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Victor-Henry Debidour (Traducteur)
EAN : 9782290318621
93 pages
Éditeur : J'ai Lu (12/07/2002)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 219 notes)
Résumé :
Après le fabuleux voyage des Argonautes, Jason prend pour femme celle qui l'a tant aidé dans la conquête de la Toison d'Or : Médée. De sang royal mais d'origine barbare, elle restera toujours l'Etrangère à Corinthe. Est-ce la raison qui pousse Jason, dix ans plus tard, à rompre l'alliance, pour une autre bien plus avantageuse ? Le roi Créon lui offre sa fille... Outragée, délaissée avec ses deux fils, Médée est prête à tout. Rien n'arrêtera sa violence, et son intel... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  09 décembre 2016
Lire une oeuvre antique (comme Aristote, César, Suétone et tant d'autres) a quelque chose d'une exploration. Exploration dans le temps, dans une mentalité, dans des lieux et des moeurs disparus, exploration dans une langue et une façon d'exprimer les pensées qui n'est plus de ce monde.
Mais ce qui fait l'intérêt de telles lectures, le plus souvent, c'est d'en déceler la fraîcheur sous l'écorce flétrie. Quel bonheur quand on arrive encore à en déguster le suc, quand on arrive à se sentir en résonance avec des gens et des époques disparues dont nous sommes pourtant les authentiques héritiers.
J'ai déjà parlé moult fois de l'exercice si particulier d'arriver à se couler soi-même dans le moule de la tragédie antique : C'est déroutant quant à la forme (présence de passages chantés, d'un choeur et d'un coryphée qui joue un rôle de médiation avec le public, un peu à la façon d'un Monsieur Loyal au cirque, mais aussi une structure rigide très codifiée avec prologues, épisodes toujours terminés par des stases et épilogues).
C'est déroutant quant au fond (notamment la portée civique et pédagogique de la tragédie antique qui est à des années lumières de notre conception actuelle du théâtre). Or Médée, qui est pour ainsi dire, l'archétype d'une bonne tragédie grecque, peine à nous fournir encore ce jus délicat, cet indice de survivance d'actualité.
On aurait envie d'y croire, se laisser embarquer dans son désarroi, la pauvre, elle est allée trahir les siens pour les beaux yeux de Jason, le corinthien, et ce goujat, non content de lui avoir fait deux gosses est allé fourrer son nez ailleurs (voire autre chose !), et a succombé aux charmes d'une princesse histoire d'assurer le quotidien pour l'avenir.
Bref, une bonne vieille histoire d'adultère en somme. Si l'on adjoint à cela qu'à l'époque une répudiation pouvait s'accompagner d'une condamnation à l'exil, effectivement, Euripide n'a pas lésiné sur les malheurs de son héroïne. Donc, tout de suite, la Terre s'arrête de tourner pour Médée qui ne voit comme seule et unique solution à son problème (et en toute logique !), que l'assassinat tant de la princesse nouvelle élue du coeur de Jason, que du roi Créon qui a décrété son bannissement, que de ses deux propres enfants (rien que ça !).
C'est là que j'ai un peu de mal avec la tragédie grecque. Au sens propre, c'est très théâtral, trop à mon goût, et deux mille ans de littérature sont passés par là. On peut évidemment s'émerveiller devant une faucille en silex du néolithique, mais dire qu'on n'a rien fait de mieux depuis, c'est peut-être un peu trop, et c'est bien ce que je ressens à la lecture de Médée.
Ce qui ne m'empêche pas de croire que Médée est probablement un des plus grands chef-d'oeuvres de cette époque, mais de là à en reprendre à chaque repas aujourd'hui au XXIè siècle, peut-être pas.
Pour ma part, je considère ce texte comme un patrimoine de l'humanité à conserver, et en ce sens, à lire car c'est notre culture, c'est de là que l'on vient, un peu comme j'aime à voir un vieux lavoir de pierre et de bois sans pour autant vouloir abandonner la machine à laver pour retourner me mettre les mains dans l'eau froide.
Qu'en est-il du message civique d'Euripide ? Pour les hommes, cela pourrait se résumer à : « N'allez pas succomber aux charmes d'un autre lit, dont vous serez déçu tôt ou tard ». Pour les femmes : « Votre condition vous expose toutes à subir l'affront de l'adultère, donc gardez la tête froide et tâchez de rester dignes si pareille mésaventure devait vous arriver ».
Pour Jason, la morale ressemble à s'y méprendre à celle de la Poule Aux Oeufs d'Or de la Fontaine, « on hasarde de perdre en voulant trop gagner ». Mais il y a encore, ce me semble, une dimension supplémentaire car Médée franchit le pas de l'infanticide, le dernier des crimes. le message nous enjoint à considérer l'horreur des excès que peuvent nous amener à commettre la jalousie ou l'orgueil.
Au total, une impression mi-figue, mi-raisin mais j'ajouterais néanmoins qu'il y a dans cette tragédie trois ou quatre très belles répliques (malgré l'injure que constitue une traduction pour ce type d'oeuvre), dignes de figurer dans un recueil de maximes.
Toutes ces considérations, vous le savez maintenant, sont à prendre avec d'infinies précautions, car ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Tandarica
  07 avril 2020
Euripide le dit à travers le coryphée : c'est lorsqu'il n'y a plus d'espoir (ce sale espoir) que le tragique surgit. Les dieux sont omniprésents tout au long de la pièce : dans les rites, les oracles, le char de Médée. Les discours de celle-ci sont parcourus par de nombreuses allusions à la condition féminine et à la sexualité.
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michfred
  10 avril 2016
Et encore une Médée, la première au théâtre, celle d'Euripide!
Si je me réfère à mes critiques de la Médée de Sénèque, la Médée d'Euripide est un contre-exemple parfait!
Voici une vraie tragédie, - et non une noire caricature- faite pour être jouée - -et non pas seulement lue-, construite sur une structure bien balancée - et non à la va -comme-je-te-pousse- , avec un vrai choeur - un choeur de femmes d'ailleurs, c'est important! qui joue son rôle d'humanité moyenne à laquelle le spectateur s'identifie- et dont le point de vue évolue avec les péripéties, de la compassion à l'horreur.
Et surtout voici une héroïne qui commet un acte monstrueux mais qui n'est pas un monstre .
Elle a encore des larmes, des fragilités, des doutes, des hésitations, des attendrissements et si elle se décide au crime atroce d'infanticide, c'est parce qu'elle est arrivée au bout de sa route.
Voici aussi des personnages secondaires qui ont un vrai poids et se partagent entre deux camps: la nourrice et Egée pour Médée, Créon et Jason contre Médée.
L'histoire n'a pas changé- mais tout est changé.
On n'est pas dupe de ce beau parleur de Jason, le roi des arguties, le champion de la mauvaise foi, qui même après la mort atroce de ses enfants n'en demeure pas moins un triste individu que le choeur renvoie dans ses cordes comme un boxeur sonné..
Et on peut plaindre Médée, suivre les méandres de sa douleur. Malgré son acte impardonnable, elle reste une mère, une mère frappée d'égarement et de folie, mais une mère "sublime, forcément sublime"..si vous voyez ce que je (ne) veux (pas) dire!!
Corinthe, c'est un peu la Vologne, parfois...
La sombre folie, la perfide Erynie la guette, et elle est beaucoup moins la noire magicienne un peu kitsch peinte par Sénèque, qui nargue Jason sur le toit du palais en flammes et s'envole avec son char de serpents ailés, façon Game of Thrones, qu'une étrangère malheureuse, abandonnée en terre hostile, à qui, étrangement, Egée , en échange d'un dénouement d'aiguillettes -il ne peut avoir d'enfants- promet un passeport estampillé, une intégration modèle, un F3 et un nouveau départ dans sa ville -lumière, Athènes, la belle, la généreuse...
Alors ça, si ce n'est pas un signe que même les Dieux redonnent à Médée une seconde chance..
Une pièce d'Euripide assez réussie, en somme, avec ses ambiguïtés et ses contradictions, pour nous donner du grain à moudre et nous empailler quelque peu autour du personnage central!
Noir c'est noir, comme dirait quelqu'un, mais ici le noir est la dernière couleur avant l'extinction des feux...et le passage de l'autre côté...
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cmpf
  21 février 2018
Une femme qui tue ses propres enfants pour se venger de leur père qui l'a délaissée. Est-il quelque chose qui paraisse plus inhumain ? Et plus près de la folie ? C'est pourtant ce que choisit Médée. La nourrice le dit dans le prologue les puissants sont “peu faits à obéir, toujours à dominer, ils ont peine à changer le cours de leurs humeurs…”
Qui est donc cette infanticide ? Médée est descendante du soleil, c'est une magicienne, fille de Éétès. Lorsque Jason arrive pour prendre possession de la Toison d'Or, elle en tombe amoureuse et choisit de l'aider à récupérer La Toison. Elle prend donc le partie de Jason contre son propre père et va jusqu'à égorger son frère.
Comment s'étonner alors que cette femme vindicative sacrifie ses enfants qu'elle semble pourtant aimer à son désir de vengeance.
C'est la première pièce grecque que je lis mais l'expérience m'a parue suffisamment plaisante pour que je le réitère. J'ai dû tout de même regarder auparavant quelques vidéos sur la structure de la tragédie antique pour apprécier au mieux un genre différent.
Challenge ABC 2017-2018
Challenge Théâtre 2017-2018
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Bruidelo
  26 août 2018
Quelle pièce! Terrible, fascinante, énorme.
Bon, Jason est une sacrée tête à claques, en particulier quand il fait le lamentable sophiste en argumentant pitoyablement pour justifier l'abandon de la femme qui lui a permis de conquérir la toison, trahissant les siens pour lui, tuant aussi bien frère que dragon pour lui assurer le succès. Carrément mufle dans son absence de reconnaissance pour Médée - Eh! il ne lui doit rien puisque c'est Éros qui, par ses flèches imparables, l'a contrainte à lui sauver la vie ( je ne voudrais pas justifier Médée, mais il y a quand même de quoi être sérieusement agacé non?). Après il faut avouer qu'il est très drôle dans la conclusion de son discours, pas gêné l'Argonaute qui doit quand même sa gloire à cette engeance féminine qu'il sait si bien utiliser pour ses intérêts:
« Il faudrait que les hommes
fassent naître les enfants d'un autre endroit, n'importe, et qu'il n'y ait pas la race femme.
De cette façon, le mal n'existerait pas chez les humains. »
Mais Médée la ravageuse, la monstrueuse, est elle un personnage d'une intensité extraordinaire, dans sa folie vengeresse comme dans ses déchirements. Incandescent mélange de détresse, d'humanité et de puissance destructrice no limit, elle captive, on compatit, on s'horrifie.
Un chef-d'oeuvre!
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Virgule-MagazineVirgule-Magazine   23 juin 2015
MESSAGER - ce fut un spectacle horrible à voir : elle change de couleur ; pliée en deux, elle recule ; ses membres tremblent ; elle n’a que le temps de se laisser tomber sur le trône pour ne pas s’abattre à terre. Une vieille servante […] pousse le cri de la supplication. Mais bientôt elle lui voit à la bouche venir une blanche écume, dans leur orbite les pupilles se retourner, le sang abandonner le corps […]. Car un double fléau s’attaquait à sa personne : le diadème d’or posé sur sa tête lançait un prodigieux torrent de feu dévorant et les voiles légers […] mordaient la chair blanche de l’infortunée. Elle fuit, s’étant levée du trône, embrasée, secouant sa chevelure et sa tête en tous sens, pour rejeter la couronne : mais l’or restait fixé à sa tête, soudé, et le feu quand elle secouait plus fort sa chevelure redoublait d’éclat. Elle tombe sur le sol, vaincue par l’infortune, entièrement méconnaissable, sauf pour son père : on ne distinguait plus la place de ses yeux ni la grâce de son visage ; le sang, du sommet de sa tête, dégouttait au milieu des flammes ; les chairs, comme la larme du pin, sous la dent invisible du poison, des os se détachaient, affreux spectacle ! […]. Or son père, le malheureux ! dans son ignorance de la calamité, soudain entre dans l’appartement, se jette sur le cadavre, gémit aussitôt, enveloppe le corps de ses bras […] Puis, quand il eut fini ses lamentations et ses sanglots, il voulut redresser son vieux corps, mais il adhérait, comme un lierre à des rameaux de laurier, aux voiles fins ; et c’était une lutte horrible. […] Enfin il renonça et rendit l’âme, l’infortuné ! car le mal était plus fort que lui lu. Ils gisent morts, la fille et le vieux père, à côté l’un de l’autre.
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gillgill   10 mai 2012
Médée : ce nom fait surgir en nous des images multiples et contradictoires ; celle de la femme trahie par l'homme auquel elle avait tout sacrifié, mais aussi celle de la sorcière capable de tuer ses propres enfants ; un être inhumain pourtant torturé par les émotions les plus humaines ; la haine et l'amour porté à leur comble.
Ce qui fascine en elle, c'est son ignorance absolue du médiocre, cette nécessité de franchir en tout domaine les bornes du connu, cette dimension superlative qu'elle acquiert dans le bien comme dans le mal.
Peu de héros de la mythologie offrent autant de facettes et se laissent aussi difficilement définir.
[...]
Les deux premières "Médée" qui nous aient été intégralement transmises illustrent elles-mêmes le caractère protéiforme de l'héroïne ; si celle d'Euripide (vers 485-406 avant J-C) est un chef d’œuvre reconnu, celle de Sénèque (vers 4 avant/65 après J-C) est aujourd'hui fort méconnue : en les réunissant dans un même volume, nous voudrions montrer que chacune, recréant un personnage complexe, en a aussi privilégié un aspect différent.
Sénèque n'est pas Euripide....
(extrait de la préface de l'édition parue à "Rivages poche/petite bibliothèque" en 1997)
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mathilde08mathilde08   20 octobre 2014
Je le proclame : parmi les mortels ceux qui ignorent totalement ce que sont des fils pour n’en avoir pas eu l’emportent en bonheur sur les parents. Ceux qui n’ont pas d’enfants, dans l’incertitude où l’on est si les enfants sont joie ou amertume pour les mortels, de par leur sort sont affranchis de beaucoup de peines. Mais ceux qui dans leur maison ont une douce floraison d’enfants, je les vois tout le temps s’épuiser en soucis. D’abord, comment les élèveront-ils honnêtement ? D’où tireront-ils les ressources à leur laisser ? Et puis, est-ce pour des méchants ou pour des bons qu’ils se donnent tant de mal ? Mystère. Enfin le suprême malheur pour tous les mortels, je vais vous le dire : voilà qu’ils ont trouvé des ressources suffisantes ; les enfants ont atteint la jeunesse ; ils sont bons ; mais, telle étant la volonté du destin, vient la mort qui dans l’Hadès emporte leurs corps. Où est alors l’avantage pour les mortels quand aux autres maux ils voient ce nouveau chagrin, le plus cruel de tous, à cause d’enfants, leur échoir du fait des dieux ?
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Nastasia-BNastasia-B   27 octobre 2012
La jeune femme va recevoir le bandeau d'or. Infortunée, c'est recevoir la mort. Sur ses cheveux blonds elle va poser de ses propres mains les joyaux de l'enfer.
Leur beauté, leur éclat surhumain vont la persuader de prendre robe et couronne d'or, de s'en vêtir, infortunée, déjà parée pour ses noces avec la mort.
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Nastasia-BNastasia-B   15 janvier 2013
Qu'est-ce qu'un mortel ? Rien qu'une ombre. Je le sais depuis bien longtemps et je le dis sans crainte : les hommes qui paraissent sages, qui font sonner bien haut leurs grands calculs, ce sont ceux-là qui paieront le plus cher. Le bonheur n'est pas fait pour nous les mortels. La fortune a flux et reflux, favorisant celui-ci, celui-là. Mais qui est heureux ? Personne.
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Videos de Euripide (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Euripide
EURIPIDE – Une Vie, une Œuvre : vers 480-406 av. J.-C. (Émission de radio, France Culture, 2004) Émission "Une Vie, une Œuvre" diffusée le 24 février 2004 sur France Culture. Invités : Pierre Judet de la Combe, Jean Bollack, Michel Cazenave, Farid Paya, Jean Gilibert, Maria Casarès.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature hellénique. Littérature grecque>Littérature grecque : drames (40)
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