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Frédéric Weinmann (Traducteur)
EAN : 9782841724208
768 pages
L’Atalante (15/01/2009)
3.86/5   158 notes
Résumé :
Même la dernière goutte d’essence permet encore d’accélérer. Mais pour combien de temps ? L’humanité va-t-elle affronter son plus grand défi ?

La fin de l’ère du pétrole est imminente. Quand le plus grand champ pétrolifère du monde se tarit, en Arabie séoudite, des bouleversements se mettent en branle. Notre civilisation touche-t-elle à sa ruine ? Markus Westermann, lui, parie sur un miracle : il croit détenir une méthode qui permet de trouver de l’or... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Même la dernière goutte d'essence permet d'accélérer.
Rarement la première phrase d'un livre aura si bien reflété sa teneur, d'autant que le pavé en question compte tout de même 800 pages d'une rare qualité narrative, d'une singulière densité documentaire… Aussi inclassable que puissant, En Panne sèche aborde de front rien moins que la fin de notre monde… Ou, pour être plus exact, le douloureux passage d'une économie globalisée aveuglément basée sur le pétrole à une organisation sociale contrainte de se passer de toute énergie fossile.
Certes, on est en plein coeur d'un débat qui occupe le devant de l'actualité, mais dit comme cela, ce n'est pas très folichon, n'est-ce pas ? Détrompez-vous, la plume et la rigueur d'Andreas Eschbach sont là pour faire de ce projet démesuré un roman fleuve impétueux et impossible à quitter tant le courant y est vigoureux. S'il faut classer cette construction romanesque quelque part, parlons pour faire savant d'une uchronie, puisque le « présent » du livre est un avenir proche, donc fictif… mais articulé sur un passé bien réel, lui.
Comme souvent dans les grands romans, on entre en tâtonnant de l'orteil dans ce remous tumultueux où les personnages se multiplient, les situations se posent comme au hasard en des parages aussi divers qu'éloignés… et puis, posément, on entrevoit dans cette construction faussement hirsute un fil ténu, puis un autre, et un autre encore qui bientôt forment une trame serrée. de flash-back en projectives, c'est toute l'histoire et le devenir de la base industrielle de notre monde, au-delà même des civilisations et des cultures, qui se trouve embrassée au travers du destin indécis de Markus Westermann, jeune commercial allemand aux dents longues qui n'a qu'un rêve : réussir aux États-Unis, se plonger avec volupté dans les piscines de dollars du rêve américain.
De désenchantements en rencontres improbables, de hasards en dérives, de questions essoufflées en découvertes échevelées, le jeune homme découvre à la fois l'histoire de la découverte du pétrole, celle de sa fulgurante prépondérance dans une société industrielle naissante, celle des enjeux qui s'emparent d'une source limitée d'indispensable énergie, celles des impasses dans lesquels les appétits étatiques ou individuels vont mener l'humanité, celle des mensonges d'un aveuglement malade de sa crédulité.
Car — et Eschbach le montre avec brio — rien n'est plus paradoxal que cette industrie devenue un irréversible système global. le pétrole est partout, des milliards d'individus s'en servent chaque jour, des millions en vivent, des milliers en ont fait leur spécialité et l'étudient dans ses moindres détails… et aucune industrie n'est plus secrète, plus dissimulée, plus menteuse surtout. Un fait qu'il rappelle en passant : alors que l'équilibre du monde repose sur l'or noir, l'OPEP n'a pas publié d'état des stocks depuis 1982. Personne n'est en mesure de dire avec exactitude quelle est notre espérance de vie pétrolière. On peut noyer ce poisson sous tous les litres de pétrodollars que l'on voudra, le fait est là : nous ne savons pas quand notre terme sera échu.
Mais Eschbach, talent rare, ne se laisse pas envahir par l'ampleur de son sujet. Il sait donner vie à une foule de personnages aussi vivants, contradictoires, possédés, faibles ou inébranlables que ceux que la vie fabrique dans son creuset de vicissitudes. Et bientôt on est avide de tourner la page, de passer le chapitre pour connaître le sort de celui-là, de celle-ci, que l'on a pas revu(e) — relu(e) — depuis trop longtemps…
Je suis sorti de ces 800 pages pantois et cyniquement conscient d'une réalité pourtant sous les yeux de tous. Une lecture qui raffermit deux convictions :
— La première est que nous nous trompons de combat : lutter contre le réchauffement climatique est une imbécillité, une chimère agitée sous les truffes des lévriers pour les faire courir. Si je le savais confusément par d'autres travaux personnels (la publication prochaine de la dernière Croisade de Véronique Anger, j'ai maintenant un peu plus de moyens pour l'argumenter. Vaincre l'addiction au pétrole est l'un des moyens de sortir d'une tragique impasse…
— La seconde — mais celle-ci n'est que confortée une fois de plus — est que le roman est une bien meilleure démonstration que les essais les plus sérieux. La force de l'émotion est un levier chaque fois plus puissant que les dogmes de la raison.
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« Même la dernière goutte d'essence permet encore d'accélérer ». C'est avec cette première phrase accrocheuse, tel un slogan publicitaire, que débute le roman de l'écrivain allemand Andreas Eschenbach, En panne sèche.

Impressionné par les 750 pages de ce livre, j'ai eu peine à me mettre dans le rythme de lecture. Et pourtant ! J'ai été accroché par cette histoire dont l'intrigue est, vous l'aurez compris, la recherche et le renouvellement des sources de pétrole.

C'est une construction étonnante mais intéressante que propose Eschenbach. Certains lecteurs peuvent ne pas apprécier. L'auteur alterne les événements d'une histoire proche des romans d'espionnage de John le Carré avec des chapitres scientifiques ou historiques qui permettent ainsi, par parenthèses, d'approfondir l'environnement géopolitique dans lequel évolue les personnages.

Par le rythme et les intrusions encyclopédiques, j'ai été finalement happé par cette lecture jusqu'à la page 483, quand, en la tournant, je lis chapitre 2, alors qu'il reste 300 pages !? J'ai été surpris car cela déséquilibre le livre, en proposant des parties inégales. La suite m'a confirmé mon a priori. L'auteur n'a pas réussi à achever un livre bien commencé. Pendant une centaine de pages, il m'a perdu. La fin du roman finit en politique fiction, ce qui aurait pu avoir de l'intérêt mais qui est mal travaillé. Cela me gène de l'écrire, car je n'ai pas la prétention de donner des leçons à un écrivain. Je ne suis même pas un littéraire. Mais voilà, la fin a failli se terminer en sortie de route.

L'auteur a réussi, quand même, avec sa dernière goutte d'essence à atteindre l'arrivée et éviter le bas-côté et la dépanneuse. C'est dommage, car, pour autant, c'est un livre qui m'a amené à réfléchir sur l'exploitation énergétique et leur liens géopolitiques.
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Roman de Eschbach assez étonnant. le sujet pourrait faire penser au genre post apocalyptique, or il n'en est rien.
D'abord parce qu'une très (trop à mon goût) longue première partie pose le décor : le héro, Markus, ambitieux, fanatique naïf du rêve américain arrive sur le nouveau monde pour réaliser son rêve, réussir, devenir riche, être "quelqu'un".
On suit les étapes de sa progression, ses réussites, ses échecs. Au passage l'auteur égratigne la société américaine, l'envers du décor de ce "rêve américain".
Parallèlement, on suit en Allemagne le frère et la soeur de Markus dans leur vie quotidienne. Dans ce chapitre, se prépare en toile de fond le bouleversement de ce monde qui va basculer dans le deuxième chapitre.

Il y a bien une "catastrophe", mais pas de catastrophe spectaculaire et apocalyptique façon Hollywood. Notre civilisation résiste mais malgré tout s'effondre doucement. L'humanité se protège de diverses manières selon qu'il s'agit du moyen-orient ou des Amériques ou de l'Europe, jusqu'à une communauté qui choisit le repli et le fanatisme.
L'homme ne revient pas à l'état sauvage ni ne se transforme en sale mutant ou autre délire. Mais la famine et le chômage massif apparaissent, la violence et la délinquance explosent etc.
Bref, il y a là une sorte de proximité et de plausibilité très réalistes et angoissantes, qui font penser au polar, même si au final le roman est plutôt optimiste et laisse finalement le choix à l'homme de construire un monde meilleur, ou pire… Pour certains d'ailleurs cet catastrophe se révélera finalement plutôt bénéfique permettant de rétablir les liens communautaires disparus sous l'effet de la civilisation moderne.

Contrairement au réalisme de la catastrophe s'oppose l'invraisemblance de l'histoire de Markus : difficile de croire à l'aventure de cet homme ordinaire qui va se trouver mêler de près ou de loin à tous les destins et événements importants de la planète. Il y a des rebondissements d'une invraisemblance incroyable ! Au point que l'on a l'impression que les Etats-Unis sont vraiment un petit pays où l'on rencontre toujours les mêmes gens à ses quatre coins, même par hasard !
J'ai été un peu déroutée par ce choix narratif :
Est-ce délibéré ? Markus comme un personnage un peu allégorique de l'humanité occidentale avec toutes ses qualités et ses défauts. Markus effectue un vrai road movie dans ces états-unis et une partie de l'Europe.
Est-ce une simple facilité du récit ? Et alors c'est un côté un peu raté du roman. Je n'arrive pas très bien à choisir entre ces deux options.

En conclusion un gros roman dense et complexe comme une épopée feuilletonesque qui scrute et décortique les qualités et les défauts de nos sociétés de pays riches sans jamais tomber dans le militantisme ou le manichéisme. Mais il expose à la fois ce qui en fait l'humanité et la monstruosité. Roman bien documenté qui donne la chair de poule parfois en évoquant certains faits historiques et en les montrant sous leurs aspects les plus sombres, il nous fait détester le pétrole comme jamais.
Finalement l'humanité sera-t-elle capable de construire un monde meilleur après l'ère du pétrole, énergie pratique mais polluante et destructrice ?

Un roman à ne pas rater et qui une fois refermé laisse des traces durables chez son lecteur.
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Je suis vraiment déçu après cette lecture. Ce livre n'est pas ce que j'espérais lorsque je l'ai acheté.
J'avais dans l'idée d'une dystopie dans un futur proche montrant les conséquences de la raréfaction du pétrole. J'espérais avoir ce que j'avais eu avec Spin de Wilson. Un phénomène bouleversant le monde entier se produit et à travers différents personnages nous découvrons comment le monde apprend à gérer cela. Par exemple dans Spin, nous suivons 3 personnages après que la Terre s'est retrouvée coupée du monde dans un bulle temporelle. Les 3 personnages permettent de suivre les conséquences de ce phénomène tant au niveau scientifique, théologique que de monsieur tout le monde.Ici pas du tout et même pire, l'élément perturbateur du roman, la raréfaction du pétrole n'intervient qu'après les 2/3 du roman...
Ce très (trop) long livre se découpe en 2 partie : la première partie concerne principalement Marcus, un jeune arriviste allemand qui souhaite pouvoir s'installer aux USA pour y faire fortune. Son rêve semble pouvoir se réaliser lorsqu'il croise Block un ingénieur de l'or noir affirmant qu'il peut trouver du pétrole en grande quantité à peu près n'importe où.
La seconde partie porte sur la raréfaction du pétrole due à l'effondrement du plus grand puits d'Arabie Saoudite. Nous suivons toujours Markus à travers les USA dans sa quête des documents de Block.
Autant la première partie n'est pas trop mal même si, je le répète, ce n'est pas ce que j'espérais lire en débutant ce roman mais alors la seconde partie est totalement risible !
Tous les enchaînements sont forcées, rien n'est vraiment plausible dans la « résolution » de l'histoire. La seule explication serait que les USA font la taille de Monaco et que tout le monde se connaît ! de plus, les personnages m'ont paru assez froid, un peu déshumanisés. J'ai eu l'impression de lire une très longue nouvelle, où l'important ce sont les actions des personnages et non les personnages eux-mêmes.
Il y a tout de même 2-3 choses qui m'ont plu notamment les parties sur la soeur de Marcus Dorothea qui nous permettent de prendre conscience des conséquences d'une suppression du pétrole dans nos vies. J'y ai été assez sensible car je pense personnellement que le pétrole est l'une des causes principales des problèmes des pays occidentaux aujourd'hui. En effet, l'absence de pétrole entraînerait un retour aux commerces de proximité (comme Dorothea), à une consommation locale, à une diminution des traitements chimiques etc...le soucis majeur serait la diminution des médicaments !
Ce sont les seules parties intéressantes du livre et elles ne doivent représenter que 20% du livre. Au lieu de cela nous suivons un des membres de la famille royale saoudienne qui n'apporte rien à l'histoire sinon de donner un pseudo rôle au frère de Marcus avec l'installation de panneau solaire en Arabie Saoudite.
La seule autre note positive sur ce livre arrive en tout fin dans l'épilogue qui repose sur les recommandations scientifiques affirmant que même si il nous était possible d'extraire encore plus de pétrole, il est impératif de le laisser dans nos sous-sol sous peine de voir disparaître les conditions de vie nécessaire pour l'Homme.
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« Même la dernière goutte d'essence permet encore d'accélérer » : écrit en 2007, autour du pic pétrolier d'un proche avenir et de ses conséquences sociales et politiques, un thriller bouillonnant de dépendance au carbone et aux richesses, par un maître allemand de la science-fiction.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2022/11/08/note-de-lecture-en-panne-seche-andreas-eschbach/

Markus Westermann, commercial allemand en logiciels de finance, effectue un court séjour aux États-Unis, où il participe avec une trentaine de collègues du monde entier à l'effort de « régionalisation » d'un nouveau produit. Brûlant de se joindre par le haut au grand rêve américain de consommation démesurée, mutant en quelques semaines en arriviste déterminé, il fait la connaissance, par des moyens détournés et par l'entremise de son nouvel ami brillant informaticien Keith R. Pepper, du fonds d'investissement mondialement connu PPP (Peak Performance Pool) et surtout, par hasard, de Karl Walter Block, irascible savant autodidacte autrichien, qui a inventé une méthode scientifique pour trouver du pétrole à coup sûr et y compris sur des terrains réputés vierges de toute trace ou possibilité d'or noir, sans les coûteux aléas des forages d'exploration trop souvent « secs », et qui cherche des partenaires financiers de confiance pour partir avec cette martingale à la conquête du monde de l'oil and gas et de ses richesses si colossales.

Werner et son épouse Dorotea (née Westermann et soeur de Markus) viennent d'acheter une maison de rêve dans la campagne allemande, un peu à l'écart de « tout », mais fort vaste et disposant d'une vue superbe et dégagée sur les collines avoisinantes. Seul problème véritable : la maison est exceptionnellement gourmande en chauffage, compte tenu de sa conception, mais bon, ce n'est pas si grave…

Charles Walker Taggard est un agent discret et effacé de la CIA, marqué par un terrible drame (la greffe destinée à sa fille mourante n'a pas pu arriver à temps pour la sauver, contre toutes attentes – car l'opération chirurgicale avait lieu aux États-Unis le 11 septembre 2001, après l'interdiction temporaire de tous les vols, sans exception). Depuis lors, il a appris l'arabe et obtenu sa mutation en Arabie Saoudite, dont les liens avérés avec Al-Qaida l'ont personnellement bouleversé.

Avec ces personnages principaux imaginés pour organiser un déroulé rusé, riche en flashbacks et en coups de théâtre qui ne devraient pas en être si l'aveuglement né de l'avidité n'était pas si puissant, au niveau d'hommes et de femmes « presque ordinaires », mais disposant chacun de bribes-clé d'information, bribes qu'ils ne savent pas nécessairement déchiffrer en temps et en heure, Andreas Eschbach nous entraîne dans un gigantesque et brillant tourbillon sur le choc alors encore à venir, celui du « pic pétrolier » (ou peak oil dans la langue des hydrocarbures), moment redouté que les économistes des lobbys carbonés ont toujours voulu repousser conceptuellement (« lorsque les prix monteront avec la perspective de rareté, l'exploitation de gisements plus difficiles deviendra parfaitement rentable »), lorsque la montée des prix des hydrocarbures devient telle que le monde, qui n'y est bien entendu absolument pas préparé, vacille sur ses fondations, en méditant la première phrase du roman : « Même la dernière goutte d'essence permet encore d'accélérer. ».

En parcourant méticuleusement, au fil de son roman, l'histoire et la géopolitique des hydrocarbures (on songera certainement à l'excellent travail de l'historien américain Daniel Yergin, « Les Hommes du pétrole – Les maîtres du monde 1946-1991 », comme au magnifique roman de l'ombre manipulatrice qui finit par se perdre elle-même, le « La femme qui avait perdu son âme » (2013) de Bob Shacochis, voire à la ruse géopolitique utilisée, dans un tout autre registre, par Tom Clancy au début de son « Tempête rouge » de 1986), Andreas Eschbach réussit ici un coup de maître, celui de transformer une profonde réflexion sur la dépendance mondiale au pétrole et au gaz en expérience de fiction spéculative redoutable et ciblée. Publié en 2007 (douze ans après le coup d'éclat initial de son oeuvre que constituait « Des milliards de tapis de cheveux ») et traduit en français en 2009 par Frédéric Weinmann chez L'Atalante, « En panne sèche » illustre également ce talent particulier qu'ont certains auteurs allemands pour évoluer avec une grâce efficace à la frontière toujours dangereuse du travail authentique de science-fiction et du techno-thriller tel qu'hérité des années 1980, plus abordable (on pense bien sûr aussi au Frank Schätzing de « Abysses » (2004), dont on attend avec une curiosité certaine l'adaptation en série télévisée prévue en 2023).

Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
- Nous ne pouvons même pas espérer que l'Arabie Saoudite passe soudain dans le camp des démocraties car, dès les premières élections, le peuple voterait à une écrasante majorité pour un gouvernement islamiste à côté duquel l'ayatollah Khomeiny aurait l'air d'un ami de Washington. [...] Voilà pourquoi nous maintenons les Saoud au pouvoir : pour que ce pays ne devienne pas une démocratie. Et ça Glen, c'est une honte pour l'Amérique.

Myers disparut à nouveau dans l'ombre de son fauteuil. Sa main attrapa le dossier, le souleva, le tint un instant d'un geste méprisant et le jeta ensuite à la corbeille, où il atterrit avec un clac métallique.

- Personne n'a envie de savoir ça aux États-Unis, Taggard. Croyez-moi, personne.
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Avant de ranger le Spiegel dans l’intention de dormir un peu, il feuilleta rapidement le magazine et tomba sur un autre article du dossier, intitulé : « La fin des écolos ». Le sous-titre disait : « Depuis trente ans, les écolos prédisent la fin de l’âge du pétrole. Aujourd’hui, le glas sonne pour eux. »
L’article annonçait la « victoire définitive » de l’American way of life. L’avenir appartenait désormais au gâchis de l’énergie et des matières premières, à la consommation effrénée et à la globalisation totale. La découverte de pétrole à Keya Paha, dans le Dakota du Sud, n’était pas celle d’un gisement parmi beaucoup d’autres ; elle marquait la victoire de la « méthode Block », un changement de paradigme, disons même une révolution copernicienne dans l’évaluation des réserves planétaires. Les Bourses, dont c’était le propre d’anticiper les évolutions futures, pénalisaient d’ores et déjà dans le monde entier les entreprises qui continuaient de miser sur des énergies renouvelables coûteuses. Vu le cours des actions, Shell avait dissous son département recherche et développement en énergies alternatives. Les universités et fabricants automobiles avaient rayé les crédits pour la recherche en nouveaux moyens de propulsion. Une marque de portables avait promis une nouvelle génération de cellulaires, fonctionnant à l’essence, et fait ainsi exploser le cours de ses actions. En revanche, le chiffre d’affaires des fabricants d’éoliennes, de biocarburants, de pompes à chaleur, de centrales géothermiques et de panneaux solaires était en chute libre ; beaucoup avaient déjà déposé leur bilan et le même sort attendait un nombre d’entreprises encore plus grand.
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Même la dernière goutte d’essence permet encore d’accélérer. Évidemment, Markus Westermann ne pouvait pas savoir qu’il était sur le point d’en faire l’expérience. Il se trouvait sur l’Interstate 80, juste derrière le pont qui enjambe la Susquehanna, et désirait seulement doubler ce putain de camion qui faisait du quarante-sept miles à l’heure avec une constance désespérante.
Il s’engagea donc sur la voie de gauche. Il pleuvait. Et il tenait son portable contre son oreille.
– Attendez, attendez ! Écoutez-moi, cria-t-il. Ne raccrochez pas ! Croyez-moi, mister Taggard attend mon coup de téléphone.
– C’est possible, dit une voix de femme à l’autre bout du fil. Seulement, comme je vous l’ai dit, il n’est pas dans nos bureaux pour le moment.
Les essuie-glaces luttaient contre les trombes d’eau projetées par les pneus imposants du camion. Le regard de Markus tomba sur l’aiguille du compteur. Doucement, se rappela-t-il à l’ordre. La vitesse était limitée à cinquante-cinq miles à l’heure. La police le recherchait. Ce n’était vraiment pas la peine de se faire remarquer en roulant trop vite.
– Écoutez, dit-il, je sais bien que vous n’êtes pas une vraie société américaine de fruits et légumes. Et que mister Taggard n’est pas non plus directeur des ventes. Cependant, il a très certainement un portable dans sa poche…
– Son numéro de portable est confidentiel et…
– Oui, oui, bien sûr. Mais je vous en prie, ma’am. Je parie que mon nom figure dans son répertoire. Avec un commentaire du genre « à me passer à tout moment ».
Le camion semblait interminable. Est-ce qu’il accélérait pour l’empêcher de doubler ? Pourquoi ça ? Markus appuya plus fort sur la pédale.
– Vérifiez une dernière fois. S’il vous plaît. C’est très, très important.
Elle marmonna quelques mots puis il l’entendit tapoter sur un clavier. Ah, quand même ! Dans le rétroviseur, il aperçut un malade qui fonçait sur la voie de gauche en lui adressant de loin des appels de phare. Markus Westermann appuya sur le champignon.
Mais la voiture ne réagit pas. Aucune pression du dos contre le siège. Aucune réponse, même quand il eut le pied au plancher. Et, d’une certaine manière, la voiture ne produisait pas le son qu’elle aurait dû…
Markus comprit avec un soudain effroi qu’il entendait seulement les pneus rouler sur le revêtement humide, qu’il n’entendait plus le moteur.
– Mister Westman ? dit la voix dans l’écouteur. Je vous passe maintenant mister Taggard.
– Je le rappelle !
Markus jeta son portable sur le siège du passager, serra à toute vitesse la clé entre ses doigts, entendit le démarreur. Mais le moteur ne se mit pas en marche.
La jauge. Putain de merde ! Il avait toujours su qu’elle était cassée, qu’elle affichait n’importe quoi. Bref, que c’était une cochonnerie électronique. Mais elle indiquait à moitié plein. À moitié plein, nom d’un chien ! Elle ne pouvait pas indiquer à moitié plein et après…
Est-ce qu’il avait bien remis le compteur à zéro à la station-service ?
Non. Merde ! Le réservoir était tout bonnement vide.
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Si l'on ne s'intéresse pas aux apparences mais aux faits, on se rend compte que le principal souci des Saoudiens semble consister à maintenir le monde, et notamment l'Occident, dans un état d'addiction. De pétrodépendance, pour être exact. Ils craignent (...) que si le prix du pétrole dépasse un certain seuil, assez bas, les champs pétrolifères situés en dehors de leur sphère d'influence ne commencent à devenir rentables. C'est ce qui s'est produit après l'embargo de 1973 ; les prix ont tellement monté qu'il est devenu intéressant d'ouvrir à l'exploitation les gisements de la mer du Nord. Et ils craignent en outre que, si les prix devaient encore augmenter, les énergies alternatives ne parviennent à s'imposer.
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À la table du prince, le ton monta. Les servants se mirent à courir (...) et le patron s'approcha de ses hôtes illustres avec la mine d'un condamné à mort. Le prince lui dit quelques phrases accompagnées de grands gestes qui désignaient apparemment le restaurant, puis sortit quelque chose qui ressemblait (...) à un chéquier.
— Que se passe-t-il ? voulut savoir Taggard.
— Le prince fait l'éloge du restaurant et a déclaré qu'il voulait l'acheter. Maintenant, il rédige le chèque.
— (...) je n'ai pas l'impression que l'actuel propriétaire soit ravi.
— Il est tout sauf ravi (...), mais il ne peut refuser, l'autre le ferait jeter en prison pour insulte. (...) Il paie le prix qu'il juge approprié. Ensuite, il tentera de gérer lui-même l'établissement ou il le revendra quatre fois plus cher. (...)
— Vous racontez cette histoire comme si c'était monnaie courante dans ce pays.
— Ça l'est.
— Mais avec de telles pratiques, la famille royale ruine les classes moyennes !
— Les princes manquent régulièrement d'argent.
— Pardon ? C'est la dynastie la plus riche du monde !
— Sans aucun doute. Seulement, ça coûte cher, ces jets privés, ces grands yachts, ces appartements dans les meilleurs quartiers de Londres ou de Nice.
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