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EAN : 9782246819417
224 pages
Éditeur : Grasset (03/04/2019)
4.01/5   84 notes
Résumé :
« Sur le bateau, dans les yeux épuisés de ma mère, je vois les bottes françaises, les tirailleurs français, les soldats de la pacification ; dans ceux de mon père silencieux, la traîtrise d’avoir manqué à son pays pour survivre en France. Ils sont vivants et veulent être heureux là-bas, là-bas d’où venaient ceux qui les ont mis à genoux au pied des Aurès. »
Dans ses montagnes berbères, Vendredi, l’effrontée, cabriole parmi les chèvres pour faire rire son p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
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rabanne
  02 juillet 2020
Un premier roman plus que prometteur.
Une fille raconte sa mère, Vendredi, née au coeur des montagnes berbères, adorée de son père mais durement malmenée par sa mère. Une fille trop jolie, trop libre et indomptable, donc finalement encombrante et indésirable.
Une fille raconte sa mère, Vendredi, l'immigrée algérienne illettrée, une figure maternelle excessive, à la fois fantasque et terrorisante.
Une fille se raconte, elle-même, grandissant dans une tour HLM de la région auvergnate, jonglant entre deux cultures, luttant contre la maltraitance au quotidien, avec l'école comme seul échappatoire, le savoir comme unique tuteur de résilience...
Un récit qui parle d'identité, d'éducation, d'exil, de relations mère-fille, de transmission et d'émancipation. La reproduction du schéma culturel et éducatif (toxique) est au centre de ce roman. Les scènes de maltraitance sont d'une violence inouïe, et l'on est écoeuré par l'absence de signalement, l'indifférence générale, voire l'approbation tacite.
Rien de surprenant en littérature, ce genre de récit qui touche à l'intime et à l'universel. Pour moi, c'est la plume qui fait alors toute la différence : celle de l'auteure est à la fois percutante, lumineuse, juste et sans pathos, et c'est ce que j'ai particulièrement apprécié.
(Je remercie mon amie victoryhelene pour le prêt, et vous conseille de lire son excellent billet !)
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Zephirine
  30 août 2021
Il est bien écrit « roman » sur la couverture, pourtant il s'agit bien d'un récit d'enfance qui puise dans le vécu de l'autrice.
Dalie Farah raconte sa mère, Vendredi, jeune kabyle rebelle mariée à 16 ans à un homme beaucoup plus âgé qui l'emmène en France où il travaille comme manoeuvre. Voilà la jeune fille analphabète mais intelligente, confrontée à une autre culture dans un monde inconnu dont elle doit apprendre les codes.
« Vendredi se méfie de la noirceur des nuits auvergnates, elles n'ont pas la franchise des Aurès, elles n'ont rien de la tendresse du douar d'Algérie. »
La première née n'est pas désirée. La fille raconte la mère qui la maltraite et ne sait pas donner de l'affection, Malgré cela, elle va surmonter les humiliations et les brimades en se rattrapant à l'école car savoir lire et écrire lui donne un certain pouvoir :
« A sept ans, je suis le nègre de ma mère »
Une fille ne doit pas sortir mais aider sa mère aux tâches ménagères, et celles-ci commencent tôt le matin et s'avèrent lourdes mais la fille obéit à la mère toute puissante. Elle s'évade grâce à l'école et aux livres qu'elle dévore en cachette et qui lui apporteront la résilience.
Les coups marquent de bleus sa peau et, pourtant, personne ne semble les voir.
Et puis il y a les vacances et la découverte de l'Algérie, cet autre pays tellement différent. Là, l'adolescente maigre doit se faire laver, étriller au hammam où toute pudeur est abolie, ce que la mère terrorisante lui inculque par les coups.
La propreté obsède Vendredi qui ne veut pas que ses enfants soient de « sales arabes » ni que les poux colonisent leur chevelure frisée ce qui donne lieu à de véritables séances de torture au peigne à lentes.
L'adolescente se rebelle et pourtant, elle voit bien qu'en grandissant, elle ressemble à sa mère avec ses formes et sa « tête d'arabe »
« Je hais vendredi toutes les fois où je me renie pour lui obéir »
Un jour, enfin, elle quittera l'appartement HLM de l'impasse Verlaine.
Ce récit est une suite de fragments de vie, d'anecdotes, qui font entrer le lecteur de plain-pied dans l'intimité de cette relation mère fille brutale et sans tendresse. le talent de Dalie Farah évite l'écueil du pathos et accomplit la prouesse de raconter cette violence quotidienne avec humour et dérision.
Ce récit est raconté d'une plume vive et authentique. Un premier roman étonnant.
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saphoo
  04 mai 2019
Un premier roman époustouflant, une auteure qui a le mot juste pour nous peindre une relation mère -fille quelque peu particulière.
C'est à la fois émouvant et plein d'humour de découvrir comment on peut se construire dans une relation sans tendresse ni amour maternel au sens naturel. Des coups par ci, des coups par là, pour un oui pour un non, pour un rien pour de trop, comment grandir sans lumière ni soleil qu'est une famille normale. Et pourtant, cette fille vaincra et par ses mots d'enfant, d'adolescente, elle nous contera son quotidien, ses rêves et ses douleurs, ses besoins et ses espérances, ses guerres et ses victoires.
C'est beau, et dur à la fois mais sans pathos, non juste une vérité vivante.
La peinture des années 70-80 est bien fidèle pour ceux qui l'ont vécu, un petit air de nostalgie.
Une lecture qui se dévore tant on est pris dans le sillage de Vendredi et de son destin qui se perpétue à travers la narratrice, sa fille.
C'est un très beau récit au style intéressant et plaisant.
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ErnestLONDON
  24 avril 2019
Naissance prématurée, après une grossesse contrariée et contrariante, racontées par sa mère comme une histoire drôle, après une gorgée de thé à la menthe : « On peut survivre à tout quand on survit à sa mère. » En trois pages, Dalie Farah donne le ton.
(...)
Un évènement littéraire.

Article complet sur le blog :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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victoryhelene
  01 mai 2020
« On peut survivre à tout quand on survit à sa mère »
Voici la morale de ce premier roman fort et puissant.
J'ai été happée dès le premier chapitre qui donne de suite le ton, mêlant violence et poésie pour évoquer la naissance de la narratrice. Elle présente avec un recul glaçant toutes les tentatives maternelles pour se débarrasser avec « ingéniosité » de « cette excroissance malvenue ». Les mots sont durs, ils tranchent dans le vif. L'humour se fait ironie voire cynisme, « Maman m'aime tellement que pendant les mois où mon pronostic de vie est réservé elle ne mange pas un seul bonbon ».
Et en parallèle, on trouve de la douceur, de la lumière, de l'espoir. La narratrice fait montre d'une ténacité à toute épreuve et semble tenir sa force de toutes ses épreuves démesurées.

Ce mélange de tonalités et ce regard lucide de la narratrice parcourent l'oeuvre qui retrace les différentes strates de cette famille algérienne où règne une violence ancestrale. le livre rapporte sa vie, de l'histoire de sa naissance à son émancipation au moment de l'obtention de son Bac, en passant très largement par l'évocation de sa mère Vendredi. Une histoire de femmes donc, qui évolue au fil de l'Histoire. le livre est ainsi l'occasion de parler de l'Algérie, de la guerre d'Algérie, de religion, d'immigration.

Mais c'est surtout l'histoire d'une relation complexe entre une mère et sa fille. Les coups pleuvent de mère en fille, brimades physiques et psychologiques quotidiennes. Un harcèlement permanent. Haine et amour s'entremêlent.

Une histoire de liberté aussi, en particulier de la liberté que doivent gagner ces algériennes. Soumises aux carcans de leur condition. Des filles, épouses, mères, mais jamais femmes finalement. La narratrice gagnera sa liberté grâce aux mots, aux auteurs et poètes, à la culture.
Une lecture qui m'a soufflée.
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
cecillececille   03 mai 2019
Sur le bateau, dans les yeux épuisés de Vendredi, les bottes françaises, les tirailleurs français, les soldats de la pacification ; dans ceux de son mari silencieux, la traîtrise d’avoir manqué à son pays pour survivre en France ; tous deux voguent vers le pays des bourreaux, vers le pays des assassins de leurs frères et de leurs pères, ils voguent vers leurs sauveurs, vers leurs employeurs et ils vomissent. Ils sont vivants et veulent être heureux là-bas, là-bas d’où viennent ceux qui les ont mis à genoux au pied des Aurès.
Vendredi le sait confusément et ne comprend pas ce qu’elle a fait pour en arriver là.
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rabannerabanne   02 juillet 2020
Il y a un autre endroit où j'oublie que je suis la fille, sa fille, leur fille. Un endroit où ils n'auront jamais leur place. Et c'est d'abord pour ça que j'aime l'école.
Quand j'y vais, j'ai envie de voler au-dessus du monde pour apercevoir les rêves qui traînent par terre. (...)
C'est le bonheur du rire facile, la douceur des larmes enfantines.
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cecillececille   03 mai 2019
Je ne veux pas écrire qu’on ne me désirait pas. Je raconte simplement la venue du petit bout de chair d’un kilogramme huit cents qui naît le 22 février.
Ma mère n’avait pas établi le lien entre son ventre et moi.
Quand on l’informe que je vais sans doute mourir, quand dans la couveuse elle me voit beaucoup moins grosse que le poulet qu’elle a bouffé la veille, maman pleure. Pas sur elle, mais sur moi. La petite chose qui ne respire pas par elle-même, la petite chose dans cette boîte en verre, c’est quelqu’un, et elle vient de comprendre que c’est un peu elle. Maman m’aime tellement que pendant les mois où mon pronostic de vie est réservé, elle ne mange pas un seul bonbon.
J’ai survécu.
Je voulais voir les prés et les coquelicots.
Je voulais sentir le vent des Aurès.
J’ai passé mon existence à attendre un printemps qui ne voudra pas arriver, à espérer un mois d’avril révolu et ravagé dans le nombril désastreux et comique de ma mère, mais j’ai survécu.
On peut survivre à tout, quand on survit à sa mère.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2019
Vendredi a la beauté du diable et enchante ses journées. Elle court autant que les brebis et sait rameuter le troupeau comme un gracieux petit chien. Le berger ne sait ni lire ni écrire parce que cela ne sert à rien. L’essentiel est de savoir compter. Grâce à lui, Vendredi peut additionner et soustraire mieux que personne. Quelquefois, la petite fille plonge dans de longues siestes et ronfle à faire sursauter les mouches qui tournoient autour des excréments du troupeau. Les immenses journées d’ennui et d’oubli l’éloignent du giron totalitaire du foyer. Vendredi vit là les meilleurs moments de sa vie. Jusqu’au jour de la grande soif. Son père n’a jamais bu d’alcool. Paraît qu’au contraire c’était un grand buveur d’eau. Paraît même qu’il en est mort. Assis sur un monticule, il se tient les côtes de rire : Vendredi amorce des cabrioles depuis le haut de la colline, et dévale la pente comme un ballot de tissus multicolores ; quand elle se relève, elle ne tient pas sur ses jambes, titube jusqu’à se cogner contre les oliviers rachitiques aux branches écartelées. Puis elle remonte à quatre pattes pour de nouveau partir dans une série de roulades désordonnées sans jamais s’épuiser.
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ErnestLONDONErnestLONDON   24 avril 2019
L’amour maternel s’exprime chez elle comme chez certaines espèces animales qui laissent leur progéniture trouver elle-même un mode de survie. Et elle a ses raisons. Elle refuse le rôle inepte que la nature tyrannique impose aux femelles humaines parturientes. 
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Vidéo de Dalie Farah
Agrégée de lettres, enseignante en classes préparatoires, Dalie Farah sortira son premier roman en 2019.
Découvrez son interview feel good, en vidéo !
Pour découvrir son dernier roman, le doigt paru en mars dernier aux Editions Grasset et Fasquelle, c'est par ici : https://bit.ly/2QKo7r5 #DalieFarah #Roman #Litterature #LitteratureFrancaise #Lecture #ParolesdAuteurs #interviewGibert #GibertMonLibraire
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