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Critique de paulmaugendre


paulmaugendre
  15 décembre 2018
Dans la lignée de son célèbre homonyme, le grand Charles, Williams Exbrayat creuse son propre sillon, en marge des sentiers battus de la littérature policière, noire, populaire.

Mais cette homonymie n'est que patronymique, car l'univers littéraire qui les rassemble se décline différemment, tous deux étant de fort bon aloi. D'autant que Williams Exbrayat s'autoédite et donc ne bénéficie d'aucun support éditorial.

Construit comme un triptyque, chaque panneau narrant une histoire et l'ensemble s'intégrant dans une suite logique, ce roman pourrait être lu comme un recueil de nouvelles - d'ailleurs chaque partie possède son propre épilogue - indépendantes mais complémentaires. Ce qui confère un charme indéfinissable au récit qui oscille entre humour noir, dérision et une forme de désespoir liée à des événements qui n'entrent pas dans le cadre du récit mais l'engendre.



Première partie : Cloches célestes.

Le narrateur, dont on saura le nom par la suite, un prénom qui par ailleurs ne lui convient guère mais chut…, donc le narrateur a entrepris avec deux copains, des bras cassés comme lui, de dévaliser une villa de rupins semblant abandonnée, du moins vide de tout occupant. C'est en pleine campagne, alors pas de raison de se gêner pour s'approprier l'argenterie. Seulement, lorsque l'argent te rit au nez, tu risques de tomber sur un os. Et l'os se précise sous la forme de trois individus en blouse blanche avec masques chirurgicaux sur le nez et lunettes de protection.

Les trois hommes sont tombés dans un repaire de petits chimistes en herbe et en gélules de captagon, une drogue qui comme le tabac peut nuire à la santé. Terminé le chapardage, il n'y a plus qu'à prendre ses cliques et ses claques, aïe ça fait mal, et tenter de se sauver. Mais ce n'est pas du cinéma, et le narrateur et ses copains, Mycose et Paulo, sont embarqués dans une histoire dont ils n'avaient pas imaginé la fin. Surtout Paulo et Mycose. Car si le narrateur s'en sort, c'est parce qu'il possède du répondant, qu'il se réfugie dans la campagne profonde et la maison d'un oncle décédé, qu'il aime Leïla, sa copine dont il n'a plus de nouvelles, et qu'il doit s'occuper de Disco Boy, le bouledogue bringé de feu son oncle qui se délecte de grandes lampées de bière tout comme son nouveau maître.



Deuxième partie : Braquage(s).

Trois anciens présidents de la république ont décidé de braquer un casino. Ce qui étonnera le lecteur qui sera mis en présence de Chirac, Hollande et Sarkosy, car comment imaginer que ces trois hommes puissent s'attaquer à un établissement de jeux. Ne vous leurrez pas, ces trois hommes portent des masque mais leur intention est bien de s'emparer de l'argent, ce qu'ils réussissent à faire tout en emmenant en otage une hôtesse, ce que les romanciers machistes appelleraient une belle plante mais restons courtois et digne. Donc ils prennent en otage Sahora, une ancienne athlète qui a dû abandonner la course à pied à cause d'une cheville défaillante. Chirac pète les plombs en arrosant un couple de flics, deux copains qui ne demandaient rien à personne, et Hollande est blessé par une balle perdue. C'est ce qu'on écrit en général car le projectile n'est pas perdu puisqu'il a atteint la jambe du niais. Je parle du braqueur bien entendu. Et ils s'enfuient jusqu'à un endroit situé non loin où s'est installé le narrateur de la première partie. le Patron des trois chimistes n'est pas satisfait de la spoliation dont il est la victime et il se lance en compagnie de ses sbires sur la trace des présidents.

Bien entendu la rencontre est inévitable, des morts sont dispersés dans les bois et les fourrés, tandis que le policier rescapé se met activement à leur recherche.



La troisième partie, Malbête, est un peu la synthèse des deux premières, Une suite dont on a perdu en cours de route quelques protagonistes et qui nous en fera découvrir d'autres, toujours dans une histoire qui relève de la pérégrination débridée, d'autres événements se greffant sur les deux précédents récits.



Dans un style particulier, narration à la première personne d'abord, puis narration normale à la troisième personne, et enfin parole est donnée à quelques uns des personnages qui s'investissent, volontairement ou non, dans cette intrigue débridée, décalée, étonnante et détonante, diabolique presque. Un roman déstructuré et pourtant à la structure, la construction précise, implacable, laissant toutefois au lecteur la possibilité de combler quelques manques.

Tout au long du récit, un personnage apparait en compagnie de ses deux chiens et une bête rousse nargue animaux et humains. Sont-ils là pour le décor ou jouent-ils leur partition comme ces rôles très secondaires, au théâtre et au cinéma, qui paraissent insignifiants mais marquent profondément de leur empreinte la pièce dans laquelle ils évoluent comme figurants ?

Penchés sur les épaules de Williams Exbrayat, tapis dans l'ombre, j'ai cru reconnaître ces auteurs américains de premier plan, pour la plupart injustement oubliés de nos jours, dont Jim Thompson, Charles Williams, Day Keene ou encore Brett Halliday. Seulement, ceci ne se passe pas aux Etats-Unis, mais pour la plus grande partie en Ardèche.
Lien : http://leslecturesdelonclepa..
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