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EAN : 978B005KH2F4W
Firmin-Didot (30/11/-1)
3.48/5   24 notes
Résumé :
Dans L’Orestie, après le meurtre d’Agamemnon par sa femme Clytemnestre à son retour de Troie (Agamemnon), Eschyle met en scène la vengeance d’Oreste (Les Choéphores) puis le procès où s’affrontent, devant un tribunal fondé pour l’occasion, l’Aréopage athénien, les Érinyes, antiques déesses de la vengeance, et les « nouveaux dieux » que sont Apollon et Athéna (Les Euménides). Jamais, chez les Atrides, depuis le crime d’Atrée, qui avait massacré les enfants de son fr... >Voir plus
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Annales, tome 1 : Livres I-III par Tacite

Annales

Tacite

4.62★ (115)

4 tomes

Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Les Choéphores, titre qui désigne dans la Grèce ancienne les porteuses de libations en vue de rendre les hommages funéraires et honorifiques dus aux morts, est désormais la pièce médiane des trois tragédies de l'Orestie d'Eschyle. On désigne par Orestie les pièces dont l'histoire d'Oreste est le pivot central, même lorsque celui qui sera appelé à résoudre (à sa façon) le déséquilibre moral de la famille royale des Atrides en Argolide (dans le Péloponnèse) n'aura pas encore l'âge ou ne sera pas encore passé à l'acte.

À l'origine, l'Orestie n'était pas constituée de trois mais de quatre pièces dont la quatrième s'est perdue (ou plus exactement a été volontairement perdue au second siècle de notre ère à l'époque de l'empereur romain Hadrien, sous prétexte de satisfaire au canon des pédagogues grammairiens). Les Choéphores constituait à l'époque le second volet de la tétralogie.

L'épisode évoqué dans cette pièce est le plus traité, et donc le mieux connu, de toute la tragédie grecque puisque tant Sophocle qu'Euripide nous ont livré leur propre version des mêmes événements. Il est très probable que beaucoup d'autres passages mythologiques étaient traités pareillement par les trois principaux tragédiens grecs qui nous sont parvenus (et également aussi par beaucoup d'autres qui ont été purement et simplement évincés par nos amis les grammairiens romains) mais ne se retrouvent désormais que chez l'un ou l'autre tragédien, plus rarement deux.

Chronologiquement, Eschyle est le plus ancien des trois grands tragédiens grecs et ça se voit beaucoup. Ses pièces sont encore très archaïques avec une écriture sèche et un rapport au divin, à la morale et à l'édification civique très développé. Ça sent vraiment trop à mes narines le théâtre d'État comme aux plus belles heures de l'U.R.S.S.

Pourtant, c'est dur de traiter Eschyle de cette façon, car c'est à lui qu'on doit presque tout, c'est lui qui révolutionne le théâtre, c'est lui qui innove à tout crin, c'est lui qui en fait un spectacle d'une noblesse inouïe pour l'époque. Mais, comme l'a constaté Voltaire de façon générale avec les réalisations humaines, il s'agit d'un premier stade de développement, qui, comparativement aux avancées qui s'appuieront dessus, nous apparaît un peu pauvre avec un regard actuel.

Il n'y a pas beaucoup chez Eschyle de ces magnifiques formules littéraires qui nous réjouissent l'âme à 2500 ans de distance comme chez Sophocle, il n'y a pas beaucoup non plus de cette substance digne de nous porter à philosopher comme chez Euripide. Eschyle, c'est très brut, âpre, sans fioriture. Chez Eschyle il y a une message clair, civique et religieux, que l'on martèle (comme Charles) dans la tête du spectateur tellement fort que deux jours après il en a encore le crâne qui vibre...

Voilà pourquoi la note générale, pour un lecteur d'aujourd'hui ne monte pas bien haut, même si je reste persuadée que, à la façon d'un Edgar Poe pour la SF ou le polar, Eschyle est un rouage essentiel à tout ce que l'on connaît aujourd'hui en matière de théâtre.

Ici, les choéphores sont bien sûr Électre, la fille du roi Agamemnon, (lâchement assassiné par sa femme Clytemnestre et surtout son amant, Égisthe) et sa suite. Et c'est justement en allant rendre les hommages sur la tombe de l'ancien roi qu'Électre remarque d'étranges offrandes que seul un proche du défunt monarque peut avoir déposées.

Il est désormais passé de mode de témoigner un quelconque respect à la dépouille d'Agamemnon, le seul qui puisse encore en éprouver ne saurait être un autre que son fils, Oreste, envoyé naguère en exil pour échapper à la dague de sa mère et de son beau-père.

Si c'est bien Oreste qui est de retour, alors Électre est très contente, elle qui ronge son frein depuis des années, car cela signifierait que l'heure de la vengeance a sonné et qu'Égisthe et Clytemnestre ont du soucis à se faire. Mais est-ce bien Oreste ou un quelconque imposteur ? Personne ne l'a vu depuis des années et nul ne saurait le reconnaître, pas même sa bienaimée soeur.

Et quelle vengeance ? Si l'étranger est bien Oreste, ce qui n'est pas sûr, acceptera-t-il d'endosser la responsabilité d'une vengeance ? Voudra-t-il trucider sa mère pour laver l'honneur de son père ? Bref, Oreste ou pas Oreste, il serait temps de passer à l'action, — mais quelle action ? — car choisir c'est renoncer comme disait quelqu'un...

Le message, un brin simplet, de cette pièce semble être d'ordre civique : que vous voyez rois ou simples mortels, ne commettez ni crimes ni injustices car les dieux voient tout et finiront par vous envoyer un châtiment exemplaire, sous une forme ou sous une autre. Ce message est évidemment destiné ici à Clytemnestre et Égisthe, mais il pourrait bien, à terme et dans une autre pièce, — pourquoi pas ? — être destiné à Oreste. À suivre...

En ce qui concerne les qualités ou défauts respectifs de cette pièce, je m'en voudrais d'infléchir trop votre choix par un avis trop entier, un seul petit avis, qui, à lui tout seul, ne signifie jamais grand-chose, soyez-en convaincus.
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Je me suis bien ennuyé.

Et pourtant j'étais dans de bonnes dispositions après la très agréable lecture du premier volet de l'OrestieAgamemnon »). Je savais de quoi « Les Choéphores » allaient nous parler : le retour de la vengeance d'Oreste et Électre qui vont enfin régler son compte à leur mère Clytemnestre qui a osé assassiner leur père Agamemnon (qui a osé sacrifier sa fille Iphigénie, etc.). J'ai déjà lu la superbe version d'Euripide (« Électre ») et savais qu'il serait dur de l'égaler. Mais là, c'est le fiasco.
Ok, c'est vrai que la version d'Eschyle est plus ancienne. Les codes en vigueur de la tragédie sont peut-être différents. On peut certainement trouver des arguments rationnels pour rattraper la pièce. Au niveau de mon ressenti, c'est malheureusement plié : bof, bof !

Le fameux meurtre de Clytemnestre tarde à avoir lieu. Eschyle - qui a fait se retrouver Électre, restée en Argos, et son frère, parti en exil, près du tombeau de leur père – meuble, ergote et tourne en rond. Oreste a besoin d'être entièrement convaincu, de peser et repeser le pour et le contre, d'en appeler aux Dieux, de subir un véritable coaching de mise en condition comme les joueurs de rugby dans les vestiaires avant le match (« Allez ! On y croit ! On est gonflé à bloc ! »). Ça n'en finit pas.

La rencontre même du frère et de la soeur paraît mal fichue, surtout quand on a lu Euripide avant ; car ce dernier s'amuse dans sa pièce à ridiculiser les indices d'Eschyle qui poussent Électre à croire que son frère est revenu : « Ciel, une boucle de cheveu de même forme et couleur que les miens, là, sur le tombeau de mon père ! Par Apollon, des empreintes de pas de même taille que les miennes ! Serait-ce possible ? Serait-ce mon frère ? » Et quand le frère apparaît, là… Électre ne le reconnaît pas. le ridicule doit apparaître à l'auteur même qui met la surprise dans la bouche d'Oreste : « Tu reconnais mes empreintes et une boucle de mes cheveux, mais moi en entier non ? ».

La partie autour du meurtre est plus vivante et tragique, plus dans l'action aussi. Mais ensuite le passage où Oreste réalise ce qu'il a commis est assez vite expédié. Dans l'ensemble les personnages sont bien plus plats que ceux d'Euripide, en particulier Électre. On ne ressent pas d'explosion d'un caractère fort.

Le plus intéressant à mes yeux reste l'évocation par le choeur des crimes célèbres de femmes dans la mythologie : Althée qui causa la mort de son fils, Scylla celle de son père et la ruine de sa ville, et bien sûr les femmes de Lemnos qui tuèrent tous les mâles de l'île. Et encore ce sont surtout les notes qui sont utiles ici.

L'histoire se termine avec Oreste qui fuit les Furies, ces puissances surnaturelles qui poursuivent les individus coupables de crimes. La suite dans « Les Euménides ». J'en espère mieux.
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Puisqu'on a entamé l'Orestie par Agamemnon, autant la poursuivre par les Choephores, suite de la trilogie que nous offre Eschyle. Après le meurtre du père, c'est donc la vengeance des enfants qui nous est offerte.

Les formes imposées du théâtre classique grec sont un carcan qui laisse peu s'exprimer la violence des sentiments. Elle oblige à une lente préparation où les Dieux sont invoquées. On semble leur demander de tout faire avant de se rendre compte qu'on va bien devoir y aller soi-même. Et à ce jeu là, machisme oblige, c'est le frère qui doit s'y coller, la soeur appelant de ses voeux un vengeur jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il ne peut s'agir que de lui.

L'originalité ici vient sans doute ici de ce choeur, représenté ici ironiquement par les femmes envoyées par la mère meurtrière Clytemnestre pour chanter hypocritement les louanges de sa victime. Eschyle joue avec le double emploi de ce choeur, voix du peuple. On l'utilise pour sauver les apparences, mais au fond il ne rêve que de voir tout exploser... pour retrouver une certaine stabilité, la vengeance passée.

Je ne sais pas si je surinterprète, mais il me semble qu'une partie du message d'Eschyle est là. le choeur des vieillards avait assisté impuissant (mais pourtant bien omniscient) au meurtre de son roi. le choeur des pleureuses envoyée par la reine trompe bien ses volontés puisqu'elle pousse à son meurtre et à la vengeance par les enfants. Mais elle échoue à rassurer le meurtrier sur la justesse de son acte. En effet, une fois la vengeance accomplie, Oreste se sait entaché de la malédiction qui poursuit sa famille. Et qui pour le juger (même s'il accuse les Moires) que le peuple lui-même, prompt à inciter au renversement des tyrans actuels mais qui saura bien aussi vite reprocher aux nouveaux maîtres le forfait qui les aura mené au pouvoir.

Je ne sais si c'est le message de l'auteur mais j'ai vu dans les deux premières pièces de cette trilogie la description d'un peuple bien malléable qui ne cesse de reprocher à ses chefs leur folie, mais ne fait que les inciter à la perpétuer.
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Les Choéphores est une pièce remarquable pour son efficacité et sa concision. Racontant la vengeance d'Oreste, mais aussi d'Electre envers leur mère et Egisthe, la pièce ne s'encombre pas de narration ou d'évolution de sentiments chez les personnages clés. C'est plutôt le destin qui prévaut ici, et qui souligne l'enchaînement inéluctable des actions, Cronos, et la malédiction des Atrides.
Est donné à Clytemnestre et Electre seules le pouvoir de penser, au cours de cette pièce. L'une pour supplier son fils de ne pas la tuer, elle restera ainsi celle qui fait un choix humain et en subit les conséquences ; et l'autre pour subir une peine, celle de déchoir en sa propre maison. Peine qu'elle fait sienne, l'action étant ici absente de son existence. Tout au plus reconnaîtra-t-elle les cheveux de son frère.
Aux femmes, ici, la symbolique (semble-t-il), et aux hommes l'action brutale et implacable, dictée par l'interprétation de la volonté des dieux.
Au final forcée dans sa forme, les Choéphores n'est pas ma pièce préférée du théâtre antique. le sentiment me vient, peut-être à tord, qu'Eschyle a pu la concevoir comme un rouage aussi rapide pour exprimer l'implacabilité de la colère des dieux. Mais ce faisant, la pièce n'échappe pas à une certaine caricature dans le déroulement de son action.
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Version du thème d'Electre par Eschyle, cette tragédie a des accents de noblesse et de grandeur qui confèrent à l'héroïne une aura particulière. Une pièce qu'il est préférable de lire avec les deux autres volets de "L'Orestie" seule trilogie conservée.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
{Voici une version remaniée de la fameuse loi du talion...]
LE CORYPHÉE : Que par la volonté de Zeus tout se termine comme le droit l'exige. " Qu'une parole de haine soit payée par une parole de haine. " Voilà ce que proclame à haute voix la Justice, qui réclame ce qui lui est dû. " Qu'un coup meurtrier soit puni d'un coup meurtrier. Mal pour mal ", dit un adage trois fois vieux.
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Zeus ! Zeus ! Contemple ceci. Vois la race de l'aigle, privée de son père étouffé dans les nœuds de la vipère horrible. La faim ronge ses petits orphelins qui ne peuvent chasser comme leur père, ni suffire aux besoins du nid. Regarde-nous, Elektra et moi, enfants sans père et chassés tous deux de leur demeure. Si tu abandonnais les enfants de celui qui t'offrait de si riches sacrifices, de quelles mains semblables recevrais-tu désormais les honneurs sacrés ? Une fois la race de l'aigle éteinte, par qui enverrais-tu aux mortels tes augures véridiques ? Si tout l'arbre royal est brûlé jusque dans ses racines, on ne pourra orner de rameaux tes autels aux jours des sacrifices. Aide nous ! Relève de sa chute cette maison qui, certes, semble maintenant à jamais écroulée.
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CLYTEMNESTRE : Malheur à moi ! voilà le serpent que j'ai enfanté et nourri.
ORESTE : Elle était vraiment prophétique, la terreur que t'inspiraient tes songes. Tu as tué celui que tu n'aurais pas dû tuer, souffre donc ce que tu ne devais pas souffrir.
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ORESTE: Oui, ce qui sauve un homme et perpétue son nom, ce sont bien ses enfants - comme les flotteurs de liège sauvent un filet de lin de s'enfoncer aux abîmes.
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ÉLECTRE : Je demande justice contre l'injustice.
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Videos de Eschyle (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Eschyle
ESCHYLE — Le Chœur & le Sacré (UNIVERSITÉ NANTERRE, 1994) Un cours audio de Émile Lavielle enregistré le 8 février 1994 pour l’Université de Nanterre.
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