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ISBN : 2234077303
Éditeur : Stock (06/04/2016)

Note moyenne : 3.42/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Chaque personnage de ce récit est réel, "toute ressemblance avec des personnes existantes" ne doit, contrairement à la convention d'usage, rien au hasard. Célèbres ou anonymes, ces héros sont bien de chair et de sang. Que le lecteur les ait aperçus en une des journaux, ou n'en ait jamais entendu parler, tous existent, même si leur histoire est à peine croyable.
Car Marseille est unique. Belle et tragique. D'un côté, les quartiers nord, les zones périphériques... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
nadiouchka
  18 octobre 2016
Marie-France Etchegoin, journaliste, vient de publier récemment, son dernier livre MARSEILLE, LE ROMAN VRAI, où elle nous livre une analyse implacable, tant sur le plan politique que sur les gros problèmes de drogue qui gangrènent cette ville, ma ville.
Le plus important de son récit se situe dans la Cité de la Castellane, surnommée la Cité de la drogue, véritable plaque tournante et où les policiers ne peuvent plus entrer.
Il ne faut pas oublier que c'est là qu'a vécu notre Zizou national (Zinedine Zidane) et qui a réussi, grâce à son succès à mettre sa famille à l'abri du besoin et surtout en la logeant ailleurs. Ne reste qu'un frère qui lui, refuse de partir car c'est là qu'est sa vie.
Cet ouvrage est un récit féroce de l'auteure qui, pourtant, aime Marseille et y revient parfois.
Elle nous parle de la façon dont la drogue est un marché juteux, à tel point que les fils de familles défavorisées n'y voient plus que le seul moyen de gagner leur vie. C'est tellement facile, et on peut devenir riche rapidement sans trop se casser la tête. Et puis il y a tellement de demandes…
De plus cela entraîne un marché de ventes de kalachnikov car pour se défendre contre d'autres gangs, il faut bien en avoir les moyens ! Lorsqu'ils sont arrêtés par la police et interrogés, leurs réponses fusent et ils ne se donnent même pas la peine de raconter des salades. de toute façon leurs CV sont bien connus.
Cela donne lieu à des passages qui font rire le lecteur, bien malgré lui, mais c'est raconté avec une grande justesse et sans langue de bois.
De plus, même au niveau politique ce n'est pas tout blanc. Loin de là. On y trouve des trafics d'influences, toujours ce problème de clientélisme (dont j'ai déjà parlé dans LA FABRIQUE DU MONSTRE de Philippe Pujol), de favoritisme pour les meilleures places dans la gestion de la ville, des propos sans complaisance sur un maire qui restera sur son trône jusqu'à la fin de ses jours (pardi – comme on dit ici – il y est trop bien), et des tas d'autres problèmes, un peu moins connus, qui se rajoutent à ceux déjà bien en place.
On peut donc juger ce livre comme étant sans aucune complaisance et l'écrivaine sait où aller, à qui parler pour tenter d'avoir des réponses à ses nombreuses questions. Même si ça fait mal ou si c'est mal vu, tant pis. Elle veut tout dire et le dit fort bien.
Le pire pour Marseille, c'est qu'elle est gangrenée de toutes parts et pas seulement par la drogue (par exemple, le problème récurrent ici, celui de la grève des éboueurs. Tous les politiques se renvoient la balle (si l'on peut dire – on devrait leur envoyer des poubelles), à tel point que lorsque cela devient trop grave, Marseille finit par ressembler à une énorme décharge à ciel ouvert. le Maire a même dit cette célèbre phrase sur les Marseillais : Qu'ils ramassent leurs ordures eux-mêmes ! (j'aurais pu la mettre dans une citation mais elle va très bien ici). Finalement, une certaine année restée dans les annales, décision avait été prise de faire intervenir l'armée, car on faisait de bien curieuses rencontres dans les rues : des rats obèses qui se pavanaient en plein jour (oui, ce n'est pas une galéjade, je l'ai vu de mes yeux car les tas d'ordures s'élevaient à au moins deux mètres de hauteur devant les immeubles...). Je disais donc que, quand l'armée est intervenue, d'abord de nuit, on se serait cru dans un film de science fiction. C'était apocalyptique et tellement impressionnant de voir tous ces camions militaires et ces personnages tous habillés de tenues spéciales pour cause d'hygiène. J'ai encore la scène sous les yeux et je revois les habitants aux fenêtres qui applaudissaient... (Tiens il m'en vient les larmes aux yeux moi qui ne suis pas facilement impressionnable).
Mais il n'y a pas que ça, on évoque aussi les magouilles du genre : Je te donne ça et toi tu me donnes ça… Si tu pouvais donner un logement à untel je te le revaudrai, etc...
On y parle aussi de toute une économie souterraine.
Ce problème de drogue est majoritairement une question de politique. Il a pu se développer car il donnait ainsi une sorte de paix sociale. Mais les dealers ont agi aussi dans les campagnes politiques. Et il faut dire que ce fameux clientélisme n'est pas vraiment regardant pour savoir qui lui apporte des voix.
Si l'auteure parle beaucoup des quartiers nord, il faut savoir que la violence se manifeste aussi dans les quartiers sud, les beaux quartiers, là où vit la bourgeoisie, où certains n'ont pas honte d'habiter une vaste maison à colonnades tout en gardant un appartement HLM !
On peut donc dire qu'à Marseille, la violence est partout et on vit avec. Mieux vaut d'ailleurs ne pas y penser car on estime que 80 % des règlements de compte (parfois en plein jour) sont liés à la drogue. Il y a aussi ce qu'on appelle le barbecue : on fait brûler des gens dans leurs voitures, après les avoir abattus.
De toute façon, Marseille a toujours été une terre d'accueil et les habitants ont l'habitude de côtoyer à longueur de journée des personnes d'origines tout à fait différentes et cela ne pose aucun problème. On se parle entre cultures diverses et ce n'est pas pour cela qu'il y aura une polémique. De plus, ici, certaines grandes librairies indépendantes se sont mises à relever le niveau intellectuel en proposant de nombreuses rencontres littéraires et les écrivains en sont tout à fait ravis (et nous donc !). Et le MUCEM ? Qui en parle ?
La rénovation de certains quartiers de Marseille bat son plein aussi, et cela a permis de redonner du clinquant à des zones portuaires plutôt sinistres : les Docks, les Terrasses du Port....
Pour finir, je voudrais également signaler le côté pittoresque de certains quartiers qui ressemblent à de petits villages à l'intérieur même de la ville. C'est tout à côté du Vieux Port ou de la Canebière, pour ne parler que de ceux-là car il yen a bien d'autres, comme, par exemple, Mazargues (pas loin de la prison des Baumettes). J'arrête mon début de plaidoyer et je reparle du livre :
Mais si ce livre est plus que sérieux et parle sans détours (il faut signaler que l'auteure y mêle des morceaux humoristiques notamment dans le parler des dealers). C'est assez triste à dire, on rit assez souvent. C'est plus fort que nous. C'est triste de voir que des gamins ne connaissent pas l'innocence de leur âge, c'est triste de voir ces mères dont les fils (parfois de simples enfants) ont été abattus parce qu'ils passaient par là au mauvais moment.
Avec ce livre truculent, où Marie-France Etchegoin n'épargne personne, on nous démontre qu'il y a un point d'attache entre les milieux de la drogue (surtout de la Catellane mais pas que) et les milieux chics de Marseille.
A la fin du livre, Marie-France revient dans la ville et fait le point sur les principaux cas cités et le constat n'est pas très engageant. Elle nous parle d'un Marseille fait de plaies et de bosses, de joies et de peines, pour arriver à la conclusion que la ville n'est pas simple. Et puis, si ça se calme un peu, est-ce que cela va durer ? Et moi je dis : Et pourquoi pas ?
Dans l'affirmative, l'auteure pose une autre question, à la fin de la page 371, ce sont ses dernières lignes : Jusqu'à quand ? Là, j'attends de voir.
Un livre qui se lit avec passion et pour lequel l'auteure a révélé un grand talent d'analyse. Mais ce n'est pas là un coup d'essai car elle a déjà écrit plusieurs ouvrages dont, certains, un peu dans le même genre.
Un livre à découvrir par ceux qui veulent en savoir un peu plus sur Marseille dont parlent tant les médias mais pas toujours avec justesse. Marseille a reçu une étiquette et elle aura bien du mal à s'en débarrasser. Dur sera le chemin à parcourir et c'est pour cela que nous avons besoin de pareils écrivains.
Critique relevée à la sortie du livre :  Marie-France Etchegoin  auteur de, Marseille le roman vrai, analyse les ressorts profonds de la violence qui ensanglante la cité phocéenne.
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harvard
  11 décembre 2016
Marie France Etchegoin aime Marseille, et le fait savoir dans ce très beau récit, « Marseille le roman vrai », documentaire écrit avec allure, comme un roman dont le vivacité pourtant ne trahit pas la réalité, mais la restitue dans tout son jus, ses invraisemblances, son folklore, tournant autour de la classe politique en place, avec deux points de fixation les quartiers nord HLM et les beaux quartiers de la Corniche au Sud, deux mondes, deux paysages antinomiques, pourtant irrigués par le même milieu corso-marseillais tant politique que mafieux. Marseille est parcourue par trois fléaux, le clientélisme, la corruption et le localisme où chaque édile gouverne dans son pré carré avec pour seule ambition de persévérer dans son être.
Il est évident que nous ne regardons pas la même ville et en avons une approche tellement différente. MF Etchegoin journaliste au monde, m'avait dédicacé son livre, « espérant vous faire à nouveau aimer Marseille ». Manque de bol, son beau et talentueux « roman » n'a pas produit l'effet escompté, mais plutôt conforté dans ma distanciation aggravée avec une ville qui pourrit sur pieds depuis presque quarante ans, une Canebière envahie par une économie de bazar qui dès 20 heures sonne le couvre feu, où l'Hotel de police a investi le grand Hotel Noailles, où les librairies ferment, ne restant cours Julien que des irréductibles libraires post soixante huitard convertis dans la lecture militante, et payés presque au smic.
Où le bar de la marine n'est qu'une aimable fantaisie littéraire. Où le Panier, ventre des dockers, est devenu une carte postale ripolinée pour « Plus belle la vie »
Marseille souffre depuis très longtemps, MF Etchegoin en fait une cour des miracles dont le rare mérite est d'attirer le chaland, le touriste qui flaire le pittoresque et le graveleux. Marseille est bonne pâte extravertie, colorée, pagnolesque, foisonnante, ouverte au monde méditerranéen. Seulement notre journaliste reconnaîtra page 22 que « la bonhomie de la ville n'est qu'un masque »
On peut l'aimer ainsi et faire l'inventaire sévère de la corruption politique, où les frères Guérini encarté au PS font régner leur loi, pour finir par une visite des locaux de police pour association de malfaiteurs, où les Gaudins et consorts trafiquent petit bras pour s'assurer des rentes de situation, où les quartiers populaires livrés au trafic de drogues n'ont jamais connu la guerre des banlieues de 2005, « le shit contre la paix sociale ». Maintenant on comptabilise chaque mois les « barbecues », les morts d'ado abattu à la Kalach. Jean Noel ( Guerini) ex Président du Conseil Général ne manque aucune messe du dimanche, et « monsieur son frère » (Alexandre Guerini) truste l'industrie des poubelles avec quelques petites entorses à la loi des marchés. Ces petits méfaits s‘autorisent en toute innocence, la force de l'habitude, avec une belle gueule d'ange qui va à confesse, mais attention, accent compris, « quand je souris, c'est grave », dixit monsieur frère. Histoire de pieds niquelés peut-être pour cour des miracles, mais cette société interlope se pare des plumes vertueuses de l'intérêt général.
Nous ne pouvons ici répertorier la somme incroyable de faits, incidents délictueux , relevés par notre talentueuse reporter, la masse de documents touchant une classe politique qui fait de la corruption un sport régional décomplexé. Remake de « Main basse sur la ville »
M.F. Etchegoin fait revivre quelques sympathiques et déjantés voyous Kamel, Nono …. des quartiers nord, abonnés à des visites de courtoisie au commissariat, avec parfois une réservation labellisée, initiatique pour un postulant au caïdat, à la prison des Baumettes, et pour qui OK Corral est une aimable bluette. La Kalachnikov est ici un petit pare feu, assez prisé, qui aligne sans vergogne les cercueils de la misère. Elle restitue avec finesse et vivacité la chronique d'une vie sociale qui se tisse en contraste entre la cité HLM, La Castellane des quartiers Nord, où Zidane a fait ses premières armes, et le prestigieux CNM qui comptabilise autant les médailles d'or, que les fréquentations assidues du tout venant friqué qui flirte avec la politique.
Par les yeux du Commissaire, elle voit « dans le ventre de Marseille, comme une planche d'anatomie reproduisant les organes internes du corps humain … un réseau complexe de passerelles, de connexions, de liens de subordinations ou de domination traversant les origines et les classes. C'est tel élu de la République qui s'appuie sur les caïds de quartier pour gagner des voies. Ce sont des bourgeois qui crachent sur les maghrébins mais n'hésitent pas à faire des affaires avec eux dès qu'ils sortent du cash. Ou les agent de footballeurs qui fraient avec le milieu….. » Inventaire impressionnant qui fait la chronique ordinaire d'une ville qui ne l‘est pas.
La scène panoramique de Marseille n'est pas triste. Des réussites sont certes avérées, avec ce melting-pot, ce brassage bouillonnant des populations méditerranéennes qui cohabitent, l‘effervescence d‘une culture bigarrée très sudiste. MF Etchegoin la compare à New York.
On peut l'aimer avec indulgence et passion comme M.F. Etchegoin, et son livre est éloquent, on peut aussi vouloir la fuir. Reste donc ce livre qui plonge en eaux profondes parfois nauséeuses, et reste une vraie réussite, bien qu'il ne soit semble t-il pas un sucés de librairie, mais dont la sincérité, la rectitude, la grande rigueur journalistique et le talent narratif relève d'une belle écriture.
Si MF Et éprouve une grande faiblesse pour Marseille, la mienne se déporte uniquement pour ce grand livre où la ville est plus qu'une fable.



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VivianeB
  16 mars 2017
L'auteur le dit, tout est vrai dans ce livre et quel livre ! C'est percutant que de lire cette enquête qui fait le parallèle entre narcotrafic et règlements de compte dans les cités phocéennes et le milieu politique où notables et hommes politiques frôlent ou violent la légalité par la corruption. Je ressors atterrée et choquée de cette lecture qui, hélas, n'est qu'à l'échelle marseillaise le reflet d'un monde politique français bien mal en point.
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Nathv
  23 octobre 2016


Enquête sur la cité phocéenne où, historiquement, il existe, depuis les années '70 et la construction des cités HLM, une rupture socio-économique entre le nord et le sud de la ville. Marie-France Etchegoin nous livre ici un récit éclairant les rouages de cette ville menée par la drogue, les règlements de compte, les amitiés politiques, la corruption, etc.
En espérant que la ville sorte, un jour, de ce cercle infernal...
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Citations & extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
nadiouchkanadiouchka   19 octobre 2016
Les experts ont rendu leurs premières conclusions : les Escherichia ne prolifèrent pas parce que la plage est trop fréquentée, mais parce que… les toilettes du Cercle fuient. Puis après être tombée, la nouvelle se répand dans toute la ville (…). Aussitôt, les Catalans sont rebaptisés Cacatalans.
P.238
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nadiouchkanadiouchka   19 octobre 2016
- L’enquête vous place à un niveau élevé de l’organisme. (…) Avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Oui, je choisis d’exercer mon droit au silence.
Sa compagne, elle, n’est pas muette. Elle est aveugle.
- D’où proviennent les deux cent six mille euros en liquide découverts à votre domicile ?
- Je ne sais pas. Je ne les avais jamais vus.
- Et le revolver qui était sous l’aspirateur ?
- En ce moment, je passe plutôt le balai.
P.206/207
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nadiouchkanadiouchka   18 octobre 2016
- Que faites-vous de vos journées ? Lui demande le lieutenant qui l’interroge.
- Je dors.
- Et de vos nuits ?
- Je flambe.
P.25
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nadiouchkanadiouchka   22 octobre 2016
Dans la cité, tout le monde le traite de fada. Nono le premier. Ce n’est pas de la méchanceté. C’est juste que, pour rester à la Castellane quand on a un frère milliardaire, il faut avoir un grain. Ou alors être un héros.
P.69
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nadiouchkanadiouchka   20 octobre 2016
Depuis la mer, ils voyaient la Bonne Mère qui clignotait dans la nuit comme, à New York, la Statue de la Liberté pour les migrants en attente de laissez-passer pour Ellis Island. Marseille est la plus américaine des villes françaises.
P.19
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Video de Marie-France Etchegoin (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie-France Etchegoin
Thierry ARDISSON reçoit Marie-France ETCHEGOIN, grand reporter au "Nouvel observateur" et Matthieu ARON, chef du service police-justice à France-Info pour la publication d'une biographie de la juge Eva Joly "Eva ou la justice est un roman" (Extrait musique film "Quo vadis") qui raconte ses débuts et son parcours professionnel de son arrivée à Paris comme jeune fille au pair en 1964 jusqu'à l'affaire Elf. l'ouvrage semble surtout montrer toute la complexité du personnage.
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