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Critique de Presence


Presence
  20 août 2016
Ce tome est le premier d'une nouvelle série, débutée après Secret Wars (2015) de Jonathan Hickman & Esad Ribic. Il comprend les épisodes 1 à 6, ainsi qu'un prologue de 8 pages extrait de Avengers 0, initialement parus en 2016, écrits par Al Ewing, dessinés et encrés par Kenneth Rocafort, à l'exception de l'épisode 6 qui a été dessiné et encré par Christian Ward. La mise en couleurs a été assurée par Dan Brown (épisodes 1 à 5) avec l'aide de Kenneth Rocafort pour l'épisode 4, et par Christian Ward pour l'épisode 6. Cette version des Ultimates n'a aucun point en commun avec celle crée par Mark Millar & Bryan Hitch.

Quelque part juste au-delà des frontières du système solaire, le vaisseau spatial de Black Panther est face à une fissure dans l'espace-temps. C'est à miss America (America Chavez) de sortir dans l'espace et d'intervenir. La solution implique de danser avec sa copine Lisa Halloran, par téléphone interposé. Par la suite, l'équipe des Ultimates (menée par T'Challa) a décidé de résoudre l'un des problèmes majeurs de la réalité : l'existence de Galactus (dont la faim dévorante menace toute planète habitée ou non, de manière arbitraire). Une partie de l'équipe (Miss America & Spectrum) se rend sur la planète Moroder-9 pour une mission de nature inconnue.

L'autre partie de l'équipe (Black Panther, Captain Marvel et Blue Marvel) se rend à bord du vaisseau de Galactus pour un entretien avec lui. Captain Marvel et Black Panther lui font face, pendant que Blue Marvel reste à bord du vaisseau. La mission suivante les entraîne à l'extérieur de l'espace, dans un plan de réalité fragile. Ils vont devoir faire face à Anti-Man (Conner Sims). La réalité est en jeu, au point de nécessiter l'intervention de Lord Chaos & Master Order.

Après Secret Wars 2015, l'univers Ultimate (nomenclaturé1610) a cessé d'exister. le nom de l'équipe Ultimates est donc à prendre. À l'occasion du redémarrage occasionné par la fin de Secret Wars, il revient à al Ewing de proposer une idée. Il constitue une équipe chargée de prendre en charge des risques de nature cosmique et même métaphysique. le scénariste assemble une équipe faite de bric et de broc : Black Panther, Captain Marvel, Blue Marvel, Miss America, Spectrum et même d'une certaine manière Galactus.

Black Panther (avec ses 2 conseillères Aneka & Ayo) est choisi pour sa couleur de peau, l'éditeur Marvel ayant affirmé sa volonté de promouvoir la diversité, et lui ayant donné une série mensuelle fort en vue grâce à un scénariste venu du roman en 2016, par Ta-Nehisi Coates & Brian Stelfreeze. Il en va de même pour Captain Marvel (Carol Danvers), personnage féminin poussé sur le devant de la scène par l'éditeur au nom de la diversité. Blue Marvel est un personnage dont la première apparition est assez récente : Adam: Legend of the Blue Marvel (2009) par Kevin Grevioux & Mat Broome. Miss America est apparue encore plus récemment dans Vengeance (2011) par Joe Casey & Nick Dragotta. Enfin, Monica Rambeau est un personnage datant de 1982, créé par Roger Stern & John Romita junior, et ayant été un temps chef des Avengers, puis source de dérision dans Nextwave de Warren Ellis & Stuart Immonen.

Les responsables éditoriaux de Marvel ont choisi un artiste à l'approche graphique assez personnelle. Kenneth Rocafort s'était fait connaitre en commençant par travailler chez Top Cow, la branche éditoriale de Marc Silvestri au sein d'Image Comics, avec Velocity (2010/2011, scénario de Ron Marz). Il a continué à réaliser quelques récits pour Top Cow, comme Madame Mirage de Paul Dini ou Cyberforce/Hinter-Killer de Mark Waid. Il a ensuite travaillé pour DC Comics à l'occasion des New 52 : Red Hood and the Outlaws de Scott Lobdell, Teen Titans de Will Pfeifer. La première chose qui marque dans ses dessins sont les traits de contours, très fins, donnant presque l'impression d'avoir été tracé au crayon sans encrage, et le tracé anguleux des contours. du coup les personnages ne sont pas vraiment jolis, et des petits traits secs viennent parfois marquer leur visage ou leur corps, pour indiquer une forme d'ombre portée.

La deuxième chose qui attire l'oeil réside dans la mise en couleurs. Il n'y a pas d'aplats francs, mais des dégradés, et une utilisation très régulière des possibilités de l'infographie à générer des multitudes de nuances. Ce mode de mise en couleurs vient se substituer à l'habitude qu'avait Rocafort d'utiliser des lavis. le lecteur qui a suivi sa carrière peut donc supposer qu'il donne des directives à Dan Brown, l'artisan de la mise en couleurs. Ensuite, ses dessins apparaissent tour à tour surchargés, puis très vides. Les petits traits secs ont pour conséquence d'apporter des éléments visuels dans de nombreuses surfaces, sans pour autant constituer des informations descriptives. Les arrière-plans dans les vaisseaux spatiaux peuvent être chargés de nombreux traits évoquant une technologie futuriste, sans pour autant que les éléments ainsi décrits se retrouvent à l'identique dans la case d'après. Ces caractéristiques graphiques relèvent déjà d'une forme d'expressionnisme.

Les séquences dans des espaces à l'extérieur ou en bordure de l'univers se prêtent bien à une absence de décor, à des cases vides d'arrière-plan, uniquement avec un fond de couleur. Pourtant le lecteur ne ressent pas de pauvreté visuelle. En effet dans ces séquences (et dans d'autres), Kenneth Rocafort joue avec la mise en page, proscrivant les cases rectangulaires et leur assemblage régulier, au profit de formes irrégulières à base de quadrilatères. Cette mise en page vient ainsi apporter une autre forme d'expressionnisme en prenant en charge le mouvement, en bousculant la forme, et donc les personnages bringuebalés dans une succession de cases chahutée.

Le dernier épisode est dessiné par Christian Ward qui a également dessiné ODY-C de Matt Fraction. Il détoure les formes de manière beaucoup plus traditionnelle avec des traits réguliers. Il utilise majoritairement des formats de case rectangulaires, mais là encore avec quelques mises en page moins académiques lorsque la nature de la scène le justifie. Il doit lui aussi mettre en images un épisode se déroulant quasi exclusivement dans un espace-temps hors de la réalité habituelle. Il joue encore plus sur les couleurs pour rendre compte de la fluctuation des énergies ambiantes et des phénomènes métaphysiques.

En se lançant dans ce récit, le lecteur sait d'avance qu'il n'aura rien à voir avec les Ultimates originaux de Mark Millar & Bryan Hitch. Il découvre une équipe composée de personnages de second rang, voire plus reculés encore. Il découvre rapidement la nature de leur mission : juguler des phénomènes cosmiques dangereux, et même être proactifs en s'attaquant à la faim dévorante de Galactus. Al Ewing use et abuse de la notion d'espace à l'extérieur de l'espace, évoquant rapidement le Bleed imaginé par Warren Ellis dans The Authority, en moins original. L'apparition de Lord Chaos et Master Order dans le dernier épisode (ainsi que d'une autre entité cosmique) établi une filiation immédiate avec les histoires de Jim Starlin (par exemple celles de Warlock). La deuxième moitié du récit est profondément enracinée dans les origines de Blue Marvel. Enfin, le scénariste établit un lien logique et organique avec Secret Wars.

Pourtant le lecteur n'a pas l'impression de lire un récit totalement dérivatif de ces références, d'un sous-produit. Pour commencer, il y a cette composition d'équipe, en partie dictée par la politique éditoriale du moment, mais aussi totalement inédite. Ensuite l'idée de mettre un terme à la faim dévorante de Galactus n'est peut-être pas entièrement nouvelle, mais la solution est originale et elle offre l'occasion à l'auteur de rappeler les origines de ce personnage. le lecteur voit déjà plus le coup venir avec la deuxième histoire qui permet elle aussi de rappeler les origines de Blue Marvel dans le détail (d'un autre côté, il n'est pas sûr que beaucoup de lecteurs s'en souviennent, ou même l'aient lue). Enfin, Al Ewing s'éloigne des récits d'affrontement basique (des bons contre des méchants) avec des intrigues qui ne manquent pas d'action et de spectaculaire, mais pas basées sur ce schéma. Il insère quelques détails sur les personnages (l'histoire personnelle d'Adam Bashear, la relation homosexuelle d'America Chavez), mais il ne s'agit pas d'une étude de caractère, loin s'en faut.

Ce premier tome des Ultimates version 2016 proposent des aventures cosmiques à dimension métaphysique, sur la base d'une équipe inédite et de dessins originaux, avec un enracinement pertinent et développé dans l'univers partagé Marvel. Les personnages manquent un peu de développement et le scénariste n'a pas le temps de s'éloigner assez de ses références, mais l'aventure est présente, ainsi qu'une originalité réelle par rapport aux schémas classiques des histoires de superhéros.
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