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Victor-Henry Debidour (Traducteur)
EAN : 9782290318621
93 pages
Éditeur : J'ai Lu (12/07/2002)
3.89/5   236 notes
Résumé :
Après le fabuleux voyage des Argonautes, Jason prend pour femme celle qui l'a tant aidé dans la conquête de la Toison d'Or : Médée. De sang royal mais d'origine barbare, elle restera toujours l'Etrangère à Corinthe. Est-ce la raison qui pousse Jason, dix ans plus tard, à rompre l'alliance, pour une autre bien plus avantageuse ? Le roi Créon lui offre sa fille... Outragée, délaissée avec ses deux fils, Médée est prête à tout. Rien n'arrêtera sa violence, et son intel... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  09 décembre 2016
Lire une oeuvre antique (comme Aristote, César, Suétone et tant d'autres) a quelque chose d'une exploration. Exploration dans le temps, dans une mentalité, dans des lieux et des moeurs disparus, exploration dans une langue et une façon d'exprimer les pensées qui n'est plus de ce monde.
Mais ce qui fait l'intérêt de telles lectures, le plus souvent, c'est d'en déceler la fraîcheur sous l'écorce flétrie. Quel bonheur quand on arrive encore à en déguster le suc, quand on arrive à se sentir en résonance avec des gens et des époques disparues dont nous sommes pourtant les authentiques héritiers.
J'ai déjà parlé moult fois de l'exercice si particulier d'arriver à se couler soi-même dans le moule de la tragédie antique : C'est déroutant quant à la forme (présence de passages chantés, d'un choeur et d'un coryphée qui joue un rôle de médiation avec le public, un peu à la façon d'un Monsieur Loyal au cirque, mais aussi une structure rigide très codifiée avec prologues, épisodes toujours terminés par des stases et épilogues).
C'est déroutant quant au fond (notamment la portée civique et pédagogique de la tragédie antique qui est à des années lumières de notre conception actuelle du théâtre). Or Médée, qui est pour ainsi dire, l'archétype d'une bonne tragédie grecque, peine à nous fournir encore ce jus délicat, cet indice de survivance d'actualité.
On aurait envie d'y croire, se laisser embarquer dans son désarroi, la pauvre, elle est allée trahir les siens pour les beaux yeux de Jason, le corinthien, et ce goujat, non content de lui avoir fait deux gosses est allé fourrer son nez ailleurs (voire autre chose !), et a succombé aux charmes d'une princesse histoire d'assurer le quotidien pour l'avenir.
Bref, une bonne vieille histoire d'adultère en somme. Si l'on adjoint à cela qu'à l'époque une répudiation pouvait s'accompagner d'une condamnation à l'exil, effectivement, Euripide n'a pas lésiné sur les malheurs de son héroïne. Donc, tout de suite, la Terre s'arrête de tourner pour Médée qui ne voit comme seule et unique solution à son problème (et en toute logique !), que l'assassinat tant de la princesse nouvelle élue du coeur de Jason, que du roi Créon qui a décrété son bannissement, que de ses deux propres enfants (rien que ça !).
C'est là que j'ai un peu de mal avec la tragédie grecque. Au sens propre, c'est très théâtral, trop à mon goût, et deux mille ans de littérature sont passés par là. On peut évidemment s'émerveiller devant une faucille en silex du néolithique, mais dire qu'on n'a rien fait de mieux depuis, c'est peut-être un peu trop, et c'est bien ce que je ressens à la lecture de Médée.
Ce qui ne m'empêche pas de croire que Médée est probablement un des plus grands chef-d'oeuvres de cette époque, mais de là à en reprendre à chaque repas aujourd'hui au XXIè siècle, peut-être pas.
Pour ma part, je considère ce texte comme un patrimoine de l'humanité à conserver, et en ce sens, à lire car c'est notre culture, c'est de là que l'on vient, un peu comme j'aime à voir un vieux lavoir de pierre et de bois sans pour autant vouloir abandonner la machine à laver pour retourner me mettre les mains dans l'eau froide.
Qu'en est-il du message civique d'Euripide ? Pour les hommes, cela pourrait se résumer à : « N'allez pas succomber aux charmes d'un autre lit, dont vous serez déçu tôt ou tard ». Pour les femmes : « Votre condition vous expose toutes à subir l'affront de l'adultère, donc gardez la tête froide et tâchez de rester dignes si pareille mésaventure devait vous arriver ».
Pour Jason, la morale ressemble à s'y méprendre à celle de la Poule Aux Oeufs d'Or de la Fontaine, « on hasarde de perdre en voulant trop gagner ». Mais il y a encore, ce me semble, une dimension supplémentaire car Médée franchit le pas de l'infanticide, le dernier des crimes. le message nous enjoint à considérer l'horreur des excès que peuvent nous amener à commettre la jalousie ou l'orgueil.
Au total, une impression mi-figue, mi-raisin mais j'ajouterais néanmoins qu'il y a dans cette tragédie trois ou quatre très belles répliques (malgré l'injure que constitue une traduction pour ce type d'oeuvre), dignes de figurer dans un recueil de maximes.
Toutes ces considérations, vous le savez maintenant, sont à prendre avec d'infinies précautions, car ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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BazaR
  11 mars 2021
Voici une excellente version du mythe de Médée.
Je ne vais pas le redétailler – l'ayant déjà fait pour la pièce de Corneille. Pour rappel, Médée est une magicienne. Tombée amoureuse de Jason, elle l'a aidé à récupérer la Toison d'Or. Elle est prête à tout pour lui : tuer son propre frère, éliminer l'usurpateur du trône de son homme, toujours avec la manière (plutôt cruelle et ne manquant pas d'originalité). Ils vivent ensemble à Corinthe jusqu'à ce que Jason – quel enfoiré ! – la largue pour la fille du roi Créon. Médée est sommée de quitter Corinthe. Ainsi trahie, elle se venge de la pire des façons : elle tue la fille du roi en lui envoyant en cadeau un voile empoisonné qui s'enflamme au contact (le roi y passe aussi d'ailleurs) et abat ses propres enfants afin de laisser Jason sans descendance.
Euripide n'insiste pas sur la magie de Médée, ni ne fait intervenir de dieux. C'est une femme qui agit, certes prête à tout et douée dans l'art du poison, mais surtout une femme qui met son intelligence au service de ses crimes. La magie n'apparaît guère qu'à la toute fin. Elle est une femme à bout de nerfs face à Jason qu'elle pourrit d'insultes et qui se défend si mal (« oui tu comprends, je fais ça pour nos enfants, pour qu'ils soient à l'aise, vois le bon côté des choses ». Un enfoiré je vous dis). Elle ne prend pas sa décision de gaieté de coeur ; le choeur d'ailleurs essaie de l'en dissuader. Elle hésitera longtemps à tuer ses enfants.
Elle met beaucoup d'intelligence dans la manipulation de Jason. Euripide emploie à nouveau beaucoup ses phrases à double sens – un sens pour l'interlocuteur, un autre à destination des spectateurs qui savent ce qui se trame –, par exemple quand elle dit :
« Prenez ces cadeaux de noces, enfants, et allez les porter de vos mains à la princesse – cette jeune épouse que cela va mettre au paradis – pour les lui offrir »
Mettre au paradis : en apparence cela veut dire « en joie », et sous l'apparence c'est à prendre littéralement « cela va la tuer ». J'adore.
Les scènes de mort, même si elles se passent en coulisse, sont délicieusement insupportables.
L'auteur incruste toujours quelques éléments sociaux de son Athènes contemporaine. Dans Médée, il parle avec amertume à travers son héroïne de l'hostilité que rencontre les intellectuels comme Socrate ou lui-même : pour l'opinion, ce sont soit des inutiles et fainéants, soit des gens qui se croient supérieurs et peuvent saper l'autorité des croyances et des coutumes.
Il faut bien avouer que j'ai du mal à considérer Médée avec compassion. Tuer ses enfants… ça ne passe pas. Jason, en revanche, a beaucoup baissé dans mon estime depuis que je connais son attitude. Venant de terminer Ada ou la beauté des nombres, de Catherine Dufour, je trouve que la condition féminine ne s'est guère amélioré entre l'Athènes antique et l'Angleterre victorienne.
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Tandarica
  07 avril 2020
Euripide le dit à travers le coryphée : c'est lorsqu'il n'y a plus d'espoir (ce sale espoir) que le tragique surgit. Les dieux sont omniprésents tout au long de la pièce : dans les rites, les oracles, le char de Médée. Les discours de celle-ci sont parcourus par de nombreuses allusions à la condition féminine et à la sexualité.
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Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  30 août 2020
Médée n'est pas la plus ancienne pièce d'Euripide, mais c'est la plus ancienne tragédie de l'auteur dont le texte nous soit parvenu (Alceste n'étant pas rangée dans la catégorie des tragédies), et l'on est certain qu'elle fut créée en -431. Médée y apparaît en tant qu'infanticide, et correspond donc à l'image que nous nous faisons d'elle aujourd'hui, bien qu'elle n'ait visiblement pas toujours été considérée comme telle dans la mythologie grecque. Euripide, inventeur de Médée tuant ses enfants ? Ce n'est sans doute pas aussi simple, car la question d'une Médée infanticide ou de la culpabilité des Corinthiens dans le meurtre des enfants se posait déjà à l'époque d'Euripide.

Ce qui est à peu près sûr, c'est que la Médée que nous voyons au début de la pièce a déjà du sang sur les mains. Elle a été bannie de son pays, a tué son frère, puis manipulé les filles de Pélias pour qu'elles tuent leur père, tout ça pour les beaux yeux de Jason. Et après quelques années heureuses en Corinthe, lors desquelles ils ont deux enfants ensemble, ne voilà-t-il pas que Jason répudie Médée pour épouser la fille de Créon, le roi (il n'a rien à voir avec le Créon de Thèbes, qui ne peut tout de même pas être partout à la fois). La pièce s'ouvre sur les inquiétudes de la nourrice, qui n'a que trop bien compris ce qui risquait d'arriver par la suite, puis sur les lamentations de Médée. Et ne voilà-t-il pas qu'en plus d'être répudiée, Médée se retrouve bannie de Corinthe, alors qu'elle n'a plus nulle part où aller - on se doute bien que sa famille ne va l'accueillir à bras ouverts. Et d'une Médée criant et se lamentant sur son sort, on va passer à une Médée rusée, qui va discourir avec le choeur, Créon, ou Jason - on notera au passage que, bien que Sophocle ait alors déjà introduit le troisième protagoniste dans le théâtre grec, Euripide n'en fait quasiment pas usage (c'est à peine si trois acteurs se croisent à un moment donné de la pièce). Toute l'action va se concentrer sur la solution que doit trouver Médée à sa situation, discutant ou s'engueulant avec Créon ou Jason, mais dévoilant peu à peu son plan au choeur. Médée n'est que vengeance, elle ne laissera pas passer l'affront qu'on lui a fait, ce que craint effectivement Créon tout en se montrant tout de même un peu naïf, et ce que ne comprend absolument pas Jason (il faut croire que c'était un couple mal assorti dès le départ, c'est quand même un peu gros de ne pas connaître sa femme à ce point !) Et donc, le plan de Médée se déroulera selon ce qu'elle a prévu. Beaucoup de violence à la fin, donc.

Ce qui est évident, c'est que Médée prend toute la place dans la pièce, au point qu'il n'y a même pas de divinité. Et selon certains critiques, s'il n'y a pas de divinité, c'est que la divinité, c'est Médée elle-même. Il est vrai que ce personnage est issue d'une ascendance assez prestigieuse, le Soleil lui-même étant son ancêtre. On peut donc comprendre que, réagissant à la manière d'une divinité, elle ne puisse accepter d'être répudiée par Jason. Rien ne dit réellement qu'elle soit jalouse, amoureuse, et du coup rancunière comme le pense Jason, qui lui agit en homme ordinaire (mais où est le héros qu'on nous a tant vanté ???), et donc épouse la fille de Créon pour des motifs... raisonnables. Au-delà du sort réservé aux femmes, dont parle beaucoup Médée mais dont il n'est pas certain qu'elle se soucie tant que ça, c'est de l'humiliation d'être traitée en femme ordinaire qu'il s'agit. Jason voudrait la voir réagir en épouse normale, mais Créon n'est pas si bête, et la nourrice sait encore mieux ce qu'il en est : il n'y a rien de "normal" chez Médée, il y a surtout une femme complètement à part, qui doit faire semblant d'utiliser le langage des autres pour mieux les tromper (on se demande décidément à quoi ressemblait son mariage avec Jason...) et mener sa vengeance à son terme.

Alors tout de même, il y a ce fameux monologue de Médée, qui a fait couler beaucoup d'encre, où elle semble tergiverser. D'un point de vue actuel, ça ressemble étonnamment à un trouble de l'identité - deux personnalités en une seule femme qui donneraient leur deux points de vue opposés : "le meurtre des enfants est inévitable" versus "le meurtre des enfants n'est pas un élément obligé de la vengeance". Peut-être est-ce là la marque que Médée est une humaine malgré tout, et une mère, mais qu'elle doit, du point de vue qui est finalement le sien tout au long de la pièce, en passer par ce questionnement et cette épreuve pour se dépasser, dépasser sa condition de femme, d'épouse, de mère, mais surtout d'humaine, pour assouvir une vengeance qui a peut-être beaucoup à voir avec son ascendance divine. Car c'est bien, non pas un dieu ou une déesse, mais une Médée triomphante qui surgit dans les airs - avec en sus des prophéties peu engageantes pour Jason à la bouche. Ce qui fait davantage sens que les habituels deux ex-machina tombant du ciel qui nous agacent tant (et qui agaçaient déjà les commentateurs de l'Antiquité, il me semble, bien que ça ait dû en jeter visuellement), comme par exemple dans Iphigénie à Aulis.

Reste qu'Euripide, en composant une tragédie avec une ligne directrice apparemment très claire et lisible, ainsi que des dialogues s'inscrivant dans une forme de classicisme, a finalement créé un personnage emportant tout sur son passage, faisant quasiment voler en éclats les questions d'éthique et de morale, resté fortement ancré dans les esprits pour de nombreux siècles, et éclipsant quelque peu les autres variantes de Médée.
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michfred
  10 avril 2016
Et encore une Médée, la première au théâtre, celle d'Euripide!
Si je me réfère à mes critiques de la Médée de Sénèque, la Médée d'Euripide est un contre-exemple parfait!
Voici une vraie tragédie, - et non une noire caricature- faite pour être jouée - -et non pas seulement lue-, construite sur une structure bien balancée - et non à la va -comme-je-te-pousse- , avec un vrai choeur - un choeur de femmes d'ailleurs, c'est important! qui joue son rôle d'humanité moyenne à laquelle le spectateur s'identifie- et dont le point de vue évolue avec les péripéties, de la compassion à l'horreur.
Et surtout voici une héroïne qui commet un acte monstrueux mais qui n'est pas un monstre .
Elle a encore des larmes, des fragilités, des doutes, des hésitations, des attendrissements et si elle se décide au crime atroce d'infanticide, c'est parce qu'elle est arrivée au bout de sa route.
Voici aussi des personnages secondaires qui ont un vrai poids et se partagent entre deux camps: la nourrice et Egée pour Médée, Créon et Jason contre Médée.
L'histoire n'a pas changé- mais tout est changé.
On n'est pas dupe de ce beau parleur de Jason, le roi des arguties, le champion de la mauvaise foi, qui même après la mort atroce de ses enfants n'en demeure pas moins un triste individu que le choeur renvoie dans ses cordes comme un boxeur sonné..
Et on peut plaindre Médée, suivre les méandres de sa douleur. Malgré son acte impardonnable, elle reste une mère, une mère frappée d'égarement et de folie, mais une mère "sublime, forcément sublime"..si vous voyez ce que je (ne) veux (pas) dire!!
Corinthe, c'est un peu la Vologne, parfois...
La sombre folie, la perfide Erynie la guette, et elle est beaucoup moins la noire magicienne un peu kitsch peinte par Sénèque, qui nargue Jason sur le toit du palais en flammes et s'envole avec son char de serpents ailés, façon Game of Thrones, qu'une étrangère malheureuse, abandonnée en terre hostile, à qui, étrangement, Egée , en échange d'un dénouement d'aiguillettes -il ne peut avoir d'enfants- promet un passeport estampillé, une intégration modèle, un F3 et un nouveau départ dans sa ville -lumière, Athènes, la belle, la généreuse...
Alors ça, si ce n'est pas un signe que même les Dieux redonnent à Médée une seconde chance..
Une pièce d'Euripide assez réussie, en somme, avec ses ambiguïtés et ses contradictions, pour nous donner du grain à moudre et nous empailler quelque peu autour du personnage central!
Noir c'est noir, comme dirait quelqu'un, mais ici le noir est la dernière couleur avant l'extinction des feux...et le passage de l'autre côté...
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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
Virgule-MagazineVirgule-Magazine   23 juin 2015
MESSAGER - ce fut un spectacle horrible à voir : elle change de couleur ; pliée en deux, elle recule ; ses membres tremblent ; elle n’a que le temps de se laisser tomber sur le trône pour ne pas s’abattre à terre. Une vieille servante […] pousse le cri de la supplication. Mais bientôt elle lui voit à la bouche venir une blanche écume, dans leur orbite les pupilles se retourner, le sang abandonner le corps […]. Car un double fléau s’attaquait à sa personne : le diadème d’or posé sur sa tête lançait un prodigieux torrent de feu dévorant et les voiles légers […] mordaient la chair blanche de l’infortunée. Elle fuit, s’étant levée du trône, embrasée, secouant sa chevelure et sa tête en tous sens, pour rejeter la couronne : mais l’or restait fixé à sa tête, soudé, et le feu quand elle secouait plus fort sa chevelure redoublait d’éclat. Elle tombe sur le sol, vaincue par l’infortune, entièrement méconnaissable, sauf pour son père : on ne distinguait plus la place de ses yeux ni la grâce de son visage ; le sang, du sommet de sa tête, dégouttait au milieu des flammes ; les chairs, comme la larme du pin, sous la dent invisible du poison, des os se détachaient, affreux spectacle ! […]. Or son père, le malheureux ! dans son ignorance de la calamité, soudain entre dans l’appartement, se jette sur le cadavre, gémit aussitôt, enveloppe le corps de ses bras […] Puis, quand il eut fini ses lamentations et ses sanglots, il voulut redresser son vieux corps, mais il adhérait, comme un lierre à des rameaux de laurier, aux voiles fins ; et c’était une lutte horrible. […] Enfin il renonça et rendit l’âme, l’infortuné ! car le mal était plus fort que lui lu. Ils gisent morts, la fille et le vieux père, à côté l’un de l’autre.
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gillgill   10 mai 2012
Médée : ce nom fait surgir en nous des images multiples et contradictoires ; celle de la femme trahie par l'homme auquel elle avait tout sacrifié, mais aussi celle de la sorcière capable de tuer ses propres enfants ; un être inhumain pourtant torturé par les émotions les plus humaines ; la haine et l'amour porté à leur comble.
Ce qui fascine en elle, c'est son ignorance absolue du médiocre, cette nécessité de franchir en tout domaine les bornes du connu, cette dimension superlative qu'elle acquiert dans le bien comme dans le mal.
Peu de héros de la mythologie offrent autant de facettes et se laissent aussi difficilement définir.
[...]
Les deux premières "Médée" qui nous aient été intégralement transmises illustrent elles-mêmes le caractère protéiforme de l'héroïne ; si celle d'Euripide (vers 485-406 avant J-C) est un chef d’œuvre reconnu, celle de Sénèque (vers 4 avant/65 après J-C) est aujourd'hui fort méconnue : en les réunissant dans un même volume, nous voudrions montrer que chacune, recréant un personnage complexe, en a aussi privilégié un aspect différent.
Sénèque n'est pas Euripide....
(extrait de la préface de l'édition parue à "Rivages poche/petite bibliothèque" en 1997)
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mathilde08mathilde08   20 octobre 2014
Je le proclame : parmi les mortels ceux qui ignorent totalement ce que sont des fils pour n’en avoir pas eu l’emportent en bonheur sur les parents. Ceux qui n’ont pas d’enfants, dans l’incertitude où l’on est si les enfants sont joie ou amertume pour les mortels, de par leur sort sont affranchis de beaucoup de peines. Mais ceux qui dans leur maison ont une douce floraison d’enfants, je les vois tout le temps s’épuiser en soucis. D’abord, comment les élèveront-ils honnêtement ? D’où tireront-ils les ressources à leur laisser ? Et puis, est-ce pour des méchants ou pour des bons qu’ils se donnent tant de mal ? Mystère. Enfin le suprême malheur pour tous les mortels, je vais vous le dire : voilà qu’ils ont trouvé des ressources suffisantes ; les enfants ont atteint la jeunesse ; ils sont bons ; mais, telle étant la volonté du destin, vient la mort qui dans l’Hadès emporte leurs corps. Où est alors l’avantage pour les mortels quand aux autres maux ils voient ce nouveau chagrin, le plus cruel de tous, à cause d’enfants, leur échoir du fait des dieux ?
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Nastasia-BNastasia-B   27 octobre 2012
La jeune femme va recevoir le bandeau d'or. Infortunée, c'est recevoir la mort. Sur ses cheveux blonds elle va poser de ses propres mains les joyaux de l'enfer.
Leur beauté, leur éclat surhumain vont la persuader de prendre robe et couronne d'or, de s'en vêtir, infortunée, déjà parée pour ses noces avec la mort.
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Nastasia-BNastasia-B   15 janvier 2013
Qu'est-ce qu'un mortel ? Rien qu'une ombre. Je le sais depuis bien longtemps et je le dis sans crainte : les hommes qui paraissent sages, qui font sonner bien haut leurs grands calculs, ce sont ceux-là qui paieront le plus cher. Le bonheur n'est pas fait pour nous les mortels. La fortune a flux et reflux, favorisant celui-ci, celui-là. Mais qui est heureux ? Personne.
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Videos de Euripide (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Euripide
Pendant toute la durée du Festival d'Avignon, la comédienne Isabelle Huppert se remémore un moment marquant de son histoire avec le plus grand rassemblement de théâtre au monde. On se souvient, en 2000, de son apparition magique dans la Médée d'Euripide. Dans l'obscurité grandiose de la Cour d'honneur du palais des Papes, Isabelle Huppert, dirigée par Jacques Lassalle, offrait à la matricide son calme souverain. Elle nous la rendait proche, presque familière, en faisait une femme déses-pérée comme une autre… À Avignon toujours, elle est même parvenue à nous faire sourire des terribles mésaventures de Justine, à travers ses lectures de Sade. L'égérie de Chabrol et de Haneke au cinéma sait au théâtre merveilleusement libérer les monstres et apprivoiser les détresses. Ses compagnonnages scéniques avec Peter Zadek, Claude Régy, Bob Wilson, Krzysztof Warlikowski et Luc Bondy l'ont forgée à la magie du plateau. Isabelle Huppert y rayonne comme personne, y attire la lumière. Dirigée par le Portugais Tiago Rodrigues, elle sera cette fois Lioubov Andréievna dans La Cerisaie, de Tchekhov…

ENTRETIEN FABIENNE PASCAUD
RÉALISATion PIERRICK ALLAIN BASILE LEMAIRE
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