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Françoise Adelstain (Traducteur)
EAN : 9782266329804
320 pages
Pocket (22/02/2024)
3.68/5   45 notes
Résumé :
Son nom d'esclave est Omorenomwara. Mais elle est née Doris Scagglethorpe, dans un pays froid et sauvage du Nord de l'Europa : l'Angleterre. Elle a été kidnappée enfant et convoyée en fond de cale d'un navire marchand, vers la Grande-Ambossa, archipel attaché au continent prospère d'Aphrika. Achetée par une riche famille pour tenir compagnie à leur fille, Petite Miracle, puis revendue à un puissant propriétaire terrien, le chef Kaga Konata Katamba 1er, Doris est dev... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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De l'autre côté du miroir, les couleurs sont inversées.
Les esclaves sont blancs, les esclavagistes sont noirs.
L'Afrique civilisée a construit une culture et une économie dynamique, notamment en capturant les Européens primitifs et en les utilisant comme esclaves.
Cette uchronie fournit la toile de fond du dernier roman de Bernadine Evaristo.

Doris Scagglethorpe, jeune anglaise, est amenée dans le Nouveau Monde comme esclave. C'est à travers son histoire que le lecteur découvre la torsion historique opérée par l'autrice. Un travail ingénieux qui inverse les rôles pour mieux pimenter la satire.

Tout les préjugés raciaux nous sont resservis mais les victimes ne sont plus les mêmes.
Les blancs ont un petit crâne donc ils ne peuvent pas être intelligents. Ils sont fainéants, ce sont des barbares sans culture, sans raffinement, ils se ressemblent tous, ils ne sont pas beaux.
Car de cette domination noire découlent aussi les normes esthétiques. Doris, rebaptisée Omorenomwara par son maître, est contrainte de porter ses cheveux blonds raides en cerceaux tressés sur toute la tête. Elle doit marcher pieds nus. Et seins nus. D'ailleurs, les blancs affranchis essaient de se bronzer, ceux qui peuvent se le permettre se font opérer pour aplatir leur nez…

Au milieu du roman, Bernardine Evaristo inclut un essai de 50 pages écrit par le propriétaire de Doris sur "La véritable nature du commerce des esclaves & remarques sur le caractère et les coutumes des europans ». Ce faux mémoire regorge de thèses scientifiques fumeuses et de valeurs morales pour justifier l'esclavage.

Avec « Des racines blondes », l'autrice est aussi drôle que tragique. L'absurdité et l'illégitimité de la domination d'un peuple sur un autre pourrait vraiment être une belle farce si ce n'était pas une réalité historique.
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«Intérieurement, pourtant, je savais que les trafiquans d'esclaves n'abandonneraient jamais une telle vache à lait. L'un des business internationaux les plus lucratifs qu'on ait connus, comprenant le transport à grande échelle des Blancs embarqués par millions du continent Europa vers les îles du Japon-Occidental, ainsi baptisées quand le « grand » aventurier et explorateur Chinua Chikwuemeka, qui essayait de trouver une nouvelle route vers l'Asie, les avait confondues avec les légendaires îles du Japon. le nom leur était resté.
Me voici donc, habitante du Royaume-Uni de la Grande-Ambossa (R.U. ou G.A. en raccourci), lui-même partie du continent Aphrika. Qui se situe juste de l'autre côté de la Manche ambossane. On l'appelle aussi le continent ensoleillé, du fait de la chaleur torride qui y règne.
La Grande-Ambossa est en réalité une très petite île avec une population croissante qu'il faut nourrir et qui donc déplie ses petits doigts avides sur la totalité du globe, dévalisant des
pays et volant des personnes.
Moi y compris. Je suis l'une des Personnes Volées.»

Des racines blondes, Bernardine Evaristo @bernardineevaristo @editions_globe

Puissant🔥

Ce roman est absolument incroyable et bien pensé! Il réécrit l'histoire en inversant les rôles: ce sont les Blancs qui se retrouvent esclaves des Ambossans!

«Les Ambossans sont en général un peuple fier et vigoureux.
Selon une plaisanterie largement répandue, les Gambiens frappent à la porte, les Ghanéens la poussent et l'ouvrent, et à votre avis que font les Ambossans ? Ils la défoncent, mec !
Bwana était un vrai chef ambossan. Il avait les lèvres humides et spongieuses d'un homme habitué à les satisfaire, le nez large et poreux qui se fronçait quand il était agacé et suintait quand il enrageait, les épaules rigides de Monsieur Muscle et une corpulence qui lui conférait la solennité d'un vieux dictateur militaire.
Le riche mâle ambossan, souvent agile et mince comme un lévrier dans sa jeunesse, se forge un blindage de graisse en vieillissant. Un gros homme non seulement occupe un espace physique démesuré, mais marche en se dandinant et avec la lenteur de quelqu'un dont l'autorité n'est jamais mise en cause.»

Autant vous le dire directement: ce livre est une pépite! 👌🏼 le décor est planté dès le départ et les références à l'époque sont diverses et bien étayées!

« Ma seconde camarade de chambre était la jeune et joyeuse
Sitembile, qui venait d'avoir vingt ans. Elle aimait nous rappeler, à nous humbles mortels, qu'elle était née princesse Olivia de
Champfleur-Saxe-Cobourg-Grimaldi-Bourbon-Orléans-Habsbourg dans un palais de l'ancien territoire de Monaco.
Prise en otage au cours d'une guerre contre les Français, elle avait été vendue à ses kidnappeurs par son père le roi qui refusait de payer une rançon pour la libération d'une fille alors qu'il avait déjà cinq fils héritiers de la couronne.
Sitembile occupait la position enviée de laveuse des toilettes de la maisonnée, vidant approximativement cinquante pots de chambre tous les matins, avant de passer le reste de la journée à écoper les chiottes et à les arroser de désinfectant à la chaux pour dissuader les insectes et les mouches. »

En inversant les rôles, en transposant le vécu, la réalité prend une toute autre forme! C'est criant de réalisme, brut, violent, sans demi-mesure!

« Ils ont amené les « rebelles ». Un spectacle allait commencer.
Slade n'était pas parmi eux.
Puis j'ai aperçu Garanwyn, qui se traînait sur le sol en s'aidant d'un bras. On lui avait brisé les rotules. Les yeux disparaissaient sous des enflures et des ecchymoses. le côté droit du visage avait deux fois sa taille normale. Il lui manquait l'oreille gauche, la droite était de la chair ensanglantée. La poitrine s'était effondrée comme si on en avait extrait toutes les côtes. Un bras pendait, désarticulé. Il n'avait pas d'ongles aux mains ni aux pieds. Ses parties génitales étaient de la bouillie. »

La puissance du récit repose aussi sur le fait qu'il est à deux voix: un premier livre raconté par Doris, l'esclave qui souhaite retrouver sa liberté…

« Les Ambossans nous qualifiaient de tribus, mais nous étions des nations, chacune avec sa propre langue et ses drôles d'anciennes coutumes, comme dans les Territoires Frontaliers, où les hommes portaient des jupes en tartan sans caleçon dessous.
Les Ambossans qualifiaient aussi l'Europa de Continent Gris, à cause de ses ciels toujours couverts.
Mais si vous saviez combien me manquaient ces ciels gris nuageux.
Combien me manquaient le crachin et le vent qui me frappaient les oreilles. »

… un second livre de la main du Bwana, Seigneur puissant et incontesté, convaincu de sa légitimité…

« du fait qu'il est si rabougri, le cerveau caucasoïnide n'éprouve que des émotions émoussées. Tout comme les bêtes de somme qui travaillent les champs, le Caucasoï est incapable d'une émotivité aiguë, car son statut de Néo-Primate le situe à quelques pas seulement du règne animal et de ses besoins d'Ambulation, d'Agitation, de Capitulation, de Somnambulisme, d'Ejaculation, de Procréation, de Mastication, de Procrastination et d'Hibernation. »

Le troisième livre enfin rend la plume à Doris avec quelques incartades de Chef Kaga Konata Katamba Ier. Ce qui permet de rendre le récit plus vivant, plus intéressant avec l'alternance des points de vue et l'expérience de chacun.

« Oui, Cher Lecteur, les indigènes de ces terres commencent seulement maintenant à émerger des profondeurs abominables de la sauvagerie que nous, nations civilisées, avons abandonnée dans les temps préhistoriques. »

Un livre brillant et passionnant, un regard différent et percutant, une histoire d'esclavage comme vous n'en avez jamais lue!

Une pépite je vous dis 🌟
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« Toute chose est sujette à interprétation : l'interprétation qui prévaut à un moment donné est une affaire de pouvoir et non de vérité ».
Nietzsche
« Des racines blondes » un futur grand classique qui restera gravé dans le marbre.
Solaire, coloré, judicieux, la pierre angulaire d'une littérature hors pair. Stimulant, complice, il prend notre visage dans ses mains, tout est connivence. Inventif, ici s'élève le fronton d'une fable finement politique.
Observez bien la carte géographique avant de commencer la lecture.
Le renversement de l'Histoire au garde-à-vous, une sacrée leçon lucide et implacable. Tel est le récit d'une autrice de renom, Bernardine Evaristo. L'Afrique conquérante, souveraine du monde. Les couleurs inversées, c'est le noir qui emporte la mise et croyez-moi bien, les signaux sont de sacrés avertissements et un retour du bâton. Les despotes devenus des esclaves, case noire et case blanche. L'antithétique en diapason, les couleurs mutent.
Le récit prend place. Nous sommes dans la magie d'une fiction de haute voltige.
Doris est une jeune enfant dont « les cheveux blonds raides coiffés en tresses auxquelles s'entremêlait du fil de fer et arrangées en cerceau au-dessus de la tête ». « Je voulais protester : nous les blanches n'avons pas la structure osseuse permettant de supporter cet échafaudage ». Elle vit avec ses parents, des serfs dans le Grand Nord en Angleterre. Ces derniers sont soumis au maître Lord Perceval Mortagne (Percy quand il avait le dos tourné). Et ce de génération en génération. Ils cultivent des choux, humbles et pauvres. La dime obligatoire, et tutti quanti. Doris va être kidnappée par des trafiquants et revendue en Aphrika. On ressent de plein fouet les mouvances de notre monde contemporain. La structure parabolique et insistante, le chef des esclaves est Kaga Konata Katamba 1er. « Quand Bwana m'a achetée, il a fait tatouer aussi son nom: KKK ». La peau marquée, la blancheur ensanglantée, la violence exacerbée, esclave devenue pour Madame Bienfaitrice, le masque, ne plus ressembler « aux misérables filles venues d'Europa ». « Je découvrais comment les Ambossans avaient endurci leur coeur contre notre humanité. Ils s'étaient convaincus que nous ne ressentions pas les choses de la même manière qu'eux et que par conséquent ils n'avaient pas à éprouver le moindre sentiment pour nous ». La transmutation coopère. Ce qui fût est bousculé. Les Arricians méprisent les occidentaux, les quartiers «Banlieues Vanille » « Cités Chocolat » pour les blancs libérés, tentes communautaires, symbole de nos propres rejets, la part sombre de notre contemporanéité. le récit vibre en rythme géopolitique et pointe du doigt, dans une subtilité hors norme car tout est suggéré et flouté, les méandres de nos racines historiques.
« Pour les Ambossans les Banlieues Vanille étaient en général Zone interdite, sauf pour les chérifs qui traquaient les fugitifs dans les dunes ».
Doris va chercher à s'échapper. le jour clef, où les Ambossans vont à la messe Voodoo, ce que d'aucuns ne manqueraient pour rien au monde. La fuite est risquée. Doris part, court, vole, se terre et ne désire qu'une liberté en advenir et son émancipation. Retrouver les siens et sa terre-mère. Sa tête est mise à prix pour qui ramènera la maigre esclave blonde Omorenomwara, alias Doris, et ce plutôt morte que vivante. Elle est dans le vif d'une peur intestine. le périple est houleux. La société hostile à sa vue-même. le racisme criant et son apparence frêle et apeurée font d'elle une source de vulnérabilité. Mais c'est mal la connaître.
Le récit est une transposition sociétale et idéologique. Les Noirs ont pris le pouvoir. La colonisation est caricaturée. Bernardine Evaristo décortique les diktats et ce roman devient malgré la fiction, un signal pour nos consciences. « Des racines blondes » où le summum est la création même de cette histoire. L'imagination de Bernardine Evaristo est le pictural de ce récit. Les noms des villes, des pays, les sous-entendus, les symboles forts. Europa l'île paradisiaque de la Nouvelle-Ambossa ou Japon-Occidental, et cetera. Il ne suffit pas de lire ce chef-d'oeuvre, mais de s'imprégner aussi des couleurs, des intuitions d'une autrice éveillée qui remet d'équerre le tracé de notre Histoire. Ce roman gorgé de vitalité et d'une haute intelligence dont la morale, « ne fais confiance qu'à ceux qui le méritent » est inventif, audacieux. Politique, mémoriel, ce conte fabuleux est un signal pour nos consciences. Et si c'était nous ?
Cette fresque engagée, excelle, tant elle est critique de notre monde et de nos habitus sociologiques. « Apprendre à toujours se méfier », comme le disait Prosper Mérimée.
« Considérée comme l'héritière de Toni Morrison » Bernardine Evaristo après Fille, femme, autre, Mr Loverman et Manifesto, Des racines blondes est une consécration littéraire. Traduit à la perfection de l'anglais (Royaume-Uni) par Françoise Adelstain, publié par les majeures Éditions Globe.
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Je me faisais une joie de lire ce livre, dont j'avais entendu l'autrice parler à la radio. Elle disait à quel point elle avait été presque étonnée des retours des lecteurs blancs qui disaient à quel point cette uchronie, dans laquelle ce sont les noirs aphrikans qui réduisent en esclavage les blancs europans, leur avait fait mieux comprendre l'horreur de l'esclavage. Je voulais lire ce livre, et je voulais aussi voir quelle serait ma réaction à la mise en esclavage de gens me ressemblant. Je me suis donc précipitée sur ce livre lorsque je me suis aperçue qu'il était sorti en poche, et me voilà, maintenant que je l'ai lu. Et c'est une grande déception…
L'idée est bonne, c'est sûr. Mais il aurait fallu soit en faire une longue nouvelle ou un court roman, ou bien il aurait fallu mieux creuser le sujet. Certes, l'inversion est là, mais le monde que crée Bernardine Evaristo est bancal et j'ai été mal à l'aise pendant toute ma lecture, mais pas mal à l'aise pour les bonnes raisons, pas pour sa dénonciation de l'esclavagisme, mais parce que j'avais du mal à me retrouver dans ce monde, un monde qui emprunte à plusieurs périodes historiques allant du moyen âge avec par exemple le servage (qui, si je ne me trompe pas n'existait plus au moment où le commerce triangulaire a pris son essor) jusqu'à la période contemporaine avec des skates et des ados typiques d'aujourd'hui (le téléphone portable en moins). Cela donne un drôle de mélange technique, de la plume d'oie au roulement à bille. On pourrait me rétorquer, et à raison, que Bernardine Evaristo crée un monde et qu'elle a donc le droit de faire ce qu'elle veut, mais pour moi, cela a nui à mon immersion dans la réalité du livre et donc à la qualité de ma lecture.
Et plus important encore, c'est dans le traitement même du sujet de l'esclavagisme qu'il y a quelques lacunes. Quand on veut renverser un monde, il faut le faire de façon cohérente. Ici, il y a des bouts renversés et d'autres non : on se réfère parfois aux blancs en parlant des « blègres », un retournement bien vu du terme « nègres », mais pourquoi les navires utilisés pour la traître sont-ils des navires négriers, et non des « navires blégriers » ? Ce travail un peu fait à moitié affaiblit beaucoup le message du livre : on n'a pas les images pour nous rappeler sans cesse le renversement de situation, et les mots ne le rendent pas suffisamment omniprésent, ce qui est bien dommage puisque c'est la raison d'être du livre…

Me voici donc en train d'écrire une note de lecture bien négative, peut-être trop. Si ce livre ne m'a pas convaincue, je me dis qu'il a tout de même le mérite d'exister et il peut présenter un véritable intérêt pour certains lecteurs. Probablement principalement des lecteurs qui sont sensibilisés aux questions du racisme, mais sans y avoir pensé de façon très approfondie. le retournement des valeurs présenté dans ce livre est intéressant pour quelqu'un qui ne s'est jamais vraiment posé cette question !
Et puis il y a quelques questions qui traversent les débats sur le féminisme et l'anti-racisme de ces dernières décennies qui sont évoqués (quoique un peu rapidement, il faut presque déjà connaître ces débats pour les repérer)
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J'aimerais commencer ma Critique en remerciant Babelio, avec sa Masse Critique, ainsi que les Éditions Globe, pour m'avoir permis de découvrir « Des racines blondes » de Bernardine Evaristo.

Tout d'abord, LE Livre en tant qu'objet. C'est un très beau livre, avec une jolie couverture, colorée, qui colle parfaitement au livre.

Ensuite LE Pourquoi. Pourquoi avoir choisi ce livre ? Pour son originalité, son inversion des couleurs : « Et si l'Afrique avait conquis le monde ? Et si les maîtres étaient devenus les esclaves ? »

Doris est une jeune anglaise qui vivait avec sa famille, ses parents et ses trois soeurs, de la culture du chou, sous un système politique, économique de type féodal. Avant d'être enlevée afin de devenir l'esclave des habitants de l'aphrika.

(Extrait racontant justement, son enlèvement)

« LA PROIE

Dix ans plus tard, j'étais « la proie » d'une partie de cache-cache et Madge, Sharon et Alice braillaient que mes jours étaient comptés.

Je les avais semées et je me cachais derrière des fourrés au bout du champ. À l'abri de mon buisson, je m'en souviens, je jetais un cil pour voir si elles se dirigeaient vers moi quand un bras a ceinturé ma taille et m'a traînée en lisière de la forêt de Coppice, qui bordait les champs.

Si rapidement que, avant que j'aie pu me débattre ou crier, je me suis retrouvée projetée sur une épaule vigoureuse, la tête emprisonnée dans un sac et bringuebalant sur le dos de l'assaillant.

Ensuite il s'est mis à courir. Je n'avais pas vu à quoi il ressemblait, et personne ne m'avait vue disparaître. J'avais du mal à respirer, le sang s'accumulait dans ma tête et commençait à couler par le nez. Je me rappelle avoir également mouillé ma culotte.

Voilà. Ce fut aussi rapide et brutal que ça. »


Mais, on lui offre, via un petit morceau de papier, la possibilité de fuir … La suite, je vous laisse le plaisir de la découvrir, si le coeur vous en dit !

Ce que j'en retiens, il s'agit là d'une lecture agréable mais surtout pas légère. Je découvre la plume de Bernardine Evaristo et pour la définir je n'utiliserais qu'un seul mot : Puissante !
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critiques presse (2)
LaCroix
13 mars 2023
Avec cette dystopie où les Africains règnent en maître sur la planète, Bernardine Evaristo renouvelle sur un ton décapant le récit de l’esclavage.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Culturebox
20 février 2023
Alors avec beaucoup de précision, Bernardine Evaristo inverse ainsi l'histoire des Blancs et des Noirs. Et au milieu d'une cruauté sans nom, c'est même parfois drôle, notamment quand l'auteur pousse jusqu'aux détails physiques – les canons de la beauté dans ce monde sont noirs – les Blancs veulent leur ressembler, les Noirs aiment l'exotisme des Blancs, etc...
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
LA PROIE

Dix ans plus tard, j'étais « la proie » d'une partie de cache-cache et Madge, Sharon et Alice braillaient que mes jours étaient comptés.

Je les avais semées et je me cachais derrière des fourrés au bout du champ. À l'abri de mon buisson, je m'en souviens, je jetais un cil pour voir si elles se dirigeaient vers moi quand un bras a ceinturé ma taille et m'a traînée en lisière de la forêt de Coppice, qui bordait les champs.

Si rapidement que, avant que j'aie pu me débattre ou crier, je me suis retrouvée projetée sur une épaule vigoureuse, la tête emprisonnée dans un sac et bringuebalant sur le dos de l'assaillant.

Ensuite il s'est mis à courir. Je n'avais pas vu à quoi il ressemblait, et personne ne m'avait vue disparaître. J'avais du mal à respirer, le sang s'accumulait dans ma tête et commençait à couler par le nez. Je me rappelle avoir également mouillé ma culotte.

Voilà. Ce fut aussi rapide et brutal que ça.
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La Grande-Ambossa est en réalité une très petite île avec une population croissante qu'il faut nourrir et qui donc déploie ses petits doigts avides sur la totalité du globe, dévalisant des pays et volant des personnes.
Moi y compris. Je suis l'une des Personnes Volées.
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J'ai toujours essayé de me consoler en pensant que tout en nous détruisant ils se détruisaient eux-mêmes. L'appétit de choses sucrées était tel qu'il se comblait au prix de sourires édentés. Le besoin de café était tel qu'il leur valait une addiction à la caféine, des palpitations cardiaques, de l'ostéoporose et une irritabilité générale. La soif de rhum s'étanchait au prix d'une maladie de foie chronique, de l'alcoolisme et d'une perte de mémoire permanente. Le tabac leur coûtait le cancer, des dents tachées et de l'emphysème.
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Au vingt et unieme siècle, les descendants de Bwanapossèdent toujours le domaine sucrier et figurent au nombre de plus remarquables et des plus riches familles du Royaume-Uni de Grande Ambossa, où ils résident tous.
Les coupeurs de canne, dont beaucoup descendent d'escalves d'origine, sont payés.
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Le destin d'une sorcière est de se retrouver ligotée, lestée et jetée dans une rivière. Si elle coule elle est innocente, bien que déjà morte, évidemment. Si elle surnage, elle est décrétée coupable de sorcellerie et on y met le feu.
Quelque chose, dans cet enfer, avait-il du sens ?
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Vidéo de Bernardine Evaristo
Bernardine Evaristo nous parle de « Manifesto ».
Ne jamais abandonner: telle est la devise que n'a cessé de suivre Bernardine Evaristo tout au long de son extraordinaire trajectoire. Née d'un ouvrier nigérian et d'une institutrice anglaise, l'autrice de Fille, femme, autre – qui lui a valu le Booker Prize en 2019 aux côtés de Margaret Atwood – raconte ici son enfance dans la banlieue londonienne des année 1960, ses épreuves, le racisme, les injustices, mais aussi la foi inextinguible et joyeuse qui l'a guidée dans ses nombreuses aventures. Autoportrait de l'artiste en femme rebelle, passionnée et touche-à-tout, Manifesto nous entraîne dans les coulisses d'une vie trépidante, faite de voyages, d'amours, de poésie, de théâtre et d'engagements. Ce texte intime jette un regard neuf sur quelques-unes des questions essentielles de notre époque – le féminisme, la sexualité, le militantisme, le communautarisme.
Avec panache, humour et générosité, Bernardine Evaristo nous invite, chacune et chacun, à devenir ce que nous sommes, envers et contre toutes les formes d'oppression.
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Françoise Adelstain
Actuellement en librairie
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