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Guy Birenbaum (Autre)
EAN : 9782862314044
152 pages
Maurice Nadeau (07/04/2022)
4.21/5   36 notes
Résumé :
Depuis longtemps je taquine la rue. Aujourd’hui encore. Guidé par mes failles, mes blessures, j’arpente trottoirs bitumeux ou sentiers poussiéreux. Partout le même bitume. Partout les mêmes poussières âcres. Ô comme j’aimerais trouver un trou de verdure où chante une rivière mais je ne suis pas ce dormeur. J’ai cependant deux douleurs dans le dos qui me font dire que je n’étais pas de taille et que vous m’avez vaincu avec vos mots. J’ai perdu. Oui. Je me suis perdu.... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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berni_29
  08 octobre 2022
Je vous invite à venir au bord d'un trottoir qui est un domicile aussi, celui d'Ervé. Il est là depuis longtemps peut-être, mais comme vous ne l'avez jamais encore remarqué, - car Ervé a un pouvoir magique celui d'être invisible, alors vous pensez qu'il n'est là que depuis aujourd'hui, depuis l'instant où vous le voyez par hasard pour la première fois...
Ervé est désormais et depuis des années sans toit, sans elle, sans elles, sans eux... Sans les êtres chers qu'il aime et qui l'aiment. Aimer lui est impossible dans cette immobilité assumée mais qui bouge parfois, qui bouge tout le temps, par envie ou par nécessité...
Aimer lui est impossible au sens où nous l'entendons souvent. Pourtant, Ervé aime à sa façon...
Ervé est un clochard, un clodo, un SDF, un sans-abri, un vagabond. Qu'importe les mots ! Pour dire qui il est, il vaut mieux convoquer le bitume, la pluie, les trains, les rails, les parcs, le ciel et ses constellations. Ervé aime bien le terme de clochard, moi celui que je préfère pour lui est celui de vagabond, car Ervé bouge, géographiquement mais aussi dans sa tête, il prend des trains parfois, bouge les lignes, les siennes, les nôtres. Mais surtout il écrit.
Ce récit nous parle des sans-grades, des laissés-pour-compte, des sans-dents...
Tiens, les sans-dents, ça vous dit quelque chose ?
Écritures carnassières est un récit féroce, un récit vorace, qui nous dévore, dévore le coeur et que l'on dévore à bras le corps, c'est un récit qui nous avale.
C'est un témoignage magnifique et douloureux écrit à la hauteur de la rue, sous forme de chapitres courts, violents, fulgurants. Par moments, entrent par effraction des poèmes qu'on sent écrits à la fois dans l'urgence de la vie, mais dans cette respiration indispensable pour tenir debout coûte que coûte.
C'est un livre épris de rage et de tendresse.
« Depuis longtemps je taquine la rue ». Ce sont ces phrases comme cela qui ont fini par taquiner mon coeur. Ervé taquine la bouteille aussi, comme ses autres compagnons de la rue. C'est un être rempli de sourires et de larmes...
L'auteur a parfois cette pudeur d'attendre que la pluie vienne pour pleurer et se perdre, noyer ce visage et ce chagrin dans cette pluie qui vient.
Ervé montre comment la route d'une vie peut être tout simplement et rapidement une sortie de route. Pas facile après de se remettre dans la trajectoire initiale, si jamais il y en a une... Souvent c'est impossible. Trébucher devient alors la seule manière d'apprendre à marcher...
Ervé raconte son enfance, sa jeunesse dans les foyers de la DDASS. C'est une enfance fracassée qu'il n'en finira pas de payer jusqu'à ce jour.
C'est une enfance terrible, qui l'a coupé du bonheur d'une vie mais pas des joies immédiates.
Alors il nous parle de ses deux petites filles, Élise et Lou, qu'il appelle ses « poumons », parce que, même s'il les voit trop peu, elles permettent à ce « père sans repères » de respirer.
Et aussi pour Claire leur mère, qu'il aurait tant voulu rendre heureuse, rencontrée à la faveur d'une maraude.
Deux poumons, deux respirations.
C'est une écriture saccadée, avec des fulgurances.
Il y a une beauté de l'écriture, qui dessine en creux toutes les nuances qu'ont laissées en lui les blessures de l'existence.
Il y a ici du chagrin et toutes ses subtilités.
Ervé se dit privé de bonheur, le bonheur impossible d'un amour, l'impossibilité d'y accéder.
Cabossé, il reconnait que le bonheur n'est plus fait pour lui et c'est terrible d'entendre quelqu'un dire ces mots. Je ne sais pas les entendre. Insupportable.
Cependant la joie existe dans son existence et ce récit en témoigne merveilleusement.
Ervé parle de la joie, n'y renonce jamais, celle de se poser près d'une cascade pour écouter l'eau, celle d'entendre le rire de ses filles au parc où il les retrouve de temps en temps, la joie de partir aussi, prendre le train, la joie de revenir aussi... Les retrouvailles avec les copains au bord du canal Saint-Martin. La joie d'écrire, de poser les mots de ses émotions, d'aborder des rivages sensuels et incandescents, qu'il réinvente sur le macadam de Paname.
Vous l'aurez compris, malgré la difficulté d'être un clochard ou un vagabond, des perles de plaisir et de jouissance composent et tissent ce texte d'une écriture très belle, fragile et douloureuse à la fois...
Bien sûr, des questions traversent ce texte, des questions qui appellent notre étonnement.
Comment avoir le coeur rempli d'amour et en même temps ne pas pouvoir ou ne pas savoir aimer ?
Ne pas savoir construire à partir de l'amour, est-ce parce qu'on ne vous a jamais appris à le faire ?
Ce sont les nuances d'un coeur tabassé couvert de pansements.
Et cependant, il éprouve une affection forte et sincère pour ses enfants.
Ervé, RV, Rêver, vagabonder...
Quelle victoire, ce livre, sur son enfance massacrée !
« Quand on aime, il faut partir », disait Blaise Cendrars.
Il bouge, adore les trains, vagabondent dedans entre deux gares ; ces vagabonds admirés par Jack Kerouac, Jack London, Blaise Cendrars...
Ne jamais rester immobile.
Se tourner vers le mouvement c'est adorer la vie, c'est tenir debout, c'est vivre.
Je referme la dernière page de ce livre, dans ces pages j'ai aimé Ervé, funambule sur le fil si fragile de la rue.
J'ai été agrippé à cette réalité sale et violente, l'odeur fétide du petit matin, la première bière qu'on dégoupille comme une ouverture au monde, cette première bière qui vous agrippe déjà comme un geste si bien appris, auquel on n'échappe pas.
J'ai été happé par ces fragments de rues.
Écrire pour survivre, dire l'amour, tenir debout dans un monde devenu idiot et lire ces choses-là peut-être pour les mêmes raisons.
Ici, il en ressort un récit puissant.
J'ai été épris par le récit d'Ervé pour cela. Aussi ces mots m'ont dévoré.
Un grand merci à toi Doriane qui m'a fait découvrir ce livre magnifique.
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Ashlie
  15 mai 2022
Ô, comme il est difficile d'écrire un billet après avoir lu un ouvrage aussi fort que celui-ci. Mes mots paraissent soudainement bien faibles en comparaison à la grandeur de ce récit.
Dans cet ouvrage, Ervé, un homme sans toit, couche sur papier ce qui l'habite. Un homme blessé, la tête dans les nuages en gardant les pieds sur Terre. Ses mots sont vrais, forts. Ils viennent du ventre, des tripes. 
Des cris éraillés, silencieux, qui font mal à lire. 
Ses mots sont aujourd'hui lus grâce à cet auteur et ancien éditeur ayant croisé le chemin d'Ervé.
Des mots merveilleux qu'il arrive à manier avec justesse. Des mots qui résonnent ou il ne manque plus que l'instrument pour en entendre la mélodie.
Des mots posés avec douleur et douceur malgré leurs noirceurs.
Des mots qu'on a qu'une seule envie, qu'ils soient lue par tous.
"Écrire, mais ne pas se relire trop. Quitte à y laisser des bleus"
Lors de ma lecture, j'avais tendance à vouloir partager beaucoup de citations, difficile de faire des choix, car cet ouvrage, dans son entièreté, est une citation à lui tout seul. 
Son texte est poétique, rythmé par ses paroles d'homme d'aujourd'hui citant l'enfant/ado qu'il était. Un homme devenu adulte avant d'en avoir l'âge. 
Ervé, cet homme dont on a envie de partager sa vie, d'être son ami(e).
Pour un sans domicile fixe, le pire est l'ignorance. Passer devant sans le regarder, sans sourire.
Prendre son temps pour discuter peut illuminer une journée à travers un café partagé. Ou bien une bonne bière accompagnée d'une clope. Ou tout simplement le considérer autrement qu'un clochard.
Ervé... Qui à travers sa plume cites des paroles incroyablement fortes, sans misérabilisme ni apitoiement.
Comme cité en 4ème de couverture, l'écriture d'Ervé est tout à la fois : vibrante, poétique et carnassière. Il écrivait dans la rue sans prétention, et sans se douter qu'un jour ses écrits finiraient par sortir en livre. 
Parce que dehors, l'ennui se fait ressentir. Alors il tue le temps en écrivant, en lisant et en clopant.
Des mots de colère, de tristesse et de joie aussi. Les pages sont parsemées de perles de bonheurs pour s'asseoir sur le malheur.
Ervé a réussi à nous montrer que le bonheur, on le trouve à l'intérieur de soi-même. L'extérieur y contribue seulement. 
J'ouvre grand mes bras à cet Homme, qui a appris à aimer la vie comme un chien. En y allant au flair sans chercher à comprendre. (Dixit Ervé)
Comme d'habitude, je vais profiter de l'opportunité du billet pour parler des faits. 
En 2020, on estime à 300 000 sans domicile fixe en France. Soit deux fois plus qu'en 2012 et trois fois plus qu'en 2001...
Les SDF, on ne parle d'eux qu'en hiver... Des personnes qui regardent le monde tourner de loin, sans eux, parce qu'effacé aux yeux de tous.
"Le peu de fois où je m'impliquais dans l'existence, c'était toujours de loin."
Cet ouvrage mérite tellement d'être lu en Masse. Procurez-vous ce livre, à l'état neuf de préférence parce que les bénéfices vont dans les poches d'Ervé.
Lisez-le ! Partagez-le ! Parlez-en ! 
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Yaena
  25 août 2022
Assis en tailleur à même le sol pour faire la manche, installés à l'écart cannette à la main et clope au bec, en marche arpentant les rues, couché sur un banc en quête d'un peu de sommeil et de quiétude. Nous les croisons tous les jours ils viennent d'ici ou d'ailleurs et semblent n'aller nulle part. Âmes errantes, fantômes de nos cités nous les voyons sans les regarder. On les appelle SDF, clodos, sans abris, clochards, jusqu'à oublier leur nature d'êtres humains. Des hommes des femmes, nos semblables qui ont un passé, une enfance, un présent difficile et un avenir qui se dérobe sous leurs pieds.
Ervé est dans la rue depuis toujours, malgré la mauvaise opinion qu'il a de lui c'est un gars courageux qui se bat contre ses démons tel « un chat sauvage sans griffes ». Il faut une sacrée dose de courage pour se regarder en face sans se mentir, mais encore plus pour s'écrire quand on sait qu'on va être lu. Surtout pour se raconter comme ça, en se mettant à nu et en posant ses tripes sur la table. Respect. Sans détour il raconte sa non-enfance, le gosse fracassé qu'il était, comment il s'est construit sur des fondations branlantes, l'âme déchirée, le coeur balafré avec l'absence et la tristesse comme compagnes de route. Il raconte le manque d'amour, le manque de cadre, le manque de famille, le manque de tout. Il raconte la DDASS, l'absurdité de l'institution, sa cruauté ses dérives, l'inhumanité, la honte, l'injustice et l'innommable.
Il raconte cette envie d'une vie meilleure lovée comme une couleuvre au creux du ventre et qui vous fait plus de mal que de bien. Parce qu'il y a Elle qu'il aime comme il peut, parce qu'il ne sait pas trop comment on fait. Et Elles, ses 2 filles, ses 2 poumons, sa vie, il les aime à en avoir mal.
Pour survivre, ne pas suffoquer, Ervé écrit. de la prose, des poèmes, des chansons. Il écrit la rue, ses potes, ses rencontres, les cafés, ses fugues, les bons moments et les moins bons.
Son écriture est surprenante, franche, sans détour, férocement poétique. Derrière ses mots on sent sa bonté, sa fragilité sauvage, sa solitude et la douleur sourde qui l'accompagne et qui s'apaise si peu, si brièvement.
Une vie torturée, abîmée avant même d'avoir éclos, racontée sans haine, sans misérabilisme ni atermoiement. Une plume ingénieuse qui joue avec les mots et recèle de trésors d'humanité. Un vocabulaire riche, varié et un amour du mot juste qui trahissent l'intelligence et la sensibilité.
Un récit rude, âpre et tellement beau qu'il en est douloureux.
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jpguery
  06 avril 2022
Enfant de la DDASS, Ervé a été balloté de foyers en familles d'accueil avant de finir dans la rue, confronté aux pires addictions. Mais Ervé possède cette capacité à exprimer ses ressentis, à évoquer sans pathos exagéré ses mille et une galères, à analyser ses regrets (femme et enfants presqu'abandonnés pour retourner encore et encore à la rue).
En de cours chapitres qui font fi de la chronologie et de sa belle écriture chaleureuse et sensible, Ervé raconte ses fêlures et ses failles, ses rencontres et ses petits moments de bonheur intense arrachés à la rudesse d'une existence qu'il aime et rejette tout à la fois.
Ervé fait plus que mettre des mots sur ses maux, il nous entraîne dans son univers !
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Herve-Lionel
  28 novembre 2022
Écritures carnassières – Ervé – Éditions Maurice Nadeau.
C'était plutôt mal parti pour lui qui fut un enfant dont la mère alcoolique se débarrassa comme d'une chose encombrante, puis ce fut un parcours cahoteux de familles d'accueil en foyers avec pour seul refuge la solitude et les larmes face à l'indifférence, aux sanctions des adultes et au temps qui s'étire dans l'ennui. Il n'en faut pas plus pour aimer la marginalité ponctuée parfois d'une amitié fugace, de petits bonheurs, d'échecs, d'abus de toutes sortes, de détestation de soi, d'autodestruction par l'alcool le tabac, la drogue, l'idée du suicide... de "cas social" il devient tout naturellement asocial, peut-être plus mature que les autres enfants, ce genre de circonstances donnant très tôt une autre vision des choses et des gens que celle traditionnellement idyllique de l'enfance. Par réaction, il se fait des illusions d'avenir, se rêve autrement, il lit et même écrit tout ce que sa vie cabossée lui inflige. Il doit se rappeler aussi tous les propos suffisants des bien-pensants, ceux qui proclament à l'envi « qu'il suffit de vouloir pour pouvoir » parce qu'ils ont eu la chance qu'il n'a pas eue. Puis il se dit que les passades éphémères qui ont égrené sa vie n'ont qu'un temps, que le bonheur existe et qu'il n'y a aucune raison qu'il ne soit pas pour lui aussi. Il y eu une rencontre et avec elle tous les fantasmes qu'on se tisse soi-même pour compenser tout ces manques, et pour tenter de faire changer les choses. Ce fut un prénom, Claire, la naissance de ses deux filles, ses deux poumons comme il dit, c'est pour elles qu'il écrit et cela me paraît parfaitement légitime. Nous savons que l'enfance conditionne la vie future et lui qui n'a pas eu d'amour pendant cette période se révèle incapable d'aimer, quitte cette famille qu'il avait créée et voulue pour tenter d'exorciser ce qui ressemble de plus en plus à un destin funeste. Ainsi pour ses filles, il devient « un père absent » qui ne leur donnera pas l'amour auquel elles ont droit. On ne peut donner ce qu'on n'a pas. Comme tous les malheureux qui font ce qu'ils peuvent pour s'en sortir, il n'échappe donc pas à cette règle non-écrite qui fait qu'on reproduit malgré soi l'exemple qu'on voulait précisément éviter. Elles aussi manqueront de son affection. Son univers devient donc la rue, l'errance, la manche et les petits bulots pour survivre... Il n'est pas clochard, même s'il le dit souvent, puisqu'il se déplace sur le cadastre national et même au-delà des frontières, qu'il voyage et on songe à Jack Kérouac et peut-être aussi à la génération perdue qu'il incarna, on pense surtout à une fuite qui ne dit pas son nom pour échapper à ses semblables marginaux, aux regard des autres, à sa région sinistre et sinistrée et peut-être aussi à lui-même, à ses erreurs, à son mal-être, avec sa solitude pour seule compagne...
De courts chapitres d'une écriture « carnassière » c'est à dire féroce, abrupte, saccadée, comme la marque d'une révolte contre l'adversité. Elle n'est pas vraiment académique, se moque de la chronologie , mais elle a du caractère, est dénuée d'artifices et les moments de poésie et de paroles de chansons cachent mal les fêlures et le désespoir de cet écorché-vif. Dans son cas, l'écriture est un témoignage, celui d'un être qui choisit ainsi de réagir contre sa condition et ce faisant, en mettant des mots sur ses maux, il les adoucit au moins temporairement, même si j'ai toujours douté de l'effet cathartique de l'écriture. Il s'en sert pour exorciser ce destin néfaste et je ne suis pas sûr, malgré les apparences qui, nous le savons, sont trompeuses, que cela soit effectivement efficace simplement parce que les séquelles malsaines de cette enfance ont la vie dure.
Le hasard fait parfois bien les choses qui fait se rencontrer des êtres qui n'auraient sans cela eu aucune chance de le faire. Tel a été le cas quand l'écrivain Guy Birenbaum a croisé Ervé qui à l'époque était SDF et s'intéressa à lui. Il y aurait donc une justice (immanente?) qui rectifierait parfois les épreuves que la vie ne manque pas de nous envoyer, et cette malchance qui s'accroche à vous et ne vous lâche pas. Cette expérience semble donc avoir un épilogue heureux et ouvrir à Ervé des perspectives d'avenir. Tant mieux pour lui, il a eu de la chance dans son malheur, est sorti de sa condition en devenant écrivain, son premier livre est publié, c'est à dire qu'il a réalisé son rêve. Pourtant, à un moment où il est difficile de trouver un vrai éditeur sans avoir un bon parrainage, ou sans payer parfois cher sa prestation sans pour autant que la promotion du livre soit correctement faite, l'aventure que vit Ervé est plutôt rassurante et peut-être encourageante pour la foule de ceux, et ils sont nombreux, qui se voient contraints de remiser leur manuscrit dans la poussière d'un tiroir... et d'abandonner leur projet. Pour une fois qu'un éditeur, qui est un découvreur de talents, fait effectivement son métier, il serait vain de s'en plaindre.
Le livre refermé, cette histoire que j'ai lue avec attention et intérêt me laisse quelque peu perplexe. Je ne suis qu'un simple lecteur qui n'ait, par chance, jamais dû vivre sans toit mais, si je comprends la volonté de l'auteur de fonder une famille pour tenter d'oublier son enfance désastreuse, je reste dubitatif devant sa décision de revenir dans la rue et dans la marginalité avec son lot de mépris et de violences en oubliant ses responsabilités de père, ce qui aura sûrement les mêmes conséquences sur la vie de ses filles que l'irresponsabilité de sa mère a eue sur la sienne. Il a certainement tenté d'inverser le cours des choses mais elles se sont imposées à lui, malgré lui. D'une certaine manière et même s'il dit se détester, il fait valoir une certaine forme de liberté face à sa double paternité non assumée, laissant à sa compagne le soin de s'occuper de sa progéniture. Confesser son amour pour ses filles et sa femme est, dans ses conditions, sûrement insuffisant pour elles. D'autre part, il raconte son histoire qui est celle de beaucoup de gens jetés dans la rue à la suite d'accidents de la vie et ils seront sans doute nombreux à s'y retrouver.
J'ai bien conscience que je suis assez mal placé pour juger cet ouvrage et surtout le message qu'il contient, même si, toutes choses égales par ailleurs, mon empathie personnelle me fait partager ce mal-être.
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critiques presse (1)
Bibliobs   18 avril 2022
Ervé, homme blessé, se raconte aussi pour sauver du marasme des images qui le tiennent debout. Une main et un café tendus à l’aube par un inconnu. Un repas chaud sur une péniche conduite par un ancien compagnon de route.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
berni_29berni_29   07 octobre 2022
Nous ne partageons pas la même couche. Mes sommeils en petites coupures font qu'il vaut mieux que je dorme seul. Avoir en son lit un corps tremblant, brûlant de fièvre parfois, n'invite pas au repos réparateur. Le peu de mes nuits en son autre chambre voisine m'appelle. J'ai envie d'elle. Tard la nuit se fait. Comme un rêve, je quitte duvet pour flotter et me poser à ses côtés. Silence et certaine timidité règnent. J'effleure à peine les tissus de soirée qui recouvrent sous un léger drap. "C'est moi", lui dis-je. Ses courbes m'invitent. Nos souffles ne souffrent d'aucun interdit. Le drap se fait absent tandis que nos émotions corporelles s'enchevêtrent plus que ne s'emmêlent. Elle s'ouvre à moi et émoi me prend. La nuit devient petite mort. Un tourbillon me vrille le crâne er je viens en elle. La Terre cesse de tourner et suspend le temps. Un râle pour toute incidence sur le silence nocturne. Je baise ses épaules comme j'ai baisé son intimité. J'aimerais rester plus longtemps encore en elle.
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berni_29berni_29   12 octobre 2022
Déchiré
Elle me lance et des rires, des bribes de sens, je m'en détourne, fatigué. Il me reste un pas de danse mais le chant se repose, essoufflé parce que déchirée.
Tant de souffle amer jeté en semence sur mon âme écorchée, tant de soufre à même le feu se défend des regards détournés parce que déchirés.
Déchirés comme le sont les rêves, balbutiement de songe, dans ces endroits de nuits sans sommeil un papillon qui se brûle les ailes.
Des carrousels d'ombres sur des yeux misogynes, des chagrins si longs, ces affreux fantômes qui devraient peupler le vide au lieu de chansons.
Si elle me lance des rires, des bribes de sens, je m'en détourne, fatigue, même s'il me reste un pas de danse, le chant se repose, essoufflé parce que déchirée...
Déchiré comme le sont les rêves, balbutiement de songe, dans ces endroits de nuits sans sommeil un papillon qui se brûle les ailes.
+ Lire la suite
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AshlieAshlie   12 mai 2022
Je n'ai aucune prétention. Pas même d'estime. Je n'aime pas la gueule que j'ai. Je me contente de celle que je fais. J'aime le beau pourtant. Même le beau-laid. Ce dernier est plus intéressant. J'ai toujours aimé les bâtards. J'en suis un. Un humain bâtard. Mais le plus beau et fidèle des bâtards reste le chien. Il peut vivre longtemps parce que sans pedigree. Il sait qu'il vient de nulle part mais a beaucoup d'affection à prendre et à donner. Il est fidèle parce qu'il ne veut pas perdre ce qu'il a pu trouver. Il sait sa condition, fait profil bas sans pour autant se soumettre. Voilà, c'est ça: je n'ai pas de pedigree. Beau bâtard, je suis.
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berni_29berni_29   06 octobre 2022
Je m'éternise. La nuit est calme, un vent léger porte une pluie fine. Les reflets sur les rues nues de monde m'invitent à stagner. J'ai bu un peu mais je ne suis pas ivre. J'ai compris depuis longtemps que s'enivrer était un luxe et que se défoncer était un suicide. Je continue à picoler à ma mesure. Je traverse dans les clous des bandes blanches qu'on inflige. Tant que le monde se tient. Tant que ce monde tient.
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YaenaYaena   24 août 2022
On a beau essayer de faire des détours, la destination ne change pas. Cas social tu es né, cas social tu restes. Comme gravé sur le front. Ma plaie de naissance. Mon tatouage permanent. La déchirure infrangible de mon mal être. je ne serai jamais autre que ce sale gosse mal né et je vais devoir faire avec .
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