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ISBN : 2879299861
Éditeur : Editions de l'Olivier (03/01/2013)

Note moyenne : 3.47/5 (sur 412 notes)
Résumé :
Université de Brown, années 80. Madeleine Hanna est l’intellectuelle par excellence, la jeune femme douée qui fait une thèse sur «Jane Austen, George Eliot et la question du mariage dans le roman anglais». Comme dans ces fictions qu’elle dissèque, elle se retrouve au cœur d’un dilemme. Une femme, deux hommes : quelles possibilités ? Charismatique, séduisant, Leonard Bankhead n’en est pas moins dévoré par des accès maniaco-dépressifs. Mitchell Grammaticus, lui, est u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (82) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  25 avril 2014
Le Roman du mariage, c'est l'histoire d'un classique triangle amoureux, qui commence sur un campus américain et qui se poursuit un temps dans une sorte de période de transition entre la fin des études et l'entrée de plain-pied dans la « vraie vie ».
Années 80, deux hommes, une femme, trois possibilités. Mitchell est amoureux de Madeleine, qui est dingue de Leonard, lequel aime Madeleine. Logiquement, ces deux derniers sont en couple, et Mitchell noie son chagrin en se concentrant sur ses études de théologie et son projet de voyage en Inde.
Mais rien n'est jamais simple. Leonard est très intelligent et très populaire, mais il est maniaco-dépressif depuis des années. Et sa vie de couple s'en ressent, faite de hauts et de bas, comme son moral.
Madeleine, jeune bourgeoise coincée, romantique mais accrochée à ses principes (« je n'épouserai jamais un homme instable »), a compris que la vie n'est pas un roman de Jane Austen et a vu ses certitudes ébranlées, d'abord quand elle a finalement craqué pour Leonard, ensuite quand elle s'est rendue compte que la vie serait peut-être tellement plus simple, sans prises de tête, avec le doux et gentil Mitchell, son confident des moments difficiles. Mais Madeleine se sent investie d'une mission : aider Leo à guérir.
Ravalant sa déception mais gardant l'espoir de conquérir Madeleine, Mitchell part à Calcutta dans les traces de Mère Teresa, en quête d'un idéal spirituel.
Résumé comme ça, ce n'est pas forcément très séduisant. Et pourtant… Difficile de comprendre pourquoi, mais ce roman est captivant. Ce n'est pourtant pas un roman « facile », il fait même parfois dans l'érudition, en tout cas quand on n'est pas familier de Barthes, Deleuze, de la chimie des levures ou des traitements au lithium. le récit n'est pas chronologique, et les personnages ne sont même pas vraiment attachants, alors c'est sans doute le mélange d'humour, de finesse psychologique, de philosophie, de spiritualité et de culture littéraire qui rend ce roman si intéressant. On pense à Tom Wolfe (en moins hot) pour la description du microcosme universitaire US, et aux Corrections de Jonathan Franzen pour l'analyse fouillée des personnages et de leur quotidien.
Chronique du passage à l'âge adulte, portrait d'une époque et d'une certaine élite intellectuelle américaine, ce roman, plus que du mariage, parle surtout d'amour. Et quand c'est si bien écrit, peu importe que la raison ou les sentiments l'emportent, il ne faut pas s'en priver.
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Bazart
  04 août 2014
Même si j'en ai entendu énormément de bien depuis longtemps, et notamment depuis la parution de ce virgin mis en scène par Sofia Coppola Jr (un film qui, en dépit de son côté culte, m'avait un peu laissé dubitatif), je n'avais pas encore eu l'occasion d'ouvrir un roman de Jeffrey Eugenides, même le très culte "Middlesex", alors même que d'aucuns le considèrent comme un des plus grands romanciers américains actuels.
Heureusement, cette lacune a été comblée cet été avec la lecture de son dernier roman paru à ce jour en France, "Le roman du Mariage" (sorti en poche chez Points il y a quelques semaines), et qui n'a pas du tout douché mes espérances placés en cet auteur, tant ce roman est vrai régal d'intelligence et de talent..
L'auteur adopte le point de vue de Madeleine, une étudiante qui tombe amoureuse de Leonard, jeune homme à l'enfance malheureuse et maniaco-dépressif alors que Mitchell (qui incarne la figure du gendre idéal) aime la jeune femme en secret.
Tel un personnage de Jane Austen et plus généralement des romans dits victoriens, à qui Madeleine voue d'ailleurs un culte et l'objet de son mémoire d'études, la jeune femme se retrouve au coeur d'un dilemme, entre l'amant maniaco dépressif et le gendre idéal attiré par la spiritualité.
Madeleine va alors faire l'apprentissage d'une vie d'adulte, en perdant son innocence, sans renoncer pour autant à toutes ses illusions; le vrai sujet de ce livre étant certainement, celui toujours passionnant lorsqu'il est traité avec une telle maitrise, du passage à l'âge adulte.
Sur un pitch au départ follement banal (une fille partagée entre 2 garcons), Eugenides parvient, avec une maitrise éblouissante, à fignoler un roman de campus étincelant qui est aussi le portrait d'une génération ,celle qui a eu 20 ans à l'aube des années 80 (soit dit en passant, la même génération que celle de l'auteur).
On est épaté par ce texte à la construction extrêmement habile : légèrement déconstruit (parsemé de brefs bonds dans le temps, longs retours en arrière); il nous montre la même scène est racontée sous plusieurs angles différents , on y apprend, au fur et à mesure du récit, ainsi que des informations qui remettent en question notre première vision des personnages, ce qui est quand même un véritable tour de force ...
Analyse très fine de l'âme humaine et de la complexité de l'amour, le roman du mariage est un livre très riche, érudit sans pour autant être élitiste (les explications de textes sur Barthes et son"Fragment du discours amoureux sont passionnants et toujours plein d'humour) et également un fort bel hommage à la littérature.
Ce "roman du mariage" est donc un (très) grand roman d'apprentissage où les trois protagonistes découvrent la vie et se découvrent à travers les livres : romans, essais critiques, textes philosophiques....
On pense un peu au Franzen des" Corrections" ou au Jay McInerney de "30 ans et des poussières", bref que des très grands de la littérature américaine contemporaine, mais Eugenides développe un style proche en encore un peu plus érudit que ces deux grands maitres, mais tout aussi brillant...
Bref, un énorme coup de coeur qui, à coup sur, rendra mes prochaines lectures un peu fadasses et anecdotiques!!
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Aela
  19 janvier 2013
Pourquoi ce titre si original "Le roman du Mariage" (The Marriage Plot) ? L'auteur, Jeffrey Eugendides, créateur du livre "Virgin Suicides" magistralement porté à l'écran par Sofia Coppola, l'explique au début de son livre: dans les sociétés traditionnelles, jusqu'à la fin des années 60, le mariage était l'axe principal de la réussite sociale et matérielle et dans les romans, jusque là, le ressort dramatique essentiel était le mariage.
Tout a changé depuis les années 80. C'est ce que montre l'auteur avec cette chronique douce-amère, dans la pure tradition du roman réaliste anglo-saxon, qui nous montre trois étudiants à l'université de Brown, au début des années 80.
Madeleine est une jeune étudiante en littérature, elle est très amoureuse de Leonard, jeune étudiant en biologie; mais, pour autant, elle n'est pas insensible au charme de Mitchell, d'ascendance grecque, comme l'auteur.
Les deux jeunes hommes sont très différents: Mitchell est attiré par les études théologiques et va partir en Inde et en Europe avec un ami.
Madeleine va rester avec Leonard mais le couple qu'elle forme avec lui est bien chaotique. Ceci en raison de la maladie chronique et implacable de Leonard, à savoir la psychose maniaco-dépressive.
Eugenides nous décrit les symptomes de cette maladie avec une précision de clinicien: les phases d'euphorie qui alternent avec des phases de désespoir, et l'origine probablement génétique de ce trouble.
Il nous montre aussi les traitements de l'époque (début des années 80) et les conséquences fâcheuses du traitement par le lithium; seul traitement connu à l'époque.
Au-delà des problèmes de maladie, ce roman nous montre toute une époque, avec ses manies, ses modes "intellectuelles".
Eugenides nous montre avec beaucoup d'humour les effets de la mode "intellos français", les étudiants américains de l'époque s'abreuvaient en effet des théories de Barthes et Derrida pour résoudre, entre autres, leurs problèmes amoureux...
La profondeur psychologique des personnages est très intéressante.
C'est un roman féministe qui nous montre une femme autonome, hésiter entre deux hommes...
Le récit est captivant..
Humour, réflexions philosophiques, psychologie.; tout y est pour vous faire passer un moment agréable et très "culturel".
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Kittiwake
  05 juin 2013
Auteur de Virgin suicides et de Middlesex, Jeffrey Eugenides publie là son troisième roman. Il y est question d'études, de flirt, de famille, de voyages France, Inde) de condition féminine dans les années 80 et aussi, bien sûr de mariage. Madeleine, pleine d'incertitudes concernant son avenir qu'il soit professionnel ou amoureux. Ses sentiments oscillent entre Mitchell, brillant étudiant, un peu mystique, et Leonard, séducteur, mais surtout bipolaire. Les malentendus et quiproquos qui marquent les relations entre Madeleine et Mitchell comptent dans la création du couple Madeleine-Leonard, pour le meilleur et pour le pire.
Comme souvent dans les romans américains, un luxe de détails émaille les 500 pages de ce roman, pour aboutir à un portrait précis des personnages mais aussi de la société américaine de cette période. Cela peut plaire, ou non. Personnellement, j'apprécie beaucoup cette ambiance et ce type d'écriture (un coup de chapeau, au passage pour le traducteur).
Madeleine est étudiante en lettres et cela constitue un prétexte pour de nombreux développements concernant la littérature victorienne et pré victorienne, entre autre, très intéressants.
Par ailleurs la description qui est faite de la maladie psychiatrique dont souffre Leonard est particulièrement travaillée ( résultat d'une documentation pointue ou vécu personnel de l'auteur?) le rendu est criant de vérité.
Très agréable lecture qui m'incite à poursuivre la découverte de l'auteur.
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Allantvers
  19 août 2015
Lire Jeffrey Eugenides me fait un peu le même effet que Jonathan Franzen : celui d'un voyage au long cours en bateau, à savourer lentement.
J'ai longtemps hésité devant celui-là, un peu rebutée par un pitch pas très sexy ("Mitchell aime Madeleine qui aime Leonard sur un campus américain en lisant Derrida") mais une fois les amarres largués, ce fut un superbe moment de lecture.
Après un démarrage un peu poussif, on atteint la pleine mer et là, le vent dans les voiles, on se laisse porter par la plume étonnante de maîtrise et d'humour d'Eugenides, on s'attache aux pas de ces trois jeunes gens sur leurs débuts de chemins de vie respectifs au sortir de l'université :
Voyage initiatique pour Mitchell l'amoureux malheureux, habité de questionnements religieux ; embardées romantiques pour Madeleine, dont le côté fille à papa très WASP énerve gentiment; démarrage impossible pour Leonard, personnage solaire et douloureux plombé par une maniaco-dépression décrite avec un réalisme stupéfiant.
Les scènes de vies s'enchainent avec des aller-retours dans le temps qui donnent du nerf et du sens, et dans lequel le sujet du mariage, thème central du livre, vient s'imbriquer bien plus subtilement qu'à première vue.
Je n'ai qu'un seul regret après cette belle lecture, c'est de n'avoir plus qu'un seul roman (Virgin suicides) à lire de cet auteur qui écrit trop peu!
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critiques presse (17)
Actualitte   02 avril 2013
La narration nous offre ici la preuve manifeste que le roman existe encore. Le récit coule avec un apparent naturel, tout en opérant de subtils va-et-vient dans l'espace-temps, variant la focalisation, nous laissant découvrir, au moment voulu, le vécu émotionnel d'un des trois protagonistes ...
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Lexpress   13 mars 2013
Jeffrey Eugenides nous offre avec son roman du mariage une étude extrêmement fine et intelligente de l'âme humaine au travers de la complexité de l'amour. Ce roman est aussi un véritable hommage à la littérature et au genre romanesque.
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Lexpress   04 mars 2013
Malgré quelques longueurs, notamment sur le syndrome maniaco-dépressif ou la thérapie, obsessions typiquement américaines, ce roman est intéressant et rafraîchissant.
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Lexpress   26 février 2013
Avec ce Roman du mariage, Jeffrey Eugenides tente de reproduire dans une version moderne les romans anglais du XIXe siècle victorien.
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Lexpress   25 février 2013
Le roman du mariage laisse une impression mitigée. En effet, on se laisse prendre par le récit [...] mais une fois le livre fermé, l'histoire de ce mariage semble un brin convenue.
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LaPresse   22 février 2013
Si c'est un roman (encore un?) sur les livres, il n'en est pas pour autant hermétique. Plus léger qu'on l'aurait cru, porté par une écriture souple et cinématographique, habilement construit - les fréquents retours en arrière coulent de source -, il souffre peut-être de l'absence d'une réelle tension dramatique.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress   21 février 2013
Le thème de l'histoire est séduisant, le style de l'auteur parfaitement maîtrisé. Autant de gages d'une lecture au moins agréable. Mais cet espoir est très vite mis à mal.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress   13 février 2013
Le Roman du mariage de Jeffrey Eugenides est une véritable performance. [...] Ces trois portraits dessinés avec une finesse psychologique profonde et intense, nous ramènent aux questions essentielles et souvent angoissantes que se posaient les jeunes d'hier comme le font aussi ceux d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress   12 février 2013
Jeffrey Eugenides pêche parfois un peu du côté de ce qu'il entend caricaturer ou dénoncer. [...] Pourtant nombreuses sont les scènes qui ne manquent ni de drôlerie, ni de piquant.
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LeFigaro   11 février 2013
La «question du mariage», qui donne son titre au livre en V.O., n'est finalement qu'un enjeu mineur au regard de l'exploration d'un âge intense où l'on est à la fois terriblement vulnérable et au sommet de ses facultés.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaLibreBelgique   05 février 2013
La recette est pourtant simple : il y parle d’amour, de quête du bonheur, de la difficulté d’aimer, à travers un trio amoureux réinventé. Mais tout son talent est de nous rendre cette histoire passionnante et neuve tout en restant éternelle.
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Bibliobs   04 février 2013
Tandis que les personnages dévorent les grands textes qui ont mis à genou la narration conventionnelle, «le Roman du mariage» distille agréablement sa musique légère. D'ascenseur?
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lhumanite   28 janvier 2013
Au vu des références bibliographiques innombrables qui parsèment le livre et des personnages qui en sont gavés, on se demande si ce roman n’est pas lui-même la preuve que le roman est impossible. On se trompe. Jeffrey Eugenides tient en main ses personnages dans une intrigue où se mêlent l’étude psychologique et l’incarnation charnelle.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Lexpress   24 janvier 2013
Le Roman du mariage est long à démarrer, mais révèle progressivement une profondeur, une émotion et une composition qui imposent la classe d'Eugenides.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeSoir   14 janvier 2013
Jeffrey Eugenides creuse en profondeur les interrogations fondamentales qui provoquent décisions ou hésitations, donnent aux personnages l’occasion de faire un bout de route ensemble ou, au contraire, de s’affronter.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Telerama   09 janvier 2013
Un roman psychologique dans le plus pur sens du terme, qui s'assume comme tel et revendique son inscription dans la longue tradition du roman réaliste anglo-saxon, tout en se nourrissant probablement d'une part d'autobiographie [...].
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   06 janvier 2013
L'université n'est pas la meilleure école du bonheur, rappelle Jeffrey Eugenides. L'auteur à succès de Virgin Suicides réussit une nouvelle comédie amère sur les années 1980, le Roman du mariage.
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Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
la_fleur_des_motsla_fleur_des_mots   07 avril 2013
Voyons d'abord les livres. Il y avait là ses romans d'Edith Wharton, rangés non pas par ordre alphabétique mais par date de publication ; là, les oeuvres complètes d'Henry James chez Modem Library, un cadeau de son père pour son vingt et unième anniversaire ; là, les poche écornés des oeuvres étudiées en cours, beaucoup de Dickens, un soupçon de Trollope, de copieuses portions d'Austen, de George Eliot et des redoutables soeurs Brontë. Là, les New Directions aux couvertures souples noir et blanc, essentiellement de la poésie, des auteurs comme H. D. ou Denise Levertov. Là, les Colette savourés secrètement. Là, le Couples de sa mère, la première édition, que Madeleine avait parcouru en cachette à l'âge de onze ans et où elle trouvait aujourd'hui de quoi étayer son mémoire sur le roman matrimonial. Bref, une bibliothèque bien fournie quoique encore transportable, qui rassemblait à peu près tout ce que Madeleine avait lu à l'université, un ensemble de textes à première vue choisis au hasard mais dont le fil conducteur se dessinait peu à peu, comme ces tests de personnalité dans les magazines féminins, ceux auxquels, lasse de chercher à deviner le sens caché des questions, on finissait par se résoudre à répondre honnêtement avant d'attendre le résultat. Et alors que, prête à s'accommoder de «Sensible», redoutant «Narcissique» et «Pantouflarde», on espérait se voir qualifiée d'«Artiste» ou de «Passionnée», on écopait de cette étiquette en demi-teinte, différemment connotée suivant le jour, l'heure ou son petit ami du moment : «Incurable romantique».
Tels étaient les livres présents dans la chambre où Madeleine était couchée, la tête enfouie sous un oreiller, le matin de la remise des diplômes. Elle avait lu chacun d'entre eux, souvent à plusieurs reprises et en soulignant certains passages, mais, dans l'immédiat, ils ne lui étaient d'aucun secours. Madeleine s'efforçait d'oublier la chambre et son contenu. Elle cherchait à retrouver la sécurité du néant où elle était restée retranchée ces trois dernières heures. Tout autre niveau supérieur de conscience l'obligerait à affronter certaines réalités désagréables, comme la quantité et les formes variées d'alcool qu'elle avait absorbées la veille, ou le fait qu'elle avait dormi avec ses lentilles. De là, elle en viendrait inévitablement à se pencher sur les raisons qui l'avaient poussée à boire autant au départ, et ça, elle n'en avait vraiment pas envie. Aussi, repositionnant son oreiller pour se cacher de la lumière du petit matin, Madeleine tenta-t-elle de se rendormir.
Mais c'était peine perdue. Car à cet instant même, à l'autre bout de l'appartement, l'interphone se mit à sonner.
Début juin, Providence, Rhode Island. Le soleil, levé depuis déjà près de deux heures, éclairait la baie pâle et les cheminées de la centrale de Narragansett Electric, pareil à celui du blason de Brown University présent sur tous les fanions et banderoles pavoisant le campus, un soleil au visage clairvoyant, symbole de la connaissance. Mais ce soleil-ci - celui qui brillait sur Providence - faisait mieux que son double métaphorique, car les fondateurs de l'université, soucieux, dans leur pessimisme baptiste, de souligner que l'espèce humaine ne s'était pas totalement défaite de l'ignorance, avaient choisi de représenter la lumière de la connaissance enchapeautée d'épais nuages, alors que le vrai soleil commençait à transpercer ceux qui le voilaient, laissant espérer aux escouades de parents trempés et frigorifiés depuis le début du week-end que ces intempéries hors de saison épargneraient les festivités de la journée.
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viou1108viou1108   15 avril 2014
Les féministes des universités se moquaient des gratte-ciel, dans lesquels elles voyaient des symboles phalliques. Elles disaient la même chose des fusées spatiales, alors qu'il était évident, en y réfléchissant un peu, que la forme de celles-ci était due non pas au phallocentrisme mais aux lois de l'aérodynamique. Un vaisseau Apollo en forme de vagin serait-il arrivé sur la lune? C'était l'évolution qui avait créé le pénis. Il s'agissait d'une structure utile pour remplir certaines fonctions. (...) Mais non: n'importe quelle réalisation de quelque ampleur - un long roman, une grande statue, un bâtiment imposant - devenait, aux yeux des "femmes" que Mitchell connaissait à la fac, des manifestations de l'insécurité des hommes quant à la taille de leur pénis.
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AelaAela   19 janvier 2013
Selon Saunders, le roman avait connu son apogée avec le roman matrimonial et ne s'était jamais remis de sa disparition. A l'époque où la réussite sociale reposait sur le mariage, et où le mariage reposait sur l'argent, les romanciers tenaient un vrai sujet d'écriture.
Les grandes épopées étaient consacrées à la guerre, le roman au mariage.
L'égalité des sexes, une bonne chose pour les femmes, s'était révélée désastreuse pour le roman. Et le divorce lui avait donné le coup de grâce.
De l'avis de Saunders, le mariage ne signifiait plus grand-chose, et il en allait de même pour le roman.
Qui utilisait encore le mariage comme ressort dramatique? Personne.
On n'en trouvait plus trace que dans les fictions historiques.
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viou1108viou1108   10 avril 2014
Lire un roman après avoir lu de la théorie sémiotique était comme courir les mains vides après avoir couru avec des haltères. En sortant de Sémiotique 211, Madeleine se précipitait à la Rockefeller Library, au niveau B, où les rayons exhalaient une vivifiante odeur de moisi, et elle prenait un livre - n'importe lequel, Chez les heureux du monde, Daniel Deronda - pour recouvrer sa santé mentale. Quel plaisir quand une phrase découlait logiquement de la précédente! Quel délicieux sentiment de culpabilité de se plonger dans un récit narratif!
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JeannepeJeannepe   24 mai 2017
La propension de Leonard à l’abattement avait toujours fait partie de son charme. C’était rassurant de l’entendre énumérer ses faiblesses, ses réticences vis-à-vis de la formule américaine du succès. Les possesseurs d’ego surdimensionnés qui marchaient à l’ambition étaient si nombreux à l’université – intelligents et travailleurs mais insensibles et sans aspérités, prêts à écraser le voisin pour réussir – que l’on se sentait obligé de se mettre au diapason en se montrant constamment motivé et au maximum de ses capacités, alors que, au fond de soi, on savait que cela ne correspondait pas à la réalité. En fait, les gens doutaient d’eux-mêmes et craignaient l’avenir. Ils étaient complexés, effrayés, et, en parlant à Leonard, qui était toutes ces choses puissance dix, ils se sentaient moins minables et moins seuls. Leonard leur apportait une sorte de thérapie. Il était tellement plus mal en point que tout le monde ! Il était le Dr Freud et le Dr Fatalis, père confesseur et humble pénitent, analyste et analysé. Ce n’était pas une posture. Il ne faisait pas semblant. Il parlait honnêtement et écoutait avec compassion. Dans leurs meilleurs moments, ces conversations téléphoniques relevaient à la fois de l’art et du sacerdoce.
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