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ISBN : 281261725X
Éditeur : Editions du Rouergue (02/01/2019)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 15 notes)
Résumé :
C’est un scénario rocambolesque qu’elle a monté, Jeanne. Car depuis qu’elle veut un enfant avec Marie, elle n’imagine pas d’autre conception que la traditionnelle. Pas question d’envisager un aller-retour dans une clinique catalane ou toute procédure artisanale qui prétendrait se passer de copulation. Le lieu et la date ont été fixés : le mariage de son petit frère, en août, dans le parc du grand manoir familial en Périgord.
L’intrigue, les personnages, le dé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  16 juin 2019
Jeanne veut un enfant de Marie. Un enfant désiré et déjà aimé. Mais comment faire ?
Peu s'en faut pour la scénariste de métier que notre héroïne est. le mariage de son frère tombe à pic. L'occasion est trop belle. Celle de revoir ses amies masculines du passé. Elle convie Marie à la noce pour réaliser un véritable « braquage de gamètes ».
C'est sur ce ton tant primesautier que caustique que commence cette histoire rocambolesque, mais loin d'être frivole.
On se laisserait presque emporter...
Malheureusement, la lourdeur du style pèse de plus en plus sur l'originalité et la fraîcheur du récit. Plus proche d'un modèle de rédaction scolaire, l'exercice romanesque efface de lui même les personnages et son sujet.
La succession d'adjectifs inutiles, ou d'application dans la tournure de phrases si correcte nuisent à la vitalité d'une histoire qui n'en manquait pourtant pas.
Copie à revoir, si j'ose dire.
Dommage, mais l'idée était bonne. Peut-être une prochaine fois...
Lu en mai 2019.
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hcdahlem
  25 février 2019
Jeanne croise le regard Marie sur le tournage d'un film dans le vieux port de Barcelone. Une semaine plus tard, elles forment un couple. «Ces sept nuits, c'était moins une addition qu'une graine, avec tout le potentiel d'une vie dedans, et je me disais que nos corps encore poisseux d'amour au réveil faisaient un sacré bon terreau pour que ça lève. Il ne manquait plus que l'arrosage des jours… »
Avec le temps, leur union s'affermit, les projets prennent forme. Parmi ceux-ci l'idée de créer une famille, d'accueillir un enfant. À Barcelone justement, elles ne devraient pas rencontrer de problème particulier pour faire réaliser une insémination artificielle. Sauf que Jeanne-Élise Vaujours du Val a des principes et n'imagine pas une autre méthode que la traditionnelle pour parvenir à ses fins.
Tout le problème consiste alors à trouver un «donneur» docile qui ne posera pas de questions, qui ne saura rien du «vol de gamètes».
Un carton d'invitation va servir de déclic. le petit frère de Jeanne se marie prochainement dans le Périgord où la famille est propriétaire d'un grand manoir. L'endroit et les circonstances idéales pour entraîner un noceur dans une alcôve.
En faisant de l'une de ses protagonistes une cinéaste, Isabel Ascencio a trouvé une manière très astucieuse de construire son scénario. Pour que le plan fonctionne, elle va devoir construire son story-board scène par scène, préparer les lieux, cadrer au plus près des acteurs. Ce qui nous vaut des descriptions très détaillées avec, comme sur un tournage, la confrontation du film imaginé avec la réalité du plateau.
Il faut gérer la météo, les impondérables du mariage – à commencer par le taux d0alcoolémie des différents invités – les humeurs et l'ego de la «victime», le polytechnicien François-Henri.
«La deuxième fois que Jeanne l'a entendu dire Polytechnique, elle a été traversée d'une pensée cocasse. L'X, elle s'est dit, c'est comme ça qu'on l'appellerait, le poseur de graine. Ni nom, ni visage, on ne pouvait pas concevoir circonstance plus faste.»
Bien entendu, je ne vais pas dévoiler ici l'issue de cette nuit de noces très particulière, mais j'aimerais souligner combien, pour reprendre la métaphore cinématographique, la plume d'Isabel Ascencio se déplace comme une caméra, qui joue avec les différents plans, du gros-plan au panoramique, réussissant même de jolis flash-backs pour nous faire comprendre d'où viennent les motivations, quel a été le parcours des protagonistes et comment, de John Ford à Almodovar, leur imaginaire s'est construit.
Une manière aussi subtile qu'incisive d'aborder les thèmes très actuels de la maternité, de la PMA, des enfants de couples homosexuels, de filiation, de la «famille idéale», mais aussi une belle histoire d'amour.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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lucia-lilas
  23 janvier 2019
Bon, que je le dise tout de suite : je ne connais personne aux Éditions du Rouergue, n'ai pas d'actions chez eux et ne cherche pas à m'y faire publier ! J'ose donc affirmer (et ce n'est pas la première fois que je le dis) que je ne suis JAMAIS déçue par leurs publications ! Et une fois de plus, je viens d'achever un roman magnifiquement écrit qui m'a totalement bouleversée.
Je vous préviens, mon petit résumé ne donnera pas grand-chose parce que l'écriture est tellement délicieuse qu'il faut lire ce roman pour en apprécier toute la beauté et toute la sensibilité !
Deux mots quand même: Jeanne aime Marie. Marie aime Jeanne. Elles sont jeunes et vivent ensemble à Paris dans un appartement prêté par la famille de Jeanne. le père de Jeanne est notaire, sévère, et très très traditionnel dans sa façon de concevoir l'existence et les choses en général, si vous voyez ce que je veux dire... Il vit dans une somptueuse demeure périgourdine où Jeanne a passé toute son enfance et où elle n'a quasiment jamais remis les pieds depuis qu'elle a rencontré celle qu'elle aime, et surtout depuis qu'elle a refusé d'épouser un voisin bien né, un certain François-Henri. Or, un jour, elle reçoit une invitation d'Ernest, son petit frère : il se marie et Jeanne est invitée. Elle ira, évidemment, mais avec une petite idée derrière la tête...
En effet, Jeanne a un projet, magnifique et complètement fou : elle veut un enfant et elle profitera de cette noce pour tenter d'amadouer un des fils à papa invités à la grande cérémonie, dans le but de repartir… enceinte ! Et elle tient à ce que Marie soit présente ce soir-là : elle aura au moins une fois mis les pieds dans ce parc merveilleux et « fait la connaissance » - à distance, certes, mais quand même - du clan familial ! Pour Jeanne, c'est important.  Afin de noyer le poisson, Marie sera accompagnée par leur pote Mano au grand coeur, un Mano tiré à quatre épingles pour l'occasion. Jeanne a tout organisé minutieusement, tout est parfaitement réglé à l'avance : les moindres gestes et les plus petits déplacements. Quant aux éventuelles prises de parole de Marie et de Mano, faut qu'ils oublient. Ils regarderont, de loin si possible, et repartiront tôt à l'hôtel. Jeanne croit dur comme fer que tous ces collets montés n'y verront que du feu et ciao l'équipe, on repart avec le mouflet gros comme une puce dans le ventre…
Inutile de vous dire que rien ne va se passer exactement comme prévu…
Bon, déjà, je me rends compte que le résumé des premières pages est très incomplet : je ne vous ai pas dit par exemple que… Bon, je me tais… Sur la famille de Marie, il y aurait mille histoires à raconter et cent mille à rêver… Je ne vous ai pas expliqué de quelle façon magnifique elles se sont rencontrées… Et je ne vous ai pas non plus parlé de la demeure familiale et surtout de son parc majestueux où Jeanne, enfant, aimait courir à en perdre le souffle et jouer jusqu'à pas d'heure, vous ne savez rien des bois de grands hêtres, du petit kiosque à musique, de la fontaine avec la Velléda. Non, je ne vous ai rien dit de tout ça car seuls les mots d'Isabel Ascencio peuvent rendre avec autant de beauté, de poésie et d'émotion la magie de tout cela. J'ai tout vu, tout senti, tout respiré… je me suis enivrée du parc, de la forêt, du verger et de la mer… C'était magnifique...
Et quelle émotion… Je n'ai pas les mots pour en parler…
Un roman tellement beau qu'on a envie de l'offrir au monde entier et surtout peut-être à quelques-uns pour tenter de leur faire comprendre que lutter contre l'amour, c'est inutile.
Tout simplement.
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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grimmy63
  02 mars 2019
Attiré par le pitch de départ par une couverture épurée et figurines de Lego et par les thèmes très consensuels.
Un genre de lecture dont je n'ai vraiment pas l'habitude. Mais justement, sortons un peu de nos rails. Partons à la découverte de ces deux femmes (et un homme) qui cherchent à fonder une famille.
Jeanne et Marie, un couple très uni. Une envie de bébé. La méthode traditionnelle est la meilleure selon Jeanne. Oh oui, testons-là. Ah ben tiens justement, au mariage du petit frère. Oui, mais attends, je crois que Marie ne sera pas la bienvenue. Ah mais pourquoi? Oh, mais la famille très traditionnelle de Jeanne a des principes. Peuh, ce n'est pas bien grave, on va utiliser l'alibi. Ce sera Mano, le copain gay qui va donner le change. OK. On s'organise tout ça. Au millimètre près. Parfait. Y a plus qu'à.....
Lu comme ça, on se croirait dans un scénario d'une série TV. C'est vraiment un procédé intéressant et original. Sauf qu'un grain de sable va enrayer cette machine bien huilée.
J'ai trouvé une écriture majestueuse, candide, et parfois triste. Entre souvenirs d'enfance, rêves et désirs, l'histoire avance petit à petit vers un final polémique (celui de l'homophobie). Et puis d'autres idées comme le racisme, la PMA, la religion,l'obscurantisme.
C'est plein de sensibilité. La petite larmounette à la fin. Un roman actuel sans jugement et bien écrit. Je vous le conseille.
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de
  05 janvier 2019
Toi et moi. Un scénario de braquage.
Un petit frère et son mariage, une amorce littéraire et un désir de gosse, « Parce qu'aux gens de la famille de Jeanne, il faut le savoir, il n'a jamais été question que je sois présentée ».
Comment transformer une cérémonie de mariage en braquage de gamètes ? Jeanne invente, le cinéma est son métier, un scénario pour une copulation « traditionnelle » en cachette de ses réels désirs amoureux.
Un lieu et une date, « Faut qu'on y soit, nous aussi », une focalisation réfléchie sur un ancien petit ami. En contrepoint comme des flash-back cinématographiques – l'ombre ou la lumière portée des temporalités, le vent de liberté levé dans le coeur de Jeanne, la place des salles obscures et du cinéma, la transformation du nom Jeanne et du Val, le rendez-vous auquel elle court, un récit de rencontre et d'embrasement, Barcelone, la danse et l'ivresse, « La bombe qui lui explosait aujourd'hui au corps la libérait d'un tel étau visé sur elle depuis toujours qu'elle ne pouvait pas se tromper », Marie et un tee-shirt Proud to be queer, des nuits, l'histoire de Marie, l'amante de Nadar et de Baudelaire, Port-Louis, la mulâtresse, Mano, le fardeau « de honte et de boue », l'épanouissement et la joie lesbienne, les rapports au père et à la famille, Brest et les bateaux, le cinéma de l'une et de l'autre, une ancienne histoire d'amour enfantine et plus tard la compréhension du véritable chagrin d'amour,
Je ne vais pas décrire l'organisation, les tenants et les masques, la place de l'une et de l'autre, Marie et Mano, l'intrigue, les accoutrements, « Je me suis fait l'effet d'un chat, griffes mal rentrées, qu'on flattait pour qu'il plonge sa patte dans une bassine d'eau », la cérémonie de mariage, le hold-up en talons et costard, le désir d'elle, les masques et le temps d'une danse, la violence, l'impression « qu'on venait de l'enfermer définitivement dehors »…
Un scénario, une histoire, l'X, « Elle avait maintenu son corps du début à la fin dans une application anxieuse », les émotions rentrées, le teint cireux de Jeanne « comme à ses pires moments de malaise en mer », le décrassage de sa peau par centimètre, la sueur froide, l'idée de la gosse dans le ventre, l'événement en train de ne pas avoir lieu…
Entre rêve, cauchemar et réalité, des photos, « On est où, toi et moi ? », le trou noir de l'absence, ces personnes qui n'impriment même pas la pellicule, la Jeanne de Courbet, la famille et la foule, l'arrivée d'un cyclone, celles et ceux qui ont manifesté contre le mariage pour toustes, l'argument éculée de la « nature », l'An-Arkos, les aubes levées sur l'océan, « Moi à la barre, j'ai dit, et toi dans son ventre », Ernst salué et le père dans l'escalier…
La tendresse et le désir contre l'invisibilité et l'homophobie. Un hold-up bien particulier soigneusement préparé et agencé, les costumes et le décor, les actrices Jeanne et Marie, Mano et le monde familial du conformisme haineux…
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
SociolitteSociolitte   14 juin 2019
Et puis il y a eu la noce.
Mon frère se marie, Marie, a dit Jeanne. Ernest.
La formule sonnait bizarre, se marie, Marie, comme si j'y étais pour quelque chose. Elle a posé le faire-part sur la table basse devant moi, ouvert en grand, un liséré noir sur l'enveloppe et on aurait pu croire à un avis de décès, pareil.
J'ai lu à haute voix le nom à droite, écrit en italique, Monsieur et Madame, ont I 'honneur de, avec le patronyme de Jeanne dans son intégralité, largement étalé par l'excès de lettres et la police de caractères qu'ils avaient choisie.
Comme des diables sortis de leur boîte, d'autres prénoms me sont revenus dans le désordre, malgré le soin que Jeanne avait pris, la fois où elle me les avait donnés, de les crayonner à leur place précise sur l'arbre généalogique. J'avais eu l'impression qu'elle les piochait au jugé parmi les saints du calendrier pour les accoler ensuite aux trois ou quatre noms de la famille, les plus curieux, comme on fait quand on est gosse pour écouter comment ça sonne. D'un trait nerveux elle avait ensuite relié les ramifications de fratries issues de branches germaines. J'avais fini par lâcher, Tu plaisantes ? sans que ça l'arrête. Elle avait rempli l'espace entier de la feuille, depuis les arrières-grands oncles jusqu'à la petite patte griffonnée dans un coin en bas à droite, les six lettres de son prénom à elle qu'elle s'était appliquée à noter en pleins et déliés. Jeanne. Ma famille, elle avait dit.
Puis elle avait repoussé loin au fond du Eroir de chevet la feuille qu'elle venait de noircir en disant, Laisse tomber, Marie. Parce qu'aux gens de la famille de Jeanne, il faut le savoir, il n'a jamais été question que je sois présentée.

Pages 9-10, Rouergue, 2019.
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SociolitteSociolitte   15 juin 2019
De fait, le jour où elle se mêle à nous sous le rouge intermittent des lettres lumineuses, on ne voit pas quoi lui reprocher. Elle a des dispositions, Jeanne. Le short qu'elle porte, c'est du jean sobre, sans rien qui brille, ni fil ni clou aux lisières des coutures. Le débardeur blanc libère l'arrondi des épaules et les Converse vont discrètement à ses pieds. Au fond de la poche arrière de son short, elle a fourré les deux clés, du portail et de sa chambre, poussées sous des billets roulés. Ça lui fait un petit bourrelet sur la fesse, cerise sur le gâteau, comme une estampille qu'on a toutes. Elle ne fume pas, sûrement faudrait-il, se dit-elle, mais elle n'est pas sûre de savoir. Ses mains sont libres, pas de sac non plus. Elle peut crocheter les pouces aux passants de sa ceinture pour se donner une contenance.

Page 37, Rouergue, 2019.
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hcdahlemhcdahlem   25 février 2019
J’ai été longue à réaliser que pour Jeanne, ça n’était pas juste du cinéma, ce gosse, mais une poussière d’étoile levée très tôt dans son enfance, qu’elle portait chevillée à l’âme. Dans le Périgord, là-bas, où elle était née fille et l’unique de la fratrie, elle s’était vue destinée à la maternité par une sorte de pente naturelle, aussi irrésistible que celle des grands frères vers le commerce international et la chasse d’automne avec gibecière de cuir, bottes et chiens. Et comme pour sa mère, ses grands-mères, ses tantes, les grossesses s’étaient toujours attrapées plus vite qu’une rougeole, jamais elle n’avait anticipé qu’une fois arrivé, ça puisse virer au casse-tête. 
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hcdahlemhcdahlem   25 février 2019
Dans les creux de silence, j’entendais la main de Jeanne brasser les pièces du puzzle au fond de sa mémoire. Elle venait encastrer le début de la zone herbeuse au dernier liseré brunâtre de bois, puis au milieu de l’herbe le tracé net des jaunets du bassin qui perçaient sur les eaux saumâtres, de larges ronds en pleine floraison d’août, et d’autres aussi, aux noms plus compliqués, nymphæa quelque chose, dont j’apprenais qu’en d’autres temps elle avait su diviser les rhizomes sous la direction experte du jardinier de la maison. Venait ensuite la petite barrière de bois qu’au jour de la réception on déroulerait sûrement autour de la margelle. À cause des enfants, disait-elle, qui courseraient comme toujours les canards. Et elle se taisait de nouveau, à la recherche des pièces encore manquantes pour joindre le bassin à l’escalier central devant la maison. Des minutes entières, les yeux partis au-delà de la fenêtre, elle arpentait cet espace intérieur sans lien aucun avec la fin de notre hiver parisien sur le boulevard, des vues d’été plus sombres de verdure, et le ciel bleu roi qu’on aurait là-bas, frotté à l’encre par l’ardeur du jour. 
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hcdahlemhcdahlem   25 février 2019
INCIPIT
« Et puis il y a eu la noce.
Mon frère se marie, Marie, a dit Jeanne. Ernest.
La formule sonnait bizarre, se marie, Marie, comme si j’y étais pour quelque chose. Elle a posé le faire-part sur la table basse devant moi, ouvert en grand, un liséré noir sur l’enveloppe et on aurait pu croire à un avis de décès, pareil.
J’ai lu à haute voix le nom à droite, écrit en italique, Monsieur et Madame, ont l’honneur de, avec le patronyme de Jeanne dans son intégralité, largement étalé par l’excès de lettres et la police de caractères qu’ils avaient choisie.
Comme des diables sortis de leur boîte, d’autres prénoms me sont revenus dans le désordre, malgré le soin que Jeanne avait pris, la fois où elle me les avait donnés, de les crayonner à leur place précise sur l’arbre généalogique. J’avais eu l’impression qu’elle les piochait au jugé parmi les saints du calendrier pour les accoler ensuite aux trois ou quatre noms de la famille, les plus curieux, comme on fait quand on est gosse pour écouter comment ça sonne. D’un trait nerveux elle avait ensuite relié les ramifications de fratries issues de branches germaines. J’avais fini par lâcher, Tu plaisantes ? sans que ça l’arrête. Elle avait rempli l’espace entier de la feuille, depuis les arrières-grands oncles jusqu’à la petite patte griffonnée dans un coin en bas à droite, les six lettres de son prénom à elle qu’elle s’était appliquée à noter en pleins et déliés. Jeanne.
Ma famille, elle avait dit.
Puis elle avait repoussé loin au fond du tiroir de chevet la feuille qu’elle venait de noircir en disant, Laisse tomber, Marie.
Parce qu’aux gens de la famille de Jeanne, il faut le savoir, il n’a jamais été question que je sois présentée.
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