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EAN : 9782070370924
256 pages
Gallimard (02/03/1979)
3.88/5   161 notes
Résumé :
Le quartier général des copains : le " Café du Pauvre ", bistrot vieillot et charmant de la banlieue parisienne.
Les copains : quatre mousquetaires du zinc qui forment une sorte de bande à Bonnot de la chopine. Refusant le monde tel qu'il est devenu, ils lui offrent une maligne et haute en couleur résistance passive. Comment Camadule, Poulouc, Captain Beaujol et Debedeux échappent superbement au métro-boulot-jus de fruits, c'est le thème de ce roman tonique e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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Eric76
  17 février 2016
« Je suis un vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais en file indienne. (Achille Chavée) »
Eh bien moi, Je les ai trouvés vraiment sympas, ces quatre peaux-rouges décrits avec tant de tendresse par le distingué oenologue René Fallet !
Un brin anars, un brin misogynes, un brin franchouillards, un brin réacs, fricoteurs en diable, ils m'ont fait grogner, bougonner, grimacer, et rire aux éclats. Ils m'ont ému aussi. J'ai lu un vrai bouquin, avec une saveur acide, et des grosses épines sur lesquelles on se pique. Un livre qui m'a rendu nostalgique aussi, au point d'affoler mes souvenirs…
La France de Giscard, ses trente glorieuses, ses grands ensembles, l'ascension social, son métro-boulot-dodo-jus de fruits, ils s'en tamponnent. Ils lui ont tournée le dos, dédaigneux comme des Princes, pour se terrer au chaud dans le « café du pauvre », celui où il y a encore de la sciure sur le sol.
Ce ne sont pas des révolutionnaires, nos quatre indiens ! Ils ne rêvent pas de matins radieux et ne dansent pas la carmagnole à tout bout de champ. Ils ne veulent pas de ce monde tel que les hommes l'ont fait, tout simplement, et préfèrent vivoter d'expédients tout en bas de l'ascenseur social. Qu'on leur foute la paix, quoi !
Quatre singes qui ne connaissent pas l'hiver…
Il doit bien y en avoir encore de nos jours, de ces vieux peaux-rouges qui trainent en espadrilles et en habits colorés dans nos rues ? Je suppose que ceux-là sont totalement réfractaires à internet et au portable, et complètement bouchés quand on leur cause d'économie numérique et de ses « extraordinaires débouchés en terme de richesses et d'emplois » ! A coups sûr, leurs esprits factieux et mal intentionnés tournent en dérision l'écologie punitive et notre société spectacle.
Mais je me demande : ont-ils toujours la même passion pour le beaujolais nouveau ?
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Renod
  05 juin 2018
A Villeneuve-sur-Marne, les derniers pavillons sont remplacés par des immeubles d'habitation et de bureaux. Seul un quartier surnommé la «Réserve» a échappé à la voracité des promoteurs immobiliers. On y trouve le Café du Pauvre, un débit de boissons anachronique. Oubliez l'ambiance lounge, les écrans plats et les cocktails à 15 euros. Ici, le patron vous sert un vin de pays, la patronne vous prépare un boeuf miroton et le sol est couvert de sciure. Accoudés au zinc, quatre copains font du tapage en éclusant des verres de beaujolais. Ca discute, ça s'engueule et ça plaisante bruyamment. le plus âgé, c'est Camadule, un brocanteur qui passe plus de temps au bistrot que dans son commerce. A sa droite, Captain Beaujol, un ancien militaire aux propos amers et à la soif inextinguible. Viennent ensuite Debedeux, un cadre réformé qui a encore fière allure dans son costume défraîchi, et Poulouc, un jeune bien décidé à en faire le moins possible. L'ambiance est à la franche camaraderie, entre «les copains d'abord» et «un éléphant ça trompe énormément». le roman distille sa philosophie faite d'esprit canaille, de chaleur humaine et d'anarchisme débonnaire. Les personnages assument d'être des « bons à rien » et choisissent de vivre hors de la modernité galopante et de l'uniformisation. Ce sont des «Naufragés de la Méduse industrielle», des proscrits de la «start up nation», les précurseurs du Groland. Ils préfèrent se serrer les coudes autour d'un comptoir, boire plus que de raison et passer leurs journées à jouer à la belote et au 421. René Fallet nous vante un art de vivre décalé noyé dans le gros rouge qui tâche mais qui ouvre les coeurs. Une parenthèse éthylique et amicale qui enraye les mécanismes d'une société en marche. A consommer sans modération.
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lecassin
  15 novembre 2011
Quatre virtuoses de la chopine, désoeuvrés qui se retrouvent au "Café du pauvre", une oasis dans le désert du métro-boulot-dodo... Quatre caricatures, néanmoins tellement ressemblantes...Et attachantes.
On retrouve là un des thèmes majeurs de l'oeuvre de René Fallet : l'amitié virile, et les joies simples comme un chtit canon vidé entre potes...
A lire sans modération par tous ceux qui ne craignent pas de ne trouver, dans un pot de Beaujolais Nouveau, que ce qu'il y a : un vin de saucissonnade et d'amitié...
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oblo
  18 novembre 2021
Les bords de Marne sont immondes, mais le petit Beaujolais se boit bien. Dans une banlieue parisienne urbanisée, polluée, standardisée, libéralisée, les dénommés Camadule, Poulouc, Captain Beaujol et Debedeux occupent le zinc du Café du Pauvre, tenu par le couple Lafreuzique. Se tenant résolument hors du monde du travail, et hors du monde moderne, les quatre compères liquident bouteille après bouteille, ne poursuivant d'autre but dans leurs vies que le bonheur du partage, de l'amitié et de la liberté. Roman gouailleur à souhait, le beaujolais nouveau est arrivé apparaît comme le manifeste hardi du refus d'une modernité imbécile, car inhumaine.
Il faut bien le dire : le plaisir de la lecture du roman de René Fallet n'empêche pas quelque acidité - de nature raciste, xénophobe ou misogyne - de nous chatouiller désagréablement la rétine. Cependant, lire Fallet à la lumière des principes actuels risquerait de nous faire passer à côté, d'une part, à côté d'un certain esprit des années 1970, d'autre part à côté du fait que les personnages - notamment Captain Beaujol - exprimant de telles idées sont en fait quelque peu moqueusement décrits par Fallet. La langue que l'auteur emploie est enlevée, généreuse, populaire et gouaillleuse, pleine de ces mots aujourd'hui oubliés qui font le délice de la recherche sémantique ; elle regorge de merveilles de métaphores, rageusement imagées, qui emportent le rire sans demander la permission. Fallet rappelle les bons mots de Pierre Dac, du cinéma français des Gabin et Ventura, et il se paie même le luxe de se faire un brin poète quand les circonstances le permettent.
L'intrigue, elle, est toute trouvée, évidente à qui vit dans le monde moderne et a un tantinet de cervelle. D'ailleurs, ce n'est pas tant une intrigue qu'un constat, qu'un plaidoyer, qu'un prétexte narratif. Quatre zigues que la vie moderne embête et désespère tentent de trouver les moyens de vivre la leur, de vie, sans qu'elle soit volée ou empruntée par, au choix : les femmes, l'amour, les pulsions sexuelles, le travail, la performance professionnelle, le progrès technique, le conformisme social, le qu'en-dira-t-on. En tête d'entre eux vient Camadule - presque un nom de bonne soeur -, brocanteur de son état, pêcheur de goujon à ses heures, fin oenologue, gaillard dévoué à l'amitié. Son compère Captain Beaujol possède un nom en forme de blague. Ancien cuistot pour l'armée française à l'époque de l'Indochine et de l'Algérie, son incapacité et sa peur de combattre à l'époque lui font inventer de grands exploits militaires au Café du Pauvre. Tel un ancien de l'OAS, Captain Beaujol y va de ses saillies racistes qui sont aussi violentes que le bonhomme est inoffensif. Littérateur à ses heures, il pleurniche de n'avoir jamais trouvé l'amour et, s'il ne fait pas preuve d'une forte personnalité, il ne recule pas devant certains devoirs : la bouteille à vider et la petite Prunelle, fille débile des Lafreuzique, à contenter. Poulouc, le plus jeune d'entre eux, dédaigne la jeunesse et son goût servile pour la mode. Littéralement fils de puce - il tient d'ailleurs à ce terme -, Poulouc vivote de petits travaux dont il juge la grandeur non à ce qu'ils lui rapportent, mais plutôt au degré de liberté qu'ils lui laissent. Enfin, Debedeux, qui fit camarade de classe de Captain Beaujol, a mené une belle carrière de cadre de l'industrie aéronautique, d'époux presque modèle, d'amant de secrétaire de bureau avant de se retrouver, étranglé par les responsabilités et tiraillé par ses conquêtes féminines. Subitement, Debedeux retrouve, après quelques verres de rouge, la verve de sa jeunesse, et livre sa cave de prestige aux gosiers secs de ses comparses.
L'aventure des fins palais du Café du Pauvre n'est pas une révolte. Hors de question, pour eux, de former un mouvement, d'avoir un chef, d'accepter une discipline. D'ailleurs, ils refusent l'invitation à l'action d'un groupe qui se prononce contre le progrès. Ces hommes ont compris, plus que tout autre chose, que le temps est une ressource précieuse. L'argent, s'il est nécessaire, ne mérite pas qu'on s'y soumette absolument. A ce titre, n'importe quelle combine est justifiée pour gagner sa croûte : peindre des toiles sans valeur mais dans l'air du temps ou vendre de l'herbe se valent bien, et qu'importent les bonnes moeurs, puisque la morale accepte qu'on perde sa vie à la gagner. le rejet des conventions sociales est ainsi total, ainsi que le rejet de toute servitude volontaire, du travail au mariage. Pourtant, au-delà des beuveries, au-delà des arrangements avec la société dont ils veulent se détacher - ainsi l'excuse médicale de Debedeux pour ne plus aller au travail -, la mise en pratique de ce Carpe diem de l'amateur de Beaujolais rencontre quelques limites - les ressources ne sont pas inépuisables et les tensions (liées à l'amour notamment) finissent toujours par réapparaître - et ne garantit pas à ces zigotos de ne pas passer, parfois, pour des idéalistes à moitié barjots (ainsi l'épisode en Lozère, où le gars Amadouvier appelle à corps, à cris et parfois à coups le progrès tant décrié par Camadule et compagnie). Mais la raison semble bien dans le camp de ces hommes-là, auxquels une chose ne peut absolument pas être reprochée : en tout point et à toute page, ils font l'exercice de leur liberté.
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Dosamuse
  27 juillet 2013
J'ai commencé ce livre car il trainait dans ma bibliothèque depuis des années, inspirée par les interdictions du mois sain.
Quel livre étrange. C'est écrit en 'vieux' français, l'argot de banlieue d'avant 70. Je ne sais même pas si ce langage très imagé, et parfois incompréhensible, existe encore à part dans les chansons de Renaud.
Livre philosophique aussi, philosophie de comptoir bien arrosée certes mais on participe à de grandes discussions sur le travail, son utilité, les petits rien de la vie qui font le bonheur de chacun, la liberté et la pression sociale.
Un livre aux personnages attachants, très bien écrit, d'un autre temps.
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   14 février 2016
- Allô, madame Germaine ? C'est Paulo. Oui, Debedeux, ça va ? Qu'est ce que vous leur faites à midi à bouffer, à cette bande de vaches ? Du miroton ? Ah ! les fumiers ! Vous m'en gardez une assiette pour ce soir ? Merci mille fois, madame Germaine. Ils sont là ? Qu'est ce qu'ils font ? Ils jouent au 4.21 ? Je m'en doutais. Ah ! les veinards ! Vous pouvez m'en passer un, de ces affreux ? N'importe lequel, ils se valent tous... Allô, c'est toi, Captain Beaujol ? Re-bonjour, vieille noix. Tu as fait mon lit ?... Fallait pas !... Tu as balayé ? Tu vas te péter une joyeuse, si tu te forces ! T'as mis les balayures sous le lit ? Ok, ça serait con de les mettre ailleurs... Qui est-ce qui gagne ? Poulouc ? Il me semble qu'il sort beaucoup d'as, en ce moment. Faut le surveiller d'un œil, oui. Je me demande s'il nous encaldosse pas un loubé depuis quelques temps, ce pâle voyou de mes deux... Vous avez cassé la graine ?... Du fromage de tête ? Je penchais pour la saucisse sèche... Et vous attaquez la troisième bouteille ? Tais-toi, Beaujol, tu me files le bourdon. Tais-toi, je te dis. Je pédale dans la merde, ici. Oui, dans la merde. T'es sourdingue aujourd'hui. Méfie-toi, mon frère, la paluche, ça bouche les étiquettes. Si, si, officiel. Remarque, ça vaut cent fois mieux d'être dur de la feuille que d'avoir un bergère à la crèche pour te becqueter la rate et le gésier !... Oui... Je sais... T'en dégoteras une... Hélas... Bon, les abandonne pas... Dis-leur que les embrasse. Mais non, je vire pas pédé, Beaujol !... Mais je pense à vous... A ce soir, bande de sales cons !...

Il raccrocha, rieur. La mine effarée de sa secrétaire le rafraichit. Contre toute évidence, il lança, hargneux :
- Ben quoi, mademoiselle ! C'était New-York. Parfaitement, le bureau de New-York ! En Amérique !
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Eric76Eric76   13 février 2016
Poulouc demeura simple sous cet excès d'honneurs et remit sa tournée. Il se sentait étrangement à l'aise et de plain-pied dans ce bistrot oublié. On y pouvait se croire à l'intérieur d'une bulle de savon, d'une serre, d'un ventre maternel. Maladroits au-dehors, hésitants, peu prolixes, Beaujol et Camadule revivaient là, refleurissaient, parlaient haut.
Chez eux.
Déjà Poulouc savait que lui aussi était chez lui et qu'il y resterait tant que durerait ce bien-être inconnu. Les rodomontades du Captain, la placidité de Camadule, l'odeur du petit salé, la quiétude du lieu, la saveur de clepsydre du temps, tout cela le changeait délicatement des angoisses, des incertitudes, des hâtes propres à sa génération. Il pensait, avant d'entrer ici, qu'il avait grandement fait, à vingt-deux-ans, le tour des juke-boxes. Il était sûr, aujourd'hui, que sa vie était là, un peu coupable, un brin larvaire, mais toute chaude...
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RenodRenod   01 juin 2018
Fallait la voir : moche ! Mais tarte ! Atroce ! J’osais pas la regarder. Deux mentons, trois dents, quatre cheveux, et les roberts sur le baba. On risquait pas de me la piquer. Six mois encore, que ça a marché. J’étais pas malheureux. C’était la reine du bourguignon, Roseline, et moi j’en mangerais à tous les repas, du bourguignon.

- Comment que ça a fini ? demanda poliment Poulouc.

- Mal. Vachement mal. Elle est morte. Y a que la mort qui pouvait nous séparer, elle et moi. Pas les lieutenants, pour une fois. Ah ! vrai, j’ai pas eu de chance…

- Elle non plus, peut-être ? supposa Camadule.
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lecassinlecassin   17 novembre 2016
Ce saint vivant, ignoré des calendriers officiels, était plus célébré, honoré que ceux, desséchés, fossiles, qui y figuraient dans l'indifférence générale, . Saint Beaujolais Nouveau, Saint de Paix, éclipsait Saint Albert, peu après l' "Armistice de 1918". On le priait, mais seulement de se montrer aussi gouleyant, ou davantage, que celui de l'année dernière, on ne lui demandait que d'exister, de passer une fleur au bec, ou un refrain, et surtout de revenir l'année prochaine...
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RenodRenod   03 juin 2018
On a fait venir un toubib (...). Il a dit que c'était la boisson, on l'a foutu dehors. Tous les mêmes, ces ahuris à limettes : pas fumer, pas bouffer, pas boire, pas d'amour. Les soins, d'après eux, ça consiste à se laisser crever à petit feu devant leur ordonnance et une cuvette d'eau pour tout potage.
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Videos de René Fallet (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de René Fallet
22 janvier 1977 René Fallet, dans son bureau parle du chat en général et présente son chat Siamois, Bonnot. Pour lui il y a quelque chose de féminin chez le chat. Photographies de Georges Brassens.Photographie de chat.
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