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EAN : 9782909589244
30 pages
Éditeur : INTERFERENCES LIBRAIRIE UNIV DE PARIS VII (16/03/2012)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 25 notes)
Résumé :
Ce tout petit livre nous conte, de façon vivante et concrète, l étonnante histoire vraie d une traductrice russe passionnée de poésie anglaise qui, arrêtée pendant la guerre de 40, traduisit le Don Juan de Byron (17 000 vers) dans une cellule du NKVD pendant deux ans.
Le destin de Tatiana Gnéditch, par ailleurs descendante du traducteur de L Ilyade en russe, illustre à merveille la place de la poésie dans la résistance intérieure aux dictatures : Tatiana Gnéd... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  29 décembre 2014
Aujourd'hui je vais ressortir toute ma panoplie de suffixes en "ule" pour vous parler d'un minuscule opuscule d'Efim Etkind. En guise de préambule, sachez qu'il s'agit d'un magnifique témoignage, à la frontière entre l'hommage et la biographie, de la part du grand traducteur Etkind à l'adresse de sa contemporaine, talentueuse et passionnée amie traductrice Tatiana Gnéditch, qui, comme lui, vécut au plus fort de la férule communiste mais qui, contrairement à lui, n'eut jamais le loisir du recul pour nous en livrer témoignage.
Elle-même descendante d'une légende russe de la traduction, Nicolaï Gnéditch, auteur d'une version russe sensationnelle de l'Iliade d'Homère, Tatiana ne rêve, ne véhicule, ne s'articule, ne vit que dans et qu'au travers de la poésie britannique, théâtre élisabéthain ou autres grands romantiques anglais.
C'est un noctambule rat de bibliothèque, qui circule dans les rayonnages de la section littérature anglaise de son université sans souci de la pendule, qui accroche sa veste le matin dans le vestibule et qui ne la récupère qu'au crépuscule.
En somme, elle ne gène ni ne fait d'ombre à personne, elle affabule peut-être quelquefois, certes, mais rien qui justifierait que les horribles tentacules du parti viennent et la bousculent, l'acculent sur le banc des accusés de traîtrise à la nation, et lui stipulent qu'elle est nécessairement dangereuse puisqu'issue d'une vieille noblesse russe et autres motifs ridicules.
D'un coup, sa vie bascule, et elle se trouve arrêtée par les crapules du KGB car, trop crédule sans doute, incapable de la moindre particule de pragmatisme, jamais elle ne calcule ni ne spécule sur la nécessité d'une formule qui pourrait lui éviter le verdict de l'incarcération.
10 ans — boum ! — un chiffre rond facile à retenir. Dix années qui se cumulent pour expier une faute imaginaire au fond d'un cachot sombre et puant, infesté de vermine.
Mais Tatiana ne désarme pas, têtue comme une mule, elle s'obstine dans sa poésie anglaise, dans son imaginaire. Elle s'est fourrée dans le crâne de traduire le Don Juan de Byron, en huitains s'il vous plaît, c'est ça qui la stimule. À un point tel qu'elle fera un émule, à tout le moins un admirateur, quelqu'un qui saura reconnaître une personne de talent.
Cet homme, commissaire-interrogateur dans la prison où elle moisit, impressionné par sa capacité et convaincu de la validité de son travail fera en sorte de lui faire parvenir la version originale du livre qu'elle traduisait jusqu'alors de mémoire ainsi que de la faire transférer dans une cellule individuelle où elle pourra plus à son aise pratiquer son art et chercher ses rimes.
Ainsi, pendant deux ans, avec la ténacité d'un Hercule, repliée comme un iule au fond de sa cellule, Tatiana va gratter, virgule après virgule, les dix sept mille vers du Don Juan de Byron. de quoi occuper ses noctambules velléités lyriques et lui creuser chaque jour un peu plus les ridules.
Le résultat semble exceptionnel et le commissaire-interrogateur en fait taper trois exemplaires, dont un qu'il remet à Tatiana, à qui il reste encore huit années à purger. Et huit années durant, aussi infâme, sombre et puant que soit son cachot, aussi répugnants que puissent être ses codétenus, les vers de Byron continueront à voler comme des libellules dans la tête de Tatiana qui poursuivra inlassablement, telle une somnambule, son travail d'amélioration des vers qui lui paraissaient encore un peu faibles.
À telle enseigne qu'elle ne se sépare jamais de son manuscrit, malgré la pellicule de poussières et d'immondices qui en décorent chaque page, sans parler de l'odeur qu'a acquis le papier dans cet égout de l'humanité...
Je ne vous en dis pas plus et m'en voudrais que ma critique soit plus longue que le texte auquel elle se réfère. Je vous laisse découvrir la destinée de ce manuscrit et de cette traductrice. Donc je récapitule : selon moi, un véritable joyau, chef-d'oeuvre de concision et d'édifiant témoignage. Bravo Efim Etkind pour cette perle d'hommage et de biographie et dont le plaisir qu'on prend à le dévorer en quelques minutes nous acidule la lecture et nous émoustille le cerveau jusque dans ses moindres diverticules. Mais je sais bien que par trop je gesticule alors souvenez-vous qu'il ne s'agit que d'un avis qui traduit mon vif enthousiasme et en aucun cas d'une vérité, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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mariecesttout
  27 mars 2014
J'ai donc suivi le fil, moi aussi, merci, et ai lu ce tout petit livre qui raconte l'histoire de cette femme extraordinaire, Tatiana Gnéditch , qui arrêtée en 1945, dans sa cellule avec rats, traduisit (de mémoire au début) le Don Juan de Byron. Dix sept mille vers.. Dans sa tête..
«  Elle m'a parlé de ces mois , et m'a dit qu'elle se répétait sans arrêt les vers que Pouchkine avait adressés à son lointain ancêtre, Nikolaï Gnéditch" qui bien avant avait consacré sa vie à la traduction d'Homère en hexamètres dactyliques.
"Longtemps seul avec Homère tu t'es entretenu,
Longtemps nous t'avons attendu en bas
Des mystérieux sommets te voilà descendu
Avec, dans la pierre, tes Tables de la Loi."

Il s'entretenait seul avec Homère, et elle avec Byron.
Après la prison, elle a été envoyée huit ans dans un camp , où elle ne se séparait jamais de son manuscrit " qui dégageait une odeur abominable "
«  T'as fini de nous emmerder avec tes papiers à la con? » braillaient ses voisines de châlit."
Jamais!!!
C'est vrai que j'ai aussi regretté que ce soit si court, j'aurais volontiers voulu savoir plus de choses sur ce personnage hors du commun .
L'auteur, Efim Grigorievitch Etkind était lui aussi , entre autres choses, un traducteur de poésie européenne qui
"témoigna en faveur du poète Iossif Brodski lors de son procès en 1964, soutint ouvertement Soljenitsyne, entretint une correspondance avec Andreï Sakharov et publia des articles et des traductions en samizdat" ( c'est à dire publié de façon clandestine, textes tapés à la machine et recopiés par les lecteurs eux-mêmes…!!)
Et bien sûr, moi aussi, j'ai repensé à ce magnifique film , La femme aux cinq éléphants , de Vadim Jendreyko.. Très beau portrait de femme au parcours peu ordinaire aussi.
Svetlana Geier est une traductrice allemande d'origine ukrainienne qui a entrepris depuis le début des années 90 de se confronter aux cinq éléphants que sont les cinq principaux romans de Dostoïevski.
Mais de l'oeuvre de Dostoïevski, on entend assez peu parler, finalement. C'est surtout son histoire à elle qui est passionnante.
Ce documentaire, est à la fois très beau sur le plan esthétique, et plein d'images métaphoriques sur la traduction bien sûr , exprimer par sa propre voix l'écriture et la pensée d'un autre ( et ici, dans une langue qui n'est pas la sienne) .Pour expliquer que rien n'est simple dans les nuances des traductions, elle évoque un peintre, Igor Grabar, qui peignait des paysages de neige en utilisant toutes les couleurs de sa palette, mais jamais une touche de blanc..
J'avais recopié un poème de Vladimir Soloviev, qu'elle récitait:
"Chère enfant, ne vois-tu pas
Que tout ce que nous voyons
N'est qu'un reflet, n'est qu'une ombre
De ce qui est invisible à nos yeux?
Chère enfant, n'entends-tu pas
Que le fracas de la vie quotidienne
N'est que l'écho déformé
Des harmonies triomphantes?
Chère enfant, ne sens-tu pas
Que seul importe sur terre
Ce qu'un coeur dit à un coeur
Dans un message silencieux?"
A voir, vraiment !
J'ai encore un peu mélangé, mais ces destins me fascinent, ce sont deux traductrices passionnées,que rien n'a arrêté, ni l'une ni l'autre dans leur amour de la littérature, et deux personnages à découvrir.




Lien : http://www.5elephants-lefilm..
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Under_the_Moon
  23 décembre 2014
Ce très court récit (20pages) raconte les souvenirs du narrateur à propos de Tatiana Gnéditch, traductrice russe - et arrière-arrière petite nièce du traducteur de l'Iliade d'Homère , toujours inégalé à ce jour, rien que ça !
Le parcours de cette femme a quelque chose d'extraordinaire pou plusieurs raisons. La réalité dépasse parfois la fiction et ceci en est un bon exemple. J'ai parfois eu la sensation de lire la destinée toute tracée d'un personnage sorti tout droit d'un roman de Dostoïevski, mais que nenni ! il n'en est rien ! tout ceci est bien vrai.
Ce livre constitue un magnifique hommage à la littérature et au pouvoir salvateur qu'il peut avoir dans la vie de personne qui traverse des épreuves telles que la détention - Nelson Mandela et Primo Levi sont certes des exemples célèbres du XXème siècle, mais varions un peu les plaisirs. A travers le récit de la vie de la traductrice, on ne peut pas rester insensible à l'amour inconditionnel qu'elle a porté à la littérature et aux mots. Cet amour qui semble doté d'un pouvoir presque mystique, c'est-à-dire celui d'effacer ou plutôt transcender le réel et ses "imperfections" - détention, mari violent, etc.
Au-delà d'un hommage individuel rendu à Tatiana Gnéditch, La traductrice c'est aussi un hommage à la profession de traducteur. Pauvres diables souvent oubliés ou fustigés car la moindre de leur maladresse peut trahir ou dénaturer l'oeuvre de départ. Alors qu'il faut bien l'admettre, sans eux, le commun des lecteurs n'aurait pas eu accès à ces textes qu'ils ont aimé au point de vouloir le partager.
Un bien court texte à la gloire de toux ceux qui comme Tatiana Gnéditch aiment les mots avec passion.
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valsing
  24 février 2018
Tatiana Grigorievna Gnéditch est traductrice russe de poésie anglaise, dans les années 30. Elle a un don qu'elle tient d'un parent éloigné, traducteur du chef d'oeuvre en langue russe...l'Iliade d'Homère !!
Traduire les quelques 17 000 vers que compte le chef d'oeuvre de Lord Byron ne la rebute en aucun cas, au contraire elle en est transportée !
Ni les épreuves liées à la politique, ni celles plus personnelles n'émousseront sa passion. Et la reconnaissance? Elle viendra ou...ne viendra pas. Qu'importe ! Admirable Tatiana !!
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ivredelivres
  29 novembre 2013
C'est un article de Sophie Benech traductrice sur le blog de Pierre Assouline qui m'a donné envie de parler de ce petit livre. Dans ce billet Sophie Benech y fait part de ses doutes, de ses difficultés pour traduire en particulier la poésie. Elle fait référence à un livre sur Anna Akhmatova qui vient de paraitre et dont je vous parlerai prochainement.
Ses remarques sur la traduction viennent parfaitement illustrer le livre dont je veux vous parler aujourd'hui.
Un récit très court mais dont on regrette presque la concision tant cette étonnante histoire nous bouleverse.
On assiste à la représentation de Don Juan de Byron et à la fin de la pièce le public debout réclame l'auteur. Une femme gênée, voutée, est montée sur scène et là s'est écroulée. Cette femme c'est Tatiana Grigorievna Gnéditch.
Elle est une intellectuelle issue d'une famille d'aristocrate ce qui en Union Soviétique était déjà comme une épée de Damoclès. Tatiana Gnéditch est passionnée de littérature anglaise et attirée en particulier par Byron. Elle a de qui tenir, un de ses ancêtres fut le traducteur de l'Iliade, traduction jamais dépassée depuis.
La politique n'intéresse pas Tatiana mais la politique va la rattraper et soupçonnée puis emprisonnée pour ses origines, elle est condamnée à dix ans de camp en 1945.
Bizarrement elle ne part pas immédiatement au Goulag et elle va alors profiter de ce répit pour obtenir avec l'aide d'un de ses geôliers, papier et crayon et va s'attaquer à la traduction de Byron et va au nez et à la barbe du NKVD traduire les 17000 vers de Don Juan.
Le parcours de cette traduction est un exemple de solidarité et de prise de risques pour que ne se perdent pas les paroles des écrivains.
Une femme de la trempe d'un Soljénitsyne qui enterra ses manuscrits ou de Nadejda Mandelstam qui mémorisa l'oeuvre de son mari pour qu'elle ne s'efface pas.
Bien sûr on pense en lisant ce petit livre au « Proust contre la déchéance » de Joseph Czapski . J'ai fait également le rapprochement avec le superbe film La femme aux cinq éléphants qui, bien que dans un tout autre contexte, met parfaitement en valeur le travail de la traduction.

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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   28 décembre 2014
Le tirage était de cent mille exemplaires. Cent mille exemplaires ! La détenue Gnéditch, qui avait partagé pendant deux ans une cellule de prison avec des rats, aurait-elle jamais pu imaginer une chose pareille ? [...]
L'exemplaire qu'elle m'a donné porte le numéro 2. Qui a reçu l'exemplaire numéro 1 ? Personne. Il était destiné au commissaire-interrogateur, mais en dépit de tous ses efforts, Tatiana Gnéditch n'a jamais réussi à retrouver son bienfaiteur. Sans doute était-il trop cultivé et trop libéral. Selon toute vraisemblance, il a été exécuté par les organes.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   21 décembre 2014
Elle travaillait sur la littérature anglaise du XVII° siècle, et cela la passionnait tellement qu'elle ne voyait rien autour d'elle. Or, à l'époque, il y avait des purges, on chassait de l'université les "ennemis", hier les formalistes, aujourd'hui les vulgaires sociologues, et, toujours et de tout temps, les nobles, les intellectuels bourgeois, les déviationnistes et des trotskistes imaginaires. Tatiana Gnéditch était plongée dans les œuvres des poètes élisabéthains et ne s'intéressait à rien d'autre.
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valsingvalsing   24 février 2018
La réalité était absurde et ne s'en cachait pas. La seule arme entre les mains de ses victimes, à proprement parler impuissantes, était justement cette absurdité. Elle pouvait vous perdre mais, avec de la chance, elle pouvait vous sauver.
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luocineluocine   11 janvier 2014
«A la demande d'un diplomate anglais, elle avait traduit en huitains anglais un poème de Véra Imber «le méridien Poulkovo», destiné à être publié à Londres. Après l'avoir lu, le diplomate lui avait dit : «Si vous travailliez pour nous , vous pourriez faire beaucoup pour les relations entre la Russie et l'Angleterre!».

Ces paroles l'avaient profondément marquée, l'idée de voyage en Grande Bretagne avait commencer à la hanter, et elle considérait cela comme une trahison. Elle avait donc retiré sa candidature au Parti. On comprend fort bien que les commissaires-interrogateurs n'aient pas ajouté foi à cette confession hallucinante, mai son n'avait pas réussi à trouver d'autres chefs d'accusation . Elle avait été jugée(cela se faisait à l'époque) et condamnée à dix ans de camp de redressement par le travail pour «trahison de la patrie», selon l'article 19, qui stipule que l'intention n'a pas été concrétisée."
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luocineluocine   11 janvier 2014
"Son «mari de camp» , Grégori Pavlovitch (Égor), était alcoolique au dernier degré et jurait comme un charretier. Extérieurement, Tatania l'avait civilisé, elle lui avait appris, par exemple, à remplacer son juron préféré par le nom d'un dieu latin. À présent, il accueillait les élèves de sa femme en disant: «On boit un petit coup, les gars? Et si, elle veut pas elle a qu'à aller se faire phébus!»
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