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Jacques Tournier (Traducteur)
ISBN : 2253052299
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1990)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.91/5 (sur 550 notes)
Résumé :
Tendre, la nuit ne le fut que brièvement pour les héros de ce roman, chez qui l'on pressent dès le début une fêlure qui laisse présager la chute. L'évolution est implacable, orchestrée par un récit impeccablement construit, efficace et délivré à travers plusieurs points de vue, dont l'alternance est motivée par la présence successive des protagonistes au devant de la scène. Bien plus que le roman autobiographique du couple légendaire Francis Scott et Zelda Fitzgeral... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
Myriam3
08 novembre 2015
Installez-vous confortablement, baissez la lumière, le film commence. Un hôtel et sa plage, sur la Côte-D'azur, les années 20, images en noir et blanc. Une jeune starlette chaperonnée par sa mère débarque, en maillot, tapant dans l'oeil d'une bande de jeunes et riches Américains, comme elle. Parmi eux, les Diver, Nicole et Dick. Rosemary tombe tout de suite amoureuse de Dick. Elle le dit à sa mère, qui l'incite à s'affranchir et à vivre l'aventure. Elle le dit à Dick, aussi.
Soirées-champagne qui se finissent par un duel, un vrai; virée à Paris et fréquentation des meilleurs bars, bagarres, shopping dans les boutiques de luxe... tout serait parfait si, dans l'intimité du couple Diver, il n'y avait pas ce poids, ce secret, la maladie mentale de Nicole. Et son besoin absolu de Dick pour exister. Quant à Rosemary, même si elle disparaît assez rapidement de l'intrigue, elle se fait le fil conducteur, implicite, du roman et elle seule semble garder une sorte de maîtrise et de calme qui manquent à tous les autres personnages.
Je n'aime généralement pas ce genre de milieu, mais le récit, très cinématographique, loin d'être lisse et harmonieux, est au contraire saccadé, marqué de violences et de bipolarités. Le couple Diver est fascinant, et très certainement inspiré du couple de l'auteur lui-même. Les personnalités magnifiquement décrites, surtout celle de Dick absolument sans concession. On le voit, tout le long du récit, descendre par secousses de son firmament et sombrer dans un alcoolisme pathétique, comme on voit Nicole lutter contre sa maladie et chutant malgré elle.
Le roman a eu très peu de succès à sa sortie, peut-être à cause de sa très grande modernité, c'est bien le monde des célébrités, de la jet-set et des paparazzis qui se dessine déjà, le plaisir à tout prix, le progrès, le luxe, dans toute sa splendeur et décadence!
Le roman d'un écrivain maudit qui tombe dans la déchéance avec une grande lucidité, romantique cynique et désabusé, dégoûté de ce qu'il est devenu, mais aussi de celui qu'il était.
Une très belle lecture teintée d'amertume.
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Gustave
27 juillet 2014
Francis Scott Fitzgerald était, d'après les dires de Malcolm Cowley, un critique américain qui lui fut contemporain, "un poète qui n'apprit jamais les règles de la prose." le propos en dit long sur un auteur dont le génie profond ne réside pas au premier abord dans la narration.

Il ne s'agit pas d'affirmer que Fitzgerald ne savait pas du tout construire des intrigues: cela étant dit, en terme de virtuosité et surtout d'originalité narrative, un Zola, un Mauriac, un Balzac, un Tolstoï et un Dostoïevski semblent bien supérieurs, dans la mesure où leur style en devient parfois "invisible" tant l'on est happé par le récit lui-même.
Cette apparente fragilité chez Fitzgerald se trouve compensée par un génie inégalé dans la suggestion, cette capacité qu'il possède comme nul autre à faire affleurer, avec une netteté implacable, les émotions les plus pénétrantes et les plus poignantes. On sait combien Fitzgerald admirait Joseph Conrad: les deux auteurs ont en partage une écriture où les descriptions elles-mêmes prennent une sorte de phosphorescence lyrique, émotive, qui leur ôte tout caractère froidement technique.

Tendre est la nuit représente à cet égard véritablement l'apogée, un moment comme il y en aura plus jamais dans l'écriture fitzgeraldienne, où son génie lyrique et suggestive trouve son accomplissement ultime en un immense bouquet incandescent. Bien entendu, les plus fins connaisseurs me rétorqueront qu'il existe encore l'amour du dernier nabab. Pour magnifique qu'elle soit, cette dernière oeuvre demeure largement inachevée, Fitzgerald ayant été surpris par la mort alors qu'il l'écrivait, six ans après la publication de Tendre est la nuit.

A vrai dire, tout concourt à donner à Tendre est la nuit sa puissance évocatrice faisant de lui un roman de légende, à commencer même par le contexte biographique et même historique de sa création. L'on se souviendra que les deux sont indissociablement liés chez Fitzgerald, dont la gloire et le déclin littéraires sont exactement parallèles à la prospérité des années folles américaines et à la Grande Dépression déclenchée en 1929. le Fitzgerald de 1934, désespérément alcoolique, déserté par le succès et esseulé depuis que Zelda, son épouse, a sombré dans la maladie mentale, dans une Amérique ravagée par la crise, n'est guère plus que l'ombre de lui-même. La tragédie, qui demeurait encore un simple pressentiment cantonnée dans la fiction lorsqu'il écrivit Gatsby le Magnifique, en 1925, l'a désormais rattrappé dans sa propre vie.
A plus forte raison, l'on ne peut s'empêcher à posteriori de trouver à cette dernière oeuvre achevée de Fitzgerald cette même résonnance funèbre qui accompagne certains chefs-d'oeuvres ultimes des grands artistes tous domaines confondus, crées à l'article de la mort, à l'instar de la Pathétique de Tchaikovsky, ou la Neuvième de Mahler. le désespoir profond qui émane de ces oeuvres "testamentaires" tranche avec l'expression d'une espérance ultime qui se manifeste chez d'autres artistes, à l'instar de Boulgakov avec le Maître et Marguerite, ou Tout passe de Vassili Grossman, sans compter la Neuvième d'un Beethoven.

Pour revenir à Tendre est la nuit, outre le contexte de sa création, le choix du titre est également profondément signifiant dans sa puissance lyrique. Avant même de franchir le seuil du roman, ces vers de Keats semblent renfermer sa quintessence même:
"Avec toi, maintenant! Combien tendre est la nuit
Mais il n'y a plus de lumière
Sinon ce qui descend du ciel avec le vent
Pénètre l'ombre des feuillages
Et serpente à travers les chemins de mousse."
Rien n'y est dit explicitement, mais bien entendu suggéré, et ce de manière suffisante néanmoins: avant même que nous puissions entamer la lecture de ce roman, la conscience que nous assisterons à une tragédie s'impose avec une certitude implacable.

J'en viens enfin au roman lui-même.

J'en profite ici pour faire un conseil à suivre absolument: vous devez absolument lire Tendre est la nuit dans sa version de 1934, telle qu'existante dans son édition d'origine, qui débute par le point de vue de Rosemary Hoyt sur la Côte d'Azur, et en aucun cas par la version de 1936 qui remodèle le récit dans l'ordre chronologique. J'ai eu la chance de le découvrir dans sa version de 1934, et croyez-moi que si j'avais eu en main la version de 1936, il n'est pas certain que Tendre est la nuit eut intégré mon Panthéon personnel des livres à emporter sur une île déserte. La version chronologique de 1936 fut voulue essentiellement par Cowley plus que par Fitzgerald, qui se hasarda à suivre son conseil, dans un moment de doute sur soi-même à l'issue de l'insuccès flagrant de son roman.

De manière schématique, l'édition de 1934 s'articule en trois parties. La première débute par le point de vue sublimé et fasciné de Rosemary Hoyt, une jeune actrice de Hollywood, sur le couple richissime et brillant formé par Dick et Nicole Diver, modelés directement sur Francis Scott et Zelda Fitzgerald: une liaison est cependant sur le point de se créer entre Dick et Rosemary...
La seconde partie effectue un retour en arrière vertigineux, en montrant le lourd secret que dissimule le couple Diver: la schizophrénie dont souffre Nicole...Dick, psychiatre de renom, s'étant marié avec elle à seule fin de pouvoir la guérir un jour. Les prémices de la déchéance alcoolique de Dick Diver, nourrie par son désespoir de pouvoir guérir un jour sa femme, se font déjà jour, aggravée par le déchirement lié à sa passion naissante pour Rosemary, de telle sorte que la troisième partie n'est plus qu'une longue agonie pour le couple Diver, qui finira par se désagréger lorsque Nicole, guérie, convolera aux bras de Tommy Barban, un mercenaire rencontré déjà dans la première partie.

Il importe de bien avoir à l'esprit cette construction en trois parties pour comprendre combien son rôle est central dans l'élaboration de cette tragédie romanesque qu'est Tendre est la nuit.
De manière très simple, la première partie, se déroulant essentiellement sur la Côte d'Azur et à Paris, pousse jusqu'au paroxysme l'illusion d'un couple richissime et heureux, à qui rien, absolument rien ne semble manquer. L'usage du point de vue d'un des personnages du roman, un procédé déjà inauguré par la figure de Nick Carraway dans Gatsby le Magnifique, est exploité pour faire ressentir de manière certaine au lecteur l'illusion qu'il se trouve devant le couple dans son expression la plus parfaite. Cette impression est d'autant plus profonde que le regard que Rosemary Hoyt porte sur les Diver est celui de la fascination pure, dénué de tout recul, contrairement à celui de Nick Carraway sur Gatsby. Les prodromes de la tragédie à venir se mettent cependant en place: l'attirance réciproque éprouvée entre Dick Diver et Rosemary, ainsi qu'une rumeur colportée sur l'état de santé de Nicole Diver par un des amis du couple...

Les trois dernières pages de la première partie suffisent à briser de la manière la plus brutale qu'il soit dans toute l'histoire de la littérature cette illusion. Rosemary découvre brusquement la vérité d'un couple rongé par la maladie mentale de Nicole: le basculement vers la tragédie est consommé, et ce de manière irréversible, à partir de la seconde partie montrant le passé de Dick et Nicole. Une fois n'est pas coutume, Fitzgerald a su mettre en place un dispositif narratif d'une banalité confondante, le retour en arrière, au service d'un récit où la disproportion entre un bonheur apparent et une réalité sordide en devient presque insoutenable.

Le dissipement de l'illusion marquera de manière ultime la déchéance de Dick Diver. La réalité de son couple et de sa propre vie, peu à peu rongée par l'alcoolisme, se révélant au grand jour, Dick perd l'ensemble des moyens lui permettant de fasciner ceux qui l'entourent, à commencer par Rosemary, dont l'évolution du regard qu'elle porte à son encontre évolue de la fascination à une pitié mêlée de répulsion face à son déclin.

Ce qui in fine donne à roman une résonnance terriblement tragique et lyrique, au-delà de ce qu'il dit de la tragédie personnelle vécue par le couple Fitzgerald lui-même, c'est finalement son caractère profondément réel: le décalage entre la vie (que ce soit la nôtre ou celle des autres) telle que l'on se la représente et telle qu'elle est réellement, qui est au coeur de toute désillusion, l'incapacité profonde à rendre pérennes les rares moments d'équilibre qui peuvent exister. Cette conscience du déséquilibre disproportionné entre représentation et réalité a nourri de manière irréversible la chute de Dick Diver, incapable de la soutenir toute une vie.
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claudia_tros_cool
25 mars 2013
Ma première lecture de Fitzgerald avec Gatsby le magnifique avait été un véritable coup de coeur ce qui m'avait donnée une grande envie de lire un autre livre de cette auteur pour ressentir les mêmes sensation et, depuis un certain temps, Tendre est la nuit me faisait de l'oeil.
Il est très difficile d'écrire une critique sur un livre aussi riche et profond, je vais tout de même essayer.
Tendre est la nuit est une histoire d'amour très Fitzgeraldienne ou aucun n'en ressort vraiment vivant prêt a vivre une histoire d'amour conventionnel, dans tendre est la nuit on y retrouve tout le génie de Fitzgerald avec son écriture unique capable de toucher le lecteur. Dans ce livre l'auteur nous offre des personnages bien plus creusés, plus sincères, plus réelle que dans Gatsby qui étaient des caricatures de la superficialité. Ici il s'agit de l'humain dans sa complexité et ses souffrances.
C'est sur une plage de Cannes que l'histoire commence nous rencontrons pour la première fois le couple au coeur de l'histoire Dick et Nicole Diver à travers les yeux d'une jeune fille en fleur, Rosemary, toute fraîchement sorti de son monde hollywoodien. Ce n'est pas la première fois que l'auteur utilise ce procédé pour nous présenter ses personnages, rappelons que dans Gatsby ce sont les yeux de Nick Carraway qui nous raconte l'histoire. Nicole et Dick ont l'air d'être parfait, d'aspirer au bonheur et a la tranquillité, leur vie semble si parfaite quelle ressemble a du papier à musique, ce rend les Diver envoûtant. Les liens du couple se désagrègent petit a petit au fil des chapitres la question que l'on peut se poser est la suivante : est-ce que Rosemary Hoyt a été l'élément déclencheur ou bien les choses n'allaient déjà plus depuis un certain temps ? En tous cas Rosemary à une valeur plus symbolique qu'importante dans le récit.
Le secret du couple parfait, ce qui les a unit est en fait simple : Dick Diver est tombé amoureux de sa patiente, Nicole, qui était une jeune femme très riche mais très malade mentalement. En se mariant avec elle Dick à donc du accepter de prendre soin d'elle n'importe quand, de la guérir, de l'aimer ainsi que de tout prendre en main avec les difficultés et les sacrifices que cela implique.
On découvre qu'avec le temps l'un des deux flanche toujours, on peut souffrir d'aimer une personne que ce soit par la dépendance que l'on peut avoir à son égard ou le poids trop lourd que cela peut peser sur l'autre dans un couple. En somme un couple comme celui ci ne pouvait pas durer. Avec déchirement on s'aperçoit que rien ne va plus : Dick sombre dans l'alcoolisme, Nicole connait des crises plus ou moins grave, les deux n'arrivent plus à communiquer, les tromperies commencent.
J'ai toujours eu beaucoup de mal avec les histoires de tromperies surtout quand un couple est si attachant mais la force de ce livre est que Fitzgerald n'arrive pas vraiment à jeter la pierre sur l'un ou sur l'autre. On peut être un coup furieux contre Dick et Rosemary puis compréhensible, pareil pour Nicole, de sorte qu'on ne peut pas vraiment leur en vouloir, on est juste dégoûté tout au plus.
Il y a quelques chose de vraiment touchant dans ce livre qui n'est pas seulement du a la fragilité des personnages, c'est aussi cette impression de vrai et de sincérité car Fitzgerald a un peu fait de cette oeuvre un journal intime ou il a raconté sa célèbre et triste histoire d'amour avec Zelda ce qui a du lui demander beaucoup de courage et d'introspection.
Fitzgerald critique plusieurs choses dans Tendre est la nuit, comme a son habitude, c'est la critique de la bourgeoisie, de ce milieu qu'il a bien connu et qu'il dépeint dans son entièreté avec l'hypocrisie et la superficialité qu'il mêle. Il y a quand même quelques point que je n'ai pas aimé ce qui explique ma note : les débuts son lents, Rosemary me tapait sur les nerfs et enfin notre amie Fitzgy' a un peu joué sur les coïncidences : je veux bien que le monde soit petit mais rencontrer par hasard les personnes aussi facilement et de façon répète c.est peut-être un peu abusé, non ? ( Dick/ Nicole - Rosemary/Dick - Baby/Dick
...). La morale de l'histoire ( à chacun son interprétation ) est bien triste :
En prenant trop soin d'une personne on fini par l'étouffer ainsi qui la passion et quand cette personne peut enfin respirer elle veut s'envoler de ses propres ailes. Deux personnes qui ont pu tout être l'une pour l'autre ne sont finalement plus rien pour devenir au final des inconnues...
Très bon livre très intimiste que l'on oublie pas, je le conseille vraiment !
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Missbouquin
11 mars 2013
Après avoir lu Madame Hemingway de Paula Mc Lain, j'ai eu envie de lire un auteur de la lost génération. Je n'avais pas d'Hemingway dans ma PAL, donc je me suis « rabattue » sur Fitzgerald, qui l'a côtoyé ! C'est d'ailleurs grâce au roman biographique que je viens de citer que j'ai pu mieux apprécier ce texte, et sa partie autobiographique surtout.
Le titre du roman est tiré d'un vers d'Ode à un rossignol (Ode to a Nightingale), de John Keats, et fait allusion à la volonté d'échapper à l'éphémère qui obsède ses personnages.
« (…) Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d'un essaim féérique d'étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.(…) »
Tendre est la nuit raconte la rencontre entre un psychothérapeute, Dick, et une jeune femme fragile qui se remet de troubles mentaux importants, Nicole. Un couple que nous découvrons à travers les yeux d'une jeune actrice, sensible au charme terriblement masculin, de Dick. La première partie nous fait donc découvrir le couple de l'extérieur.
« Être admis, pendant un moment, dans l'univers de Dick Diver était, de toute façon, une expérience inoubliable. Il donnait aux gens l'impression d'avoir pour eux des attentions particulières, de déceler, sous l'amas des compromissions qui l'avaient étouffée depuis tant d'années, ce que leur vie pouvait avoir d'unique et d'incomparable. Personne ne résistait longtemps à son exquise politesse, aux égards qu'il poussait si loin, et de façon si intuitive, qu'on ne pouvait les mesurer qu'aux résultats qu'il obtenait. Alors, sans autre précaution, de peur de laisser faner des relations à peine écloses, il vous ouvrait les portes de son univers. Tant que vous le considériez comme un tout parfait, auquel rien ne manquait, que vous y adhériez sans réserve, il ne travaillait qu'à vous rendre heureux. Mais, au premier soupçon, à la première lueur de doute, qui paraissait remettre en jeu l'intégralité de cet univers, il disparaissait à vos yeux, et c'est à peine si l'on se souvenait de ce qu'il avait bien pu dire ou faire. »
Mais derrière l'apparat et l'union de ce couple, se cache une réalité tout autre … La deuxième partie du roman éclaire la première en reprenant l'histoire de Nicole et de Dick, par la bouche même de ce dernier. Si Dick nous paraît donc un dieu inaccessible au début, il devient vite familier et l'on comprend rapidement la générosité mais aussi la fragilité de cet homme qui a épousé une femme quelque peu … difficile.
« le couple qu'elle formait avec Dick lui apparaissait désormais comme une ombre, imprécise et changeante, entraînée dans une sorte de danse macabre. »
Le talent de Fitzgerald n'est pas tant de raconter une histoire – même si c'est une belle histoire d'amour, bien triste – mais de reproduire une atmosphère, celle de l'excès, de l'argent, mêlés à la création et au génie dans la France des années 1920. Entre Paris, la Suisse et la Riviera, le roman nous donne un aperçu de la vie de cette génération perdue, génération d'écrivains errant à travers l'Europe en cherchant l'inspiration et l'oubli. L'inspiration pour leurs oeuvres, et l'oubli des atrocités de la Grande Guerre.
Roman splendide, je pense que je l'ai même préféré à Gatsby le Magnifique. Peut-être aussi car on ne peut qu'être frappé par la partie autobiographique, même si Dick est un médecin et que les caractéristiques physiques des personnages et leur vie ont fait penser à un couple de riches Américains, Gerald et Sara Murphy auprès desquels gravitaient les Fitzgerald, les Hemingway et tant d'autres … Ce qui est intéressant, c'est que l'on sent bien que Fitzgerald fait de Dick un être sensible et une victime : victime de son amour, de ses sentiments, de sa faiblesse qui l'ont mis sous la coupe de la famille de Nicole …
Or, une des causes de la rupture entre Fitzgerald et sa femme Zelda fut qu'elle écrivit son propre roman autobiographique, Accordez-moi cette valse, avec les mêmes éléments que dans Tendre est la nuit … Ce qui m'inciterait à le lire, pour avoir une autre version … :)
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Woland
26 décembre 2007
Tender is the night
Traduction : Jacques Tournier
Tout artiste est considéré comme abritant une personnalité cachée qui ne se met aux commandes de son être que lorsqu'il se décide à écrire, peindre ou composer. Rarement phénomène aura été mieux illustré que par Scott Fitzgerald rédigeant "Tendre est la Nuit."
Nul ne l'ignore, Fitzgerald s'est fortement inspiré de la maladie de son épouse pour créer le personnage de Nicole Diver. Lui-même a donné beaucoup à celui de Dick Diver. le tout représente l'une des meilleures peintures de la schizophrénie. Pas seulement la schizophrénie - j'allais écrire "classique" - dont souffre la jeune femme mais aussi la schizophrénie fondamentale qui caractérise l'écrivain.
C'est d'abord la culpabilité profonde de Fitzgerald qui éclate aux quatre coins de "Tendre est la Nuit." Privilège du romancier, il tente de la nier en refaçonnant la réalité qu'il a fortement contribué à créer.
Dans cette réalité, on le sait, Zelda ne s'en est jamais sortie. Même si, les trois-quarts du temps, elle pouvait mener une vie "normale" auprès de sa mère, qui l'avait prise en charge, il lui fallait retourner périodiquement dans une clinique où elle finit par mourir dans un incendie, en 1948.
Or, dans le roman, Fitzgerald guérit Nicole, laquelle divorce et abandonne son mari à un alcoolisme quasi-pathologique. En d'autres termes, la victime, ce n'est plus Zelda : c'est Scott.
Nicole est représentée comme une femme fortement égocentrique (ce qu'était Zelda mais l'était-elle moins que Scott lui-même, il y aurait beaucoup à dire là-dessus), possessive et qui, par sa folie, favorise l'éthylisme de son mari. Dick sacrifie pratiquement tout pour elle, devient son esclave et pour ainsi dire son médecin. Telle une lamie, elle le vampirise et, ayant récupéré toute son énergie et sa santé mentale, le quitte donc après avoir pris un amant. Mais là où le discours fitzgeraldien se teinte d'une très forte ambiguïté, c'est lorsque le lecteur réalise que, de toutes façons, par ses crises d'alcoolisme, Diver contraint peu à peu sa femme, si elle veut se protéger, à le laisser tomber.
Voilà pourquoi il est difficile de ne pas sortir de ce livre sans vouloir connaître exactement ce qui est arrivé à Scott et Zelda Fitgerald. Et voilà aussi ce qui l'amène à prendre conscience d'une évidence : "Tendre est la Nuit" ne se contente pas d'évoquer la schizophrénie, c'est un roman schizophrène.
Pour atteindre à un tel degré, plus ou moins bien maîtrisé, de culpabilité, il fallait que, en Fitzgerald, l'époux et l'amant ne se sentissent pas la conscience tranquille. le miracle, amer et pourtant unique, de "Tendre est la Nuit", c'est que le romancier, dans son acte d'écriture, est parvenu à rédiger, en filigrane de son auto-apitoiement et de son auto-justification, une analyse aussi intègre de la situation. Les deux discours se contredisent, bien évidemment et c'est en cela qu'on peut voir en ce roman la matérialisation parfaite de la schizophrénie qui caractérise l'acte de création littéraire.
Véritable pavé jeté par la personnalité qui écrivait dans la mare de son double alcoolique et faible, "Tendre est la Nuit" retranscrit, en un style brillant et aiguisé, tout ce que le premier voyait dans le second de négatif et de lâche. Fitzgerald s'apitoie sur lui-même et se présente comme "la" victime et pourtant, sans relâche, le lecteur l'entend qui raconte une toute autre histoire, bien différente ... Fitzgerald s'en est-il rendu compte en remettant son manuscrit ? Qui pourrait le dire, aujourd'hui ? ...
Un conseil : après "Tendre est la Nuit" et plus encore si vous vous intéressez au phénomène de la création littéraire, passez directement à une biographie de Scott et de Zelda Fitzgerald. C'est fascinant. ;o)
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Les critiques presse (1)
LaLibreBelgique02 août 2011
Roman d’un amour impossible et désespéré, "Tendre est la nuit" est aussi le récit d’un renoncement qui voit un être payer "son tribut personnel à des faits impossibles à alléger, à anéantir, à absoudre" et affronter "un certain principe de solitude : tellement facile d’être aimé, tellement difficile d’aimer".
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations & extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
MaliseMalise08 octobre 2012
On dit des cicatrices qu'elles se referment, en les comparant plus ou moins aux comportements de la peau. Il ne se passe rien de tel dans la vie affective d'un être humain. Les blessures sont toujours ouvertes. Elles peuvent diminuer, jusqu'à n'être plus qu'une pointe d'épingle. Elles demeurent toujours des blessures. Il faudrait plutôt comparer la trace des souffrances à la perte d'un doigt, ou à celle d'un œil. Peut-être, au cours d'une vie entière, ne vous manqueront-ils vraiment qu'une seule minute. Mais quand cette minute arrive, il n'y a plus aucun recours.
+ Lire la suite
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MissbouquinMissbouquin11 mars 2013
« Être admis, pendant un moment, dans l’univers de Dick Diver était, de toute façon, une expérience inoubliable. Il donnait aux gens l’impression d’avoir pour eux des attentions particulières, de déceler, sous l’amas des compromissions qui l’avaient étouffée depuis tant d’années, ce que leur vie pouvait avoir d’unique et d’incomparable. Personne ne résistait longtemps à son exquise politesse, aux égards qu’il poussait si loin, et de façon si intuitive, qu’on ne pouvait les mesurer qu’aux résultats qu’il obtenait. Alors, sans autre précaution, de peur de laisser faner des relations à peine écloses, il vous ouvrait les portes de son univers. Tant que vous le considériez comme un tout parfait, auquel rien ne manquait, que vous y adhériez sans réserve, il ne travaillait qu’à vous rendre heureux. Mais, au premier soupçon, à la première lueur de doute, qui paraissait remettre en jeu l’intégralité de cet univers, il disparaissait à vos yeux, et c’est à peine si l’on se souvenait de ce qu’il avait bien pu dire ou faire. »
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Cath36Cath3627 juillet 2011
Etre admis, pendant un moment, dans l'univers de Dick Diver était, de toute façon, une expérience inoubliable. Il donnait aux gens l'impression d’avoir pour eux des attentions particulières, de déceler, sous l'amas des compromissions qui l'avaient étouffée depuis tant d'années, ce que leur vie pouvait avoir d'unique et d'incomparable. Personne ne résistait longtemps à son exquise politesse, aux égards qu'il poussait si loin, et de façon si intuitive, qu'on ne pouvait les mesurer qu'aux résultats qu'il obtenait. Alors, sans autre précaution, de peur de laisser faner des relations à peine écloses, il vous ouvrait les portes de son univers. Tant que vous le considériez comme un tout parfait, auquel rien ne manquait, que vous y adhériez sans réserve, il ne travaillait qu'à vous rendre heureux. Mais, au premier soupçon, à la première lueur de doute, qui paraissait remettre en jeu l'intégralité de cet univers, il disparaissait à vos yeux, et c'est à peine si l'on se souvenait de ce qu'il avait bien pu dire ou faire.
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KayaKaya17 septembre 2012
Lorsque l'on s'habitue à l'indifférence, ou qu'on la laisse s'atrophier, on finit par se sentir vide. Dick s'était habitué à se sentir vide de Nicole, et il la soignait contre sa volonté, en refusant toute contrainte émotionnelle. On dit des cicatrices qu'elles se referment, en les comparant plus ou moins aux comportements de la peau. Il ne se passe rien de tel dans la vie affective d'un être humain. Les blessures sont toujours ouvertes. Elles peuvent diminuer jusqu'à n'être plus qu'une pointe d'épingle. Elles demeurent toujours des blessures. Il faudrait plutôt comparer la trace des souffrances à la perte d'un doigt, ou à celle d'un oeil. Peut-être, au cours d'une vie entière, ne vous manqueront-ils vraiment qu'une seule minute. Mais quand cette minute arrive, il n'y a plus aucun recours.
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Myriam3Myriam303 novembre 2015
Ils avaient été si heureux ensemble, connu tant de nuits blanches, à parler jusqu'à l'aube, entre de longs moments d'amour. Mais dès qu'il se détournait d'elle, pour tenter de se retrouver, elle n'avait plus, entre les mains, qu'une sorte de Néant, qu'elle regardait fixement, en lui donnant des quantités de noms, mais elle savait que le seul nom possible était l'espoir qu'il revienne bientôt.
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