,
Apprenez qu'une femme qui veut avorter le fera.
Dans la clandestinité, l'illégalité, le danger de mort, quels que soient les risques encourus, mais elle avortera. Elle a-vor-te-ra.
L'immense obstination à avorter n'a jamais été aussi bien traduite que par Annie Ernaux. Son "évènement" en 1963, elle l'a porté en elle pendant plus de trente ans, jusqu'à l'écriture de ce livre en 1999, et elle en reconstitue avec minutie les épisodes grâce à ses notes d'alors, agenda, journal intime, avec une admirable sincérité.
Et avec une acuité terrible, elle analyse même la différence de traitement entre son statut d'étudiante et celui d'une "vendeuse de Monoprix" : même si la sororité du malheur existe, la classe ouvrière, sans argent, sans respect, souffre encore davantage.
Mais qui a bien pu juger que l'écriture d'Annie Ernaux était "blanche", "neutre" ? Pour ma part elle m'a soulevée d'émotion à chaque page, chaque mot. Choisir une citation ? J'aurais voulu vous recopier tout le livre…
À l'annonce de son prix Nobel, j'ai filé emprunter trois oeuvres d'Annie Ernaux à la bibliothèque ; j'ai commencé par "L'évènement"car j'avais tellement, tellement aimé le film. Et sans images, sans musique, ce roman, ces mots nus, m'ont bouleversée encore bien davantage.
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Nous nous aimions le temps d'une chanson
--- en 1963 ----

"Des milliers de filles ont monté un escalier, frappé à une porte derrière laquelle il y avait une femme dont elles ne savaient rien, à qui elles allaient abandonner leur sexe et leur ventre. Faire passer le malheur."


Une écriture au scalpel, quasi chirurgicale qui dissèque l'événement au titre du droit imprescriptible d'écrire sur son expérience personnelle et de l'offrir en partage à d'autres, de parfaits inconnus, de prendre le risque de l'exposer comme son corps et son sexe l'ont été, du 20 au 21 janvier 1964.


Une épreuve, une douleur, qu'ont vécues clandestines des milliers de femmes, que vivent encore dans le monde certaines d'entre elles et/ou que risquent de connaître d'autres générations (si nous n'y veillons pas).


* Si je n'avais pas raté la projection grand écran du Lion d'Or de la Mostra
* Si Annie Ernaux n'avait pas été con-sacrée Nobel 2022
* Si la location VOD n'était pas arrivée à terme sans que je la visionne

* Si les USA, à l'été, et peut-être à l'automne 2022 (cfr élections de mi-mandat) n'avaient pas assassiné leur constitution tout comme Kennedy à Dallas l'année et le mois où lui a été confirmée une grossesse non désirée
.
* Si l'introduction du roman n'avait pas évoqué l'attente d'une réponse à un test de séropositivité me renvoyant aux enfants endormis lus en août
* Si le sujet ne m'avait pas paru aussi 'obligatoire' que certaines ordonnances en pharmacie

* Si certaines femmes ne s'étaient pas battues pour obtenir le droit à l'avortement, à la contraception, à la liberté de disposer de son corps comme un homme, d'en jouir sans en porter le malheur ou les conséquences, bien souvent seules.

* Si certains médecins n'avaient pas, à l'inverse des Dr N, V., de l'interne de l'hôpital-Dieu, du médecin de garde de la cité universitaire, couru le risque de se voir privés du droit d'exercer ou d'être pénalement condamnés

* Si les images évoquées dans ce roman n'avaient pas été aussi bien écrites, perturbantes, jusqu'à me provoquer les nausées d'une femme enceinte

" celle à 9 ans de la grand tache rosée, de sang et d'humeurs, laissée au milieu de mon oreiller par la chatte morte pendant que j'étais à l'école et déjà enterrée quand je suis revenue, un après-midi d'avril, avec ses chatons crevés à l'intérieur d'elle."

" --- un sac de biscottes vide et je le glisse dedans. C'est comme une pierre à l'intérieur. Je retourne le sac au-dessus de la cuvette. Je tire la chasse.
Au Japon on appelle les embryons avortés, mizuko, les enfants de l'eau."

" Mon ventre était une cuvette flasque. J'ai su que j'avais perdu dans la nuit le corps que j'avais depuis l'adolescence, avec son sexe vivant et secret qui avait absorbé celui de l'homme sans en être changé. rendu plus vivant et plus secret encore."


* S'il n'y avait pas eu une grève générale ce 9 novembre en Belgique me permettant de dormir un peu plus après une nuit courte peuplée de rêves
"Devant moi flottait un petit baigneur blanc comme ce chien dont le cadavre jeté dans l'éther continue de suivre les astronautes dans un roman de Jules Verne."

-- Si tous ces si ne s'étaient pas additionnés, alignés, je n'aurais ni lu ni terminé ni parlé de ce roman. --- Bref (le voilà revenu, mon bref)

Je serais passée à côté de l'événement: expérience indicible. Entre beauté singulière de l'écriture clinique qui prend aux tripes et horreur des émotions face à l'épreuve, la violence, l'indifférence complaisance ou curiosité de la fin de l'histoire, la brutalité des gestes et des propos: médecins, prêtre, étudiants ou fiancé.


(les Si --- Pas de ce billet sont un clin d'oeil à B. Giraud)

--- Nous nous aimions le temps d'une chanson. Nous vivions.
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Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
J'ai fini de mettre en mots ce qui m'apparaît comme une expérience humaine totale, de la vie et de la mort, du temps, de la morale et de I'interdit, de la loi, une expérience vécue d'un bout à l'autre au travers du corps.
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"Les filles comme moi gâchaient la journée des médecins. Sans argent et sans relations - sinon elles ne seraient pas venues échouer à l'aveuglette chez eux -, elles les obligeaient à se rappeler la loi qui pouvait les envoyer en prison et leur interdire d'exercer pour toujours. Ils n'osaient pas dire la vérité, qu'ils n'allaient pas risquer de tout perdre pour les beaux yeux d'une demoiselle assez stupide pour se faire mettre en cloque. À moins qu'ils n'aient sincèrement préféré mourir plutôt que d'enfreindre une loi qui laissait mourir des femmes. Mais tous devaient penser que, même si on les empêchait d'avorter, elles trouveraient bien un moyen. En face d'une carrière brisée, une aiguille à tricoter dans le vagin ne pesait pas lourd.
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J’ai fini de mettre en mots ce qui m’apparaît comme une expérience humaine totale, de la vie et de la mort, du temps, de la morale et de l’interdit, de la loi, une expérience vécue d’un bout à l’autre au travers du corps.
J’ai effacé la seule culpabilité que j’aie jamais éprouvée à propos de cet événement, qu’il me soit arrivé et que je n’en aie rien fait. Comme un don reçu et gaspillé. Car par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j’ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que je m’en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l’écriture, c’est-à-dire quelque chose d’intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres.
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Je n'avais pas imaginé avoir cela en moi. Il fallait que je marche avec jusqu'à la chambre.

Je l'ai pris dans une main - c'était d'une étrange lourdeur - et je me suis avancée dans le couloir en le serrant entre mes cuisses. J'étais une bête.


--- un sac de biscottes vide et je le glisse dedans. C'est comme une pierre à l'intérieur. Je retourne le sac au-dessus de la cuvette. Je tire la chasse.
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Je veux m'immerger à nouveau dans cette période de ma vie , savoir ce qui a été trouvé là. Cette exploration s'inscrira dans la trame d'un récit, seul capable de rendre un événement qui n'a été que du temps au-dedans et au-dehors de moi. Un agenda et un journal intime tenus pendant ces mois m'apporteront les repères nécessaires à l'établissement des faits. Je m'efforcerai par-dessus tout de descendre dans chaque image, jusqu'à ce que j'aie la sensation physique de la "rejoindre", et que quelques mots surgissent, dont je puisse dire, "c'est ça". D'entendre à nouveau chacune de ces phrases, indélébiles en moi, dont le sens devait être si intenable, ou à l'inverse si consolant, que les penser aujourd'hui me submerge de dégoût ou de douceur.
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